‹ L'Instruction du peupleChapitre 136 sur 186 · MASSACHUSETTS · texte numérisé non relu

MASSACHUSETTS

Population : 1 860, 1 ,231 ,066 ; 1 870, 1 ,457,351 .

Les premiers Anglais qui mirent le pipd sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre étaient des hommes instruits. Le May Flower ne transporta point d’émigrés ignorants que la pauvreté chassait de

leurs demeures. Un grand nombre des premiers colons de Plymouth et de Massacbusetls étaient des propriétaires et des marchands ayant une fortune indépendante, des gentlemen de la classe moyenne de l’Angleterre. Leurs femmes étaient bien élevées et leurs enfants n'étaient point sans instruction. Les ministres qui se présentèrent comme pasteurs étaient généralement des lettrés instruits dans tout ce qui s’enseignait aux universités d'Oxford et de Cambridge. La plupart d'entre eux étaient des ministres de l’Église anglicane, privés de leur cure pour cause de dissidence. Quelques-uns apportèrent avec eux de précieuses bibliothèques, des classiques grecs et latins, des livres d’histoire et de théologie. Iis étaient accompagnés de domestiques et de quelques hommes de classe inférieure.

Ces hommes, que l’on appelait Brownists et Puritains du temps d'Élisabeth et de Jacques I", s’étaient levés contre les abus de pouvoir de Charles Ier, avaient établi la République, aidé à renverser l’Église épiscopale, et ils quittaient leurs foyers et leur patrie, parce qu’ils ne pouvaient pas vivre en paix sous la « Restauration. »

Us appréciaient la valeur de l’éducation. Us savaient qu'elle était indispen-able pour la conservation de leurs principes religieux et politiques. Us s’empressèrent donc de prendre des mesures pour instruire leurs enfants. Le 14 juin 4642, un acte ou règlement fut arrêté dans les termes suivants :

« Attendu que la bonne éducation des enfants est spécialement avantageuse et profitable pour toute républiqne, et vu que beaucoup de parents et de maîtres sont trop indulgents, et négligent leur devoir à cet égard;

» U est ordonné que les conseillers élus dans chaque lownsliip exerceront une surveillance vigilante sur leurs voisins, dans chaque quartier, aGn de s’assurer d’abord qu’aucune famille, par une coupable négligence et barbarie, ne néglige de donner ou de faire donner par d’autres h leurs enfants ou apprentis l’instruotion suffisante pour lire parfaitement en anglais et pour la connaissance des principales lois, sous peine de 20 schellings pour chaquo négligence de ce genre;

» En outre, chaque chef de famille doit enseigner, au moins une fois par semaine, à ses enfants et servantes les bases et les principes de la religion;

s 11 est par conséquent ordonné à chaque loumship de cette juridiction, quand le Seigneur aura augmenté le nombre des chefs de famille jusqu’à 60, de nommer immédiatement, dans leur lownship, un maitre qui instruira tous les enfants qui auront recours à lui, et leur apprendra à lire et à écrire, et dont le salaire sera payé, soit par les parents ou maîtres de ces enfants, soit par les habitants en général, au moyen d’un subside, comme la majorité des notables le

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décidera, pourvu que ceux qui envoient leurs enfants à l’école ne soient point obligés de payer plus qu’ils ne le devraient ailleurs;

» Il est de plus ordonné que si un lownship atteint le nombre de 100 familles ou chefs de famille, il y sera érigé un collège, dont l’instituteur devra être capable d'instruire les jeunes gens de façon à les faire admettre à l’Université. Le lownship qui négligerait de se conformer aux règlements ci-dessus pendant un an, payera 5 schellings à l’école la plus voisine jusqu’à ce qu’il exécute cette ordonnance. »

Ces lois furent maintenues et fortifiées par des actes postérieurs. En 1683, les townsliips ayant 500 familles furent requis d’entretenir deux collèges et deux écoles primaires.

Les townsliips qui, conformément à la loi, n’entretenaient point un collège, étaient obligés de payer d’abord 10 livres, et ensuite 20 livres à l’école la plus voisine tenue conformément à la loi.

La colonie de*Plymouth, qui ne fut unie au Massachusetts qu’en 1691, ne resta point en arrière et passa également des actes et des ordonnances pourvoyant au maintien des écoles.

