‹ L'instruction des novices [microform]Chapitre 95 sur 361 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

régarde comme ennuyeux quand ils sont trop Idngsj affectés, guindés où pleins àe flatterie. C'est au bon sens à juger de quelle manière on doit s'eiprimèr. Il faut toujours proportionner ses expressioiis à la qualité de celui à qui l'on parle. Ce serait manquer de tact de faire les mêmes politesses à tout le monde. Une personne du commun croirait qu'on la plaisante si on là traitait comme une persone éminente; et un personnage de qualité aurait droit de s'offenser si on ne lui faisait que les civilités qu'on a coutume de faire pour tout le monde.

Si la personne de qualité que l'on visite ne vient pas tout de suite, il faut en l'attendant se tenir avec respect, dans la bienséance et la modestie religieuse, en disant son chapelet ou quelque autre prière, sans donner aucune marque d'impatience. Si elle est occupée à écrire ou à lire, ou à d'autres choses , il nei faut pas la détourner pour lui parler, mais attendre qu'elle ait achevé, et qu'elle se détourne elle-même; c'est alors qu'on la saluera. Si en entrant on la trouve avec quelqu'un de haut rang, il faut, sans dire mot, faire un salut respectueux à ce dernier, et s'approcher un peu de la personne que l'on visite. Si elle continue de parleravècson interlocuteur, il ne faut rien dire; mais; si elle se tait etregardOj on doit témoigner qu'on regrette d'avoir interrompu son entretien. Si ensuite, ces deux personnes continuent leur conversation et qu'on soit d'une position à converser avec elles, on peut entrer modestement dans le discours; après avoir assez parlé fiour la convenance, on se taira ensuite et on marquera par là qu'on aime plus à écouter qu'à parler. Mais si l' on comprend qu'elles ont des affaires ensemble et qu'on les gêne par sa prësèrice, il faut se retirer discrètement j après être demeuré quelques moments. En prenant congé, on assurera le maître où la maîtresse de la inaison qu'on désire , un jour plus oppbHun, avoir l'honneur de les revoir.

Lorsqu'on arrive dans un endroit où il y a une société, et iqùé ceux qui y sont se lèvent par politesse, il faut les saluer en arrivant, et iie prendre la place d'aucune personne présente, quoiqu'elle nous l'offre; mais choisir une autre place, et la dernière j autant qu'il dépendra de nous, quand même il

y aurait dans la réunion quelqu'un au-dessous de nous; on ne prendra la place qui nous revient que pour obéir et après en avoir été pressé plusieurs fois. Il ne faut point s'asseoir tandis que, dans l'endroit où l'on est, des personnes à qui l'on doit du respect demeurent debout; mais il convient de se tenir debout comme elles.

Si l'on nous présentait quelque chose avant notre rang, il faudrait le recevoir civilement, sans disputer contre celui qui l'offrirait, et sans lui dire de le présenter à un autre : on se contenterait, avant de le prendre, de témoigner la confusion qu'on a de l'accepter.

Lorsqu'on est dans un endroit où il y a des livres, des écrits ou des meubles ouverts, on ne touchera jamais rien, et on ne regardera ni les écrits ni les livres, sans y être invité expressément, à moins qu'on ne soit dans une bibliothèque et qu'on n'ait l'assurance de faire plaisir au maître en regardant les ouvrages qu'il y a rassemblés.

Pendant toute la conversation, les religieux doivent se distinguer par une grande fidélité aux convenances chrétiennes fondées sur l'humilité et la charité. La politesse qu'on leur recommande tant de garder en conversant avec leurs frères, servira d'apprentissage à celle qu'ils doivent observer en s'en- Iretenant avec les séculiers. Gomme on agit et on parle ordinairement par habitude, en s'accoutumant à avoir avec ses frères des manières douces et pleines de déférence, on les aura aussi avec les étrangers : si , au contraire, on contracte en communauté des manières rudes et inciviles, elles se révéleront jusqu'au milieu du monde, et de la sorte on s'attirera à soi-même, à son ministère et à son Ordre, le mépris des séculiers.

Quoiqu'il faille avoir beaucoup d'égards envers tout le monde, et surtout envers les personnes à qui l'on doit le plus de vénération, il faut pourtant prendre garde de ne point exagérer, les excès étant toujours vicieux. Ce serait exagérer d'accabler une personne de compliments outrés, de cérémonies superflues et de complaisances aveugles. Ce serait tomber encore dans ce défaut de s'attacher toujours en esclave à la

Page 1