‹ L'Instruction du peupleChapitre 97 sur 186 · COLONIES NÉERLANDAISES · texte numérisé non relu

COLONIES NÉERLANDAISES

Report 15,791,815

Européens 29,139

Chinois 172,280

Arabes et Orientaux divers .... 16,850

Total 10,010,114

Écoles du gouvernement pour Européens en 1870 : 68, avec 155 maîtres et 4,223 élèves; dépense totale en 1869, 488,401 florins pour 4,030 élèves ou 95 fl. par élève. Écoles privées (1870) : 44 avec 2,127 élèves, dont 1,381 filles.

Il existe plusieurs milliers d’écoles populaires (on en dresse en ce moment la statistique exacte), nommées langars et pesantrens, fréquentées irrégulièrement par 129,595 enfants des deux sexes (1869).

L’enseignement, d'un caractère exclusivement religieux, y est donné par des prêtres mahométans d'un ordre inférieur et très-ignorants, \esHadjisou parles Djoeroetoelies, au moyen de livres arabes. Les prêtres indigènes sont (1869) au nombre de 78,816. Quelques écoles mieux dirigées ont été ouvertes par le concours des chefs javanais et des employés européens. Enfin le gouvernement adoptant certaines écoles locales, les a complètement réorganisées de façon à en faire des écoles modèles servant de type dans les différentes provinces. Il en existait en 1869, 64 de ce genre, avec 5,893 élèves. Un arrêté royal du 3 mai 1871 règle pour l’avenir l’intervention de l'État. Elle aura surtout pour but de former de bons maîtres indigènes. A cet effet deux écoles normales ont déjà été établies, l’une à Sojrakarta, l’autre à Bandong. L’enseignement de la religion sora uniquement réservé aux prêtres, qui pourront disposer du local de l’école en dehors des heures de classe. Les frais des écoles seront couverts au moyen de l’écolage ou des revenus du pays.

On établira aussi quelques écoles supérieures. Les employés javanais de différents rangs montrent un désir croissant de faire donner une instruction suffisante à leurs enfants, et on s’efforcera de répandre dans les écoles la connaissance de la langue néerlandaise et du .Malais.

Une société dans le genre de celle du Bien public ( Tôt nul van t'algemeen), s’est constituée dans le but de favoriser les progrès des lumières à Java. Elle se nomme Toi nul van den Javaan et elle contribue, à côté des missionnaires, à faire acheter des livres par les indigènes. Le nombre des livres vendus s’est élevé en 1870 à 20,344 dans les différentes possessions. Les statistiques officielles contiennent sur les Iles autres que Java les données suivantes :

Sumatra : écoles privées et du gouvernement, 29; élèves, 1,151. — Bornéo : écoles, 7. — Menado (Célèbes) : écoles, 152 ; élèves,

12,045. — Amboine : écoles, 29; élèves, 2,684. — Timor : écoles, 13; élèves, 571. — Rotti : écoleà, 33; élèves, 2,038 *.

PORTUGAL

En Porlugal, comme dans les autres pays catholiques, l'Église seule était jadis chargée d'instruire le peuple. Quand au xvm' siècle, Pombal, pénétré des besoins de la société moderne, voulut se rendre compte de l’état de l’instruction populaire, il trouva une ignorance profonde et générale. Il n’existait que 400 écoles dans tout le royaume. En 1772 il forma le projet de doter chaque commune d’une école. Il en fit ouvrir immédiatement 400 et, afin de leur créer des ressources, il établit, même sur le vin et l’eau-de-vie, un impôt spécial appelé subside littéraire; mais les écoles ouvertes par Pombal disparurent après sa chute.

En 1807 on comptait dans les écoles primaires 24,000 élèves seulement. Après les désastreuses guerres de l’empire et la réaction absolutiste et cléricale qui les suivit, ce nombre se réduisit même à 8,000, ce qui signifie qu’il y avait 3 élèves par 1 ,000 habitants. Autant dire que l’enseignement primaire n’existait pas. Je ne crois pas que dans aucun pays civilisé, une situation pareille ait existé au xi\' siècle. C’est le résultat auquel avait abouti l’initiative individuelle, combinée avec les efforts du clergé et des ordres religieux.

