‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 8 sur 361 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

I. Quant au naturel , il nous est bien recommandé de ne point recevoir ceux qui sont ineptes pour les lettres , ni ceux qui, ayant quelques défauts de caractère, ne donnent presque point d'espérance de s'en corriger : Summopere cavendum est ne recipiantur ignari aul inepti ad lilteras, vel qui habent quœdam vitia quasi insepardbilia et naturalia, sicut est innata iracundia, ebrieias, débilitas nalUrse ex vitiosa consuetudine, et dispositio ad furorem et hujusmodi, de quorum correclione vix spes potest haberi. Il faut donc exclure : 1° Ceux qui ont un naturel colère, brusque et féroce. Ils s'impatientent facilement de toutes choses , sont toujours dans l'inquiétude, ne suivent que leurs caprices et ne font que ce qui leur plaît ; de sorte que personne ne peut converser eii paix avec eux, et qu'ils bouleversent les communautés ; car cette rudesse native augmente dans la religion, à cause des épreuves et de la solitude qu'ils y rencontrent. 2° On doit exclure aussi ceux qui ont un naturel volage et légerj parce qu'ils commettent toutes sortes d'imprudences , d'immodesties et d'indiscrétions , ne réfléchissant ni sur ce qu'ils disent , ni sur ce qu'ils fonti Ils ne suivent j en toutes choses, que les saillies de leur imagination déréglée , et ils ne s'appliquent pas à ce qui est solide, comme à la piété et à la science. Leur tendance habituelle les porte à la dissipation et au badin âge, ce qui est entièrement opposé à la régularité j car elle demande un esprit de recueillement et de componction. Cependant il faut savoir distinguer entre la légèreté qui, venant de la grande jeunesse, passe avec l'âge, et la légèreté inhérente au tempérament même, qui augmente à mesure que celui-ci se développe. 3° On doit recevoir difficilement ceux qui ont un naturel extrêmement mélancolique j triste et scrupuleux, car ils ne s'occupent dans leur esprit que de pensées noires, qui les inquiètent et les embarrassent; ils ne se conduisent que par cette humeur fâcheuse j triste et bizarre qui les domine ; ils deviennent soupçonneux et victimes de leur imagination, croyant que tout le monde pense à leur faire dû mal ; enfin ils se rendent insupportables à eux-mêmes et aux autres. La mélancolie, la tristesse et les scrupules sont exposés à augmenter dans la

religion, à cause de la vie séd(:nlaire qu'on y mène, et à cause des abstinences et des veilles qu'on y pratique ; quelquefois même elles dégénèrent en de grandes maladies du corps et de l'esprit. Un peu de mélancolie n'est pourtant un obstacle m pour la vertu ni pour l'étude , si la docilité aux supérieurs et l'application aux exercices de la charité lui servent de correctif et de remède. 4° Il ne faut pas admettre ceux qui ont un naturel indocile, allier et superbe. Car, au lieu de se soumettre par obéissance , ils se révoltent contre tout ce qui se fait; au lieu de pratiquer l'humilité, ils ne cHerchent que les honneurs; loin de profiter des avis et des corrections, ils s'en fâchent et en murmurent; et, au lieu d'aimer et d'estimer leurs frères, ils n'aiment et n'estiment qu'euxmêmes.-5° On ne recevra point ceux qui ont un naturel extrêmement paresseux, mou et sensuel. Ils ne se donnent aucune peine pour pratiquer la vertu ; ils ne pensent qu'à boire, manger, dormir, se promener, causer et perdre le temps ; ils font toutes leurs actions avec une grande négligence, ce qui les dispose à une continuelle transgression de leurs constitutions et peut-être de leurs vœux, surtout du plus délicat. Dieu veuille qu'ils ne soient pas pour d'autres une occasion de ruine !

Heureux celui qui a reçu en naissant une bonne âme , doucement inclinée vers le bien. Telle était celle de Salomon : Sortiius sum animam honam. Le bon naturel est une grande faveur que Dieu fait à certains de ses enfants, et que saint Augustin appelle fort bien : Divinum naiuraliier munus, a un don naturellement divin. » Il est quelquefois l'effet d'une, grâce particulière que le ciel leur destine ; d'autres fois il sert à augmenter cette grâce, car elle agit avec une espèce de complaisance sur eux, ne trouvant presque point d'obstacles à ses divines opérations. Ceux qui ont €ette heureuse nature et qui correspondent aux prévenances du Seigneur deviennent aisément aimables à Dieu et aux hommes comme Moïse. Mais il faut pourtant remarquer que la Providence laisse quelquefois dans les élus un naturel difficile et de mauvaises inclinations, soit pour les humilier davantage au milieu des vertus qu'ils

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