GRÈGE
Avant l’émancipation de la Grèce, l’instruction du peuple y était complètement négligée. Dans les localités les plus peuplées, le clergé instruisait quelques enfants. Dans les campagnes, nul n’apprenait à lire ou à écrire. Les chants nationaux, les traditions populaires et les enseignements de l’Eglise formaient les seuls éléments de culture intellectuelle. En 1833 parut une loi organisant l’instruction élémentaire. Les principes de cette loi sont empruntés à la législation scolaire de l’Allemagne. Des ordonnances postérieures sont venues successivement compléter la loi de 1832.
L’enseignement est obligatoire pour les enfants de six à douze ans. Chaque paroisse est tenue d’avoir au moins une école.
11 n’y a d’écoles spéciales pour les ûlles que dans les villes.
Les écoles doivent être entretenues par les communes. Plusieurs le sont au moyen de certains fonds d’église.
L’école est placée sous la direction d'une commission locale, l’Éphorie, composée du maire de la commune comme président, du ministre du culte et de deux à quatre membres du conseil communal.
Sur le continent, l’enseignement religieux se donne conformément au principe du rite grec oriental qui est le culte de tous les habitants.
Dans les lies de Syra, Tino, Naxia et Santorin, où il y a des catholiques, les enfants des deux rites vont néanmoins aux mêmes écoles.
Les préfets [ Nomarches ) et les sous-préfets ( Éparches ) visitent les écoles de leur ressort et adressent à ce sujet un rapport au ministre. Mais l’inspection vraiment utile est faite par l’instituteur du chef-lieu de la sous-préfecture et par l’instituteur du chef-lieu de la préfecture, chacun dans les limites de son ressort. Ils adressent leurs rapports au directeur de l’école normale, qui exerce la haute surveillance sur toutes les écoles du pays. Ce système d’inspection fait par des hommes « professionnels » est très-bien entendu.
En 1830, il n’existait que 91 écoles primaires avec 6,721 élèves. Pour 1838, la statistique officielle donne les nombres suivants.
Écoles publiques mixtes . .
— — pour filles
— privées mixtes. . . .
— — pour elles. .
— simultanées privées . . . .
Totaux
'écoles.
Garçons.
Filles.
environ 10,000 des 2 sexes.
La population du royaume entier s'élevant à cette époque k 1,030,000 âmes, on trouve 1 élève sur 20 habitants.
Le personnel enseignant des écoles populaires publiques et privées s’élevait à 873.
La rétribution du personnel des écolos publiques, — 434 instituteurs et 79 institutrices, — montaità 440,631 draclimes(t drachme = 0,87 centimes), dont 324,829 d. payés par les communes et 113,802 d. par l'État. Le traitement moyen s’élevait ainsi à environ 800 francs, ce qui est beaucoup pour un pays où le genre de vie n’exige pas pas encore beaucoup de dépenses.
En 1864 on comptait dans les écoles primaires publiques et privées, 300 instituteurs et institutrices avec 65,061 élèves, dont seulement, 6,230 filles plus 4î écoles mutuelles avec 2,880 élèves et 300 écoles onfantines avec environ 10,000 élèves. La dépense montait k 1,386,393 drachmes, soit à environ 1 franc par habitant.
L’école normale d’Égine avait 7 maîtres et une cinquantaine d’élèves.
Les données qui précèdent montrent que la loi qui impose l’école obligatoire aux communes et l’enseignement obligatoire aux parents est encore loin d’avoir reçu son exécution. Ce sont les ressources financières qui font défaut. En Grèce, comme dans presque tous les pays méridionaux, on a fait beaucoup plus pour l’enseignement moyen et supérieur que pour l’enseignement primaire; c’est une faute grave. En instruisant le peuple on développe les forces productives de la nation. Par l’enseignement moyen, on ne fait trop souvent que multiplier les fonctionnaires et ceux qui cherchent k le devenir.
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Parmi les pays qui s’efforcent d’améliorer l’instruction du peuple, il n’en n’est point qui ait eu plus à faire que l’Italie. Il fallait à la fois dissiper la profonde ignorance qui pesait sur les populations des provinces annexées, sur celles de l'ancien royaume de Naples surtout, et combattre par l’enseignement laïque l'influence du clergé, presque partout sourdement hostile au nouveau gouvernement. Celui-ci n’a point reculé devant les difficultés de sa lâche. Il s’est mis à l’œuvre avec l’énergie et la persistance que donne la conviction d'un devoir à remplir, et, déjà on peut constater les heureux résultats de ses efforts.
Les anciens gouvernements avaient livré l’instruction de tous les degrés à la domination de la police et du clergé. Dans le royaume de Naples, les membres de la commission supérieure de l'enseignement public étaient des dignitaires de l’Église ou des personnes affiliées à quelque congrégation religieuse. Le grand conseil de l'université {consiglio univer sitar io) était composé de membres appartenant aux ordres monastiques, et c’étaient ces ordres qui fournissaient presque tous les maîtres aux écoles primaires. L’enseignement secondaire était aux mains des jésuites.
A Parme, la duchesse avait confié l’enseignement primaire aux frères et l’enseignemennt secondaire et supérieur aux jésuites. A Modène, c’était la congrégation de Saint-Philippe de Néri qui dirigeait l’instruction.
En Toscane, les lois anciennes avaient consacré l’indépendance du pouvoir civil et contribué à répandre l’instruction laïque; mais pendant la réaction qui suivit 1849, un décret du 30 juin 1852 avait abandonné l’enseignement à la direction suprême de l’épiscopat. En Lombardie, le fameux concordat autrichien de 1855 avait donné à l’Église les mêmes prérogatives.
Ainsi donc dans tous les États italiens, successivement réunis au Piémont, le nouveau gouvernement trouva l’enseignement abandonné à la direction du clergé séculier et régulier, et il est à remarquer que l’ignorance était d’autant plus générale et plus épaisse que celle domination de l’Église était plus ancienne et plus exclusive.
Nous voyons dans l’excellent rapport déposé on 1865 par M. Nutoli, ministre de l’instruction publique, que dans le royaume de Naples, où le clergé était le maître absolu de l’instruction depuis plus de cinquante ans ou même depuis le moyen âge, on ne trouvait pas une personne sur dix qui sût lire et écrire. Dans la Basilicale, sur
1,000 habitants 912 Otaient complètement illettrés. Dans les aulres .provinces, les Calabres, la Sicile, les Abruzzes, le nombre des illettrés était de 900 environ sur 1,000. Dans la Toscane, il n’était que de 778, en Lombardie de 599 et en Piémont de 573.
Dans la levée de 1865 sur le contingent de 83,000 conscrits, 6i p. 100 étaient illettrés. Dans la province de Trapani 76 sur 1,000 seulement avaient reçu quelque instruction.
On peut diviser l’Italie sous le rapport de l’instruction primaire en trois groupes :
Celui du nord comprenant le Piémont, la Lombardie, la Ligurie et le Livournais, soit 14 provinces où le nombre des illettrés par 1,000 habitants s’élève de 489 dans la province de Turin à 723 dans celle de Gènes.
Le second groupe, celui du centre, comprend la Toscane, les petits duchés et l’Émilie, soit 19 provinces. Le nombre des illettrés monte de 757 par 1,000 dans la province de Florence, à 859 dans celle de l’Ombric.
Le troisième groupe, celui du midi, comprend tout l’ancien royaume de Naples, la Sardaigne et une partie des États pontificaux. Le nombre des illettrés va de 860 dans l’Abruzze ultérieure, jusqu'à 927 dans la province de Girgenti. Chez les femmes l’ignorance était la règle à peu près générale, surtout dans tout le royaume de Naples.
Dans le royaume sur 21,777,334 habitants 16,999,701 étaient illettrés : 10,880,098 du sexe féminin, 7,889,238 du sexe masculin. Dans les Calabres, sur 580,255 femmes 561,808 étaient illettrées. Dans la Itasilicate et dans les Calabres 98,1 p. 100 ne savaient ni lire ni écrire. En Sicile la proportion était 96,8. Même en Piémont, en ne comptant que les femmes au-dessus de cinq ans, 60,7 p. 100 étaient sans instruction. En Lombardie, la province la plus avancée, la proportion était encore de 58,9 p. 100. Pour le royaume elle était de 87,1 p. 100. C'est là un degré d’ignorance qui confond, quand on songe que les femmes de la bourgeoisie sont comprises dans ce calcul. On peut en conclure que dans les campagnes, pas une femme du peuple ne savait lire ot écrire. En 1862, sur 105,237 mariages le registre n’a pu être signé par les deux conjoints que dans 36,923 ou 18 p. 100. Le général Torre, qui vient de publier un intéressant rapport à ce sujet conclut des faits qu’il a recueillis, que les quatre cinquièmes de la population sont illettrés. Voilà donc où l’on arrive 1
1. M. Celso Fiaschi, dans son bon livre sur renseignement: Della edu- CAZtoNE ( Firenze, 1868), raconte qu’étant en garnison à Ruvo di Puglia, ville ancienne de 20,000 âmes, il eut beaucoup de peine h trouver un encrier convenable et que presque personne ne recevait un journal.
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quand l’instruction est complètement abandonnée aux corporations religieuses et à l’Église, sans que les pouvoirs publics viennent les contrôler ou stimuler leur zèle par la concurrence des écoles laïques. Lorsqu’on viendra soutenir, au nom do certaines doctrines économiques, qu’il suffit pour l’enseignement comme pour toute autre branche de la production, de laisser faire l’initiative privée ou le zèle des corporations', on pourra citer les Deux-Siciles, où, à défaut de l’intervention de l'État ou des communes, l’instruction primaire n’existait pas. On s’étonnait que ces provinces si favorisées de la nature, douées d'un sol fertile et du plus beau climat, habitées par une race intelligente, fussent si pauvres et que la seule industrie prospère fut celle du brigandage. Qu’on étudie la situation des écoles ; qu’on mesure, si l’on peut, l’opacité de l’ignorance, et l’on comprendra la cause d’un si pénible contraste. L’homme sans instruction est un excellent agent de désordre et un détestable instrument de production. Imprévoyant, incapable de se procurer le bien-être par un travail bien dirigé, il est toujours prêt à laisser là l’outil ou la bêche et à prendre le fusil.
Voyez les républiques espagnoles do l'Amérique; la plupart ont stfivi à la lettre la maxime du laissez faire en matière d’instruction. Elles n’ont eu gaide de voter des millions pour bâtir des écoles et payer des instituteurs : elles se consument dans l’anarchie. Le seul pays qui fasse exception est le Chili, et c'est aussi le seul qui ait organisé l'enseignement primaire et qui ait fait des sacrifices pour cet objet.
