‹ L'Instruction du peupleChapitre 71 sur 186 · ÉCOLES INSPECTÉES ET PRENANT PART AUX SUBSIDES DE · texte numérisé non relu

ÉCOLES INSPECTÉES ET PRENANT PART AUX SUBSIDES DE

ANGLETERRE

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avec 1262 assistants et 14,304 élèves-maîtres [pupil teachers) ; en Écosse de 2,499 instituteurs avec 2 assistants et 3,203 pupil leachers. Il n’y a donc en Angleterre que 1 maltro ou assistant par 1 44 élèves, tandis que la proportion normale est de 1 par 60 ou 70 écoliers. Il n’y pas même la moitié des instituteurs indispensables et les élèvesmaîtres ne peuvent les remplacer.

On compte, soumises à l’inspection, 15 écoles normales [training schools ) pour instituteurs, 16 pour institutrices, 7 pour les deux sexes. L’établissement de ces écoles a coûté 445,977 livres sterling et leur dépense annuelle monte à 111,583 livres sterling soit environ 2,786,000 francs. Elles donnaient l'instruction en 1871 à 2,933 élèves dont 1549 du sexe féminin; la dépense par élève monte donc à environ 1,000 francs, non compris l’intérêt du capital des bâtiments. Aux 38 écoles inspectées il faut en ajouter 7 indépendantes, ce qui porte le nombre total à 45. Celles-ci pouvaient contenir 3261 étudiants. Le nombre de ces écoles était suffisant pour assurer le recrutement actuel du personnel*. Sur les 12,467 membres de ce personnel, 6,072 étaient des institutrices. Sur les 12,061 écoles ou classes séparées inspectées en 1 870, 2,486 étaient pour garçons, 1 805 pour filles, 5,766 pour les deux sexes. A moins d'admettre comme en Amérique l’école mixte, il faut avouer que le nombre d’écoles pour filles est déplorablement restreint. Le rapport officiel se plaint du résultat des examens.

Précédemment l’inspection se faisait d'après les différentes confessions auxquelles les écoles appartenaient. Aujourd’hui l’Angleterre a été divisée en 64 districts visités par 73 inspecteurs. L'Écosse en possède 11. Ces inspecteurs déploient une grande activité; car nonseulement ils visitent les écoles, mais il examinent les élèves sérieusement afin de s’assurer s’ils peuvent contribuer à donner droit au subside à l'école qu’ils fréquentent.

Les administrateurs des écoles qui veulent obtenir un subside de l’État doivent d’abord percevoir unécolage. Cependant ils peuvent en dispenser les familles pauvres, et dans certains districts très-peu aisés l’exemption peut môme être générale. La rétribution scolaire monte en moyenne à 9 francs par élève et par an.

Chose étrange et très regrettable, les Anglais ne possèdent de données précises sur aucune des questions qui les intéressent le plus.

1. Ou estime que 1250 diplômés peuvent sortir des écoles normales d’Angleterre après deux années d’étude. Si on admet que la carrière moyenne du maître est. de 20 ans, ce nombre suffirait pour recruter un personnel de 25,000 instituteurs, sans compter ceux qui ne passent pas par les training schools. Les écoles écossaises peuvent recruter un personnel de 7,600 maîtres.

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Ainsi ils ignorent le nombre des propriétaires, le nombre exact des écoles, la dépense qu’elles occasionnent. Pour ce qui concerne l’enseignement on n’a aucune statistique complète et précise. Le rapport officiel de 1871 nous donne la dépense faite dans 3,876 écoles subsidiées et dans 295 écoles inspectées mais non subsidiées, instruisant les premières 1,399,569 elles secondes 16,884 enfants.

Les premières ont dépensé 1,791,998 livres sterling, dont 1,423,566 pour les instituteurs. Leur revenu provenait du gouvernement pour 607,546 livres sterling, de l’écolage pour 598,671 livres sterling, des contributions volontaires pour 479,954 livres sterling. La dépense par élève fréquentant régulièrement les classes était de 32 francs.

Le nombre des souscriptions volontaires montait à 207,761. Les écoles simplement inspectées coûtaient 20,240 liv. sterl. La dépense totale pour 10,171 écoles était de 1,812,238 livres sterling ou 45,305,900 fr., ce qui fait environ 4,500 fr. par école. Les écoles primaires doivent coûter au total environ 50 millions; en ajoutant les 2,800,000 fr. payés pour l’entretien des écoles normales, on arrive à un total inférieur à 53 millions, soit à environ 2 fr. par tête. C’est extrêmement peu pour un pays aussi riche que l’Angleterre. En Europe, le Danemark et les cantons protestants de la Suisse, dépensent pour l’instruction primaire 5 fr. par tête, le Massachusetts 15 fr., l’Illinois •14 fr., soit sept fois plus que l’Angleterre. En proportion, celle-ci devrait consacrer à l’enseignement du peuple 390 millions fr. La loi de 1870, comme l’a fait entendre M. Forster, n’est qu'une mesure transitoire; on finira probablement par adopter le système américain; 1 on

1. Une puissante association s'est constituée pour obtenir que la loi établisse un système qui assure, dans le pays entier, l’instruction de chaque enfant. Voici les moyens qu’elle préconise afin d’atteindre ce but :

1° Les autorités locales seront obligées de faire en sorte que des moyens d’instruction soient mis à la portée de chaque enfant ;

2» Les dépenses scolaires seront couvertes par des taxes locales et par des subsides de l'État ;

3“ Toutes les écoles soutenues par ces taxes locales seront soumises à la direction des pouvoirs locaux et 4 l’inspection des agents de l’État;

4” Toutes les écoles soutenues par l'impôt seront non-confessionnelles ( unsectarian ) ;

5" Dans toutes ces écoles l’admission sera gratuite ;

6° Dès que les moyens d’instruction seront organisés, la fréquentation de l’école sera rendue obligatoire pour tous les enfants qui ne reçoivent point d’instruction & domicile.

