‹ L'Instruction du peupleChapitre 72 sur 186 · SS · texte numérisé non relu

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Tandis que dans l’Allemagne protestante l’instruction se répandit à partir de l’époque de la Réforme, en Autriche ce n’est que vers la fin du xvm,> siècle qu’on commença à s’occuper de l’enseignement primaire.

Les frères Pioi istes et quelques communautés de femmes avaient, il est vrai, entretenu un certain nombre d’écoles. Mais aucun degré d’instruction n’était ni exigé par l’Église, ni imposé par l’État; aucun effort suivi n’était fait pour combattre l’ignorance. On estime que vers 1770, sur 100 enfants 21 allaient à l’école à Vienne, 16 dans le reste du duché d’Autriche et en Silésie.

En Bohème, le grand mouvement suscité par les Hussites avait répandu l’instruction jusque dans les campagnes. Mais le pays, écrasé par les jésuites, retomba dans les ténèbres.

C'est après la guerre de sept ans que Marie-Thérèse et ses conseillers comprirent l’importance de l’enseignement du peuple. Une commission scolaire est constituée. En 1771, une école normale est fondée à Vienne. En 1774 , parait le règlement général de l’enseignement ( Allgemeine Schulordnung ).

Ce règlement inspiré par Felbiger est très-remarquable. Il reproduit, en les coordonnant, les meilleures prescriptions en vigueur alors en Saxe et en Prusse.

Chaque paroisse est tenue d’avoir son école, que la commune doit entretenir avec le secours du domaine.

Au siège de chaque commission scolaire une école « triviale » sera établie, et autant que possible on ouvrira des écoles spéciales pour les filles. L'enseignement de la religion sera donné exclusivement par les ministres du culte. Les parents doivent envoyer leurs enfants à l’école de 6 à 12 ans sous peine d’amendes. Les enfants dont l’instruction n’est pas suffisante à 12 ars seront retenus plus longtemps.

Un élan extraordinaire fut imprimé au pays. Dans presque chaque province il se trouva un homme capable qui se dévoua à la cause de l’instruction populaire. Toutes les classes s’en occupèrent avec cet amour de l'humanité et du progrès qui caractérise partout la fin du xvine siècle. Nulle part on ne fit autant en si peu de temps qu’en Autriche alors. Dans le Salzkammergul la fréquentation de l’école s’élèva de 24 à 66 pour 100 des enfants en âge d’y aller. En Bohème 500 nouvelles écoles furent ouvertes dans l’ospace de quatre ans.

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Joseph II poursuivit avec énergie l'œuvre commencée par sa mère. Il publie décret sur décret à cet effet. Il commande l’obligation scolaire d’une façon plus énergique; il organise l’inspection ; il impose la construction de l’école aux seigneurs qui jouissaient du patronat i il détermine le minimum du traitement de l’instituteur ; en un mot, il ne cesse de s’occuper des moyens de répandre l’instruction. Après lui, la direction do l'enseignement fut remise entre les mains du clergé. Néanmoins, on ne peut reprocher au gouvernement autrichien de s'être montré indifférent au progrès de l'instruction; caries décrets qui se rapportent à cette matière formeraient tout un code. Mais le défaut d'activité intellectuelle, la compression en matière politique, la diversité des langues, l’état arriéré de certaines provinces, l’indifférence ou l’hostilité du clergé catholique, produisirent ce résultat, que le degré d’instruction des diverses populations de l’empire resta très-inégal, et que l’État n’arriva pas, comme en Prusse, à amener partout tous les enfants à l’école.

La loi sur l'instruction obligatoire ne fut jamais rigoureusement observée, parce que les autorité locales n’y prêtèrent point la main et que l’autorité centrale au xix' siècle n’y attachait guère d’importance ou y était même parfois hostile. Dans beaucoup de parties de l’empire la loi était comme non avenue. De l’avis de tous les hommes compétents, l’enseignement primaire était dans un état peu satisfaisant. Les maîtres ne recevaient qu’une préparation tout à fait insuffisante. Trèssouvent le choix du maître était dicté par d’autres considérations que celles de son mérite. Ilétaitordinairementsi peu rétribué qu’on ne pouvait se montrer exigeant sous le rapport de l’aptitude. Les méthodes pédagogiques étaient très-arriérées, et se bornaient fréquemment à un pur mécanisme. Les Autrichiens eux-mêmes ont fait de leurs écoles un tableau peu flatteur et même souvent plus sombre que la réalité.

