‹ L'Instruction du peupleChapitre 55 sur 186 · A LL K MAGNE · texte numérisé non relu

A LL K MAGNE

vispcclor, lequel est un ecclésiastique, qui visite les 15 à 20 écoles de son ressort, en fait rapport, et qui y préside aux examens annuels.

Dans le Regierungsbezirke, les affaires scolaires sont administrées par le Schulralh.

Le Schulralh , ou conseiller d’école, est investi du pouvoir exécutif dans le département : c’est le préfet scolaire, le véritable directeur de l’instruction primaire. D’une part, il dépouille les rapports des comités locaux et des inspecteurs de cercle, en fait le résumé, propose les mesures administratives, les changements à introduire; d’autre part, il correspond avec le ministère dont il transmet les décisions. Il est l’intermédiaire toujours bien informé entre les autorités locales et le pouvoir central.

/ u centre de la province, à côté du gouverneur, on trouve le Provincial Schulcollegium ou comité scolaire provincial, avec un Provincial Schulralh; mais celui-ci ne s’occupe que de l’enseignement du degré supérieur. — La hiérarchie des fonctionnaires de l’instruction est donc réellement celle-ci : 1° l’instituteur; 2° le Schulvorstand avec le pasteur comme président et inspecteur local; 3° le Kreisschulinspeclor ecclésiastique; 4° le Regierungs Schulrath laïque ou ecclésiastique; 5° le ministre do l’instruction publique.

L’instituteur n’est pas nommé par l’autorité locale. Il l’était naguère par le patron de l’école, qui est tantôt le seigneur, tantôt l’État, tantôt la commune. D’après l'article 21 de la constitution prussienne de 1850, a l’État nomme les instituteurs des écoles publiques, avec l’intervention de la commune à régler par la loi. »

L’inconvénient de cette organisation, c’est qu’elle est trop bureaucratique et qu’elle ne laisse pas assez de place à l’initiative locale. Il en résulte que les habitants ne prennent pas un assez grand intérêt aux affaires de l’école. Mais, d’autre part, comme les fonctionnaires de la hiérarchie scolaire sont très-compétents et tenus à un travail actif par la volonté de fer du pouvoir central, on arrive à de bons résultats.

C’eut été d’ailleurs se faire une étrange illusion que d’attendre l’organisation d’un bon enseignement de la part des villageois de la Poméranie, de la Westphalie, ou des provinces rhénanes. Le régime américain aurait certainement échoué ici. Pour dissiper l’ignorance, il faut l’intervention active, persistante de l’Etat. Depuis deux siècles, les souverains do Prusse publiaient des édits et des ordonnances; ce n’est que par la main ferme do la hiérarchie qu’on a pu vaincre la résistance passive des populations rurales. Répandez l’instruction, et l’initiative individuelle, l’activité locale naîtront. Sinon, le pays croupira éternellement dans l’ignorance et l’indifférence héréditaires. Maintenant que l’instruction est généralement répandue, on pour-

liü L’INSTRUCTION DU PEUPLE.

rail augmenter probablement la part d’intervention de la commune.

Le clergé exerce une grande autorite dans l’enseignement primaire, puisque les deux premiers degrés do l’inspection sont complètement dans ses mains. Cependant le pasteur de paroisse et le Superinlendenl étant hiérarchiquement subordonnés au Sciai Irai h, les doux inspecteurs ecclésiastiques peuvent être considérés comme des fonctionnaires de l'État. D’ailleurs, en veilu d'une loi 1 que les chambres viennent de voter (fev. 1872) après une discussion ardente, le gouvernement confiera probablement l'inspection h des autorités laïques. Comme le clergé catholique s’est fait le chef d’un parti politique trèsmilitant et très-agressif, on no veut pas qu’il puisse transformer l'école en un instrument de guerre contre le pouvoir civil.

L’organisation des écoles est copiée sur celle de l’armée. Il y règne le même ordre, la même discipline, le même esprit de précision rigoureuse dans les détails, la même recherche des améliorations dans les hautes régions. C’est la bureaurratrie mise au service non de la routine, mais du progrès. Le génie do Frédéric II se perpétue ici comme dans toutes les autres branches de l’administration.

