‹ L'Instruction du peupleChapitre 29 sur 186 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

la plupart des peuples catholiques. Les peuples protestants ont adopté l’école laïque, non par suite de quelque hostilité contre le culte ou .ses ministres, mais en raison de la grande diversité des sectes : c’est affaire non de choix mais de nécessité.

Chez les peuples catholiques, la lutte à laquelle cette question donne lieu est au contraire un des épisodes et des symptômes de la crise religieuse qu’ils traversent. Occupons-nous d’abord des premiers.

Chez les peuples qui ont adopté la réforme, le nombre des sectes différentes est grand déjà, et il augmente chaque jour. Bossuet, qui ne comprenait que l’unité basée sur l’obéissance, croyait confondre et anéantir les partisans de la « religion prétendue réformée », en montrant les variations et les dissidences des Églises protestantes. Qu’aurait-il dit de nos jours à l’aspect de ces confessions innombrables que la liberté illimitée fait éclore chaque jour en Amérique? C’est pourtant la conséquence inévitable de l’émancipation de l’esprit humain en matière de religion.

Sans doute la vérité est une, mais que de façons différentes de la concevoir, de l’exposer, de se l’approprier ! En fait de culte surtout, que deinuances peuvent naître de la diversité des esprits, des tempéraments, des degrés de culture!

Ce qui édifie l’un scandalise l’autre. Celui-ci croit qu’il convient de louer Dieu avec des chants qu’accompagnent l’orgue et les instruments de musique ; celui-là est convaincu que la prière intime et le discours sont le seul hommage digne de la Divinité; ceux-ci baptisent les enfants, ceux-là prétendent que le baptême ne doit être accordé qu’à l'homme qui adopte le christianisme en connaissance de cause.

Ces variétés qui se dessinent sur un fond commun de croyances chrétiennes prouvent seulement que l’on attache assez d’importance aux résultats du libre travail de la pensée et de la conscience pour rompre avec la routine. La diversité des confessions est ainsi la marque certaine de la vivacité des sentiments religieux.

La compression, la persécution ou l’indifférence peuvent seules maintenir l’uniformité.

Les dissidences qui se multiplient à mesure que le sentiment religieux prend une forme plus personnelle ne doivent donc ni étonner ni alarmer, mais il faut en tenir compte dans l’organisation de l’école.

On ne pourra confier l’enseignement de la religion à l’instituteur, car il appartient à une secle particulière, et ses explications ne sauraient être acceptées par les sectes rivales. Il sera impossible aussi de soumettre l’école à l’inspection et à la direction du clergé, car ou ne peut appeler les ministres de toutes les communions, et admettre le ministre d’une seule serait léser les droits de toutes les autres. On est ainsi amené forcément à exclure l’enseignement dogmatique et à séculariser l’école.

La notion même de l’État conduit d’ailleurs à l’adoption de cette mesure. L’État est une institution politique et non une institution religieuse1. Appuyé sur les principes généraux de la morale, ayant pour fonction d’assurer le règne de la justice, l'État ne doit point favoriser une confession particulière au détriment des autres. L’école établie par l’État laïque doit être laïque comme lui.

Tous les citoyens contribuent pour une part à la soutenir de leurs deniers-, il faut donc qu'elle soit ouverte à tous les enfants sans distinction de culte, et elle ne pourrait l’être, si elle était soumise à la direction des ministres de l'une ou l’autre confession.

De ce que l’on n’enseigne point le dogme, on a voulu conclure que l’école était irréligieuse ; c’est à tort. Gomme on dit en Amérique, elle est unsectarian et point qodless; elle n’apparlient exclusivement à aucune secte, mais il ne s’ensuit point qu’elle soit athée.

L’instruction que l’enfant reçoit n’a pas pour but de l’enrôler définitivement dans telle ou telle communion, elle le prépare à comprendre les enseignements de celle dont il fait partie.

Il en est de même pour la politique : on ne vise point à

t. Ce côté du problème a été traité d’une façon originale et profonde dans une des études que contient le volume intitulé : La révolution philosophique au xix” siècle, par M. F. Huet, œuvre posthume d’un esprit éminent trop tôt enlevé aux sciences sociales.

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