‹ L'Instruction du peupleChapitre 8 sur 186 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

nécessité pour tous. Depuis longtemps, il s'est établi des associations puissantes et rivales pour rétribuer des instituteurs et répandre l’instruction dans le peuple. Par conséquent, ce pays remplissait mieux qu’aucun autre toutes les conditions propres à faire réussir le régime de non-intervention qu’on préconise. Or ici encore l’expérience a été malheureuse, et l’initiative des individus, fortifiée par l’association sous toutes ses formes, s’est montrée impuissante à organiser convenablement l’instruction populaire. Au moment où l’État s’est vu forcé d’intervenir, les enquêtes officielles ont montré que l’enseignement était détestable et l’ignorance presque générale dans les classes inférieures.

En Angleterre, tous les partissans exception ont reconnu que l’intervention de l’État est indispensable, et depuis 1833 jusqu’à ce jour, elle s’est constamment étendue et on trouve encore qu’elle est insuffisante.

En présence de tous les faits que nous venoffîs de résumer, et dont le détail se trouvera dans la seconde partie de cet ouvrage, il faut bien admettre que, sans l’intervention des pouvoirs publics, il est impossible de procurer au peuple des moyens suffisants de s’instruire.

Cette intervention doit être de deux sortes. Il faut d’abord que l’État oblige les communes à fonder partout des écoles et à entretenir de bons maîtres, afin qu’on n’ait pas à constater l’affligeant contraste qu’offrent certaines régions plongées dans une regrettable ignorance , à côté d’autres points où les lumières sont très-répandues.

Il faut, en second lieu, que l’État intervienne pour une part dans les dépenses de l’enseignement supportées par les communes, parce qu’il est nécessaire et juste que les districts riches viennent en aide aux districts pauvres, attendu qu’il s’agit d’un service d'intérêt général.

11 n’est pas bon, cependant, que l’État paye tout. L’exemple du Portugal prouve que quand les administrations locales n’ont pas une part suffisante dans la direction et l’entretien des écoles, elles deviennent indifférentes au succès de l’instruction populaire. Dans tout ce qui intéresse l’enseignement primaire, il faut faire concourir les pouvoirs locaux et le pouvoir central.

Ce qui devrait rallier à ce système les adversaires de l’omnipotence et de l’ingérence de l’État, c'est que nulle part l’intervention des pouvoirs publics n’est plus efficace et moins fâcheuse que dans l’instruction ; plus efficace, car, en peu d’années, une bonne loi sur l’instruction suffit pour répandre partout les connaissances élémentaires et pour transformer une nation; moins fâcheuse, car elle a pour effet de rendre les citoyens capables de se gouverner euxmêmes et de se suffire à eux-mêmes.

En tout autre matière, l’intervention de l’État tue ou amortit l’initiative des particuliers. Ici, au contraire , elle la stimule et la fait naître; car là où l’homme privé de lumières demeurera inerte, faute de voir qu'ainsi il se nuit à lui-même, l’homme plus éclairé agira, parce qu’il verra que c’est le seul moyen d’améliorer sa condition.

Voulez-vous restreindre les attributions de l’État et préparer mêfne son abdication , instruisez le peuple.

Les nations ignorantes sont des mineurs. Toujours elles retombent sous le régime de la tutelle, tandis que les nations éclairées ne tardent pas à s’en affranchir, et elles peuvent s’en passer. L’État, quand il répand l’enseignement, travaille donc à se rendre inutile.

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