Ce programme demande donc l’application en Angleterre des lois scolaires en vigueur dans le Massachusetts et la Pensylvanie.

y perdrait, il est vrai, 11 à 12 millions de souscriptions annuelles, mais les personnes qui veulent favoriser la diffusion des lumières feraient comme en Amérique : elles consacreraient leurs libéralités à élever des écoles modèles, des écoles normales, des bâtiments et des institutions deslinés à ouvrir des voies nouvelles au progrès.

11 est toutefois dans la législation scolaire anglaise un principe qui est excellent et qu’on pourrait imiter partout: c'est celui qui préside à la répartition des subsides de l’État. Ceux-ci sont accordés d’après certaines règles arrêtées par le Conseil supérieur de l’éducation. Voici comment elles sont formulées dans l’article 19 du « Nouveau code » de 1871.

Les directeurs d’une école ouverte au moins 400 fois dans l'année, soit le matin, soit l’après-midi, peuvent réclamer : A. 6 shillings par élève fréquentant régulièrement l’école pendant toute l’année ;

B. Pour chaque élève présent le jour de l’examen : 8 shillings, de l’âge de quatre à sept ans, ou 10 shillings si l’enseignement se donne dans une classe séparée.

Pour tout enfant de plus de sept ans, soumis alors à l'examen :

4 shillings s’il satisfait pour la lecture;

4 — — pour l’écriture ;

4 — — pour le calcul.

Total. . . 12 shillings.

Comme dans l’industrie, le subside est accordé en raison des résultats obtenus. Les directeurs de l’école ou le comité local sont ainsi stimulés à attirer le plus d’élèves possible dans leurs institutions et à y faire apprendre aux élèves, le plus vite possible, les connaissances élémentaires exigées. Je ne connais point de meilleur moyen de stimuler les autorités locales et do distribuer équitablement les secours accordés par le pouvoir central. C’est certainement, en fait d’organisation scolaire, une des innovations les plus ingénieuses et les plus utiles que l’on ail imaginées.

Il est probable que le parlement finira par décréter l’enseignement obligatoire d’une façon générale, car beaucoup de laïques et la plupart des pasteurs protestants arrivent à en reconnaître la nécessité, même les chefs de l’Église catholique s’y montrent favorables au lieu de le combattre, comme sur le continent.

On commence à introduire dans beaucoup d’écoles la gymnastique et l’exercice militaire, et les avantages qui en résultent sont frappants. Comme le dit très-bien M. lidvvin Chadwick, <t l’éducation physique et les exercices militaires développent les éléments moraux compris dans le mot discipline : une attention forte et vive, une

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obéissance prompte, l’empire sur soi-mème, le silence, la patience, le respect de l’autorité. L’expérience démontre que par l’éducation physique et par le dessin élémentaire, qui exerce l'œil et la main, on ajouterait un tiers à la force productrice de la population. »

L’évèque catholique de Londres, M. Manning, dans son mandement de carême pour 1872, tout en repoussant l’école « séculière » reconnaît le droit de l’État de rendre l’enseignement obligatoire. «L’État, dit-il, a le droit de punir le père, pouravoir négligé son devoir naturel d’instruire ses enfants; il peut l’obliger à le remplir. L’éducation obligatoire, comme punition do sa négligence et comme remède contre un danger social, est incontestablement de la compétence de l’État; mais cela même n’enlève pas au père le droit de choisir le genre d’éducation qu’il croit bon. »

CANADA. — Si, après avoir constaté l’insuffisance du système volontaire anglais, on veut se convaincre encore davantage de la nécessité de l’intervention des pouvoirs publics en matière d’instruction primaire, il faut étudier l’état de cette instruction dans une colonie anglaise où l’on peut voir se développer librement deux races très-différentes, les Anglo-Saxons et les Français; — je veux parler du Canada. Avant l’organisation de l’enseignement par voie législative, les campagnes étaient plongées dans une ignorance absolue. Les deux villes principales, Québec et Montréal, avaient seules quelques établissements où les enfants des classes aisées venaient puiser les connaissances élémentaires, trop vite oubliées. Un voyageur, Talbot, après avoir parcouru k cette époque le Haut-Canada, déclare n’avoir vu, pendant cinq ans de séjour, que deux personnes tenant un livre à la main; il est vrai, ajoute-t-il, que les livres y sont aussi rares que les pommes sur les montagnes de la zone polaire. Dans le Bas- Canada, habité par les Français, savoir lire et écrire était un talent si exceptionnel que plus d’un membre du parlement no le possédait pas. Un journal de Québec proposait de fonder une école d’adultes pour communiquer aux législateurs ces connaissances indispensables. L’un des gouverneurs de ce temps, lord Durham, s’étonnait, en arrivant dans la colonie, qu’on n’eût rien fait pour l’instruction des classes inférieures. Enfin dans la Haut-Canada, la législature intervint en 1841, 1843 et 1846 pour établir un système général d’enseignement primaire soutenu par les subsides de l’État et des communes. Nous trouvons ici deux de ces hommes qui, comme MM. Barnard et Horace Mann aux États-Unis, consacrent une indomptable énergie et un esprit élevé et juste, appuyé sur de vastes connaissances administratives, à l’œuvre del’éducation nationale, M. Ryerson, dans le Haut-Canada et M. P. Chauveau dans le Bas-Canada. Voyons

d’abord ce qui concerne le Haut-Canada, presque exclusivement habité par des Anglo-Saxons.

