LE FILS MÉCHANT ET PUNI
Quand le père Antoine fut vieux, si vieux que, malgré son courage, il ne pouvait plus tenir la pioche, ses genoux tremblaient sous lui, ses oreilles étaient presque insensibles et ses yeux presque aveugles, alors il fît abandon de tous ses biens à son fils Louis. Puis il rentra pour toujours dans la maison, et il dit : — J’ai travaillé la terre soixante-cinq années; j’ai fait ma tâche. Mc voilà fatigué; je vais enfîn m’asseoir, pour attendre ma fîn paisiblement. J’ai peiné bien longtemps pour mon fils; son tour est venu, il me soignera. Ce ne sera pas bien long, je sens qu’avant peu il faudra me reposer tout à fait dans la terre.
Le père Antoine avait tant aimé son Louis, il avait tant travaillé pour l’élever et l’enrichir, qu’il comptait sur un peu d’amitié en retour. Mais Louis était un ingrat.
Le vieux père était cassé par l’âge et les labeurs , ses pauvres mains tremblaient et il était maladroit à tout, lui qui avait été autrefois un des plus dispos et des plus forts du pays. A table, c’est à peine s’il pouvait tenir sa cuiller. Et parfois il laissait échapper un peu de sa soupe sur la table et sur lui-même.
Son fils faisait alors le dédaigneux; il lui dit un jour: — PèrCy demain vous mangerez votre soupe derrière le coin du poêle. Tout le monde s^en trouvera mieux.
Le pauvre vieux ne dit rien. Mais, une fois seul, il pleura en songeant : — Voilà que mon fils Louis ne veut plus de moi à sa table.
Un autre jour, dans le coin noir où il allait se cacher pour manger, il laissa de ses mains tremblantes échapper son assiette, qui se brisa avec fracas.
l'instruction morale a l’école
DEUXIÈME RÉGIT
lp: fils méchant et puni [fin).
Louis fut mécontent ; il alla chez le tourneur, et lui commanda une grosse écuelle en bois. Puis il donna Técuelle au père Antoine, en lui disant : — Pè7^e, vous cassez vos assiettes. En voici wie que vous ne casserez pas.
Le père Antoine prit Técuelle : elle ressemblait h celle
— J ai mal agi, mon père, pardonnez-moi.
du chien de garde; et le pauvre vieux soupirait en regardant tantôt Fécuelle et tantôt le fils qui la lui donnait.
Or le fils de Louis, le petit Jean, voyait comment son père traitait son grand-papa.
Quelques jours après Louis s’aperçut que son garçon ayant demandé un morceau de bois chez le tourneur,