Le gouvernement italien a compris que l’avenir du nouveau royaume dépendait de la diffusion des lumières dans les classes inférieures. Il n’a pas craint de faire connaître la véritable situation. Le premier rapport officiel de M. Natoli, ministre de l’instruction publique, ne laisse rien à désirer à cet égard.
La loi piémontaise de 1859 a servi de base à l'organisation de l’enseignement primaire dans les autres régions successivement annexées au noyau primitif pour former le royaume d’Italie. Ce sont cependant des lois spéciales qui règlent cette matièro dans la Toscane, l’Émilio, la Vénétie, les Deux-Siciles et l’État romain. On trouvera l’énumération et l’analyse de ces lois dans une utile publication de M. Giulio Nazari, intitulée Manuale délia publica istrusione
Voici les dispositions principales de ces lois :
L'instruction élémentaire se donne dans des écoles de deux degrés. Une éct le primaire du degré supérieur doit être établie dans toute localité qui compte plus de 4,000 âmes. L’instruction élémentaire du premier degré comprend l'enseignement de la religion, la lecture, l'écriture, l'arithmétique élémentaire, la langue italienne et les pre-
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miers éléments du système métrique. Celle du second degré comprend, outre le développement des branches précédentes, les règles de la rédaction, la calligraphie, la tenue des livres, la géographie élémentaire *, l'exposition des faits les plus notables de l’histoire naturelle et quelques notions des sciences physiques et naturelles, applicables aux besoins ordinaires de la vie. Pour les garçons, on ajoute les premiers éléments de géométrie et le dessin linéaire, pour les filles, les travaux de main.
Toute école doit être divisée au moins en deux classes, même quand elle n’a qu’un seul instituteur.
Toute commune est tenue d’avoir au moins une école pour les garçons et une écolo pour les filles, où l’enseignement se donne gratuitement.
En règle générale, dès que le nombre des élèves dépasse 70, un sous-maitro doit être nommé. En aucun cas, l’instituteur ne peut avoir à instruire plus de 100 élèves.
La députation provinciale a le droit d’inscrire d’office, au budget communal, les dépenses obligatoires de l’enseignement primaire, sur l'avis de la commission scolaire provinciale.
I.’autorité communale e-t tenue de nommer une commission locale pour inspecter et surveiller l'enseignement, et une inspectrice pour visiter les écoles de filles. Si elle néglige do le faire, lo conseil provincial les nommera.
Le nombre des écoles doit être en rapport avec le nombre de enfants entre six et douze ans.
A la fin de chaque semestre tous les enfants subissent un examen •auquel les membres de l’administration municipale sont pries d’assister.
Les parents sont tenus d'envoyer leurs enfants à l’école. Ceux qui négligent de remplir ce devoir sont avertis par le syndic, signalés le
1. Dans le programme de la géographie pour les écoles élémentaires, on trouve, après la mention Italie : Provincie italiane soggette ad attri nazione (V. Programma di Pietro Rossi. Napoli 1871 , p. 31); et, dans le programme de l'école normale, Altri stali italinni: Stati dependenti dall' Austria. San Marino. Malta. Iji Corsica. Il canton Ticino. Ces notions sur les régions où l’italien se parle, mais qui n’appartiennent pas à l’Italie, doivent inspirer h la nation des idées de revendication très-dangereuses. La théorie des nationalités fondées sur la langue peut devenir aussi funeste que celle des « frontières naturelles » qui ont fait tant de mal è la France. Que l'Italie se contente do son territoire actuel; qu’elle y fasse régner l’ordre et l'aisance, et elle aura bien mérité de l’humanité. Éveiller dans le cœur d’un peuple la manie des revendications territoriales, c’est compromettre a destinée et sa félicité.
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dimanche au prône, privés de secours publics et enfin traduis, par citation du syndic, devant le juge du mandement qui leur applique les peines légales.
L’instituteur est nommé par le conseil communal, mais il doit posséder un diplôme de capacité ou subir un examen satisfaisant. Si le conseil communal ne fait pas la nomination conformément aux prescriptions légales, la commission scolaire de la province la fait d’office. La commission scolaire provinciale est composée du prel'et, qui préside, du provéditeur et de 6 conseillers, dont 2 sont désignés par le ministre de l’instruction publique, 2 élus par le conseil provincial et 2 par le conseil municipal du chef-lieu.
Le conseil se réunit deux fois par mois. Il veille à l’accomplissement des lois par les communes; il les excite à s’acquitter de leurs obligations; il réunit les données statistiques, propose les subsides à accorder, les améliorations à introduire, etc. Il remplit dans les affaires scolaires les mômes fonctions que la députation permanente dans les autres affaires de l’ordre administratif.
Les questions et les intérêts de l’enseignement semblent attirer singulièrement l’attention, car il se publie en Italie, au moins six recueils spéciaux s’occupant de cette matière : La Giovenlù, la (Initia del maestro elemenlaro, l’Istitutore, l'Osservatore scolaslico, la Riforma dille scuole elemenlari, il Filocrilico. On voudrait voir le gouvernement, à l'imitation de celui du Canada, adopter les meilleurs de ces recueils et, moyennant un subside, les faire distribuer gratuitement à tous les instituteurs du royaume. Excellente mesur peu coûteuse, et dont les effets seraient considérables.
En 1868, lo ministre Berti présenta aux chambres un projet de loi qui, malheureusement, réduisait l’intervention de l'État déjà insuffisante, mais qui contenait quelques dispositions excellentes. Ainsi l’article 8 portait : Les subsides aux écoles et aux maîtres se donnent en raison du nombre des élèves bien instruits eu égard aux conditions de la localité. D’après les articles 10 et II, le préfet nomme dans chaque canton ( mandamento ) une commission qui fait la liste des illettrés, la communique au syndic et le pousse à appliquer l’obligation imposée aux parents par les art. 326 et 327 de la loi du 13 novembre 1859.
Article 12 : Si après six ans, le nombre des illettrés n’est pas diminué des deux tiers le conseil supérieur de l’instruction, la commune entendue, peut frapper celle-ci, d’une taxe de 2 francs par illettré. Le produit de la taxe sera employé en subsides à l'instruction.
L’idée paraît excellente. Elle pousserait les communes à s’occuper activement de leur enseignement. Pour stimuler les maîtres, il faut leur accorder un supplément de traitement croissant en raison de la diminution du nombre des illettrés; et donner aux communes de^
subsidos en proportion du nombre d’enfants convenablement instruits, comme en Angleterre.
La loi scolaire italienne est bonne, mais les comités ne renferment pas assez de personnes ayant des connaissances professionnelles. Le système adopté en Grèce est meilleur sous ce rapport.
Dans le royaume d’Italie, l'instruction a été déclarée obligatoire en principe, et elle est gratuite. Los dépenses de l’enseignement primaire sont à peu près complètement à la charge des administrations locales. Dans l’année 1862-1863, sur un total de 11,968,828 fr. l’État n’intervenait que pour 462,874 fr. Les communes et les provinces contribuaient pour 10,482,706 fr., et 1,033,246 provenaient d’autres ressources. En 1863, la dépense totale s'élevait à 14,860,048 dont 12,989,415 pour le personnel et 1,864,133 pour le matériel. L'État intervenait pour 235,801, les provinces pour 176,7 14 et les communes pour 13,845,340. Dans la Vénétie, la dépense montait à 1,635,144 supportée presque entièrement par les communes. Comme le ministre de l’instruction publique n’hésite pas à l’allirmer, cette somme de 13 millions est tout à fait insuffisante : elle est très-inférieure à ce que payent proportionnellement, pour le même objet, les autres pays de l’Europe. En effet, cette somme équivaut à 55 fr. par 100 habitants, tandis qu’elle monte en Espagne à 89 fr., en France à 86 fr., en Angleterre à 115 fr. et en Belgique à 300 fr. « Puisse, dit admirablement à ce sujet M. Natoli, puisse venir bientôt le jour où les peuples de l’Europe, guéris de leurs ambitions et de leurs terreurs, se décideront à restreindre largement, sinon à supprimer complètement, les dépenses militaires, et à appliquer les millions ainsi épargnés à la diffusion des lumières et à l’amélioration de l’instruction du peuple. »
Ce qui constitue un Irait remarquable de la situation en Italie, c’est que la part des congrégations dans l’enseignement primaire va en diminuant, tandis qu’elle s’étend d'une manière inquiétante en Belgique et en France, ainsi que le constate, pour ce dernier pays, le rapport de M. Duruy de 1865.
En Piémont, en 1850, sur 1 00 instituteurs, on en comptait 61 appartenant à l’Église, et 30 sur 100 institutrices. En 1863, ces chiffres sont descendus à 50 et à 9. Il est à noter que, contrairement à ce qu'on voit ailleurs, l'instruction des filles est bien plus que celle des garçons soustraite aux mains du clergé. Dans tout le royaume do Naples, dans l’Ombrie, on compte encore beaucoup plus d’instituteurs ecclésiastiques que laïques : on trouve la proportion inverse en Piémont et en Lombardie. M. Natoli regrette que le progrès en ce sens ne soit pas plus décidé. « Après seize ans de lutte contre l’influence excessive du clergé, dit-il, l’élément religieux occupe encore dans
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l’enseignement une proportion de 33 p. cent. » Mais il se félicite de voir disparaître « certaines écoles privées qui, nées à l’ombre du despotisme, ne peuvent plus croître sur le sol renouvelé de la liberté. »
En 1803, il y avait dans le royaume d’Italie 29,422 écoles primaires, dont 17,159 pour les garçons et 12,263 pour les filles. Sur le chiffre total, 23,340 étaient des écoles publiques et 6,082 des écoles privées. Sur 10,000 habitants on comptait donc en Italie 14 écoles, tandis que la même proportion donnait pour la France 18, pour l’Angleterre 29, pour les Pays-Bas 13, pour la Belgique 12, pour la Prusse 14. En 1868 on comptait 33,027 écoles, dont 17,613 pour garçons, 12,793 pour filles et 2,621 mixtes, 27,132 publiques et 5,895 privées. Dans la Vénétie on trouvait 3,294 écoles, dont 2,319 pour garçons et 945 seulement pour filins, 2,777 publiques et 519 privées. Ces chiffres comparatifs indiquent qu’en Italie ce ne sont pas tout à fait les écoles qui manquent, c’est plutôt l’enseignement qui est défectueux, puisque nous avons vu que dans tout le Midi l’ignorance était inouïe.