Le révérend Dr Kyerson, après avoir étudié avec soin les institutions scolaires de l'Europe et do l’Amérique, publia un rapport sur l’instruction primaire dans le Haut-Canada, dont les conclusions furent ratifiées par le parlement. Il emprunta à l’Allemagne ses écoles normales, à l'Irlande son système d’instruction religieuse, aux États- Unis le principe fécond que l'enseignement du peuple est un service public auquel il faut pourvoir par l’impôt, et l’on arriva ainsi à établir une organisation dont les Canadiens sont fiers, et à juste titre, comme le prouvent les rapides progrès qu'elle a provoqués.

Chaque commune ( loumship ) est divisée en sections d’une étendue suffisante pour soutenir une école. Dans chaque section, les électeurs choisissent une commission de trois membres (trustées), constituée en personne civile, qui administre la propriété de l'école cl tous les biens et revenus qui peuvent lui appartenir. Ce comité nomme l’institeur, surveille l’enseignement, lève les taxes votées à cet effet par les contribuables, et en réalité dirige tout le service, sous la condition obligatoire que l'école sera ouverte pendant au moins six mois de l’année. Un fonds composé d’un subside parlementaire et d’une somme égale levée sur les biens-fonds dans chaque commune, est distribué entre toutes les sections, en proportion du nombre d’élèves qui fréquentent l’école publique.

Ce qui est particulier au Haut-Canada, c’est que la loi n’impose aucune obligation aux communes. Tout ce qu’elles font émane de leur libre initiative. L’État n’oblige à rien; il accorde seulement des subsides proportionnés aux sacrifices que fait chaque localité. Dans certaines sections, on exiga un écolage, qui ne peut dépasser 25 cents (1 fr. 25) par mois et par élève. Les écoles gratuites ont beaucoup plus de succès. « Quelque opinion théorique qu'on puisse avoir, dit le surintendant général, les rapports des inspecteurs imposent la conviction que l’école gratuite est le seul moyen d’assurer l'instruction de tous les enfants. » En 1863, l’écolage produisait seulement 72.680 dollars, et 1,631,755 dollars étaient demandés à l’impôt local sur la propriété par les trustées. 3,228 écoles étaient gratuites, 834 étaient soutenues par l’écolage combiné avec l’impôt, 71 par l’écolage seul.

Les écoles sont visitées deux fois chaque année par des inspecteurs ( local superintendent) que nomme le conseil du comté et qui sont tenus de donner annuellement une conférence dans chaque section, de manière à faire pénétrer ainsi partout un reflet d’une vie intellectuelle plus élevée. Réunis en commission, ils examinent les candidats instituteurs et leur délivrent le diplôme. La direction supérieure

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appartient à une autorité centrale divisée en deux branches : le pouvoir exécutif, confié à un Surintendant général [chief Superintendenl of éducation), et le pouvoir législatif, exercé par le grand conseil de l’instruction publique. Les fonctions du surintendant sont très-importantes. Il paye directement tous les subsides et il décide toutes les questions litigieuses que soulève l’application de la loi. C’est à lui que sont adressés tous les rapports des comités locaux, qu’il résume dans le rapport général, soumis chaque année au parlement. Nous trouvons ici un principe d’administration emprunté à l’Angleterre et qu’il faut noter. Les Anglais confient souvent à un seul fonctionnaire la direction complète d’un service, avec le droit de nommer directement tous ses subordonnés. Dans les tribunaux, au lieu d’une cour composée de cinq magistrats, un seul juge siège et décide. Quand il s’agit d'éclairer un débat, ils font volontiers appel aux lumières des corps délibérants ou des comités consultatifs; mais dès qu’il s’agit d’administrer, déjuger, ils préfèrent s’en rapporter aux décisions d’un seul, parce qu’ainsi la responsabilité du bien et du mal s’attache à une personne nettement déterminée, et quand le public a lieu de se plaindre, il sait à qui il doit s’en prendre. La responsabilité collective est une très-faible garantie de bonne administration, tandis que la responsabilité individuelle en est une excellente. D’ailleurs un chef de service capable choisira beaucoup mieux ses employés que le ministre, pour deux raisons : d’abord parce qu’il sait mieux les conditions que doivent réunir ceux qu’il doit nommer, ensuite parce qu’il a un intérêt direct à ne pas faire de mauvais choix, attendu qu’il en porterait la peine et devant l’opinion publique, qui le contrôle, et devant le pouvoir suprême, dont il dépend.

La question de l’enseignement religieux dans les écoles a reçu ici une solution qui mérite d’être signalée parce qu’elle tient le milieu entre lo système irlandais et le système américain. Ce n’est point tout à fait la sécularisation radicale comme aux États-Unis, et cependant la liberté de conscience est scrupuleusement respectée. Dans aucune école, les enfants ne sont tenus de lire ou d’entendre lire des extraits d’un livre religieux quelconque ou de s’associer à une pratique de dévotion, quelle qu’elle soit, sans le consentement de leurs parents. L'instituteur ne peut s’occuper de l'instruction religieuse avec les élèves qui veulent y participer qu’en dehors des heures de classe; mais s’il doit éviter de parler des dogmes d’une secte particulière, il est tenu cependant d’inculquer aux élèves les principes généraux de la morale et de la religion naturelle. Il ne sera pas superflu de citer, au sujet de celte importante matière, les termes mêmes dont s’est servi le Conseil supérieur de l’instruction publique. « Le système adopté en Irlande doit servir de modèle pour le Ilaut-