A peine les amis de la liberté eurent ils, en 1 834, triomphé de don .Miguel, et assuré le trône à Dona Maria, que revenant aux traditions de Pombal, ils s’occupèrent de réorganiser l’enseignement à tous ses degrés. Dès 1836 une loi générale fut votée, dont les premiers titres s’appliquaient à l’enseignement primaire. Elle fut successivement amendée et complétée par les lois et arrêtés du 20 septembre 1844,

1. Sources relatives à l’enseignement dans les possessions néerlandaises: Koloniaal Regerings verslag — inged. zitting 1871 — 1872, ainsi que les rapports des années précédentes. Verslag van het inlandsch onderwys in Ned. Indie. Batavia 1867. P. S. Harthoorn : — 1° De Toestanden de behoeften van het ondei-wys by de Volken van Ned. Ind. — 1865; 2° Het inlandsch onderwys {1867.) F. A. F. V. d. Valk. fiel inlandsch onderwys. — J. C. Neurdenburg. Het School onderwys in de Minahassa. — L. Van Vliet. Jets over het onderwys op Java. — P. J. Veth. Over den toestand van het onderwys In Ned. Ind. — Tydschrtft van Ned. Ind. 1838-1872. Articles divers sur l’instruction dans les Indes Néerlandaises. — J. A. Welkens. Het inlandsch kind in Oost. Indie.

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du 20 décembre 1850, du l" janvier 1851 et du décret du 31 décembre 1868.

Voici les principales dispositions actuellement en vigueur :

L’enseignement est gratuit et obligatoire.

Les parents et tuteurs sont tenus d’envoyer leurs enfants à l’éco'e là où il en existe une, depuis sept jusqu’à quinze ans. Ceux qui manquent à ce devoir seront d'abord avertis et repris par le chef de la commune et enfin punis d’une amende de 500 à 1,000 reis1, à moins qu’ils ne fassent instruire eux-mêmes leurs enfants ou qu’ils ne puissent pas les envoyer à l’école par extrême pauvreté. (Art 32 et 33 de la loi du 29 novembre 1844).

Ceux dont les enfants ne sauront ni lire ni écrire quand ils auront atteint quinze ans, seront privés de leurs droits politiques, et nul ne pourra exercer de semblables droits sans savoir lire et écrire.

Ceux qui ne sauront ni lire ni écrire, seront d’abord appelés pour le recrutement militaire.

Art. 1". L’enseignement élémentaire du premier degré comprend :

1“ Lire, écrire et calculer;

2° Les principes généraux de la morale;

3° La doctrine chrétienne et la civilité;

. 4“ Des exercices grammaticaux ; •

5° Les principes de géographie et d’histoire du Portugal ;

Le second degré comprend en outre :

6° La grammaire portugaise;

7° Le dessin linéaire;

8° La géographie et l’histoire générale;

9° L’histoire sainte;

10“ L’arithmétique et la géométrie, appliquées à l’industrie;

11“ La tenue des livres.

L’enseignement est laïque en ce sens que le clergé n’y intervient à aucun titre. L'instituteur donne l’instruction religieuse, enseigne le catéchisme, prépare les élèves à la première communion, leur lit une traduction autorisée de l’Évangile et revient, le lundi, sur les points que le curé a traités dans le sermon du dimanche. (Règlement du 20 décembre 1850, art. 17-23).

C’est le gouvernement qui crée les écoles nécessaires de l’un et de l’autre degré.

Les conseils municipaux seront autorisés à accorder une gratification aux curés ou à d’autres personnes qui se chargeront de l’ensei-

1. Le milreis vaut environ 0 francs ; donc le reis vaut G dixièmes de centime.

gnement primaire, dans les communes où il n’y a pas d’instituteur

public. (Art. 9).

Les communes doivent entretenir ies bâtiments d'école et le mobilier scolaire *.