Partout en Europe, contrairement h ce qui existe aux États-Unis, on s’efforce de remplacer les écoles mixtes pour garçons et filles par des écoles séparées pour chaque sexe. L'Italie sous ce rapport est infiniment plus avancée que tous les autres pays. Il n'v a dans tout le royaume que 136 écoles mixtes, ce qui faits par 1,000, tandis que la proportion des écoles mixtes est en France de 266 par 1,000, en Espagne de 123 par 1,000 et en Belgique de 340 par 1,000.
On fait à Milan un essai qui mérite de fixer l’attention de tous ceux qui s’intéressent aux progrès do l’enseignement primaire. On sait que dans les écoles primaires des États-Unis, qui sont si remarquables, l’instruction est donnée dans les classes inférieures aux garçons et aux filles réunis par des femmes. C’est ainsi, pour ne citer que quelques exemples’, qu'au Massachusetts on comptait 1,500 instituteurs et 4,000 institutrices, dans l'État de New-York 7,585 instituteurs et 18,915 institutrices, et dans les villes de cet État prises isolément 334 instituteurs pour 2,867 institutrices; dans le district de Philadelphie 82 instituteurs pour 1,112 insti-
1. On comptait en 1863 6,662 écoles dans les commune urbaines et 22,760 dans les communes rurales. Dans les communes rurales presque toutes les écoles sont publiques (20,315 publiques et 2,415 privées), tandis que dans les villes, les écoles privées sont plus nombreuses (3,637 écoles privées contre 3,025 écoles publiques). Dans les villes on compte 102 écoles pour filles par 100 écoles pour garçons, et dans les campagnes il n’y en a que 64. Dans les campagnes les écoles privées ne rapportent pas assez pour pouvoir subsister.
tutrices. Le système est général dans les villes surtout; il est moins appliqué dans les villages, parce qu’une femme ne peut pas y résider seule aussi bien qu’un homme. A Milan, on a commencé à introduire le même principe, et on a conslaté qu'il donnait d’excellents résultats. La femme s’entend mieux à diriger de jeunes enfants; elle s’empare de leur attention avec plus de douceur, de patience et d’intelligence; elle remplace la mère absente, et les progrès des élèves sont beaucoup plus rapides. En outre, pour le salaire, malheureusement trop minime, que les communes accordent aux instituteurs, on ne peut conserver que des sujets en général médiocres, tandis que pour la même somme on obtient des institutrices beaucoup plus capables de remplir les fonctions qu’on lour confie. Le rapport officiel fait ressortir encore un autre avantage de cette combinaison : elle permet, dit-il, do remplacer les maîtres ecclésiastiques par des maîtresses laïques sans augmenter la dépense, ce qui est la pierre d’achoppement dans la plupart des communes.
Et, qu’on le remarque bien, cet essai n’a rien de commun avec ces écoles mixtes des autres pays, où, dans un pauvre village, une maitresse ignorante surveille plutôt qu’elle n’instruit quelques petits garçons mêlés aux filles du même âge. A Milan, l’expérience s’est faite dans les conditions les plus sérieuses et, comme aux États-Unis, elle a donné les meilleurs résultats.
Dans tout le royaume d’Italie, avec 21,777,334 habitants on comptait, en 1863, 1,109,224 élèves, dont 626,589 garçons et 482,635 filles; 903,336 fréquentaient les écoles publiques, et 125,888 les écoles privées. En 1868 on comptait 1,319,367 élèves, dont 743,145 garçons et 576,222 filles; 1,197,342 fréquentaient les écoles publiques et 122,025 les écoles privées. En Vénétie il y avait 165,165 élèves, dont 126,132 garçons et 38,833 filles; 152,724 élèves étaient aux écoles publiques, 12,441 dans les écoles privées. On a calculé qu’il devait y avoir, en âge d’école de cinq ans à douze ans accomplis, 3,228,238 enfant ; c’est-à-dire environ un septième de la population totale. Sur 100 enfants en âge d’école, on ne compte que 38 élèves ’ du sexe masculin et 30 du sexe féminin. Et encore plus de la moitié des enfants (en chiffres exacts : 729,190) ne vont à l’école que pendant cinq à six mois de l’année. Les autres la quittent pendant l’été pour se livrer aux travaux de la campagne. On a pourtant noté 32 circonscriptions ( circondari ) de l’Italie méridionale où le nombre des enfants qui suivent l’école est plus grand l’été que l’hiver.
Les maîtres d’écoles sont en général excessivement peu rétribués, et les maîtresses le sont encore moins. Pour les uns le maximum du traitement moyen est de 560 fr. , et le minimum de 335 fr. ; pour les autres le maximum est de 465 fr., et le minimum de 265 fr. La
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moyenne réelle est de 339 fr. pour les maîtres et de 265 fr. pour les institutrices.
Pour former les instituteurs et les institutrices, il existe deux genres d’institution : les écoles normales ( scuole normali) et les écoles magistrales ( scuole magislrali), qui sont des écoles normales d’un degré inférieur. Ces écoles commencent à être suivies, et le nombre des élèves va croissant d’année en année précédente. Ainsi que nous l’avons vu, contrairement à ce que l’on constate dans les autres pays catholiques, le nombre des institutrices laïques est relativement beaucoup plus grand que celui des instituteurs laïques; il en résulte que le chiffre des élèves institutrices est aussi plus considérable que celui des élèves instituteurs.
En 1863, il existait 41 écoles normales de l’État, 9 écoles provin ciales et 41 écoles magistrales ayant formé cette année 1,882 instituteurs et 2,089 institutrices. Le nombre est insuffisant, parce que la plupart des instituteurs désertent une carrière ingrate et trop peu rétribuée. Les écoles normales comptaient sur un total de 2,431 élèves, 886 du sexe masculin et 1,545 du sexe féminin, et les écoles magistrales 292 aspirants instituteurs et 1,587 jeunes Biles. La différence est énorme.
En comparant 1863 à 1*862, on remarque que le chiffre des élèves a augmenté de 505 pour les écoles normales et de 76 pour les écoles magistrales. Ces chiffres sont satisfaisants sous tous les rapports. D’abord c’est le degré supérieur de l’enseignement normal qui gagne incomparablement le plus. En outre, le nombre des élèves iristituteurs devient à peu près égal à celui des élèves institutrices, 244 contre 261. C’est une preuve manifeste que l’enseignement laïque des garçons fait de rapides progrès. Les écoles normales ont accordé 790 diplômes de capacité et les écoles magistrales 3,202.
Les faits que nous venons de résumer prouvent qu’en Italie il reste encore énormément à faire, surtout dans la partie méridionale, pour que l’enseignement primaire réponde aux besoins intellectuels d’un peuple libre. Mais heureusement le public et le gouvernement n’hésitent pas à signaler les lacunes qui restent à combler.
Sans enlrer ici dans les détails d’organisation, on peut dire que la première chose à faire est d’améliorer le sort des instituteurs. Quand on veut avoir un bon enseignement, il faut avoir de bons maîtres, qui soient instruits et qui, par leur position, exercent une salutaire influence dans les campagnes. Le salaire moyen est évidemment insuffisant. Je sais bien qu’en Italie, notamment hors des grands centres de population, on vit et surtout l’on vivait à très-bon compte. Les besoins sont très-restreints. L’homme du Midi est sobre : il consomme peu de boissons fermentées. Le chauffage coûte bien moins
que dans le Nord. Bref, ce qui serait la misère de ce côté-ci des Alpes, est presque de l'aisance dans la péninsule italique. Néanmoins, il est urgent, nul ne le contestera, d’augmenter le traitement des instituteurs et des institutrices; et à cet effet, l'intervention de l’Etat est nécessaire.
En Italie, les communes supportent presque tous les frais de l'instruction primaire; les subsides de l'État ne montaient qu’à un chiffre dérisoire, 235,801 fr. en 1868. En 1870 il a été porté à 1,994,000 fr., plus 1,045,898 fr. pour les écoles normales1. Le principe est sans doute qu'il faut laisser aux institutions locales le soin de gérer les intérêts locaux. Mais partout on a fait une exception en ce qui concerne l'enseignement primaire. En France, en Belgique, en Hollande, l’État est largement intervenu. Comme on pourrait contester l'autorité de ces exemples, ajoutons qu’en Angleterre et au Canada, les deux pays où le pouvoir central s’ingère le moins dans les affaires locales, l'État, vaincu par l’évidence, a aussi accordé dans cos dernières années des subsides considérables aux écoles primaires.
En Angleterre, l’État donne des subsides à toute école privée qui en fait la demande et qui accepte l’inspection officielle, système défectueux qui entraîne une dépense do 25 millions de francs et qui n'a pas encore donné de résultats satisfaisants. Au Canada, le conseil central de l’instruction détermine ce qu’il accorde à chaque école communale, et la commune est obligée de donner une somme égale levée par un impôt direct et spécial, syslème excellent et qui en qninze ans a produit des résultats prodigieux. L’initiative part ainsi du centre dans ce pays si décentralisé, et, il faut le dire à leur louange, la plupart des communes canadiennes ont volé plus que leur part de subsides pour l’école.
L’Italie a été jadis un foyer de lumières à une époque où le reste de l’Europe était encore plongé dans les ténèbres. On sait ce que les arts ont accompli de merveilles en ce pays aimé des dieux. La moindre ville, une humble bourgade souvent, renferme des chefs-d’œuvre de
1. M. Berti a eu l’idée utile de comparer dans plusieurs États le budget de l'instruction publique et celui de la guerre. 11 a publié un petit tableau digne d'étre médité. Sur mille francs de dépenses générales, voici ce que donnent les États suivants f
INSTRUCTION. OCBRRE.
L’Italie 17 francs 319 francs
La France 11 — 285 —
L’Autriche 1 i — 276 —
La Bavière 22 — 219 —
Le Wurtemberg 47 — 218 —
ITALIE
peinture, de sculpture ou d’architecture qu’envieraient les capitales des pays du Nord. Le peuple italien est si bien doué qu’au sortir d’un régime de compression qui visait à faire la nuit dans les intelligences, il a choisi pour le représener toute une légion d’hommes remarquables, orateurs éloquents, hommes d’État habiles, ministres fins, décidés, instruits, administrateurs prudents, économistes pratiques, financiers capables qui ont géré les affaires du pays, au milieu des plus grandes difficultés, avec un tact que le monde entier a dû admirer Que faut-il pour rendre la prééminence à cette nation qui, preuve suprême de force, a su traverser la servitude sans s’y dégrader au point de devenir incapable de vivre libre? Une seule chose, la diffusion des lumières', qui affranchisse définitivement les classes inférieures, qui les préserve de tout retour vers le passé, en les émancipant du joug d’un clergé hostile au nouvel ordre de choses, à ce régime de liberté qui fait la gloire de l’Italie, et qui lui rendra cette auréole magnifique qu’elle a dû jadis à l’épanouissement des lettres et des arts. Maintenant que l’Italie a définitivement conquis l’unité nationale avec Rome pour capitale, il faut qu'à l’imitation des autres pays, elle consacre des millions au développement de l’institution primaire *. Elle peut sans crainte les prendre sur le budget militaire, sur le budget de la marine surtout.
