DEUXIEME PARTIE
de distraction dans leurs prières. Un ancien disait avec raison qu' « après avoir parlé aux hommes il devenait moins homme » ; de même un religieux, après avoir parlé aux gens du monde, devient moins religieux, s'il ne prend toutes les précautions dont une vertu tendre et intérieure a besoin pour s'entretenir et se fortifier. C'est pour cela qu'on permet difficilement aux novices d'aller au parloir. On leur accorde pourtant de recevoir leurs proches parents et les personnes considérables, pourvu qu'elles viennent rarement et qu'elles choisissent un temps convenable. Mais on renvoie les autres, à moins de quelques raisons très particulières. Si même les premières avaient l'indiscrétion de venir trop fréquemment, et ainsi de dissiper les novices, il faudrait les prier de ne pas se présenter si souvent; et si elles continuaient encore, on leur ferait répondre que les religieux qu'elles demandent sont empêchés. Les novices, en effet, sont toujours occupés à prier ou à étudier, et cela leur est beaucoup plus avantageux que de perdre misérablement leur temps avec les gens du dehors.
On ne permet à personne de leur parler pendant qu'ils sont en classe ou au choeur. C'est un temps sacré pour eux; et on ne doit les autoriser à s'absenter alors que dans des cas extraordinaires. Les séculiers qu'on renvoie dans ces occasions n'en sont point fâchés; au contraire, ils s'édifient de voir le soin et l'exactitude qu'on a de former nos jeunes religieux à la piété et à la science. Le temps de la récréation n'est pas non plus convenable pour aller au parloir avec les séculiers, à moins de quelque affaire pressante; car c'est le moment de se délasser avec ses frères , et de les réjouir par sa présence. Ceux qui préfèrent la conversation des séculiers à celle de la communauté font connaître par là qu'ils ont peu de charité fraternelle, ou qu'ils n'aiment point la solitude, et gardent sous l'habit religieux un esprit tout mondain.
Enfin, les jours de dimanche et de fête ne sont point non plus des jours de parloir. On doit en informer ceux qui sont dans le cas de nous venir voir. Ce n'est pas bien célébrer ces
saints jours que de les employer à recevoir des visites et à parler d'affaires temporelles. On les sanctifiera en assistant à tous les offices du chœur, au sermon, aux actions de communauté , et en employant le reste du temps dans sa cellule à prier, à faire des lectures spirituelles, ou à préparer ses classes. L'étude qu'on fait ces jours-là, quand elle est offerte à Dieu pour sa gloire, pour notre propre salut et pour celui du prochain , est sainte et devient une espèce de prière. Cependant, si les proches parents d'un novice venaient de loin pour le visiter un jour de fête, et qu'ils ne pussent revenir, on lui permettrait de les voir. Il faut en dire de même d'autres semblables occasions.
Quant aux religieux des autres Instituts qui viennent visiter nos novices, si ce sont des Pères graves et anciens, et surtout appartenant aux Ordres qui ont des liens plus particuliers avec nous, on leur en accorde la permission, pourvu que ce soit rarement, et qu'ils choisissent un temps convenable. Mais si ce sont de jeunes religieux, et principalement de ceux qui ne passent pas pour les plus réguliers, après qu'ils auront parlé une fois à quelqu'un du noviciat, s'ils retournent le demander, on leur répondra par un refus. Ils apprendront, par cet exemple, à garder eux-mêmes leur solitude, et à s'y occuper dans la prière et l'élude. Il n'est pas à propos que les novices aient des liaisons particulières ni avec des séculiers, ni avec des religieux des autres Ordres, à moins qu'ils ne soient proches parents. C'est une perte de temps, un sujet de dissipation et de confidences dangereuses.
Lorsque le Père maître ou celui qui tient sa place trouve à propos de donner, permission à un frère d'aller parler à la personne qui le demande , et qu'il lui a désigné le compagnon qu'il doit prendre, si ce frère est dans la cellule, avant d'en sortir il se mettra à genoux à son oratoire et offrira à Dieu cette visite, afin qu'elle soit pour sa gloire et pour l'édification du prochain. Il doit aussi implorer la grâce de ne pas y trouver une occasion de distraction et de péché. Si on l'appelle lorsqu'il est hors de la cellule, il fera mentalement à Dieu la même offrande et la même demande. Les novices ne