Dans les communes où il n’existe pas d’école, les autorités locales et scolaires sont tenues de faire tous leurs efforts pour en obtenir la construction par des dons ou des souscriptions privées.

Les instituteurs, qui portent le nom sonore de professores, sont nommés ou à vie ou pour trois ans. Dans le premier cas, ils le sont par arrêté royal sur une liste de mérite comparé, dre-sée par le conseil supérieur d’instruction; dans le second cas, le conseil les nomme directement.

Pour obtenir le titre d’instituteur, il faut subir un examen dans l'un des lycées, devant un jury compétent, sur toutes les matières enseignées à l’école normale.

Les instituteurs à vie du premier degré, reçoivent un traitement de 150,000 reis (900 fr.) à Lisbonne, Porto et Funchal, et de 100,000 reis (600 Ir.) dans les autres localités. Ceux qui sont nommés temporairement ne touchent que 140,000 reis et 90,000 reis.

Tous les instituteurs et institutrices reçoivent du conseil communal 20,000 reis en sus et en outre 20,000 reis, quand ils ont plus de 60 élèves dans ies grandes villes ou plus de 30 dans les communes rurales. Ils ontdroitàune pensionauxconditionsdéterminéesparlaloi.

Us ne peuvent être déplacés que sur l’avis conforme du conseil supérieur, qui applique aussi les peines disciplinaires jusqu’à la destitution.

D'après la loi de 1844, art. 40, le gouvernement devait maintenir les écoles de filles existantes, et se charger d’en établir là où le besoin s’on faisait le plus sentir, dans la mesure des ressources du trésor.

A défaut d’école spéciale, une classe séparée peut être affectée aux filles. Aux matières enseignées aux garçons, on ajoutera les ouvrages de main (Os lavores mais usuaes proprios do sexo feminino).

Les autorités municipales pourront accorder des subsides à des institutrices privées.

Dans les écoles normales on doit enseigner toutes les matières de l'enseignement primaire.

1. Le Portugal se divise en 12 di strictos ou départements, le département en Concelhos ou communes, comprenant chacune anx moins 3000 feux, et la commune en Parochias ou paroisses V. La Réforme de l'Administration civile en Portugal par E. Lobo de Bulhôes et le Portugal, par M. de Figuciredo.

PORTUGAL

Les cours sont combinés de façon à préparer l’instituteur du second degré au bout d’un an, celui du premier degré au bout de deux ans.

Une bourse de 6,000 reis par mois est accordée à 20 élèves. Ils sont exempt» du recrulement.

La direction de l’enseignement appartient au conseil supérieur de l’instruction, Junta Consultaliva , qui est composée de 8 membres ordinaires, sous la présidence du ministre de l’intérieur et d'un viceprésident. On peut y adjoindre un nombre indéterminé de conseillers extraordinaires qui ne sont rétribués qu’en raison des services qu'ils rendent. Une des trois sections du conseil s’occupe de l’enseignement primaire qu’il a complètement dans les mains, car l'intervention des autorités locales est très-limitée. Il envoie des commissaires ( commis sarios de estudos) pour visiter les écoles et en faire rapport. L’État peut aussi nommer des visiteurs là où cela est nécessaire. Mais on général l’inspection est très-insuffisante.

Les conseillers ordinaires touchent 200,000 reis (1,200 fr.) et les commissaires autant. Des rapports et des statistiques sont publiés annuellement.

Voici maintenant les résultats obtenus en 1864, d’après les statistiques officielles. Voyez Estatislica da inslruccâo primaria (1869).

Population, 4,188,410; nombre total des paroisses, 3,978. Écoles primaires publiques, 1,823; nombre supposé de paroisses où l’enseignement primaire fait défaut, 2,153.

Ce dernier chiffre est efl'rayant, surtout si on considère isolément certains districts, comme ceux de Vianna, où sur 287 paroisses 224 manquent d’écoles, et de Braga, où sur 517, — 419 sont dans le môme cas.