1. Il est déjà largement pourvu à l’instruction des classes bourgeoises. Le nombre des gymnases, lycées et écoles techniques, était en 1863 de 752 ; le nombre des professeurs, 4,753; le nombre des élèves, 36,262.
2. Malheureusement, sous prétexte de respecter l’initiative des communes, le subside de l’État diminue chaque année. En 1863 il était de 545,086; en 1868 il n’était plus que de 239,802. C'est le cas de rappeler ce mot sévère de d’Azeglio : « Ed invece, in Italia, dove è nppunto l’individuo elle, per la lunga servitù a governi esteri e cattivi, val poco, in Italia a tuttosi pensa, fuorchè all’educazione (/ miei ricordi. v° 2, p. 182). Le roi Victor-Emmanuel semble cependant comprendre la nécessité d’instruire le peuple. L’an dernier le syndic de Florence, le commandeur Peruzzi annonçait, lors de la distribution des prix des écoles populaires, que le roi ferait conduire, à ses frais, les enfants qui avaient reçu des distinctions, aux bords de la mer, dans sa cacinedu Gombo, sous les ombrages des magnifiques pins où circulent les chameaux. Belle et généreuse idée, parfois exécutée en Angleterre, mais bien peu comprise sur le continent.
ÉCOLES PRIMAIRES. (Annhb 186:».)
1. J'emprunte ce tableau au rapport du ministre de l'intérieur déposé au sénat en 1866 page 213. Mais le tableau financier est complet la recette ne correspond pas à la dépense.
GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
La dépense totale de <3,366,473 lire était répartie ainsi :
L'État 473,982 lire.
Les provinces 175,812 —
Les communes ............ 10,595,508
Donations, legs, etc 2,400,974
GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
La législation scolaire du Luxembourg mérite de fixer l'attention, parce qu'elle a eu pour résultat de répandre l’instruction dans toutes les classa de la population, par des moyens très-simples.
Tandis qu’en Belgique et en France, deux pays voisins dont la situation ressemble beaucoup à celle du grand-duché, le nombre des illettrés s’élève, d’après les relevés de la milice, au moins au tiers de la population, et on réalité, à la moitié, dans le Luxembourg il n’est presque plus personne qui ne sache au moins lire et écrire.
Cet heureux résultat est dû, je crois, à des causes diverses : d’abord à une bonne législation, ensuite à l’influence ou, du moins, à l’exemple de l'Allemagne dont le grand-duché parle la langue , enfin à l’aisance dont jouissent presque tous les habitants. Le pays a peu de pauvres, pas de grandes villes; les contributions sont peu éleèées, les dépenses militaires insignifiantes, le sol fertile, l’agriculture bien entendue et l’industrie prospère. Dans un si petit pays la surveillance est facile et l’émulation plus excitée. Le gouvernement, qui a eu le mérite de fairo beaucoup pour l’instruction primaire, parvient sans peine à se rendre compte des lacunes à combler et do l’effet des mesures qu’il prend. .
Le Luxembourg est un des pays les mieux administrés de l’Europe, Il est aussi heureux, aussi libre qu’un canton suisse et l’instruction n’v est pas moins répandue. Qui n’envierait son sort? Il n'a ni armée, ni dette, ni bourreau, ni illettrés.
Quand, en 1815, le Luxembourg fut incorporé au royaume des Pays-Bas, l’instruction se trouvait dans l’état le plus déplorable. Napoléon ne s’était occupé que de former dos armées : pourvu qu’il eut beaucoup de soldats, peu lui importait qu’il y eût ou non des écoles.
Dès 4817, le roi Guillaume, inspiré par les traditions hollandaises et tout dévoué à l’enseignement dont il comprenait la haute utilité, institua la commission d’instruction du grand-duché.
Les personnes les plus aisées et les hauts fonctionnaires voulurent seconder les efforts du gouvernement. Ils constituèrent une Société d’encouragement de l'instruction primaire, dans le genre de la fameuse société hollandaise : Toi nul van ’t algemeen. — La cotisation fut fixée à 5 florins au minimum. Le produit fut suffisant pour maintenir une école modèle et pour donner des encouragements aux autres écoles.
Le règlement de 1828 vint prescrire aux communes l’organisation des écoles primaires.
Après la révolution belge de 1830, la proclamation de la liberté de l'enseignement et l’inaction de l’État amenèrent la désorganisation complète de l'instruction primaire. Découragés, la plupart des bons maîtres quittèrent la carrière. Des sociétés particulières se formèrent, il est vrai, pour venir en aide aux instituteurs restants; quelques communes continuèrent à subvenir aux frais de leurs écoles; néanmoins la situation était déplorable.
Enfin quatre ans après que le Luxembourg eut été séparé de la Belgique, le 26 juillet 1843, une loi fut promulguée, qui, légèrement modifiée par celle du 29 juillet 1869, a produit les résultats extraordinaires dont le pays peut s'enorgueillir aujourd'hui.
L’enseignement est libre, mais pour ouvrir une école il faut remplir les conditions de capacité et de moralité requises par les lois, et toute école est soumise à l’inspection.
Toute commune est tenue d’entretenir les écoles nécessaires aux besoins do l’instrüction. Dans toute école ayant plus de 90 élèves il faut un sous-maltre.
Tous les frais sont à la charge des communes. Si le bâtiment . d’école n’est pas jugé convenable par l’inspecteur, lo gouvernement porte d’office au budget de la commune la somme nécessaire pour en construire un autre, sur plan et devis soumis à l’inspecteur.
L’Étal accorde des subsides aux communes qui en onL besoin.
Les instituteurs sont nommés par l’autorité communale, sauf approbation du conseil de gouvernement.
Le minimum du traitement de l’instituteur qui a plus de 20 élèves est de 600 francs et il reçoit en outre une rétribution mensuelle de 75 centimes par chaque élève ( schulp/lichtig ) a susceptible de fréquenter l’école » — c’est le mot dont se sert la loi — au-dessus du nombre 50.
La loi du 11 décembre 1863 accorde une pension aux instituteurs, à leurs veuves et enfants, et aux institutrices. Elle s’élève par année de service au soixantième du traitement louché pendant les cinq dernières années d’exercice. l’our alimenter la caisse des pensions,
3 p. 100 sont prélevés sur le traitement de l’instituteur, I 1/2 p. 100
GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
sur celui de l'institutrice. La commune contribue pour 2 p. 100 du même traitement. L'État pourvoit au surplus.
La moitié des traitements et rétributions est payée par 'la caisse communale. L’autre moitié est répartie sur les parents des enfants de six à douze ans. Ces contribuables peuvent être divisés en classes et taxés suivant leur fortune ou le nombre de leurs enfants. Les indigents sont exempts de la taxe et ils reçoivent gratuitement les livres et le matériel de classe nécessaires.
Le rôle de la taxe est publié, affiché, soumis aux réclamations des intéressés et mis en recouvrement par le receveur communal.
Chaque année, au mois de septembre, le conseil communal arrête ['organisation do ses écoles et son budget scolaire, qui sont soumis à l'approbation du conseil de gouvernement1.
1. Comme cette disposition nous parait excellente et mérite d’être imitée ailleurs, nous croyons utile de reproduire les articles mêmes de la loi de I8i3 :
Art. 41. — Tous les ans, au commencement du mois de septembre, chaque administration communale délibère sur le mode d'organisation des écoles primaires dans son ressort, conformément aux dispositions de la présente loi.
La délibération du conseil communal fait connaitre :
i" Le nombre d’écoles permanentes et d’hiver à créer dans la commune, ou conjointement avec des communes voisines;
2° Le siège et le ressort de chaque école ;
3° Le local où chaque école doit être établie ;
4° Les noms de l'instituteur et du sous-maltrc de chaque école ;
5° Les matières que doit embrasser l'enseignement dans chaque école ;
0° Le traitement de chaque instituteur, d’après le nombre d’élèves susceptibles de fréquenter l'école;
7» La partie de ce traitement à imputer sur la caisse communale, notamment pour l’enseiguement des indigents, sur les fondations et sur les rétributions des élèves, ainsi que le taux de la rétribution par élève ;
8° Le mode de division des parents en classes, s'il y a lieu;
9° Les logements assurés aux instituteurs, ouïes indemnités allouées de ce chef;
10“ Les sommes accordées pour :
a) Constructions nouvelles;
b) Grosses ou menues réparations;
c) Achat de mobilier nécessaire aux écoles;
d) Fourniture de livres et autre matériel aux indigents;
e) Chauffage et éclairage des écoles ;
f) Distribution de prix et autres encouragements aux élèves.
11“ L'ouverture et la clôture de l’année scolaire, ainsi que les vacances, les exercices publics et l’époque Axée pour la distribution des prix.
12“ Les jours et heures de travail en été et en hiver, pour chaque école,
IG
Si l’organisation n’est pas conforme à la loi, le conseil en avertit la commune et, en cas de refus, agit d'office.
La surveillance des écoles appartient aux autorités communales et aux commissaires de district, mais particulièrement aux inspecteurs d'écoles et à la commission supérieure d’instruction.
« L'enseignement religieux est donné par les ministres du culte et, à leur demandp, sous leur surveillance et direction, par l’instituteur. » Art. 51.
11 y a un inspecteur par canton. Il est tenu de visiter au moins deux fois par an les écoles de son ressort. Il réunit au moins deux fois par an, sous sa présidence, tous les instituteurs de son canton. Ces conférences ont pour objet tout co qui peut contribuer au progrès de l’enseignement primaire.
Les instituteurs privés sont tenus d’assister à ces réunions, sous peine de révocation de leur permission d’enseigner.
Ce qui a produit l'efficacité de cette législation et ce qui mérite d’èlre imité, c’est :
1° Le pouvoir donné à l’autorité centrale de forcer les communes à remplir leur devoir de procurer aux habitants les moyens de s'instruire.