Canada. Là, ainsi que le constate la commission de l'éducation nationale irlandaise, on s’efforce partout d’imprimer fortement dans les âmes des jeunes enfants la conviction de la nécessité de la religion; on cultive pratiquement le sens moral, on fait aimer Dieu, on éveille le sentiment d’une piété sincère, mais toujours en évitant de parler des dissidences qui caractérisent les différentes communions. Ici nos instituteurs devront agir dans le même sens. Joignant l’exemple au précepte, ils auront pour idéal la piété, la justice, le saint amour de la vérité. Ils stimuleront le patriotisme, le dévouement à l’humanité, la bienveillance universelle. Ils se rappelleront que la sobriété, l’activité, la frugalité, la chasteté, la modération, sont des vertus aussi nécessaires à la conservation de la liberté des peuples qu’à l’ornoment de la vie sociale. Enfin, autant que l’intelligence de leurs élèves le permettra, ils leur feront comprendre la destination de l’homme et les obligations qui en résultent, et ils prépareront ainsi leur bonheur futur en fécondant leurs bons instincts et en leur inspirant de l’horreur pour toute espèce de mal moral. » Ce système emprunté à la loi du Massachusetts parait bon. Confier à l’instituteur laïque l’enseignement des vérités morales et religieuses auxquelles l’homme peut s’élever par la seule force de la raison et réserver au prêtre les dogmes qui reposent sur la révélation, tel est le moyen adopté pour assurer d’une part l’indépendance de l’État, d’autre part le respect de la liberté de conscience.

L’école du Haut-Canada est donc laïque, mais en même temps « l’atmosphère y est religieuse. » Les catholiques, à partir de 1852, sur l’ordre de l’évêque de Toronto, ont déclaré la guerre à l’école publique et ont fait tous leurs efforts pour établir des écoles séparées. En 1863, leurs 120 écoles comptaient 15,859 élèves, mais elles étaient très-mal organisées • la plupart n’avaient ni cartes, ni tableaux noirs. La façon dont la question religieuse est traitée ici, se trouve exposée dans l’excellent rapport de M. Fraser, avec des détails trèscirconstanciés et très-intéressants. La classe s’ouvre par une prière conçue en termes très-généraux ou par le « Notre Père. » Depuis 1857, les ministres des cultes ont le droit de donner leurs instructions dans l’école hors des heures de leçon, mais il est très-rare qu’ils le fassent. Le Conseil supérieur le regrette extrêmement, et M. Fraser blâme sévèrement les pasteurs qui ne remplissent pas un de leurs premiers devoirs.

Le parlement canadien et les sections scolaires n’ont pas reculé devant les dépenses qu’exigeait le développement de l’instruction. Tandis qu’en 1850 on ne consacrait à l’enseignement primaire que 102,619 livres sterling, on donnait pour le même objet 194,420 livres sterling en 1856. En moins de six ans, la somme était doublée. Le

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sacriGce s’élevait presque au niveau de ceux que s’imposent les États- Unis. Pour une population de 953,223 âmes, il était d'environ 5 francs par tète. Comprenant l’importance décisive qui s'attache à former de bons instituteurs, la législature vota 625,000 francs (25,000 livres sterling) pour construire à Toronto une école normale que l’intelligent gouverneur du Canada, lord Elgin, ouvrit solennellement, à la satisfaction générale, le 24 novembre 1852. En 1856, le nombre des instituteurs s'élevait à 2,622 avec un salaire annuel variant de 1500 à 8,000 .‘rancs, et 1,067 institulrices avec un salaire de 1250 à 3,000 frs. Le chiffre des enfants fréquentant les écoles primaires montait en tout à 251,145, dont 113,725 Allés, ce qui donne 1 élève par 7 habitants. Depuis 1857, les progrès ont été rapides, surtout la qualité de l’enseignement s’est notablement améliorée sous l’impulsion et par les bons exemples des instituteurs sortis de l'école normale de Toronto.

En 1863, d après le Rév. Dr James Fraser ( Report to bolh houses of Purliamenl en the common school System of lhe Unit' d- Stale-i and Canada ), 560,088 élèves étaient inscrits dans les écoles primaires, et 13,825 dans les écoles privées ou dans les écoles supérieures, total général, 374,633, sur 413,367 enfants de 5 à 16 ans et sur une population totale de 1,586,130, ce qui fait environ un élève par 4 habitants ; mais la présence moyenne ne s’élevait qu'à 138,036, soit 38 pour 100 de l’inscription, 9 pour 100 de la population et un élève sur 11 habitants. Sur les 350,000 élèves inscrits, 200,000, ou plus de la moitié, avaient fréquenté l'école moins de cent jours. La dépense totale des écoles, y compris les bâtiments, s’élevait à 1,254,447 dollars (1 dollar vaut 3 fr. 20), ce qui fait que le coût de l’instruction monte à 3 dollars et demi par écolier inscrit, ou à 9 dollars par écolier présent en moyenne. C’est à peu près le même prix qu’aux États-Unis. Le nombre des sections scolaires s’élevait à 4,273, entretenant 4,1 73 écoles, non compris 120 écoles catholiques spéciales et 95 écoles du degré supérieur ( grammar schools ). Les écoles restent ouvertes bien plus longtemps qu’aux États-Unis : en moyenne, environ 11 mois dans l’année. Sur les à, 504 personnes donnant l’instruction, on ne trouvait que 1,410 institutrices. Cependant leur nombre augmente et les inspecteurs constatent qu’elles dirigent trèsbien même les écoliers déjà grands. Le changement de maîtres est beaucoup moins fréquent qu'aux États-Unis. En 1863, 787 écoles avaient changé d’instituteurs; c'est uno proportion de 1 sur 5. Les écoles ne sont presque jamais pourvues de logement pour le maître. C’est une grande lacune qu'on reconnaît et à laquelle on songe à pourvoir. Le salaire moyen pour instituteur était, dans les villes, de 558 dol. et dans les villages de 408 dol. ; pour les institutrices, dans les villes, de 225 dol. et dans les villages de 180 dol.