A côté des 1,823 écoles publiques, on en trouvait 931 privées, total : 2,774, dont 2,023 pour garçons et 751 pour filles. Sur les 1,687 écoles publiques inspectées, le local était fourni dans 77 par l’État; dans 357 par l’administration du Concelho 1 ; dans 283 par la paroisse; dans 42 par des associations; dans 100 par des particuliers; dans 853 par les maîtres eux-mêmes.

Dans 952 écoles le mobilier était fourni par les instituteurs, et dans 186 par les particuliers.

La moitié des écoles était considérée comme peu satisfaisante, soit sous le rapport de l’étendue, soit sous celui de l’hygiène. Sur 1,687 écoles, le mobilier était insuffisant dans 1,097.

1. Le Concellio est la commune portugaise. Mais elle répond au Township américain, plus qu’à ta commune française, car chaque Concelho contient en moyenne 13 paroisses.

Le nombre total des maîtres et institutrices doit être d'environ 2,800, puisqu'il y a 2,774 écoles, et qu’on en signale 37 où il y a plus d'un maître.

Sur 1,687 écoles inspectées, 1,391 n'enseignent pas toutes les matières portées au programme. D’après la statistique officielle, tableau 17, il y aurait 1 école par 1,387 habitants; mais ce tableau ne fait entrer en compte que 2,638 écoles inspectées, tandis que le tableau 2 porte 2,774 écoles, ce qui ferait 1 école par 1,511 habitants.

Les 1,514 écoles publiques inspectées comptaient 62,322 garçons et 9,112 tilles. Total : 71,434 élèves, ou 42 élèves par école.

Les 931 écoles privées inspectées, comptaient 14,388 garçons et 13,434 filles. Total : 27,822 élèves, ou 29 élèves par école.

Total général : 99,256 élèves, dont 76,7 1 0 garçons et 22,546 filles. Comme il y a en réalité 2,774 écoles et que chaque école compte en moyenne 39 élèves, le total général pourrait être porté à 102,638.

Mais reprenons les chiffres officiels. Sur 2,005,540 habitants du sexe masculin, 388,081 se trouvaient en âge d'école, de sept à quinze ans; 76,710 étant dans les écoles, il en manquait 311,371, soit plus des trois quarts.

Sur 2,182,870 habitants du sexe féminin, 369,453 se trouvaient en âge d’école, 22,546 s’y rendaient, donc il en manquait 346,907.

Au total : sur 757,534 enfants en âge d’école, 658,278 ne recevaient pas d’instruction. On trouvait 1 écolier par 40 habitants, ou 2,36 écoliers par 100 habitants, et 1,03 écolières par 100 femmes.

On le voit, l'instruction des filles est presque complètement négligée, et c’est pourtant cette instruction qui est la plus nécessaire, car c’est la mère de famille qui forme les enfants. Instruisez les jeunes filles et bientôt l’instruction deviendra générale.

Dans certains districts il n’y a presque point de filles qui vont à l’école. Dans le district de Braga, on en trouve 41 2 sur 171, Ù80 femmes ou 0,24 p. 100; dans celui de Vianna, 232 sur 108,184 femmes ou 0,21 p. 100; dans celui de Bragança, 351 sur 78,436.

Sur les 76,710 garçons qui vont à l’école, 58,490 sont portés comme la fréquentant régulièrement.

Les causes de non-fréquentation de l’école sont attribuées, dans les 1,687 écoles inspectées, à la négligence des parents pour949,aux travaux agricoles pour 601, aux travaux domestiques pour 518, à la misère pour 304.

Le nombre total des écoles mixtes pour les deux sexes est de 242 écoles publiquos sur 1,823 et de 237 écoles privées sur 951.

PORTUGAL

Les dépenses pour l’instruction primaire supportées par l’État et par les Concelhos se sont élevées à :

Reis.

Administration centrale, école normale, etc . . 14,053,435

Traitement des instituteurs 154,454,18$

Inspection, pensions, etc 6,659,595

Subsides aux Concelhos 35,580,0110

Mobilier, classes louées par les paroisses, et approvisionnement 10,400,000

Total en reis 221,146,415

Ou en francs 1,326,876

Ainsi, pour résumer la situation de l’enseignement primaire en quelques chiffres, on peut dire qu’on trouve une école par 1,511 habitants, 1 écolier par 40 habitants et que la dépense s’élève à 0,32 centimes par habitant et à 13 francs par écolier.

