‹ L'Instruction du peupleChapitre 26 sur 186 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

qu’il avait si longtemps exercée sur les pouvoirs locaux et sur les individus, il est urgent que ceux-ci apprennent à faire un bon usage de leur indépendance enfin conquise. Si l’on veut que l’état moderne ne repose plus sur la force, il faut lui donner pour base la raison.

Le grand problème de notre temps en matière politique est, on le répète chaque jour, d’associer la démocratie, fait inévitable, avec la liberté, besoin invincible des sociétés actuelles. Que les nations qui n’ont pas réussi jusqu’à ce jour à opérer cette conciliation s’inspirent de ce qu’ont fait celles qui y sont parvenues.

Aux États-Uniset en Suisse, une liberté sans limites etsans entraves fleurit au sein d’une démocratie sans contre-poids et sans frein. D’où vient que de cette dangereuse combinaison naissent l’ordre, le bien-être, la richesse, la prospérité, le progrès? C’est que ces deux pays donnent au maître d’école la place qui lui revient, c’est qu’ils consacrent, à répandre l’instruction, la plus grosse part de leur revenu.

Faisons comme eux, et nous recueillerons les mêmes fruits, car on voit clairement ce qui les produit. Que dans chaque commune l’instituteur soit le plus respecté et le mieux rétribué des fonctionnaires, qu’on admire dans l’école laplus belle construction, qu’on ne tolère plus que personne prive un enfant de la nourriture spirituelle dont il a besoin, que le budget de l’instruction publique soit le plus élevé de tous; dès lors faites place au peuple, désormais éclairé sur ses droits, ses devoirs et ses intérêts, et saluez sans crainte l’avénement de la démocratie moderne.

Si vous reculez devant ces mesures, renoncez à un puéril espoir; n’attendez pas que la liberté sorte de l’ignorance, l’ordre des ténèbres.

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