Dans la législation de l’ancienne colonie qui consacra les fonds publics provenant de la pèche de la morue à l’entretien des écolesnous trouvons le caractère de la législation moderne qui a établi un fonds scolaire et qui emploie ses revenus à encourager l’enseignement populaire.

Pendant la période qui commence en 1692 et finit avec la guerre de l’indépendance, les mêmes lois furent maintenues ôn vigueur. Les toivnships étaient requis de construire des écoles et de rétribuer des instituteurs, et lorsque le nombre de familles s’élevait à 200, d’entretenir un collège.

En créant des lownships dans les nouveaux territoires, la législature mit à part, sur soixante-trois lots égaux, trois lots : le premier pour le pasteur, le second pour l’église et le troisième pour l’école. Cet exemple fut suivi dans toutes les concessions faites dans le New- Hampshire et le Vermont. Ce fut aussi l’origine de la législation du congrès fédéral qui a réservé pour les écoles et l'éducation, dans tous les nouveaux États, de grandes étendues de terrain qui sont devenues la source du fonds scolaire et des dotations des collèges.

Après la guerre de l’indépendance, à peiue le gouvernement fédéral fut-il organisé et Washington élevé à la présidence que la législature du Massachusetts vola une loi tendant à pourvoira l'instruction de la jeunesse. En voici les principales dispositions. Les enfants pouvaient passer de l’école primaire à l'école de grammaire ( grammar school), après avoir acquis les connaissances prescrites ; doux cents familles au lieu de cent, étaient tenues d’entretenir une école de grammaire. L’instituteur était obligé d’avoir un certificat de bonne

réputation et de moralité, les ministres de l’Évangile et les conseillers ( select men du township ), ou des personnes spécialement choisies à cet effet étaient constitués en comité d’école, chargés d'assurer la fréquentation de toute la jeunesse, et de visiter et d’inspecter les écoles. Pour la première fois les femmes furent admises comme institutrices. On divisa les townships en districts scolaires, qui furent, par des actes subséquents, érigés en corporations et autorisés à ester en justice et à posséder des propriétés meubles et immeubles pour les besoins de l’école.

En 1824, les townships ayant moins do 5,000 habitants furent déchargés de l'obligation de maintenir une école de grammaire si olles préféraient, au lieu de cela, se pourvoir d’instituteurs capables d’enseigner à la jeunesse l’orthographe, la lecturo, l’écriture, l’arithmétique, la grammaire anglaise, la géographie et les principes de la morale.

Le système communal d’Écosse, qui a tant contribué au progrès intellectuel et moral des Écossais, les écoles fondées en Hollande, en Suisse, en Norwége, en Danemark et dans les États protestants de l’Allemagne, ce système général d’enseignement au moyen duquel l’éducation a été répandue dans les masses, était en pleine vigueur avant que les pèlerins eussent débarqué sur le rocher de Plymouth. Mais probablement l’obligation de l’État de pourvoir ,par la loi et des contributions, à la libre et gratuite éducation de tous les enfants fut établie d’abord et reconnue dans le Massachusetts.

Le but des lois primitives des colonies rendant l’établissement et l’entretien des écoles obligatoires dans les villes était l’éducation universelle du peuple. Les lois supplémentaires durant la période coloniale et après jusqu’en 1840 ont en vue le même objet.

Lois scolaires du Massachusetts. — Le bureau supérieur de l’enseignement (Doard of éducation) est composé du gouverneur du sous-gouverneur et de 8 personnes nommées pour buit ans par le gouverneur, un membre sortant chaque année.

Le comité nomme son secrétaire, qui recueille les informations et peut recevoir les donations et legs pour l’instruction. Traitement du secrétaire, 3,000 doit. ; frais de voyage 400 doll.

Le secrétaire règlo la réunion des conférences d’instituteurs- ( teacher’s inslitules). Il dispose à cet effet de 3,000 doll. Dans chaque commune, il doit être ouvert, pendant au moins six mois, aux frais de la commune, un nombre suffisant d’écoles pour que tous les enfants en âge d’école puissent s’y rendre et y recevoir l’enseignement dans les branches suivantes: orthographe, lecture, écriture, grammaire anglaise, géographie, arithmétique, histoire des États-Unis et morale.

L’algèbre, la musique vocale, le dessin, la physiologie, l'hygiène

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et l'agriculture seront aussi enseignés, si le comité scolaire local le décide.