Avant de condamner une situation qui laisse tant à désirer, il faut mesurer le progrès déjà accompli dans ces dernières années, et il est énorme; ainsi en 1852, il n’v avait quo 1,200 écoles. En 4864, on en comptait 2,174; le nombre avait donc plus que doublé, et dans les années récentes, dont la statistique n’est pas publiée, le progrès a été encore plus rapide.

Le Portugal fait relativement trop de sacrifices pour l’enseignement moyen, car ses 21 lycées lui ont coûté par an, en moyenne, (1861 à 1869) 78,646,332 reis pour une recette de 23,484,656 reis, soit un sacrifice annuel de 55,161,675 reis (330,966 francs). Or, dans le midi où l’industrie n’offre pas d'emploi à la jeunesse dos classes aisées, tous les jeunes gens qui reçoivent l’instruction moyenne, sont en général enlevés au travail productif et aspirent à vivre aux dépens do l’État. Multiplier ces jeunes gens est donc pour le pays une perte de forces productives et un danger.

Donner une bonne instruction pratique aux cultivateurs, aux ouvriers, sans les enlever au travail, est, au contraire, le meilleur moyen d’accroître la productivité de ce travail. La politique des États méridionaux doit donc être de faire beaucoup de sacrifices pour l'enseignement primaire et pour l'enseignement supérieur qui fait avancer la science, et très-peu pour l’enseignement moyen qui doit so suffire à lui-môme.

D'après les témoignages consignés par M. A. Le Roy dans son excellent article sur le Portugal (v. Y Encyclopédie de Schmidt) et dont j’ai pu moi-mèmc contrôler l’exactitude, la qualité de renseignement et les résultats obtenus different du tout au tout, non pas seulement de district à district, mais d’école à ccole. Certaines

écoles sont excellentes et peuvent êlre comparées aux meilleures de l'Allemagne et de la Suisse. Je citerai comme exemple celle de la casa pia établie dans l’ancien couvent de Belem, que j’ai eu l’occasion de visiter en détail avec M. de Almeida, qui se dévoue tout entier à l’établissement qu’il dirige et dont il est justement fier. Mais dans beaucoup d’autres régnent la routine et la nonchalance, et les élèves ne font presque aucun progrès. Cela provient en grande partie du manque de bonnes écoles normales. Môme pour le nombre beaucoup trop restreint d’écoles qui existent, il faudrait formor annuellement environ 75 élèves capables d’obtenir un diplôme, en supposant un recrutement annuel de 4 p. 100.

Il reste encore énormément à faire pour élever l’enseignement primaire au niveau convenable. Il faudrait trois fois plus d’écoles et cinq fois plus d’élèves.

Le mal provient de la situation générale du royaume, qui ne permet pas au gouvernement de donner à l’instruction populaire l’attention et l’argent qu’elle exige impérieusement et en partie aussi à la loi qui, à mon avis, devrait être réformée en plusieurs points.

Le Portugal a déclaré l’instruction primaire gratuite et obligatoire. C’est une mesure qui lui fait honneur et qu’il convient de maintenir. Mais l’application de la contrainte est impossible dans un pays où il faudrait mettre tous les jours à l’amendo les deux tiers des pères de famille. Il faut donc avoir recours à d’autres moyens.

