CHAPITRE V l’école laïque
Dans l’école, l’enseignement de la morale doit-il être séparé de celui des religions positives, ou convient-il d’y
appeler les ministres des cultes? L’organisation de l'enseignement ne soulève pas de question plus grave. On la discute partout, dans les pays catholiques aussi bien que dans les pays protestants, et partout elle remue profondément les fîmes, parce qu'elle touche fi leur plus sérieux intérêt, à leur sentiment le plus intime, l’intérêt et le sentiment religieux.
L’école où tous les enfants sont admis sans distinction de culte et où l’on enseigne une morale générale en dehors du dogme, c’est-à-dire l’école mixte ou laïque, est unè institution nouvelle qui ne remonte pas au delà du commencement de ce siècle. Introduite d’abord en Hollande, elle a été successivement adoptée par les États-Unis, l’Irlande, le Haut-Canada, l’Australie, et elle est réclamée par un parti puissant dans beaucoup d’Étatsdu continent, en France, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, en Italie. C’est grâce à elle que l’Amérique du Nord a réussi à organiser cet admirable système d’enseignement populaire qui fait son orgueil et sa force. C’est pour l’avoir repoussée que l’Angleterre, malgré tant de sacrifices et de dévouements, ne parvient pas à donner à scs populations laborieuses l’instruction dont elles ont besoin.
L’éloquent historien des États-Unis, M. Bancroft, a dit dans un de ses écrits que l’école laïque on non sectaire ( unseclarian ) est l’une des plus importantes conquêtes de notre époque. Cette opinion est aussi celle de tout le parti réformiste en Angleterre, depuis Cobden et Stuart Mill jusqu’au comte Russell.
Nous étudierons d’abord la question en elle-même en examinant les arguments qu’ont fait valoir les partisans et les adversaires de l’école laïque ; nous montrerons ensuite comment le problème a été résolu dans les pays qui ont adopté la solution la plus radicale, la Hollande et les États-Unis.
Ceux qui veulent que l’enseignement des religions révélées fasse partie de l’instruction primaire, qu’ils soient catholiques ou protestants, font valoir à peu près les mêmes motifs. Leurs raisonnements peuvent se résumer dans les termes suivants. Empruntant un mot de M. Guizot,