Dans chaque commune comptant plus de 500 familles, il doit y avoir une école supérieure, où l’on enseigne, outre les branches précédentes, l'histoire générale, la tenue des livres, l’arpentage et la géométrie, les sciences naturelles, la chimie, la botanique, le droit public de l'État et de la confédération et le latin.

Quand les lownships (communes) ont 4,000 habitants, les maîtres doivent pouvoir enseigner en outre le grec, le français, l’astronomie, la géologie, la rhétorique, la logique, la morale et l’économie politique.

Dans chaque commune les électeurs votent les taxes nécessaires pour le maintien des écoles.

Le toivnship qui ne vote pas les sommes nécessaires est condamné à une amende égale au double de la somme la plus élevée votée précédemment. S’il no nomme pas de comité scolaire ( school commiltee), il doit payer une amende de 500 à 4000 dollars. Le corps électoral de la commune nomme, dans sa réunion annuelle, le comité scolaire, composé d'autant de membres qu’il le veut, pourvu que le nombre soit divisible par 3. En cas de vacatures, elles sont remplies par des personnes que désigne le conseil communal.

Le comité nomme un secrétaire qui tient procès-verbal de toutes les décisions.

Le comité scolaire traite avec l’instituteur pour tenir l’école; il peut aussi le démissionner.

Le comité doit exiger la lecture journalière d’une partie de la Bible, mais sans commentaire, et aucun écolier n'est tenu do faire cette lecture ou d’y assister, malgré lui.

Le comité choisit les livres de classe, et les fournit aux enfants pauvres. Il peut nommer un surintendant local des écoles.

Les membres du comité touchent 1 ou 4 4/î dollar par jour de service effectif. Ils visitent les écoles au moins deux fois par année.

Le comité pour bâtir des écoles, peut exproprier tout terrain jugé convenable, conformément aux lois ordinaires d’expropriation.

Autrefois le district avait son comité « prudentiel » prudenlial commüle^, qui était personne civile et qui administrait les affaires scolaires. Les districts ayant été abolis, tous ces droits sont exercés par le comité du lownship.

Les électeurs du lownship, votent les taxes nécessaires pour les besoins de l'enseignement.

La taxe frappe chaque habitant de la commune en raison de toute sa fortune mobilière et de ses propriété immobilières situées dans le district ou dans la commune,

La taxe est levée par les assesseurs, comme tous les autres impôts, et le produit est mis à la disposition des comités scolaires.

Les assesseurs font annuellement le relevé dos habitants entre cinq et douze ans et le transmettent aux comités scolaires.

Le comité scolaire est tenu de remplir les tableaux que le Conseil supérieur lui envoie, on y mentionnant toutes les données concernant les écoles.

Toute commune qui néglige de communiquer ces données est exclue do la répartition du revenu du fonds d’école.

Les parents et tuteurs sont tenus d’envoyer lours enfants à l’école au moins 1 2 semaines dans l’année, sous peine d’une amende do 20 dollars au maximum, à moins qu’ils no leur donnent l’instruction à domicile ou que leur extrême pauvreté puisse être invoquée comme excuse.

Les agents du vagabondage ( truanl ofpcers) et les comités scolaires noieront les absences, en rechercheront les causes, et en cas do violation de la loi, en informeront le trésorier qui sera chargé des poursuites.

Tout enfant en âge d’école (de cinq à quinze ans) a le droit de fréquenter l’école de son district; s’il n’y est point reçu, faute de place, ou pour tout autre motif non justifiable, il peut attaquer en dommages et intérêts la commune et chacun des membres du comité en particulier.

Nul enfant au-dessous de quinzoans qui n’a pas fréquenté d'école, ne peut être employé dans l’industrie, ni mis au travail, pendant plus de 60 heures par semaine, sous peine de 50 dollars à recouvrer par le comité scolaire contre ceux qui ont employé l’enfant.

Les communes ont le droit de faire des règlements pour amener les enfants à l’école et pour veiller à l’éducation de ceux qui auraient des parents vicieux, mais ces règlements seront soumis à la cour de justice du comté.

Avec l’organisation par loxvnship on remplacera les petites écoles insuffisantes par des écoles mieux pourvues.

Les comités ont été en général bien composés. Leurs membres sont choisis en raison do leurs aptiludes, de leur dévouement aux intérêts scolaires, non dans un esprit de parti ou de secte, comme dans d’autres États.

Le surintendant voudrait voir introduire quelque uniformité dans le choix des livres do classe. C’est le moyen d’avoir un système harmonieux et réellemcntefficace, comme dans les États allemands.