2a L’obligation imposée au conseil communal do préparer tous les ar.s le plan général de l'enseignement primaire, lequel est soumis à l’autorité supérieure.
3° La taxe d’école remplaçant la rétribution scolaire. Le père de
ainsi que ceux des congés, et spécialement les jours et heures fixés pour renseignement religieux, eu égard li ce qui est proscrit par l’art. 52.
Art. 42. — La délibération, dont il est fait mention en l’article précédent, est accompagnée :
1° Des plans et devis des constructions projetées;
2* Du relevé nominatif et du classement des parents ou tuteurs d’enfants susceptibles do fréquenter les écoles, indiquant le nombre de ces derniers pour chaque chef de famille, certifié par l’autorité locale;
3° De la liste nominative des parents indigents et de leurs enfants ayant droit à l’instruction gratuite, certifiée de la même manière;
4° D’un état dressé par les bourgmestres et échevins, conformément au modèle joint à la présente loi .'
5° De l’avis préalaLle donné par l’inspecteur d’écoles mentionnéà l’art. CÜ de cette loi.
Art. 43. — Les relevés mentionnés sous les n”* 2 et 3 de l’article précédent sont, avant l’envoi à en faire au conseil du gouvernement, affichés dans la commune pendant huit jours; il sera loisible à chaque père de famille, pendant ce délai, de former ses réclamations, sur lesquelles il sera statué par l'administration communale, et, en cas de réclamation ultérieure, par le conseil de gouvernement.
GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
famille, étant obligé en tout cas do payer pour ses enfants, tient à profiler de l’argent déboursé en les envoyant à l’école. La rétribution scolaire les en ôloigno, car le père fait une économie en les gardant chez lui. Dans le Bas-Canada, et en Néerlande, dans la province de Groningue, la mémo mesure a également donné les résultats les plus favorables.
Voyons maintenant la situation de l’enseignement primaire dans le grand-duché.
Lors du dernier recensement fait en décembre 1867, la population totale s’élevait à 199,958 âmes, le nombre des communes à 126.
En 1841 il n’existait que 382 écoles pour 571 sections de commune. En 1868 on comptait 594 écoles publiques, 538 instituteurs et 172 institutrices, total 610, dont 43 seulement n’avaient qu’uncautorisalion d’enseigner, sans diplôme.
Le pays possède en outre 6 écoles primaires supérieures. Il n’existe en tout que 6 écoles privées tenues par des religieuses.
Le nombre des enfants fréquentant l’école est des plus satisfaisants. Il s’élève pour les enfants en âge d’école (de six à douze ans) à 25,996, dont 20,996 solvables et 5,000 indigents, soit 1 élève par 7,6 habitants.
Le nombre des enfants présents a l’école lors des inspections est en hiver, de 23,530 en âge d’école et de 5,237 plus âgés, total 28,767, et en été, de 26,055 en tout. Tel est le chiffre de la présence, mais le nombre des enfants fréquentant l'école d'une manière plus ou moins régulière est plus élevé : il monte en hiver à 30,625 et en été à 27,510, et dépasse donc notablemement celui des enfants en âge d’école. Parmi ceux-ci 97,66 pour cent fréquentent l’école en hiver et 86,65 en été.
Au total, sur 100 habitants on trouve dans les écoles primaires en hiver 15,21 et en été 13,75, ce qui équivaut à la proportion des pavs les plus avancés de l’Allemagne.
Il y a en outre 646 élèves dans les trois établissements d’enseignement moyen, co qui fait 3,26 par mille de la population totale.
Le degré d’instruction générale, jugé d’après celui de l’instruction des miliciens, a suivi une marche régulièrement ascendante. En 1856 la proportion de ceux qui ne savent ni lire ni écrire était de 7,61 pour cent, elle n’était plus en 1868 que 1,85.
Degré d’instruction des miliciens en 1868 :
1° Ayant reçu une instruction primaire complète . 79,80 p. 100
‘2° Sachant lire et écrire 18,35
* 3° Ne sachant ni lire ni écrire 1,85
Ces résultats sont supérieurs môme à ceux constatés en Pru3se et
s'élèvent presque au niveau do ceux de la Saxe et du Wurtemberg.
La dépense totale pour l’enseignement primaire s’est élevée en 1 868 à 628,642 fr. supportée :
Par l’État pour
Parles communes
Par la taxe scolaire
118,457 fr.
La dépense des communes se répartit ainsi :
Pour fourniture de logement et de matériel. Pour le traitement des instituteurs. . . . Pour constructions neuves
420,550 fr.
Dans les subsides de l’État se trouvent compris 6,300 fr. pour construction de bâtiments d’école.
La dépense totale revient à 3 fr. 10 cent, par habitant, proportion considérable en Europe et qui n’est atteinte que dans quelques cantons suisses et en Danemark.
Le nombre d'élèves par école, qui en 1804 était de 62,03, est descendu à 02,02, progrès dû à l’ouverture d’écoles nouvelles et à la création d’écoles séparées pour les filles.
La dépense totale de l’instruction par élève revient à environ 20 francs.
Le traitement moyen de l’institutrice laïque est de fr. 388-31 et de l’institutrice religieuse de fr. ilO; celui de l’instituteur, de fr. 628-93.
Ces traitements reviennent en moyenne à fr. 14-06 par élève.
L’école normale a coulé en 1867 fr. 28,133. Elle compte 8 maîtres et 4 maîtresses et forme en moyenne par an 15 instituteurs et 10 institutrices, ce qui suffit pour fournir un recrutement régulier d'instituteurs diplômés.
Parmi les maîtres de l’école normale il y a un professeur d'agronomie et un jardinier démonstrateur, qui donnent des notions d’agriculture et do jardinage, ce qui est excellent.
Malgré les résultats salLfaisants que l’on a obtenus, les diverses administrations s'efforcent encore constamment d’améliorer l’enseignement du peuple en y consacrant chaque année plus d’argent et plus de soins.
Ainsi donc, en résumé, le grand-duché dépasse do beaucoup non-seulement la France et la Belgique, mais même la Prusse, sous Je rapport de la fréquentation des écoles, de la diffusion des connaissances élémentaires et des sacrifices faits en faveur de l’enseigne-
GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG'. 2t5
ment. Cette situation si remarquable est due à la législation scolaire de 1843 et surtout à l’esprit de suite, à l’énergie, à l’intelligence avec lesquels la loi a été appliquée. Il est moins difficile de faire de bonnes lois que de leur faire porter de bons fruits.
NÉERLANDE
Jusqu’au commencement do ce siècle, la Néerlande n’a point eu de syslème général d’enseignement pour le peuple. Cependant, à côté du temple protestant, de nombreuses écoles s’étaient élablies sous l’influence de la Réforme. Dès 1683, l’école modèle de Franeker fut fondée en Frise et l’instruction était très-répandue même dans le peuple. Mais les catholiques n’avaient guère d’institutions où ils pussent envoyer leurs enfants, et toutes les écoles existantes laissaient beaucoup à désirer. Elles durent leur amélioration à un mouvement d’opinion dont une société particulière donna le signal.
En 1784, un pasteur mennonite, Jean Niewenhuvsen, fonda avec quelques amis une association, — la Maalschappy tôt nulvtiti l'alyemeen, — qui avait pour but de favoriser la diffusion des lumières parmi les classes inférieures. Les moyens pratiques qu’elle adopta étaient parfaitement conçus. Elle publia des livres élémentaires bien faits et à très-bon marché; elle fonda des bibliothèques populaires, établit quelques éctèies modèles'; et enfin ouvrit une enquête sur les meilleures méthodes d’enseignement élémentaire. Elle compta bientôt 7 ou 8,000 membres payant une minime cotisation, mais dévoués à l’œuvre d’émancipation intellectuelle. En 1797, Amsterdam adopta les plans de réforme de la société. En 1801, le célèbre orientaliste Van der Palm, chargé du département de l’instruction publique de la république batave, rédigea un projet de loi qui, remanié parM. van den Ende, « le père de l’instruction primaire en Hollande, » devint en 1806 la base de l'organisation nouvelle. La loi de 1806 est trèsbrève, mais elle contient deux dispositions capitales qui furent la cause du merveilleux succès qu'elle obtint. Elle établit un système complet d’inspection pour les écoles et un examen sérieux pour les candidats instituteurs. Ensuite un règlement organique émanant du grand-pensionnaire Schimmelpenninck introduisit le principe entièrement nouveau de l’école laïque. Il est nécessaire de citer les termes mêmes des articles qui contiennent cette importante innovation. Les voici : a L’enseignement devra être organisé do façon que l’étude des connaissances utiles soit accompagnée du développement des facultés
intellectuelles, et que les élèves soient préparés à l’exercice de toutes les vertus chrétiennes. — Il sera pris des mesures pour que les écoliers ne soient point privés d'instruction dans la partie dogmatique de la confession religieuso à laquelle ils appartiennent; mais cette partie de l’enseignement ne sera pas à la charge de l’instituteur. » Par cette mesure, le principe de la séparation de l'Église et de l’État était porté jusque dans le domaine toujours réservé de l'instruction primaire : à l’instituteur la morale, au prêtre le dogme. En 1806, les ministres des différents cultes, à peine remis des redoutables secousses de la révolution, étaient animés de sentiments de tolérance. Tous répondirent dans les termes les plus favorables à la circulaire qui demandait leur concours pour l'application de la loi nouvelle. Les mennonites. les luthériens, les juifs, les calvinistes et jusqu’aux catholiques accueillirent le système nouveau sans objection, sans restriction, « avec allégresse » même, pour employer l’expression dont ils se servirent. L'archiprôtre de Frise disait dans sa réponse à la communication ministérielle : • Pour voir régner la concorde et la charité entre les diverses communions, il est nécessaire, à mon avis; que les instituteurs s’abstiennent de l’enseigncmeut des dogmes des diverses communions. Afin d’atteindre le but salutaire que le gouvernement se propose et pour lequel il réclame notre active coopération, c’est par les enfants qu’il convient de commencer. » L’école laïque fut donc établie avec l’approbation de tous. Ce système qui est combattu aujourd’hui 'avec tant d’animosité par les ultra-protestants et par les catholiques ultramontains, était considéré alors comme le seul moyen de faire régner la tolérance et la charité, et d’obtenir un bon enseignement dogmatique, enseignement que la plupart des instituteurs étaient et sont encore incapables de bien donner
Malgré les lacunes que présentait la loi nouvelle, elle eut d’excellents résultats. L’inspection fut admirablement organisée, et c’est à elle qu’on dut surtout le progrès accompli. Chaque province était divisée en un certain nombre de districts, à la tête desquels se trouvait un inspecteur. Tous les inspecteurs de la province se réunissaient trois fois par an pour former la commission provinciale do l’instruction primaire, chargée d’examiner les rapports sur la situation des écoles et de délivrer les certificats de capacité aux instituteurs. Une fois dans l’année, chaque commission provinciale envoyait à La Haye un délégué, et ces délégués, en présence du ministre et sous la présidence de l'inspecteur général , s’occupaient des améliorations à introduire dans le système de l’enseignement. Grâce aux efforts des communes, presque partout convaincues des avantages de l’instruction du peuple, grâce aussi à l’action incessante du pouvoir central, des écoles s’élevèrent en grand nombre, et les méthodes qu’on y suivit
NÉERLAXDE.
