PREMIÈRE PARTIE
de pénitence (Malth. m, 8), qui soient proportionnés à la grandeur de nos péchés, nous périrons tous également. Nous sommes tenus aussi de pratiquer les autres maximes de l'Évangile, comme de porter notre croix chaque jour, d'observor la pauvreté d'esprit, l'humilité, etc. Or, comme on l'a observé déjà, il est difficile de faire pénitence dans le monde et d'y pratiquer les pures maximes de l'Évangile , puisque tout y porte au plaisir et à la vanité. C'est donc un beau dessein de vouloir le quitter, afin d'embrasser librement dans l'état religieux cette voie étroite qui conduit au Ciel.
3° Mais c'est un motif encore meilleur d'embrasser la vie religieuse afin de se consacrer au service de Dieu plus parfaitement que dans le monde. On doit servir Dieu dans tous les états; et les simples chrétiens peuvent le faire en se contentant de garder les commandements: Serva mandata. ['ProY. vu, 2.) Il y a cependant une vie dans laquelle on sert Dieu plus parfaitement que dans le monde : c'est la vie religieuse, car on y pratique, outre les commandements, les conseils de l'Évangile; on ne se contente pas de s'y donner à Dieu d'une manière commune, mais, comme dit saint Bernard, on adhère à Lui parfaitement par amour : Cseterorum est servire Deo, vestrum est adhserere. Lors donc que la vocation religieuse, comme il arrive souvent, commence par la crainte de se perdre dans le monde et par le désir de faire pénitence de ses péchés, on doit la diriger cependant plus haut, afin qu'elle se termine dans le motif qui en fait la vraie excellence, savoir : de servir Dieu par amour et de s'immoler chaque jour à sa gloire comme une victime volontaire.
Enfin c'est un louable et saint motif de se faire religieux afin de mieux travailler au salut des âmes. C'est dans ce but que souvent des ecclésiastiques, déjà très exemplaires, quittent le monde et entrent dans les monastères; ils ambitionnent d'y mieux exercer le zèle qu'ils se sentent pour la gloire de Dieu et le salut du prochain. C'est là, en effet, la fin principale de notre Ordre, et c'est pourquoi les papes l'ont nommé V Ordre des Prêchaurs. En demeurant dans le monde on peut aussi travailler activement au salut des âmes, retirer les pé-
cbeurs de leurs vices, et conduire les justes dans le chemin de la perfection; on y réussit pourtant beaucoup mieux lorsqu'on entre dans un état qui est destiné à cette fin par la Providence, car il offre des forces particulières pour s'acquitter des fonctions apostoliques , et des secours spéciaux pour éviter les dangers qui les environnent, Dieu ayant réservé à chaque état des grâces spéciales pour les fonctions qui lui sont propres, et répandant avec abondance ses grâces sur ceux qui sont fidèles aux devoirs de leur vocation. C'est pour cela qu'il y a parmi les saints de notre Ordre un si grand nombre d'apôtres, de prédicateurs et de zélés missionnaires, qui ont converti à Dieu un nombre presque infini de pécheurs, d'hérétiques, de juifs et d'infidèles, lis étaient devenus d'autant plus puissants en œuvres et en paroles qu'ils avaient su se rendre des modèles plus accomplis dans toutes les vertus de la vie intérieure, et dans tous les exercices de la vie claustrale.
ARTICLE II
De l'entrée en religion.
Dans cet article on expliquera les qualités que les supérieurs doivent rechercher dans ceux qui se présentent pour la vêlure ou la profession , et la manière dont les novices doivent s'éprouver eux-mêmes pour se disposer à prononcer leurs vœux.
§ I. — Les qualités nécessaires à ceux qu'on doit recevoir parmi nous à l'habit et à la profession, avec deux lettres à un postulant pour l'éclairer sur sa vocation.
Pour avoir une véritable vocation à l'ordre de Saint -Dominique, outre un bon motif, il faut encore certaines dispositions du côté de l'esprit, du corps, des mœurs et du naturel. Car comme notre Ordre a été spécialement établi pour la prédication et le salut des âmes, tel serait propre à une autre religion uniquement vouée à la pénitence, à la pauvreté, au travail des mains, à la solitude, etc., qui ne serait pas apte à être religieux de cet Institut. Il y faut un zèle accompagné de science, de prudence, et des autres vertus nécessaires pour travailler utilement au salut des âmes.