‹ L'instruction et l'education. --Chapitre 7 sur 34 · PRÉFACE. XII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XII

celle de la gravitation, ils tomberont graduellement au dernier rang. Nous avons tous connu de nobles lords dignes d'être cochers, gardeschasse, marqueurs de billard, si l'échafaudage social ne les avait maintenus à flot; nous avons tous connu des hommes appartenant aux classes inférieures de qui chacun disait : « Que ne serait devenu cet homme, s'il avait reçu quelque éducation? j>

)) Et celui qui observe, — fût-ce de la façon la plus superficielle, — les conditions sur lesquelles repose la société moderne, — une société comme la nôtre surtout, où une législation récente a placé l'autorité souveraine dans les mains des masses, quand elles savent s'unir pour demeurer fortes, — celui-là, dis-je, ne saurait douter que tout homme doué de grandes aptitudes, mais qui est resté ignorant et misérable, ne soit un grand danger pour la société, comme une fusée sans baguette pour les gens qui s'amusent à la tirer! La misère est un brandon qui ne s'éteint jamais, le génie est une force explosive, un monceau de poudre, et si l'instruction qui

XIV PUÉFACE.

dirigerait la poudre fait défaut, il y a des chances pour que la fusée éclate bel et bien sur place et ravage tout alentour. Ce qui donne de la force au mouvement socialiste qui agite aujourd'hui profondément l'Europe, c'est que les hommes capables du prolétariat ont décidé de mettre un terme, de quelque façon que ce soit, à la misère et à la dégradation où sont plongés nombre de leurs semblables. La question de savoir si les moyens par lesquels ils se proposent d'atteindre cette fin sont bons ou mauvais, est, en ce moment, la plus importante de toutes les questions politiques, et il n'entre point dans mon sujet de la discuter. Tout ce que je veux montrer, c'est que, si un observateur impartial ne voit guère la possibilité que cette controverse se vide parla raison, sans passion et sans violence, cela vient de ce que, parmi ceux qui constituent la cour suprême en ces affaires, il n'en est pas un sur dix mille qui soit préparé par son éducation à comprendre le vrai caractère du procès soumis au tribunal.

3) Enfin, quant à la crainte qu'on éprouve de voir tout le monde aspirer à être gentilhomme

PIIÉFACE. XV

OU lady, tout ce que je puis dire, c'est que je voudrais que tout être humain fût élevé en vue de le devenir. Et je ne me sers point ici de ces mots, dont on abuse, pour distinguer les gens qui portent de beaux habits, qui demeurent dans de belles maisons et qui parlent un jargon aristocratique, de ceux qui s'habillent de futaine, vivent dans des masures et parlent un langage grossier. Je suis, je l'avoue, trop plébéien pour comprendre quel avantage les premiers ont sur les autres : je n'ai même jamais pu comprendre pourquoi le tir au pigeon à Ilurlingham est distingué et de bon ton, tandis que la chasse aux rats à Whitechapel est vulgaire.

)) Le dévouement, la générosité, la modestie, le respect de soi-même, telles sont les qualités qui font le vrai gentilhomme, la vraie lady, et qui les distinguent des individus auxquels on donne habituellement ce nom. Je ne veux nullement exprimer de préférence sentimentale en faveur des pauvres; mais, à envisager froidement le sujet, je ne vois pas pourquoi la pratique de ces vertus serait plus difficile en une classe de la

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