les placèrent au premier rang de celles qui existaient alors en Europe. On possède à ce sujet le témoignage de deux juges compétents, Cuvier en 1841 et M. Cousin en 1836. En visitant les écoles des Pays-Bas, Cuvier fut frappé d'étonnement et d'admiration. Il exprime ce sentiment en des termes remarquables. « Nous aurions peine, dit-il, à rendre l'effet qu’a produit sur nous la première école primaire où nous sommes entrés en Hollande. La première vue de cette école nous avait causé une agréable surprise; lorsque nous fûmes entrés dans tous les détails, nous ne pûmes nous défendre d’une véritable émotion. » Ce qui intéressa surtout M. Cousin, ce fut le principe de l'école laïque mis en pratique à la satisfaction générale. Quoiqu’il n'en soit point partisan, il ne peut en nier les bons résultats. Il cite même les paroles de M. van den Ende, l’inspirateur de la loi de 1806, qui, trente ans après, en surveillait encore l’application. « Oui, disait le vénérable vieillard, les écoles primaires doivent être en générai chrétiennes, mais ni protestantes, ni catholiques. Elles ne doivent appartenir à aucun culte en particulier et n’ensoigner aucun dogme positif. Il ne faut pss tendre à la division des écoles et avoir des écoles spéciales catholiques et des écoles spéciales protestantes. L’école populaire doit être pour le peuple tout entier. » En visitant les grandes écoles d’Amsterdam, de Rotterdam, de La Haye, M. Cousin vit, assis sur les mêmes bancs, des juifs, des catholiques, des protèstants de toutes les dénominations, recevant en commun une instruction pénétrée de l'esprit chrétien, mais non de l’esprit de secte. Le dogme était strictement exclu de l’enseignement public. Il constata qu’aucune animosité religieuse ne divisait ces enfants, et que cet enseignement purement laïque formait des hommes religieux et moraux.
La loi de 1806 demeura en vigueur jusqu’en 1857. Vers cette époque, il fallut se décider à la remanier pour la mettre en rappor avec la constitution de 1 848, qui proclamait la liberté d’enseignement. Le principe de l'école laïque eut à soutenir alors un rude assaut. Depuis que. les catholiques avaient obtenu l’égalité complète des droits, ils avaient employé leur influence à faire bannir de l ecole plus complètement encore qu’auparavant toute instruction religieuse, et ils étaient arrivés à y faire proscrire l’emploi de la Bible, même comme simple livre de lecture et d’édification. Or plus les catholiques réussissaient à imposer l’observation rigoureuse des prescriptions de 4 806, plus le mécontentement des ultra-protestants devenait vif. Ne pouvant contester le droit des catholiques de réclamer un enseignement purement laïque dans l’école mixte, ils en étaient venus à attaquer le principe même de l’école mixte. Ils appelaient celle-ci « une école athée, » — « un foyer d’irréligion et d’immoralité. » Ils la dépeignaient comme devant amener l’anéantissement des vertus
nationales, la ruine de la patrie. Ils excitaient contre le système si sage de 1806 les rancunes et les craintes des protestants, effrayés des prétendus progrès de l’Église romaine. Ils voulaient à tout prix introduire des écoles confessionnelles, chaque culte ayant scs écoles spéciales.
Les débats des chambres néerlandaises sur la révision de la loi organique de l’instruction primaire en 1 857 jettent tant de lumière sur la question qui nous occupe, que nous croyons devoir y insister1. On retrouve dans cette discussion ce bon sens pratique, cet instinct de la liberté uni au respect du droit qui ont fait autrefois la gloire du peuple hollandais, et qui actuellement encore le rendent si digne de l’attention et de la sympathie de l’étranger. Dans tous les discours se révèle un sentiment religieux très-sincère, très-profond, trèséclairé, une certaine nuance théologique, mais nulle bigoterie, une admirable et large tolérance. Tous les orateurs sans exception semblent pénétrés de l’importance des questions religieuses et de la nécessité de donner la morale et la religion pour mobile au progrès de la civilisation; mais, sauf un très-petit nombre de protestants et de catholiques exagérés, tous aussi manifestent une répugnance sans bornes pour les envahissements d’une dogmatique étroite et exclusivq. Avec une fermeté qu’on ne peut trop louer, ils repoussent l’intervention de l’Église, non-seulement dans les affaires de l’État, mais même dans celles de l’école, qui, dans la plupart des pays, est considérée comme le véritable domaine du clergé. Ils distinguent nettement le prêtre de la religion, l’institution extérieure du sentiment religieux, le dogme surnaturel des vérités naturelles, et la confession de foi de la morale. Pour que la séparation de l’État et de l'Église soit appliquée jusque dans le domaine de l’instruction primaire, et pour enlever tout prétexte à l’intervention du clergé, ils veulent que l’enseignement du dogme soit laissé aux ministres des cultes et ne soit point inscrit au programme des matières enseignées et que la culture des vertus sociales soit confiée à l’instituteur laïque sous le contrôle du pouvoir
Un député de cette province de Groningue aussi remarquable par la perfection de son agriculture que par la justesse d’espritde ses habitants, M. Blaupot ten Kate, traita la question avec tant de netteté, que nous ne résistons pas au désir de donner un résumé de son discours. Partout, disait-il, où il n’y a plus de religion d’État, partout où les différents cultes ont droit à une protection égale, il faut séparer avec soin ce qui appartient au pouvoir laïque et à l’Église. L’État
I. Voyez mon étude spéciale : Débats sur l'enseignement primaire dans les chambres néerlandaises ( session 18S7 ). Hoste — Gand — 1858.
NÉERLANDE
s’occupe de l’instruction dont l’homme a besoin comme citoyen, l’Église de l’instruction dont l’homme a besoin comme croyant. Pour l’État, l’enseignement est un intérêt politique; pour l’Église, un intérêt religieux. On porterait atteinte aux droits, à l’essence même de l’État, en l’obligeant à faire enseigner ce que croient les diverses confessions, et en même temps on empiéterait sur le domaine réservé des églises. Du moment que vous donnez un enseignement dogmatique, vous devez vous soumettre au contrôle du clergé. Il peut, il doit même, dès lors, réclamer l’inspection des écoles publiques. De là naissent les conflits entre l’autorité civile et l'autorité ecclésiastique, les froissements de conscience, l’oppression de la minorité.
Voici comment l'orateur repousse cette accusation si souvent répétée, qu’en écartantde l’école l’enseignement dogmatique on enlève toute base à la morale, et qu’on fonde ainsi en fait des écoles irréligieuses, athées. Que peut-on attendre de l’école? dit-il. Que les enfants y soient, comme dit M. Guizot, « dans une atmosphère religieuse ? » Certainement il doit en être ainsi; mais cela dépend surtout de l’instituteur. Il y a dans le cœur de l’enfant une révélation morale et religieuse sur laquelle le maître peut et doit agir : c’est la conscience de l’enfant. Le maître doit l’éveiller, l’élever par des exemples, des récits, par l’influence de chaque jour, bien plus que par d’arides et froids préceptes. Les deux vérités fondamentales qu’on retrouve dans toutes les religions révélées et dans toute croyance religieuse, c’est qu'il y a un Dieu qui veille sur nous comme père et comme juge, et qu’après cette vie il y en a une autre où le bien est récompensé et le mal puni. Ces deux grandes vérités, qui son*, la base de toute morale, doivent être enseignées dans l’école laïque, afin d’y développer les vertus sociales, Ips vertus qui font l’homme de bien et le citoyen utile. Avec ces deux principes de foi, passant du père aux enfants et de génération en génération, la jeunesse trouvera au fond de son cœur une force d’amélioration qui la rendra digne de la liberté et un germe de vertu qui la soutiendra dans l’épreuve, dans le malheur. Non, l’école ne sera pas irréligieuse, athée, aussi longtemps que la vertu et la morale feront partie de la religion, aussi longtemps qu’on y enseignera ces bases éternelles de tout culte, la croyance en un Dieu et en l’immortalité de l’âme, aussi longtemps qu’on pourra y montrer le Christ comme le modèle de l’humanité. Ce seront, il est vrai, des écoles non ecclésiastiques, kerkelooze scholen, des écoles laïques; mais c’est ce qu’elles doivent être, si l'on ne veut pas asservir l’État à l’Église dans la plus délicate de ses missions, celle de former la jeunesse pour la vie moderne.
Le projet de loi présenté par le gouvernement portait que l’instituteur doit développer le germe des vertus sociales et chrétiennes.
L’INSTRUCTIOX DU PEUPLE.
