‹ L'Instruction du peupleChapitre 20 sur 186 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

parents s’acquittent réellement de leurs devoirs. Sans cette mesure les parents éluderaient la loi: ils enverraient leurs enfants dans l’une de ces écoles où ils n'apprennent rien et où un travail sédentaire de douze à quatorze heures par jour détruit leur santé et leurs forces. Il serait dressé par les soins du conseil communal ou du comité d’école, une liste des enfants en âge d’école et un tableau de la façon dont ils reçoivent l’instruction. Les instituteurs des écoles publiques tiendraient une liste de présence des élèves, qui serait visée tous les quinze jours, par le comité local et contrôlée tous les ans par l’inspecteur cantonal. L’examen des élèves qui ne suivraient pas l’école publique serait fait par deux membres du comité, sous la présidence de l’inspecteur. A douze ou à treize ans, tous les enfants subiraient un examen et recevraient un cerliûcat de capacité quand ils l’auraient mérité.

3° Exclure de la participation aux secours publics les parents qui négligeraient de faire instruire leurs enfants, et employer une partie de ces secours à nourrir l'enfant à l’école, à l’habiller, etc.

En Belgique, dans plusieurs villes, pareille disposition a été prise, et on en a obtenu les meilleurs résultats. La même mesure est appliquée à Ypres en vertu d’un règlement qui date de 1525, et qui n’a cessé d’être appliqué depuis. Aussi ne compte-t-on presque pas d’illettrés dans cette ville.

Si malgré les avantages attachés à l’accomplissement de leur obligation, les parents négligent de la remplir, le comité les frappe d’une amende annuelle de 5 à âO fr., perçue au profit du budget de l’école. Au besoin, le comité nomme à l'enfant un tuteur qui remplit à son égard le devoir de l’instruire, que négligent des parents indignes de l’autorité paternelle.

h° Donner aux conscrits qui ne savent ni lire ni écrire les premiers numéros dans le tirage du recrutement.

On pourrait peut-être aussi retenir au service les soldats illettrés jusqu’à ce qu’ils aient appris à lire et à écrire, comme le décrète la nouvelle loi russe qui rend le service militaire obligatoire pour tous.

Par cet ensemble de mesures, la loi récompense les

parents qui remplissent l'obligation d'instruire leurs enfants; elle les punit s’ils la négligent, puis elle atteint également les enfants qui n’ont point profilé de leur temps d’école et qui n’ont point réparé leur paresse, et ceux qui ont négligé de répéter ce qu’ils avaient appris.

La loi qui rendrait l’instruction obligatoire devrait être combinée avec une autre loi qui défendrait le travail des enfants dans les manufactures, dans les houillères, etc.

Quant à la perte que subiraient les parents pauvres, qui trouvent maintenant dans le salaire de leurs enfants un supplément de ressources, elle serait compensée par les secours qu’on distribuerait aux enfants dans les écoles publiques, tant en nourriture qu’en vêtements.

En outre, ainsi que cela se fait déjà en Angleterre et aux États-Unis, les personnes hienfaisantcset dévouées aux progrès de l'instruction devraient s’associer1 afin de distribuer dans les écoles, aux enfants pauvres, des vêtements et des aliments, de commun accord avec, les communes et avec les établissements de charité. Ainsi disparaîtrait la difficulté la plus réelle, la seule réelle même qui s’oppose à ce qu’on oblige tous les parents à remplir vis à-vis de leurs enfants les devoirs que la nature leur impose Les familles indigentes, qui demandent au travail des jeunes enfants un supplément de salaire, trouveraient, dans les secours donnés à ceux-ci dans l’école, une compensation à ce que la prescription de la loi leur ferait perdre.

Chercher des moyens pratiques de faire accepter par les populations l’enseignement obligatoire, voilà désormais le grand point. 11 paratt superflu d’insister davantage sur

1. Il conviendrait de fonder une vaste association dans le genre de la société hollandaise Tôt nul van l’Algemeen, des sociétés d’instruction primaire si nombreuses en Angleterre et des ligues de l'enseignement de Belgique, de France, d'Italie, etc. Chaque sociétaire s’engagerait il verser une cotisation annuelle. Les fonds seraient destinés i distribuer des encouragements de toute nature aux enfants fréquentant les écoles primaires, et à publier les écrits les plus utiles à la diffusion de l’enseignement parmi le peuple.

Si une semblable association parvenait à réunir un grand nombre de souscripteurs et des ressources en proportion, le bien qu’elle pourrait faire serait incalculable.

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