Les matières enseignées sont la lecture, l’écriture, l'arithmétique et des « leçons d’objet » { tessons on abjects ) très-développées. La tenue do l’école ressemble à celle qu’on observe en Angleterre plus qu'à celle qui est en usage aux États-Unis. Il y a plus de laisser-aller, moins de précision dans les mouvements, moins de discipline que dans les écoles du New-York ou du Massachusetts. M. Fraser pense qu’il n’y a presque pas d’enfants livrés au vagabondage (juvénile truancy). C’est une réelle supériorité que les États voisins doivent envier au Haut-Canada.

Comme complément de l'école primaire, on a établi à peu près partout des bibliothèques populaires dans le genre de celles des États-Unis. Il ne sufffl pas en effet d'apprendre à lire aux enfants, il faut encore leur inspirer le goût de la lecture et mettre à leur portée des livres attrayants et instructifs. C’est ce que l’on commence à comprendre depuis quelque temps en Europe et de différents côtés on a fait les plus louables efforts pour doter les communes de ces utiles institutions. Dans le Haut-Canada, pays d’origine anglo-saxonne, où par suite on ne fait guère appel à l’intervention de l’État, on n’a p s craint d’y avoir recours pour favoriser la création des bibliothèques populaires, tant on est convaincu de leur utilité. Il est intéressant de voir comment le pouvoir central et les administrations locales ont combiné leur concours, parce qu’on pourrait peut-être trouver ici un exemple utile à suivre. Un fond spécial a été constitué, le public library fund, et les communes votent aussi une taxe pour l’acquis:tion de livres. Le conseil supérieur de l'instruction publique a publié un catalogue de plus de 6,000 ouvrages qu’il peut se procurer à prix réduit, parce qu’il en prend un grand nombre. Le comité d'école ou le conseil communal envoie la liste des livres qu'il désire acquérir en y ajoutant le prix, et il reçoit, outro les ouvrages domandés, d’autres volumes pour une valeur égale. L’État intervient ainsi pour moitié dans la création de la bibliothèque, et le conseil supérieur, plus éclairé que les autorités locales, peut l’enrichir de livres que celles-ci n'auraient point songé à réclamer. Une salle est appropriée à la bibliothèque populaire, souvent dans l’école, et l’instituteur en est le conservateur. 11 a de cette façon sous la main les moyens do compléter son instruction, ressource qui fait presque toujours défaut aux maitres dans les campagnes, et il peut aussi continuer de diriger la culture intellectuelle de ses anciens élèves par les livres qu’il leur prête et leur recommande. Les bibliothèques sont le complément indispensable des écoles, et partout en Europe, à l’exemple des États-Unis et du Canada, particuliers, communes et États devraient rivaliser d’efforts et de sacrihces pour en créer.

L’organisation de l’instruction populaire dans le Bas-Canada offre

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peut-être plus d’intérêt que celle du Haut-Canada , parce qu'elle montre comment un pays très-arriéré sous ce rapport peut d’un seul bond et en très-pou d'années se mettre presque au niveau des nations les plus avancées. Cette étude présente encore un autre enseignement; elle permet de voir de quelle façon, au milieu d’une population d’origine française, on est parvenu à résoudre un problème qu'on déclare insoluble en France même, en ayant à la fois des administrations locales indépendantes et un service efficace de l'instruction, c’est-à-dire en décentralisant sans désorganiser.

La loi organique de l’enseignement primaire dans le Bas-Canada date de 1847; elle a été amendée à différentes reprises par des actes subséquents. Elle a emprunté la plupart de ses dispositions aux législations scolaires des Etats de l’Union américaine. En voici les principales :

Le premier lundi de juillet de chaque année, dans chaque commune, les propriétaires de biens-fonds et » les habitants tenant feu et lieu » se réunissent, en assemblée générale, pour élire un comité d’école composé de cinq membres. Ce comité forme un corps moral, une corporation jouissant do tous les droits d’une personne civile, possédant les biens de l’école et ayant le droit d’agir en justice et de s’y défendre. Ses pouvoirs sont très-étendus ; il veille à l’entretien des bâtiments, nomme ou destitue les instituteurs, lève directement les taxes destinées à subvenir aux frais de l’enseignement, poursuit devant le juge de paix les contribuables récalcitrants et fait exécuter ses jugements par saisie et venlo des meubles et immeubles du défendeur condamné. Les commissaires élus sont tenus, sous peine d’amende, de remplir leurs fonctions, qui sont considérées comme un devoir civique. Voilà donc, à la base de tout le système, une institution solidement assise et vigoureusement armée pour l’action. Elle a tous les droits do l’indivi lu et une durée perpétuelle. Le grand mérite de la fondation est qu’elle survit aux décisions variables des majorités, chose essentielle dans un état démocratique, où tout est sans cesse remis en question par les fréquents renouvellements qu’amène l’élection. La fondation favorise aussi et appelle les sacrifices des particuliers pour des œuvres d’utilité générale. Les personnes dont la bienfaisance est éclairée seront disposées à enrichir l'école de leurs dons, parce qu'elles sqvent que la commune en profitera seule. Peu d’hommes feront un legs ou une donation en faveur de la nation, parce qu’il semble que c’est apporter une goutte d’eau à l’Océan. Il y en aura davantage qui donneront à l’école du voisinage, parce qu’ils la connaissent, qu’ils en apprécient les bienfaits, et qu'avec peu d’argent on obtient un grand résultat. Faire du bien à ses semblables n'est point chose facile quand on veut éviter d’affaiblir en eux le ressort

salutaire de la responsabilité : or donner à l’école est un moyen qui ne présente point de danger, car instruire l’enfant, c’est préparer l’homme à se suffire.