Ce dernier mot offusquait les catholiques; ils en demandaient la suppression, parce qu’il pouvait autoriser une certaine tendance dogmatique. Les protestants au contraire en voulaient le maintien, trouvant que la loi ainsi conçue répondait aux vœux de la majorité de la nation. L’homme d’État le plus en vue de la Néerlande et qui a occupé le ministère de l’intérieur presque constamment depuis 1 848, M. Thorbecke, détermina le caractère précis de la loi avec une grande lucidité. Dans ce qu’il fait comme dans ce qu’il permet, disait-il, le pouvoir civil doit être complètement indépendant dos confessions, comme les confessions doivent l’être de l’État ; mais de ce que l’autorité laïque n’est point soumise à l’Église pas plus que l’Église à l’autorité laïque, en résulte-t-il que le christianisme est étranger à l’État ou à ce qui se fait au nom de l’État ? Oui, quand il s’agit de ce christianisme de secte qui repousse ceux qui n’ontpas les mêmes croyances; non, quand il s’agit de ce christianisme social qui est supérieur aux divisions dogmatiques. On a distingué avec beaucoup de raison, en l>arlant des phénomènes économiques, « ce qui se voit de ce qni ne se voit pas; » cette distinction est applicable ici. Le travail invisible du christianisme au fond des consciences et en dehors des confessions dogmatiques est infiniment plus général, plus profond, plus puissant que ce qu’on aperçoit à la surface dans le cercle des églises. Le christianisme a pénétré notre législation et nos mœurs, nos idées et la société tout entière. Ce christianisme social domine les églises diverses, comme la science est supérieure aux formes et aux principes au moyen desquels chacun s’efforce de la saisir ou de l’exprimer. Il n’est pas resté enfermé dans les bornes étroites d’une église, il est devenu une force civile, laïque, l'âme de notre civilisation, un courant d’eaux vives qui a pénétré l’ordre social dans tous ses éléments. C'est l’influence de ce christianisme qui se fera sentir dans l’enseignement public, que la loi le dise ou ne le dise pas. L’école sera chrétienne, pirce qu’elle sera l’émanation d’une société chrétienne. M. Thorbecke indiquait ainsi la véritable solution de la difficulté. Le christianisme dogmatique, objet de la foi et connu par la révélation seule, est une affaire individuelle et forme la sphère propre de l’Eglise. Le christianisme social, laïque, qui transforme peu à peu la société d’après l’idéal de la justice, est au contraire une affaire de l’État; car il est (terceptible, démontrable par les seules forces de la raison ; il peut donc être enseigné par le représentant du pouvoir civil, par l’instituteur laïque.
Les mots « vertus chrétiennes, » objet de tant de débats et repoussés avec énergie, avec violence môme par les catholiques, furent au contraire acceptés par les juifs. Un député israélite d’Amsterdam, M. Godefroi, déclara qu’il voterait la loi telle qu’elle était proposée.
NÉERLANDE
a Les juifs, disait-il, peuvent admettre ces termes « vertus chrétiennes » dans le sens défini par M. Thorbccke, parce qu’ils ne signifient point des dogmes chrétiens, mais des vertus sociales que chacun doit admettre, à quelque religion qu’il appartienne. La pratique de la vertu étant l'objet de la morale, par culture des vertus chrétiennes on a voulu entendre l'enseignement de cette morale élevée et pure que le christianisme porte avec lui, et que les non-chrétiens peuvent accepter aussi bien que les chrétiens eux-mêmes, parce que c'est la morale universelle, la morale qui s’impose à toute conscience droite, à tout esprit éclairé. » Ces paroles d’un orateur juif montrent les progrès qu’a faits la tolérance, et combien les h immes des différents cultes, jadis si hostiles, sont près de s’entendre en s’élevant à une certaine hauteur.
Le parti ultra-protestant, le parti Groen, comme on l’appelait du nom de son chef, M. Groen van Prinsterer, réclamait des écoles confessionnelles. En repoussant cette prétention, le ministre de l’intérieur, M. van der Brugghen, montra clairement comment les divergences d'opinions provenaient d’une manière différente de concevoir le culte. Pour quelques-uns, disait-il, le christianisme signifie le dogme chrétien ; les articles de foi, la conception littérale de la vérité révélée, voilà l’intérêt suprême. Le dogme sans doute a une grande importance, mais il ne doit pas absorber complètement la notion du christianisme. Pour tout le parti ultra-protestant, la religion est trop uniquement concentrée dans le dogme. Au contraire, suivant l’école libérale, à laquelle appartiennent tant d’hommes de foi et de savoir, le christianisme n’est pas tant affaire d’intelligence et de vérité abstraite qu’objet de sentiment et de conscience. D’après cette école, il existe dans toute nation chrétienne, malgré de grandes différences spéculatives d’opinion et de dogme, un fonds commun de croyances religieuses et de sentiments moraux. C’est ce fonds commun de religion et de morale qui peut, qui doit être enseigné dans l’école mixte par l’instituteur laïque.
La lof fut adoptée grâce à l’accord des protestants libéraux et des catholiques modérés. Les dispositions qui concernent l’enseignement de la religion méritent d'être citées parce qu’ elles peuvent être utilement étudiées par les pays qui voudront, comme la Hollande, appliquer logiquement la séparation de l’Église et de l’État jusque dans le domaine de l’instruction primaire. Ces dispositions, les voici : « Dans chaque commune, l’enseignement primaire est donné dans des écoles publiques en nombre suffisant pour les besoins de la population ; les enfants de toutes les communions y sont admis sans distinction. L’instruction doit servir à développer les vertus sociales et chrétiennes. Les instituteurs s'abstiennent d’enseigner, de faire ou permettre quoi
que ce soit qui pourrait blesser les croy.mces religieuses des communions auxquelles appartiennent les enfants qui fréquentent l’école. L’enseignement de la religion est abandonné aux diverses confessions. A cet effet, les locaux de l'école seront à la disposition des élèves en dehors des heures de classe. »
C’est dans les pays catholiques que l’application d’une loi semblable doit rencontrer le plus de difficultés, parce que le prêtre y est habitué à considérer tout ce qui touche à la morale et à la religion comme son domaine exclusif, et à surveiller l’école primaire comme une institution soumise de droit, à l’inspection ecclésiastique. Pour ce motif, j’ai voulu visiter les écoles des provinces catholiques des Pays-Bas, surtout celles du Limbourg, où le clergé exerce une grande influence, même en politique. J’ai trouvé la loi appliquée sans froissement pour aucun culte et jusqu’à présent sans réclamations sérieuses. Les institutions qui m’ont le plus frappé sont la grande école communale de Maastricht, et, comme type d’école de village, celle de Meerssen, d’abord par l’excellence de l’instruction qui s’y donne, ensuite parce que j’v ai trouvé réunis sur les mêmes bancs des catholiques, des protestants et des juifs.
Quelle prière dira-t-on dans l’école mixte? C’est encore un point qui a donné lieu à de graves difficultés. A Maastricht, au commencement et à la fin de la classe, les maîtres lisaient, d’une voix recueillie, une prière très-touchante, conçue en termes généraux et tirée d’un recueil depuis longtemps en usage. C’est la solution la plus conforme à l’esprit de la loi. Ailleurs on dit l’oraison dominicale ou bien aucune prière n’est prononcée. Il n’y a point de leçons spéciales de morale; l’instituteur doit seulement contribuer par ses leçons ordinaires au développement moral et religieux des élèves. Il semble qu’il n’est point mauvais de procéder ainsi. II n’est pas nécessaire en effet d’enseigner un système de morale aux enfants ; c’est le sentiment même du bien et du mal qu’il faut fortifier, l’idée du devoir qu’il faut faire naître. Ce sentiment, celte idée, l’enfant les porte en lui : il ne s’agit que de les cultiver, de les fortifier par des récits, par des morceaux de poésie et d’éloquence, en racontant des traits de vertu et d’héroïsme empruntés à la biographie des hommes de bien. Une instruction morale donnée immédiatement, à propos d’un fait qui vient de se passer à l’école ou d’une faute commise, fera beaucoup plus d’impression que des formules abstraites ou des préceptes sans application directe. Partout et toujours les paraboles ont précédé les arguments, comme les hiéroglyphes ont précédé les lettres.
Les écoles de la Néerlande méritent encore aujourd’hui tous les éloges qu’en ont faits Cuvier et M. V. Cousin. Les méthodes sont bonnes, les maîtres très-dévoués à leur utile mission, et les résultats
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obtenus très-remarquables. Malheureusement il s'en faut de beaucoup que tous les enfants en âge d’école y soient assidus. On peut donc regretter que le Parlement hollandais ne se soit pas encore décidé à décréter l’enseignement obligatoire, malgré les discours éloquents d’un grand nombre de ses membres. Il est cependant un précédent qui prouve à quel point cette mesure, appuyée sur la gratuité, serait efficace. Dans la province deGroningue, la plus éclairée du royaume, on remarquait que le nombre desécoliers allait sanscesse en diminuant, dans les campagnes surtout. On mit en vigueur en 1 8.39 un règlement qui obligeait tout père de famille à payer la rétribution scolaire pour chaque enfant de 6 à 4 2 ans, qu'il fréquentât ou non l'école publique, à moins qu’on ne démontrât qu’il recevait l’instruction à domicile ou dans une école privée. Cette taxe payée, l’école était gratuite. L’effet de cette mesure dépassa toute attente. Le chiffre des élèves s’éleva en peu d’années de 20 à 30,000, et le nombre des absents fut réduit à une proportion presque insignifiante1.
Comme en Amérique, les écoles sont communes pour les deux sexes ; on a seulement soin de les placer sur des bancs différents, et comme aux États-Unis on s’applaudit des résultats obtenus. Garçons et filles s’habituent à vivre côte à côte, sous l’œil du maître; ils uo cherchent pas à se rencontrer hors de l’école. Le mystère disparaît; des relations simples s’établissent comme entre frères et sœurs. Une certaine retenue s'impose aux garçons, et leur manière d’èlre y gagne. Les instituteurs que j’ai interrogés sur ce système, si contraire aux idées reçues en France, m’ont toujours répondu qu’ils y voyaient de grands avantages, et qu’ils n’en avaient pas encore découvert les inconvénients.
La Néerlande nous montre comment on arrive à résoudre ce grave problème de la sécularisation do l’enseignement primaire, non-seule- ’ment sans ébranler les sentiments moraux et religieux, mais au contraire en les purifiant, en les imprégnant de tolérance et de charité réciproque, en les élevant au-dessus de la sphère orageuse des dissidences dogmatiques. Ce «vstème est la conséquence logique de la séparation de l’Église et de l’État : on ne peut y échapper sans aboutir à des conflits avec l’autorité ecclésiastique, à moins que le pouvoir civil ne soit prêt à toujours céder. A l'instituteur la morale reposant
1. Les Hollandais appellent cette mesure coercitive schoolgeldplegtigheid, c’est-à-dire obligation de la rétribution scolaire. Elle a été établie dès 1530 dans la province de Dreuthe et en 1506 dans celle d'Over-Yssel. « Pour tout enfant, disait cet ancien règlement, qui aura atteint sa huitième année, les parens payeront 15 sols par an, que l'enfant aille ou non à l’école. » Le Canada et le Luxembourg ont adopté une mesure semblable avec le plus grand succès.
sur la raison, au pu. ;>!' ogme émanant de la révélation, voilà la solution simple et qui t rait conygnir à tous les partis, même aux catholiques, car le pape, on l’a v.uC:nj..damne le système actuel parce qu’il confie l’enseignement du dogme à des maîtres laïques. Il ne s’agit ici, bien entendu, que des écoles publiques entretenues par les contributions de tous les citoyens. L’école privée doit être libre. Elle sera confessionnelle, soumise au clergé et ouverte seulement aux enfants d’un seul culte, si ceux qui l’ont fondée le veulent ainsi.
