XIX. — Conditions d'une bonne prière
mon Dieu, vous m'avez enseigné souvent, par vos docteurs, les conditions d'une bonne prière. Donnez -moi de les méditer, et de comprendre que c'est pour ne les avoir pas réunies que ma prière a si souvent été stérile.
1° Pour bien prier, il faut le faire au nom de Jésus-Christ, c'est-à-dire, demander les choses nécessaires au salut par ses mérites infinis , en union avec lui , dans les sentiments de respect et de ferveur dont il animait ses prières ; en effet , c'est Lui le seul médiateur entre Dieu et les hommes. Cette union nous est plus facile dans l'office choral ; car notre Sauveur s'y rencontre partout, prédit et représenté dans les psaumes que nous récitons sans cesse; et c'est Lui devant qui nous prions, puisqu'il est sur l'autel, entouré de ses anges. Aussi l'office divin est -il notre principale prière, la plus obligatoire au point de vue de la conscience , la plus féconde en bons résultats , et la plus aimable à l'âme touchée par les impressions de l'Esprit-Saint.
2" Prier avec humilité et componction, c'est-à-dire, prier avec les gémissements et l'anéantissement d'un cœur écrasé sous le poids du péché , pénétré du sentiment de ses misères, et saisi de frayeur à la vue de son indignité devant la majesté de Dieu, redoutable aux anges les plus purs.
3° Prier avec attention d'esprit, c'est-à-dire, penser à Celui à qui l'on parle , en repoussant la moindre distraction volontaire, et en s'appliquant à la préparation éloignée ou prochaine requise pour toute prière, surtout pour l'oraison mentale.
4° Prier avec dévotion , c'est-à-dire , du fond du cœur, avec un grand désir d'être exaucé et une grande ferveur pour louer Dieu, le bénir, l'honorer, l'adorer. C'est dans cette ferveur et cette dévotion que l'âme pieuse puise la force de s'élever
jusqu'au trône divin, pour en rapporter les grâces qu'elle désire.
5° Prier avec un respect et une modestie qui soient l'expression visible du respect intérieur qu'on a pour la sainteté infinie de Dieu. C'est surtout dans la vue qu'il faut observer cette grande modestie, ne regardant quoi que ce soit volontairement, sans une véritable nécessité.
6° Prier avec conflance, c'est-à-dire, avec une espérance vive et une assurance ferme que Dieu nous accordera, par les mérites de Jésus-Christ, les grâces que nous lui demanderons.
7° Prier avec persévérance, ou, en d'autres termes, continuer notre prière jusqu'à ce que nous soyons exaucés, sans nous lasser jamais, nonobstant les peines et les dégoûts qui s'y rencontrent quelquefois. C'est Notre-Seigneur même qui nous ordonne de prier toujours, sans nous décourager. Et si le ciel paraît ne pas nous écouter, c'est pour punir notre peu de ferveur, ou nous rendre par là plus humbles, plus ardents à l'oraison, plus capables d'y recevoir de grandes faveurs.
Daignez, ô mon Jésus , former vous-même en moi les dispositions qui conviennent à une véritable prière. Donnez-moi surtout cet amour sincère et solide, qui dispose à une oraison continuelle et qui est lui-même une oraison. Car, quand on aime quelqu'un, on ne se lasse pas de lui communiquer ses peines, ses joies, ses tristesses, ses desseins et ses espérances.
Je reconnais, ô mon Dieu, que, dans le passé, j'ai commis beaucoup de fautes en priant, surtout par mes distractions et ma tiédeur. Daignez m'en accorder le pardon. Envoyez-moi votre Esprit, afin qu'il soit mon maître dans la science de l'oraison, que je prie selon ses mouvements, et que je n'irrite plus votre justice, pendant le temps même destiné à fléchir votre miséricorde. Ainsi soit-il.