Les fondations, il est vrai, constituées commo elles l'ont toujours été en Europe, offrent un grand danger et donnent lieu à d’inévitables abus. Gérées par des administrateurs spéciaux que le fondateur désigne une fois pour toutes ou par des commissions qui se recrutent elles-mêmes, elles échappent au contrôle indispensable de l'opinion publique, végètent dans la routine, cessent de répondre aux besoins nouveaux, et, obstinément attachées aux traditions du passé, se transforment en foyers d’opposition à tout progrès, à toute réforme. Elles provoquent ainsi l’animadversion violente des générations nouvelles et elles la méritent. Il ne reste plus alors qu’à les supprimer comme les nations européennes ont supprimé les corporations religieuses, ou à les modifier profondément comme l’Angleterre a entrepris de le faire pour ses fondations d’en9eignement, — dont la dernière enquête de 1861 a révélé les nombreux et intolérables abus. Au Canada, comme aux États-Unis, on est parvenu à éviter ces dangers par une mesure bien simple. On a confié la nomination des administrateurs des fondations scolaires au suffrage des citoyens. De cette façon, on combine la stabilité des institutions du passé avec la mobilité que réclament les transformations des sociétés modernes. On assure la perpétuité de l’école, sans la livrer à l'empire de l’esprit rétrograde, et l’on est certain qu’elle répondra toujours aux besoins' du présent.

En matière d'enseignement, la loi organique canadienne ne s’est pas fiée complètement à l'initiative des communes; elle arme le pouvoir central contre leur inertie, parce qu’il s’agit d'un service d’intérêt général. Si les électeurs négligent de choisir dos commissaires d’école, le gouvernement les nomme d’office, à la requête du Surintendant de l’instruction, et ces commissaires ont le droit de taxer les contribuables comme s'ils avaient été élus par eux.

Comment réunir les fonds nécessaires à renseignement public? C’est là un point capital qui a été réglé au Canada avec beaucoup de sagesse et de fermeté. Chaque année, le parlement vote pour l'instruction primaire un subside, qui est réparti par le Surintendant et son conseil entro tontes los communes suivant leurs besoins, et celles-ci sont obligées de prélever sur la propriété foncière une taxe égale au subside qui leur est attribué. Les chefs de famille sont tenus aussi de payer une rétribution mensuelle, pendant les huit mois de l’année scolaire, pour chaque enfant en âge de fréquenter l’école, qu’il s’y rende ou non. Celte rétribution ne peut dépasser 2 shillings par mois et par enfant. Les indigents en sont naturellement exempts. En outre les commissaires des écoles peuvent faire prélever telle somme addi-

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tionnelle qu’ils jugent nécessaire. Ainsi l'a décidé un amendement de 1856, qui confie au comité local un pouvoir que n’a pas le souverain : lever des impôts non votés par les chambres. C’est qu’on a voulu armer d’un privilège énergique ceux qui sont chargés de faire avancer l’instruction. Du reste la garantie contre tout excès se trouve dans le renouvellement fréquent des membres du comité élus par les contribuables. Ceux-ci sont-ils mécontents, ils n’ont qu'à choisir d’autres délégués.

En fait d'enseignement, l'autonomie de la commune est soumise aux décisions de l’autorité centrale, parce que les communes où l’ignorance est la plus générale seraient précisément celles qui, livrées à elles-mêmes, s’imposeraient le moins de sacrifices pour l’instruction. L’autorité centrale des écoles, mieux à même que personne de connaître les besoins de chaque localité, mesure ses secours à cette échelle, et oblige en même temps la commune de faire autant que l’État; mais le service une fois assuré, c’est le comité local qui décide de tout souverainement et sous sa responsabilité. Il lève l’impôt et l’emploie sans devoir en rendre compte à d’autres qu’à ceux qui l’ont payé. On retrouve ici ce principe d’administration si efficace aux États- Unis : des comités spéciaux investis de pouvoirs très-étendus, mais qui dépendent directement des électeurs. L’autorité centrale trace à l’autorité locale la limite de ses obligations, et cette dernière est libre et souveraine dans tout ce qui concerne l’obligation. C’est faire à chacun sa juste part. Au centre, on est mieux placé pour saisir l’ensemble du service, et dans les localités pour en diriger les détails.

La loi n’a point énuméré les matières obligatoirement enseignées dans les écoles primaires : ce point si important est abandonné à la décision des comités; mais, conformément à la tradition ancienne, l’instruction religieuse se donne dans l’école, qui devient ainsi confessionnelle. Restait à pourvoir aux besoins des dissidents. Voici le singulier expédient adopté par le législateur. L'article 26 de la loi de 1846 porte que la minorité dissidente a le droit de signifier par écrit, au comité do la majorité, qu’elle n’approuve point l’instruction donnée, et qu’elle a choisi trois syndics ou commissaires pour élever une autre école. Du moment que la minorité réunit vingt enfants en âge de fréquenter les classes, c’est-à-dire entre cinq et quinze ans, elle constitue un district scolaire. Elle a droit à un subside proportionnel, et les syndics élus lèvent directement la taxe par tête d’enfant et la cotisation sur la propriété de leurs électeurs, qui sont alors dispensés de payer entre les mains du comité do la majorité. Ce système offre des inconvénients manifestes, il éparpille singulièrement les ressources, et il sacrifie les droits des dissidents dispersés. Il ressemble à celui

qui était en vigueur en Australie et auquel on a renoncé, au grand avantage des contribuables et de l’enseignement.