Ce qui manque surtout, ce sont des instituteurs préparés à exercer leurs difficiles fonctions. Les 4 écoles normales en forment environ 450 par an, ce qui n’est presque rien,. en présence d’un personnel

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enseignant de 8,000 personnes, soumis à un roulement constant et à un renouvellement extraordinairement rapide. Les instituteurs et les institutrices, formés la plupart dans les écoles supérieures ( higk schools), ont en général plus de connaissances théoriques qu’il ne leur en faut, mais ils manquent complètement de toute préparation à l’art d’enseigner.

Pour les initier à cet art, il y aurait un moyen simple et peu coûteux, ce serait de charger un des maîtres de l’école supérieure de donner un cours de pédagogie et de faire enseigner les aspirants, sous sa surveillance, dans une écolo primaire voisine. Chaque collège, chaque écolo supérieure devrait avoir son cours de pédagogie avec exercices pratiques. De cette façon on obtiendrait le nombre voulu d’instituteurs capables.

Quatre écoles normales ont été fondées. Elles sont établies à Framingham, Westfield, Bridgewater et Salem. Deux de ces écoles sont pour femmes seulement, les deux autres pour les deux sexes.

Les cours sont do deux ans, divisés en 4 termes.

Les branches enseignées sont : arithmétique, géométrie, chimie, grammaire, algèbre, géographie, histoire, physiologie et hygiène, botanique et zoologie, tenue des livres, rhétorique, littérature anglaise, minéralogie et géologie, astronomie, pédagogie, méthode d’instruction, lois scolaires du Massachusetts, droit politique du Massachusetts et des États-Unis, gymnastique, musique.

Règle générale et absolue : aucune partie des deniers publics ne peut être appliquée aux besoins d’une secte religieuse ni au maintien de ses écoles.

Les inconvénients résultant de l’organisation par district ont été de plus en plus sentis. Ce système éparpillait les ressources1, empêchait de trouver de bons maitres, de donner des relevés exacts et réguliers, et provoquait des conflits entre le township et le district. D’ailleurs il n’était pas conforme à la législation ancienne; c’est en 1800 seulement qu’un acte- autorisa les select vieil à convoquer des assemblées d’électeurs par district pour voter des fonds scolaires, et ce n’est qu’en 1817 que les districts furent reconnus comme corporations distinctes. En 1869 un acte a été voté abolissant les districts, attribuant leurs propriétés aux lotcnships et imposant à ceux-ci l’obligation de maintenir les écoles. 'Mais en 1870 la législature a permis de nouveau aux loivnships de rétablir des districts, loi dont on est très-mécontent.

1. Dans certaines écoles on comptait 5 élèves, dans beaucoup d’autres 10 seulement.

STATISTIQUE (1870)

Townships et cités 339

Écoles publiques 4,963

Enfants de 5 à 15 ans. 271,052

— aux écoles publiques 247,080

Fréquentation moyenne. ....... 203,468

Personnes employées comme instituteurs

durant l’année 8,106

Moyenne du traitement des instituteurs

dollars.

par mois (1869) 75 04

Moyenne du traitement des institutrices. 28 81

dollars.

Dépenses ordinaires 3,301,917

Dépenses pour constructions et réparations 1,768,7 19 Payé aux écoles privées 479,681

Total 5,553,317

Depuis 10 ans la somme levée par dos impôts scolaires a augmenté de 110 p. 100 ou 11 p. 100 annuellement.

En 4858 on levait par l’impôt 6 doll. 34 c., en1868 lOdoll. 84c. par écolier. La somme imposée par la loi aux communes, pour leur permettre de participer au revenu du fonds d’école, est seulement de 3 dollars par enfant entre 5 et 15 ans.

En 1858 la valeur des 3,000 écoles de l’État était de 550,000 doll. donnant par école une valeur moyenne inférieure à 200 doll.

En 1868 les 3,350 écoles étaient évaluées 9,604,000 doll. ou 2,866 doll. chacune. Ainsi, en dix ans un État comptant 4 million 300,000 habitants avait consacré à bâtir des écoles environ 50 millions de francs, malgré les désastres d’une effroyable guerre civile, et la valeur moyenne par école avait décuplé. Boston avec une population de 250,701 habitants et 46,304 enfants de 5 à 45 ans avait 38,41 4 élèves et dépensait 1 ,4 4 4,000 doll.

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