Partout ailleurs on a fait de l’école primaire une affaire communale.En Portugal, on l’a mise à la charge de l’État, car c’est l’État qui nomme les maîtres, qui les rétribue, les inspecte et les pensionne. C’est à tort. En Portugal, la commune devrait supporter la charge de l’instruction primaire plus encore qu’en Espagne et en Italie où elles payent tout, car en Portugal les habitants, les paysans surtout, sont généralement à leur aise et l’État est très-obéré. Le conseil supérieur déterminerait le nombre d’écoles nécessaires. Les communes devraient les bâtir et payer en partie le salaire de l’instituteur-

Toutefois l’État et la province ( districto ), ou l’État seul, interviendraient pour moitié dans les dépenses de construction faites conformément à des plans et devis acceptés par les inspecteurs. Les sommes fournies par l’État et dépensées sur leur territoire consoleraient les communes de celles qu’elles devraient payer. — Les communes espagnoles payent environ un franc par tête pour l’enseignement primaire. Les communes portugaises 6 centimes seulement. Comme elles sont plus riches que celles de l’Espagne, elles pourraient facilement payer la même somme, ce qui fournirait 4 millions de francs. L’État continuant à donner comme aujourd’hui environ un

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million, on aurait un tolal do 5 millions avec lesquels on transformerait la situation en peu d’années.

Il faudrait adopter aussi les mesures proposées par le ministre italien Berti, frapper la commune d'une taxe de 2 francs par illettré et accorder à l’instituteur une gratification de 1 ou 2 francs par chaque illettré en moins ; la taxe et la gratification calculées sur un tableau dressé soit par une commission, soit par les inspecteurs en y comprenant les garçons et les filles. — Le subside gouvernemental serait réparti, comme en Angleterre, d’après les résultats obtenus.

La loi espagnole, qui s’est appuyée sur la commune, a donné de meilleurs résultats que la loi portugaise qui a tout remis aux mains de l’État.

Le conseil supérieur ayant à s’occuper des trois degrés de l’enseignement ne peut pas faire de bonne besogne, quelque bien composé qu’il soit. Il faudrait un conseil spécial de l’instruciion primaire composé d’hommes du métier. De plus il faudrait placer à la tôto de ce conseil non le ministre qui est absorbé par les débats de la politique, mais comme on l’a fait aux États-Unis en choisissant les Barnard, les Mann, les Eaton, l'homme le plus compétent que l’on pourrait trouver lequel exercerait l’autorité réelle, signerait les rapports et porterait toute la responsabilité. Pour délibérer, juger, conseiller, «ne commission est bonne; pour agir elle ne vaut rien, parce qu’une responsabilité partagée est nulle.

L’inspection pourrait être rendue plus efficace. L’inspecteur ne doit pas se contenter d'inscrire des notes sur un carnet, il doit donner des conseils à l'instituteur, l’exciter, l’encourager et contribuer h répandre partout le goût de l’instruction. Les conférences d’instituteurs devraient aussi être organisées. Enfin, au lieu d’un rapport annuel ne contenant que des chiffres, je voudrais un rapport comme celui du Bas-Canada, donnant une appréciation sur chaque école, afin que la publicité serve de stimulant aux maîtres et aux communes.

En Portugal, le gouvernement s’est toujours montré extrêmement dévoué à la cause de l’instruction et de la science. Quand on sait que plusieurs personnes ont bâti des écoles à leurs frais, entre autres le comte de Ferreira, et que dans 189 écoles sur 1,687, — soit plus de 1 sur 10 — le mobilier est fourni par les particuliers — fait qu’on ne rencontre nulle part ailleurs sur le continent, — on ne peut pas dire que les Portugais ne comprennent pas l’importance de l’enseignement. Il faut donc en conclure que c’est la loi qui ne sait pas tirer profit des ressources existantes.

11 faudrait établir de bonnes écoles normales, non dans les grandes villes, comme Lisbonne et Porto, mais dans do petites

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villes rurales où régnent des mœurs simples et des habitudes campagnardes. Le Portugal tire toute sa richesse de l’agriculture. Il conviendrait donc de donner, dans les écoles primaires, quelques notions d’agriculture et d'horticulture. Les aspirants instituteurs recevraient une instruction spéciale sur cette matière : mais uniquement en vue de la pratique adaptée à la province cù ils auraient à se fixer. Le maître qui donnerait ces leçons pourrait être très utile dans la région où serait fixée l’école, par ses connaissances spéciales en chimie agricole, et en ce qui concerne l’élève des animaux domestiques. L'école d’agriculture de Lisbonne fournirait facilement les maîtres nécessaires.

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