Dans le Bas-Canada comme dans le Haut-Canada, on a bien compris que le point capital, sans lequel rien n’est fait, est de former de bons maîtres. Trois écoles normales ont été organisées: l'une à Montréal, celle do Mac-Gill, anglaise et prolestante ; une seconde, aussi à Montréal, française et catholique, portant le nom de l'intrépide navigateur qui découvrit le Canada en 1 534, Jacques Cartier; enfin une troisième à Québec, aussi française et catholique, celle de Laval. La création et l'entretien de trois établissements au lieu d’un seul entraînent une plus grande dépense, mais ils offrent l’avantage d'attirer un plus grand nombre d’élèves et de répandre les bonnes méthodes d’enseignement dans les différentes parties du peuple. Depuis leur ouverture, en 1850, jusqu’en 4864, ces établissements ont été fréquentés par 1 ,557 élèves, dont 575 ont obtenu un diplôme. Ce dernier chiffre ferait supposer peu d’aptitude chez les candidats ou beaucoup de sévérité chez les examinateurs.

Sous l'influence active et éclai[ée du Surintendant actuel de l’enseignement public, M. O. -P. Chauveau *, des mesures excellentes ont été adoptées pour stimuler le zèle et favoriser l’instruction des instituteurs. On a organisé des associations et des conférences où ils se réunissent do temps à autre pour discuter des questions pédagogiques et pour s'initier aux nouvelles méthodes. Ils y présentent des travaux écrits qui sont soumis à une discussion publique et dont les meilleurs sont ensuite publiés dans un recueil, le Journal de l’ Instruction publique, rédigé par le surintendant, M. P. Chauveau, et envoyé gratuitement à tous les maîtres d’école. Ces réunions font le plus grand bien. Les instituteurs, arrachés pour quelques jours à leur rude et uniforme tâche, y retrempent leur courage au contact de leurs confrères et de leurs supérieurs, et y puisent une provision d’idées nouvelles et d'aspirations vers le progrès. Des récompenses ont été accordées aussi à ceux qui tiennent le mieux leur classe et font faire le plus de progrès à leurs élèves. La publication du rapport général annuel, qui

1. On ne peut assez louer le dévouement de ces hommes à qui tout un pouple doit les moyens de s’instruire. M. Chauveau a été pendant treize ans député de Québec et pendant deux ans secrétaire provincial, c’est-àdire ministre de l’intérieur. Orateur éloquent et jurisconsulte distingué, il a renoncé au barreau et à la vie parlementaire pour se consacrer entièrement à son œuvre civilisatrice, l’organisation de l'enseignement primaire. M. Alphonse Le Roy, professeur à l’université de Liège, a bien fait ressortir tous les services rendus par cet homme de bien dans an travail intéressant publié en France, il y a quelques années, dans la Revu» Jt l’Inttruction publique.

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est très-détaillé, forme encore un stimulant des plus énergiques. Ce document intéressant contient en effet les rapports particuliers de tous les inspecteurs, qui rendent compte de la façon dont l’instruction est donnée dans chaque district scolaire et souvent dans chaque école *.

1. Comme la manière dont ces rapports sont rédigés me parait un moyen excellent de stimuler le zèle des instituteurs, et qu'il serait désirable, à mon avis, qu’on en fit de semblables partout, j’ai cru utile d’en donner ici un extrait qui peut servir de modèle.

N° 18. — EXTRAIT DU RAPPORT DE M. L’INSPECTEUR VALADE. comté d'hochelaga.

Hochelaga. — Cette municipalité possède une école bien tenue par M"le Guy, dont les talents et l’expérience dans l’enseignement assurent les progrès des élèves. 100 enfants des deux sexes fréquentent cette éco’e. J'y ai distribué sept prix.

L’école dissidente est bien tenue et est fréquentée par 40 élèves auxquels j’ai distribué six prix. Les cotisations sont prélevées avec régularité dans ces deux municipalités. C’est en cet endroit qu’est établie la maison mère de la communauté des Sœurs des SS. Noms de Jésus et de Marie. 110 élèves fréquentent cette institution.'

Coteau Saint-Louis [Mile End.) — M. Côté, qui dirige l’école des garçons dans cette municipalité, donne une entière satisfaction aux contribuables. Cet instituteur a le don d’inspirer è ses élèves l’amour du travail et de l’ordre. L'école des jeunes filles, tenue par une des sœurs de M. Côté, ne laisse rien à désirer. J’ai distribué 18 prix parmi les 224 élèves qui fréquentent ces deux écoles. L’état des finances, bien qu’cncore susceptible d’amélioration, est néanmoins plus satisfaisant que par le passé.

L’école des sourds-muets, dirigée par les clercs de Saint-Viateur, mérite une grande sympathie. La nature particulière de l'éducation qu’on y donne à 20 élèves obtient les meilleures résultats et forme un spectacle digne du plus grand intérêt. J’y ai distribué 4 prix.

L’école dissidente n’offre rien de remarquable. Elle est fréquenté par 30 élèves. Les comptes sont bien tenus.

Saint-Jean Baptiste. — L’école des garçons a été alternativement tenue par M. Coutu et M. Casgrain, tous deux élèves de l’école normale Jacques- Cartier. M. Casgrain, par ses talents, donne beaucoup à espérer pour l’avenir de cette école. L’école des jeunes filles est bien tenue. 400 élèves fréquentent ces écoles. Les contribuables portent beaucoup d’intérêt à l’éducation de leurs enfants. Us ont construit une belle et spacieuse maison d’école dans le courant de l’année et nonobstant les dépenses qu’a nécessitées cette bâtisse, les finances sont eu bon état. J’y ai distribué 12 prix. Les dissidents ont ouvert une école depuis le printemps dernier, qui est fréquent ée par 30 élèves.