Nous allons maintenant faire connaître les principales dispositions de la loi de 1857.
L'enseignement est libre; mais pour donner l’instruction, il faut avoir satisfait aux conditions de capacité et de moralité exigées par la loi, c’est-à-dire présenter un certificat délivré par l’autorité communale et posséder le diplôme d’enseignement primaire. Ce diplôme s’obtient après un examen passé devant un jury composé de cinq inspecteurs.
Dans chaque commune il faut qu’il y ait autant d’écoles ouvertes à tous les enfants, sans distinction de culte, que le besoin l’exige. Le conseil communal détermine le nombre des écoles; mais la députation provinciale et le roi peuvent l’augmenter, si ce nombre est jugé insuffisant.
Les autorités communales et provinciales peuvent accorder des subsides à des écoles privées, à condition que ces écoles soient accessibles à tous les enfants, sans distinction de culte.
L’enseignement ne peut être donné dans des locaux que les inspecteurs déclarent impropres à cet usage.
Quand le nombre des élèves dépasse 70, l’instituteur sera aidé par un élève-maître; s’il dépasse 100, par un sous-mallre; s’il dépasse 150, par un sous-maître et un élève-maître, et ainsi de suite.
L’instituteur aura un traitement d’au moins 400 florins (840 fr.), une maison ou une indemnité de logement de 25 fl. (52 fr. 50c.), et s’il se peut, un jardin, plus une indemnité pour l’élève-maltre, s’il y a lieu. Le sous-instituteur touchera au moins 200 fl. (420 fr.).
Les traitements et indemnités sont fixés par le conseil provincial, sous approbation de la députation provinciale.
L’instituteur est nommé par le conseil communal sur une liste de 3 à 6 candidats dressée par le conseil des bourgmestre et échevins, l’inspecteur local entendu, et après un examen comparatif subi par les candidats.
Les instituteurs peuvont être suspendus ou démis'sionnés par l’autorité communale, l’inspecteur entendu. La place d’instituteur doit être remplie dans les six mois. L’instituteur ne peut exercer
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aucune autre fonction qu’avec l’assentim * dv. .a députation permanente. Tout négoce lui est interdît. '•9*’
L’État paye à l’instituteui pension égale à la soixantième partie de son traitement pendant sa dernière année d’exercice, soixantième multiplié par le nombre d’années de service. L’instituteur verse tous les ans 2 p. 100 do son traitement.
Toutes les dépenses de l’enseignement primaire : traitements, locaux, appareils, chauffage et éclairage des classes, commission locale, sont à la charge de la commune.
Une rétribution peut être réclamée pour chaque enfant qui fréquente l’école, sauf pour les indigents. Le conseil communal doit autant que possible favoriser la fréquentation de l’école par les enfants indigents.
Si le gouvernement juge, après examen fait par la députation provinciale, que la dépense est trop forte pour la commune, un subside lui est accordé, payé moitié par la province, moitié par l’État.
L’enseignement primaire du premier degré comprend : 1 0 la lecture; 2” l’écriture; 3° le calcul; 4° les éléments de la géométrie; 5° de la langue néerlandaise; 6° de la géographie; 7° de l’histoire; 8° des sciences naturelles; 9° du chant. — Il ne manque que la gymnastique, lacune regrettable, en Néerlande surtout, où la population ne fait pas assez d’exercices.
L’enseignement primaire du second degré ou développé comprend en outre : 10° des éléments de langues étrangères; 11° de la géométrie; 12" d’agriculture; 13° le dessin; 14 les ouvrages de main pour les filles.
L’article 23 dit : « L’enseignement, en donnant les connaissances utiles et appropriées aux besoins, doit servir à développer l’intelligence des enfants et à les préparer à la pratique de toutes les vertus chrétiennes et sociales. — L’instituteur s’abstient d’enseigner, de faire ou de laisser faire quoi que ce soit qui puisse être opposé au respect dû aux principes religieux des dissidents ( Andersdenkenden ). L’instruction religieuse est abandonnée aux diverses communions. A cet effet, le local de l’école peut être mis à la disposition des élèves en dehors des heures de classe. »
En vertu de cet article, il a été décidé que des religieux ne pouvaient tenir l’école communale ou subsidée, parce que ieur costume et leurs vœux enlèvent à l’école son caractère laïque et neutre.
La lecture de la Bible n’est point permise dans les écoles où se trouvent des enfants catholiques ou juifs. Les autorités scolaires sont d’avis que prendre la Bible simplement comme livre de lecture, c’est
manquer au respect dû à un document sur lequel repose la foi des chrétiens, et que la lire comme exercice religieux, c’est donner à l'école une tendance que la loi a voulu proscrire. — Pour développer les vertus chrétiennes, il n’y a pas d’enseignement spécial. Le législateur a voulu seulement qu’on ne se contentât pas de développer l’intelligen e, mais qu’on inculquât aux onfants les sentiments de la morale chrétienne, qu’en un mot l’atmosphère de l'école fût religieuse, et jusqu'à présent ce résultat a été atteint.
La surveillance du l'enseignement est exercée par des commissions locales, des inspecteurs de district, des inspecteurs principaux et le ministre de l'intérieur.
La commission locale, dans les communes de moins de 3,000 âmes, est formée par le collège des bourgmestre et échcvins. Ailleurs elle est nommée par le conseil communal.
La Néerlande est divisée en 92 districts. L’inspecteur de district est nommé par le roi et indemnisé de ses frais de voyage et de séjour. Il y a un inspecteur provincial dans chacune des onze provinces. Ils se réunissent en conseil une fois par an, sous la présidence du ministre.
Le comité local visite l'école au moins deux fois l’an, et adresse annuellement au conseil communal un rapport qui est communiqué à l’inspecteur de district. — Les inspecteurs de district visitent deux fois par an les écoles de leur ressort, envoient un rapport à l’inspecteur provincial, dont copie est communiquée à la députation provinciale, et s’efforcent, par tous les moyens, de provoquer le progrès de l’enseignement. Les inspecteurs provinciaux surveillent l’enseignement dans leur province et adressent au ministre un rapport annuel à ce sujet.
La loi de 1857 est, sous certains rapports, une des meilleures lois scolaires qui existent. Si elle ne donne pas les résultats remarquables obtenus en Danemark et en Allemagne, c’est qu’elle ne contient ni la gratuité ni l’obligation de l’instruction. Sans ces deux mesures il est impossible d’avoir tous les enfants à l'école, quelque excellen te que soit la qualité de l’enseignement.
Les inspecteurs de district sont aussi trop peu rétribués. Il vaudrait mieux en diminuer le nombre, ne choisir que d’anciens maîtres d école normalo et leur donner un traitement suffisant pour attirer des hommes capables, comme en Angleterre et aux États- Unis.
En Néerlande l’enseignement primaire est meilleur qu’en Prusse. Il est à la hauteur de celui de Zurich, de la Saxe ou du Wurtemberg, Le programme est étendu et les matières qu’il contient sont emeignées d’une façon pratique. L’instituteur hollandais est probablement
NÊERLANDE.
le meilleur de l’Europe. Il a toutes les qualités; car ses aptitudes naturelles sont cultivées dans des cours normaux qui durent quatre années.
La loi de 1857 a imposé dans les premières années de lourdes charges au budget des communes, pour construire les locaux et augmenter le traitement des instituteurs. Sans être moins solide qu'auparavant, ('instruction est plus variée, plus attrayante. Les nouvelles écoles sont bâties selon les règles de l'hygiène et pourvues* de tous les appareils nécessaires. Le personnel enseignant est de mieux en mieux composé.
Cependant la loi de 1837 est vivement attaquée. Elle a deux sortes d’ennemis : d’abord le parti ultra-protestant, qui veut remplacer partout l’école publique, laïque ou neutre, par l’école confessionnelle subsidiee, comme en Angleterre. L’école primaire a pour but principal, dit ce parti, de développer les sentiments moraux et religieux. Or, sans enseignement dogmatique, cela est impossible. Ces mots généraux de « vertus chrétiennes » sont un leurre, car l’école laïque démoralise le peuple en répandant , sinon l'irréligion, au moins l’indifférence. Les ultra-protestants s’efforcent donc d’établir des écoles privées confessionnelles. Mais ils se plaignent que la gratuité accordée par certaines communes rend la concurrence impossible.
Le second groupe d’ennemis que rencontre la loi, ce sont les catholiques. Ils ont d’abord réclamé la liberté d’enseignement. Maintenant qu’ils l’ont, ils soutiennent que cette liberté est violée, si l’État enseigne. En 1837 ils ont appuyé la loi actuelle. Ils ont contribué avec les libéraux à ôter à l’école publique tout caractère dogmatique. Aujourd’hui, sur un mot d’ordre venu de Home, ils attaquent l'école mixte, comme ils le font en Irlande.
En général les catholiques n’envoient leurs enfants à l'école communale que là où ils sont en majorité, comme dans le Brabant et dans le Limbourg. Ailleurs ils entretiennent des écoles privées.
Malheureusement en IIo lande l’organisation de l’école est devenue une question de parti. Tous les bons citoyens, dévoués au bien de la patrie, devraient unir leurs efforts pour développer l’enseignement primaire. Au lieu de cela, nous voyons deux partis puissants se coaliser pour dénigrer l’école publique, pour ameuter contre elle l'hostilité des populations, pour la faire déserter et supprimer, espérant que des écoles de secte s'élèveraient à sa place. Deploiable lutte, entreprise par des conservateurs aveuglés , qui ne voient pas qu’ils mettent en danger l’avenir intellectuel et moral de leur pays.
SITUATION DE L’ENSEIGNEMENT PRIMAIRE EN 1808. (Rapport officiel de 1870.)
N OMB R E D’ÉCOLES
Écoles communales du 1" degré 2,183
. — — du 2* degré (Enseignement développé) . . 407
Total 2,590
Écoles subsidiées du Ier degré 29
— — du 2e degré . 125
Total 154
Écoles privées du l,r degré 355
— — du 2e degré 576
Total 931
Total général ..... 3,675 Total en 1867 3,655
Augmentation 20
Sur ces 20 écoles en plus, 15 sont des écoles privées.
nombre d’institctechs:
Instituteurs 3,156
Sous-instituteurs 3,107
Élèves-maîtres 2,315
Institutrices - 437
Sous-institutrices 1 ,036
Élèves-maltresses 322
Total 10,373
Population du royaume en 1868 3,592,415
Augmentation 39,840