En Prusse, ainsi que dans presque toute l’Allemagne, l'école est confessionnelle. C’est qu’elle est née à l'ombre de l’Église réformée comme un organe essentiel du culte protestant. La religion était même d’abord la seule branche qui fût enseignée. Savoir lire et comprendre la Bible, tel était le but. Les écoles qui furent créées plus lard dans les pays catholiques, successivement annexés à l’ancienne Prusse protestante, furent, d'après le même principe, exclusivement catholiques. En général, cela n’offrait point do difficulté, parce que chaque région appartenait presque entièrement à l'un ou à l'autre culte. L'école

I. Voici le texte de cette loi nouvelle qui semble être l’oeuvre personnelle de M. de Bismark.

o S I. L’inspection de tous les établissements d’instruction et d’éducation publics et privés appartient à l’État. Eu conséquence, toutes les autorités et tous les fonctionnaires chargés de cette inspection agiront au nom de l’État.

« Toutes les dispositions contraires h la présente loi dans les différentes parties du pays sont abrogées.

« § II. La nomination des inspecteurs des écoles pour une seule localité ou pour tout un cercle, ainsi que la délimitation de leur district d’inspection, appartient & l’État seul. Le mandat conféré par l’État aux inspecteurs des écoles primaires peut toujours être révoqué, en tant qu’ils exercent ces fonctions à titre de fonctions accessoires ou honorifiques.

« Toutes les dispositions contraires sont abrogées.

« § III. La présente loi no porte aucune atteinte au droit des communes et de leurs organes de participer à l’inspection des écoles, ni à l’article 24 de la Constitution du 31 janvier 1850. »

ALLEMAGNE. III

mixie ne fut introduite qu’en Silésie, parce qu’il .y existait des protestants disséminés ( Diaspora ) au sein d’une majorité catholique.

Un mouvement très-puissant s’est produit en Allemagne en faveur de l’école laïque. Déjà l'assemblée de Francfort s'élait prononcée, en 1848, pour la séparation do l’Église et de l’école. Ce système, dont on s’est rapproché en Autriche, et qui parait devoir l’emporter dans l’Allemagne méridionale, est au contraire repoussé en Prusse par le parti gouvernemental. Il semble toutefois que M. de Bismark est décidé à restreindre notablement l’influence du clergé.

La constitution prussienne de 1850 dit, article 24: « En organisant l’école primaire publique on aura égard, autant que possible aux relations confessionnelles. L’instruction religieuse sera donnée dans l’école, sous la direction des ministres du culte. »

Les quelques écoles mixtes qui existent encore tendent à disparaître. En général, les parents et le gouvernement s’y sont montrés également hostiles. Les minorités, soit protestantes, soit catholiques, bâtissent des écoles exclusives à leur usage, et la commune est ordinairement obligée de les entretenir. Néanmoins, d’après le code de 1794, tout enfant peut se présenter aux écoles communales, et, s’il est dissident, il est dispensé d’assister aux leçons de religion *.

L’instruction religieuse forme encore l’objet principal de l’enseignement. L’utilité do cette instruction est bien indiquée dansles lignes suivantes: « Il faut que l’esprit chrétien pénètre l’homme tout entier, afln que le citoyen apporte dans la vie politique les vertus qui y sont indispensables. Un peuple chrétien fait régner dans la société les vertus chrétiennes, sans que l’État ait à les sanctionner par ses lois ou même quand l’État est hostile au christianisme. L’école doit inspirer à l’enfant l’obéissance, le respect, l’humilité, le goût du travail, la tendresse do cœur dans l’intérêt de la famille, — la charité, la tolérance, la justice dans l’intérêt de la vie sociale, — le dévouement, la discipline, l’esprit de sacrifice dans l’intérêt do l’État. Le chrétien aura la bravoure sans la jactance, la fermeté sans l’orgueil, l’obéissance sans la servilité, l’amour de la liberté sans l'esprit do rébellion. Il saura réclamer les droits de l’homme, sans méconnaître les devoirs de l’homme. C’est par le christianisme que la vraie liberté est entrée dans le monde; c’est par lui seulement qu’elle peut s’établir définitivement*. »

1. Une décision ministérielle du 2î mars 1859 porte que la liberté de cultes étant reconnue, les dissidents, môme n’appartenant pas à un culte reconnu, ne peuvent être tenus d’envoyer leurs enfants à l’instruction religieuse.

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