Côte Visitation. — 11 y a deux écoles dans cette municipalité, l’une sous le contrôle des commissaires habilement dirigée par Mademoiselle Lemire,

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Les lacunes, les négligences sont dénoncées sans pitié, les services rendus signalés avec éloge, et la publicité complète est ainsi la peine la plus sévère pour les uns, la récompense la plus efficace pour les autres. A ce propos, on peut signaler encore une excellente coutume des administrations de l’autre côté de l’Atlantique. Tandis qu’en Europe les rapports ne sont publiés d’ordinaire qu’assez longtemps après l’époque à laquelle ils se réfèront, en Amérique on les livre au public chaque année avec toutes les données de l'année précédente. Ce n’est pas le statisticien seul qui a lieu de se réjouir de ces procédés expéditifs. Les autorités scolaires et le public, instruits do la situation actuelle des choses, peuvent immédiatement porter remède aux abus et introduire à temps les réformes nécessaires.

Les progrès accomplis depuis l’introduction do la loi nouvelle sont vraiment remarquables, surtout dans les dix dernières années. En 4853, on comptait 2,332 institutions de tout genre avec 408,284 élèves, et les contributions locales pour l’enseignement montaient à 468,843 dollars. En 4869, il y avait 3,942 écoles avec 214,498 élèves, et les taxes locales s'élevaient à 422,282 dollars ou plus de 2,4 00,000 francs; à cette somme il faut ajouter le montant du subside de l’État, soit 124,912 dollars ou 630,000 francs, et 472,573 dollars ou 2,400,000 francs du produit de l’écolage, ce qui fait 41 fr. par tète et par an. En 4 869, la dépense montait en tout à 1,019,767 dollars, soit plus de 5 millions de francs ou 4 fr. 40 c. par tête, c'est-à-dire deux fois plus qu’en Angleterre.

D’après un calcul fait en 1863, le nombre des enfants entre cinq et quinze ans accomplis aurait été de 304,429, et comme il y avait dans les différents établissements d'éducation 193,131 élèves, on serait arrivé à ce résultat, que 60 pour 100 des enfants en âge d'apprendre les fréquentaient. Le rapport du nombre des élèves à la population totale, qui était de 1,156,000 donnait le chiffre de 46 pour 100; en d'autres termes, il y avait 1 écolier sur 6 habitants. Cotte proportion, déjà très-satisfaisante pour un État européen, est encore loin cependant des relevés faits aux États-Unis, où certains États arrivent au

qui y enseigne à 50 élèves, et l’autre dissidente composée de 40 élèves, dont les progrès sont remarquables. J'ai distribué 5 prix dans chacune de ces deux écoles.

Saint-Henri des Tanneries. — M. IIêtu,qui a la direction de l’école des garçons, obtient des résultats très-satisfaisants ; les Sœurs-Griscs dirigent l’école des Allés avec le plus grand succès. Les élèves de ces deux écoles sont au nombre de 406. Les commissaires avisent aux moyens d’organiser de nouvelles écoles, à cause de l’encombrement des deux premières.

Les dissidents ont une bonne école tenue par Mlu Vosburgh , de l’école normale Mac Gill, qui y dirige 55 élèves. J’y ai distribué 12 prix.

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rapport de 1 élève sur 3 habitants. Toutefois, quand on se rappelle le niveau inférieur d’où le Bas-Canada est parti, quand on songe à tous les obstacles que la nature du pays oppose à la fréquentation régulière des écoles, on s’étonne presque des résultats obtenus en si peu de temps, et l’on admire l’activité et la persévérance qu’il a fallu déployer pour les réaliser.

Que l'on compare maintenant les institutions scolaires de l'Angleterre avec celles du Bas-Canada, et nul exemple ne démontrera d'une manière plus décisive la nécessité de l’intervention de l’État en matière d’enseignement. Voyez l’Angleterre : c’est sans contredit le pays le plus riche du monde. Le capital y abonde et s’y accumule pour se déverser sur l'univers entier; chaque année, l’épargne de la nation met à la disposition d’entreprises de tout genre la somme inouïe de 2 à 3 milliards de francs. Ce n’est donc point l’argent qui manque. La population est très-dense, condition très-favorable à la fondation et à la fréquentation régulière des écoles ; la bienfaisance privée ne se lasse point de donner, et les sectes rivales s’efforcent d'attirer ces libéralités inépuisables vers l’instruction. Cependant l’Angleterre n’est point parvenue à instruire ses vaillantes populations. Considérez d’autre part le Bas-Canada, ces cent mille arpents de neige dont parlait Voltaire. Le climat est très-rude. Quoiqu’il n’y ait de misère nulle part, le pays est relativement pauvre, et le capital manque partout. La population est disséminée en petit groupes, en familles même, éparpillés sur un vaste territoire. La race française, honnête, intelligente, mais dont l’inertie a été longtemps entretenue par les institutions féodales et par une soumission passive au clergé, est loin d’avoir ce ressort, cette fièvre qui pousse sans cesse. en avant la race anglosaxonne. Et pourtant, malgré tous ces désavantages, le Bas-Canada a établi un système d’enseignement primaire dont l'opulente Angleterre envie l'évidente supériorité. Si la colonie pauvre et peu active a réussi dans l’oeuvre où a échoué la métropole riche et entreprenante, c’est que l’une a repoussé et que l'autre a admis le principe essentiel de l’intervention de l’État; c’est que celle-ci a adopté l’école communale soutenue par l’impôt et une organisation uniforme pour tout le pays imposée par la loi, et que celle-là jusqu’à présent, n'en a pas voulu. Au xvm' siècle, l’Angleterre a été dépassée sous le rapport de l’instruction populaire par l’ Écosse; au xixe, elle l’est déjà par l’Australie et le Canada.

DU PKOGIlkS DE

(Rapport de M. P

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