Immédiatement après 1848, un ministère de l’instruction publique fut créé : on comprenait la nécessité de réorganiser l’enseignement à tous les degrés. Helfert, à qui le soin de l’instruction primaire fut spécialement confié par le ministre Thun, fit de grands efforts pour la remettre sur un meilleur pied. Il fut secondé avec un dévouement réel par les inspecteurs nouvellement nommés. Un nombre considérable d’arrêtés furent publiés pour améliorer l’enseignement. Malheureusement en cette matière comme dans toutes les au 1res, les difficultés de la situation générale de l’empire, le conflit des nationalités rivales, la lutte entre l’Église et la société laïque et les variations incessantes de la politique empêchèrent d’atteindre le résultat désiré.

Le concordat du 18 août 1855 soumit tout l’enseignement public et privé à la direction suprême du clergé catholique. Les articles 5, 6, 7 et 8 portaient : « L’instruction de toute la jeunesse catholique

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dans toutes les écoles tant publiques que privées, sera conforme à la doctrine de la religion catholique. L’enseignement primaire est placé sous l’inspection du clergé; quiconque s’écarte du droit chemin doit être aussitôt renvoyé. » Les lois confessionnelles de 1868 ont soustrait l’enseignement à l’autorité de l’Église, et depuis lors, l’inspection et la haute direction sont rentrées aux mains de l’État.

Un des faits les plus curieux qui ont signalé la nouvelle ère dans laquelle l'Autriche est entrée après 1866, a été sans contredit les éongrès généraux d’instituteurs qui se sont réunis à Vienne. Celui de 1867 comptait plus de 2000 instituteurs présents. Us ont tenu leurs séances au Palais impérial, au siège même de l’antique absolutisme. Les idées modernes et l’œuvre de la liberté ont trouvé des organes éloquents dans les maîtres qui avaient été formés et surveillés parle clergé. A l’unanimité on décida que l’école primaire n’était pas en Autriche ce qu’elle devait être, et que le maître d’école ne pourrait remplir convenablement sa haute mission, que quand il serait soustrait à la domination de l’Église.

L’enseignement primaire dans la Cisleithanie est actuellement régi par la loi du 14 mai 1869. Cette loi indique, dans son article 1er, le but de l’enseignement primaire. Il y est dit : « L’école populaire a pour but d’élever les enfants suivant les préceptes de la morale religieuse, de développer leur activité intellectuelle, de les munir des connaissances nécessaires à leur progrès dans la vie et de leur inculquer les qualités dont ils ont besoin comme hommes et comme membres de la société. »

L’école cesse d’être confessionnelle en ce sens que toute école qui reçoit des subsides d’un pouvoir public doit être accessible à tous les enfants sans distinction de culte {okne Unterschied des Glaubenbekenlnisses.)

Aux connaissances ordinaires enseignées dans les écoles élémentaires on a ajouté les parties les plus intéressantes de l’histoire naturelle, de la géographie et de l’histoire, spécialement dans leur rapport avec l’Autriche et avec sa constitution politique, la connaissance des figures géométriques et la gymnastique.

La loi de 1869 a organisé une inspection civile des écoles qui s’étend même à l’enseignement privé, mais les autorités ecclésiastiques ont refusé de s’y soumettre. Dans le Tyrol les populations excitées par les prédications de la chaire ont chassé les inspecteurs laïques à coups de pierre.

On distingue deux sortes d’écoles élémentaires. L’école inférieure ( Trivialschule ou allgemeine Volksschule ) et l’école supérieure (Hauptschule ou Bàrgerschule).

Dans chaque chef-lieu il doit y avoir une école modèle à la-

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quelle est attachée une section normale où se forment les aspirants instituteurs.

La plupart des écoles sont fréquentées par les deux sexes. Il n’y a qu'en Tyrol où la moitié des écoles seulement sont mixtes.

Quand on veut savoir si le nombre des écoles est suffisant il ne faut pas se contenter de relever une moyenne qui n’aurait guère de signification, eu égard à l'extrême diversité qui règne entre les différents pays. Ainsi en Tyrol (1863) on trouvait une école par 447 habitants, dans le district de Salzbourg t par 972, dans l’Autriche inférieure 1 par 1198, en Silésie 1 par 1093, en Moravie 1 par 1112, en Bohême 1 par 1264, en Bukovine 1 par 2000 et en Dalmatie 1 par 2264. Partout, sauf en Tyrol, le nombre des écoles est donc insuffisant.

Les tableaux de M. Ficker1 montrent que ce sont les Allemands qui, relativement à leur nombre, ont le plus d’écoles, puis viennent successivement les Tchèques, les Slovènes, les Croates, les Ruthènes et les Sorbes.

L’école est entretenue par la commune. Elle reçoit parfois quelques subsides du fonds d’école dont le revenu monte à environ 400,000 florins (1 florin = 2 francs 50 centimes). On ne possède point de données exactes sur la dépense totale de l'enseignement primaire. Les articles 20 et 21 déclarent la fréquentation de l'école obligatoire de six à quatorze ans. Avant la loi de 1869 elle ne l’était que de six à douze ans. Le maître dresse la liste des absents, qui est transmise à l’autorité communale. Les peines contre les récalcitrants sont prononcées par les autorités du cercle.

L’Empereur vient de sanctionner le nouveau règlement sur les écoles primaires voté par la Diète de la Basse-Autriche dans sa dernière session. Ce règlement abolit l’écolage, augmente les traitements des instituteurs et porte les traitements des institutrices au même chiffre que ceux des instituteurs.

L’enseignement religieux est donné par le ministre du culte. L’instituteur touche les rétributions des enfants et en outre un traitement payé par la commune et souvent représenté par des terres ou des prestations en nature. Il ne peut êlre démissionné ou déplacé que par l’autorité provinciale ( Landesbelwrde ). C’est cette autorité qui fixe le traitement de l’instituteur.

La rétribution scolaire monte à 3, 4 ou 5 kreuzer (7j, 10 ou 12;

1. Voyez aussi l'article OEsterreich , dans l'Encyclopüdie de Schmid. — On peut consulter également : Bildungswesen in Dsutschland, von Dr Lorenz Stein; Fortschritt des Unterrichtswesen in den Culturstaaten Europas, von Adolf Beer und Franz Hocliegger, et l’Instruction populaire, par Frédéric Monnier.

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centimes) par semaine d'après l’âge de l’enfant. Elle revient ainsi à 2 ou 3 francs par an dans les campagnes, à 7 ou 8 francs dans les villes.

L’école « de perfectionnement « ( Fortbildungsschule ) fait souvent suite à l’école primaire. Elle est ordinairement tenue par le même instituteur et elle reçoit les enfants de douze à quinze ans.

Dans l’Autriche inférieure on trouve autant d’écoles de perfectionnement que d’écoles élémentaires. En Bohême, Moravie, Silésie, Autriche supérieure, la proportion est de 94 à 97 pour 1 00. En Styrie, Carinthie, Carniole et Tyrol de 90 pour 100. Dans les autres pays de l’Empire elles sont plus rares. C’est un des bons côtés de l’enseignement primaire en Autriche. Les leçons durent 2 ou 3 heures par semaine. Elles se donnent le dimanche ou dans la soirée. La fréquentation est aussi obligatoire.

Pour former les instituteurs, des cours normaux sont attachés à des écoles modèles. Les cours durent deux ans. Les aspirants doivent généralement subvenir à leurs besoins, le nombre des bourses d’étude étant très-restreint.

Voici le tableau de ces cours normaux en 1864 :

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