LES DEVOIRS DES ENFANTS DAPRÈS LE CODE
s’amusait à le creuser avec son couteau. Il lui demanda : — Que fais-tu donc là, mon Jean? — Papa, répondit le petit, je fais une écuelle en bois^ pour quand lu seras vieux comme le grand-père,
Louis fut tout saisi en entendant la leçon que lui donnait cet innocent. La honte le prit; il pleura, et allant vers le coin où se retirait son vieux père, il lui dit : Jfai mal agi, mon père, me pardonnerez-vous ?
Le vieux père embrassa son fils avec des larmes de joie. Depuis ce temps, il a repris à table la place d’honneur à laquelle il avait droit, et l’écuelle de bois a été brisée et jetée au loin.
TROISIÈME RÉGIT
LE FILS EMPoisONNEUR
Le père Nouette était un vigneron de Jouarre, qui avait amassé un peu de bien à force de travail et de privations. Il était vieux, et songeait à se reposer. Son fils Simon lui dit: — Père, faites-moi donation de vos terres; je les ferai valoir^ pendant que vous vivrez tranquillement chez nous à ne rien faire. Je vous donnerai encore une petite pension pour que vous ayez de l’argent de poche.
Le père Nouette le crut, et fît comme Simon voulait.
Simon avait une femme avare et mauvaise. Elle trouva bien vite que le père coûtait cher à nourrir; elle se mit à lui reprocher ce qu’il mangeait, et à exciter son mari contre lui. Simon, qui était un homme faible et qui avait peu de cœur, finit par se mettre du côté de sa femme. Alors la maison fut un enfer pour le pauvre père Nouette : entre son fils et sa bru, c’était à qui l’insulterait. lis le laissaient sans feu et sans couverture dans sa chambre au cœur de l’hiver; ils lui refusaient le pain; ils osèrent même le frapper plusieurs fois. Quant à la pension, il n’en fut bientôt plus question.
Le vieux ne se plaignait pas, de crainte de leur attirer des affaires avec la justice. Mais les voisins s’apercevaient bien de ce qui se passait. Au lieu de se taire comme font en pareil cas les gens sans conscience, ils se fâchèrent contre Simon, et à’iatiii, ils allèrent tout raconter à M. le maire.
Celui-ci fît venir devant lui les deux coupables, et les menaça du procureur. Ils eurent peur, et pendant quelque temps on put croire que la leçon leur avait profité. Le père Nouette n’était plus maltraité; il avait même des habits neufs. Mais cela ne dura pas : sans qu’on sût pourquoi, le vieux redevint triste; il maigrissait à vue d’œil; il ne disait toujours rien aux voisins, mais on vit qu’il refusait la soupe que lui faisait sa bru; et quand les voisins lui offraient, par politesse, de manger avec eux, il acceptait avec l’avidité d’un affamé.
QUATRIÈME RÉCIT
le fils empoisonneur [fin.)
Les braves gens pensaient bien qu’il y avait là-dessous une nouvelle coquinerie de Simon et de sa femme. Ils les surveillèrent, et ils virent que la femme ramassait dans la canîpagne des lézards, des serpents, jusqu’à des rats, et qu’elle les mettait dans la soupe destinée au père Nouette. Elle espérait ainsi Tempoisonner.
Pour le coup, c’en était trop. M. le maire fit prévenir sans bruit le procureur de la République. Un beau soir, les gendarmes arrivèrent à l’heure du repas : on saisit l’écuelle du vieux, où l’on trouva encore toute sorte d’immondices que la bru y avait mises. Les deux misérables, femme et mari, furent arrêtés, et on les mena avec les menottes aux mains à la prison d’Auxerre.
Heureusement, les ordures qu’ils jetaient dans la soupe du père n’étaient pas ce que la loi appelle du poison. Ils étaient donc pour ainsi dire moins coupables qu’ils n’en
LKS DEVOIRS DES ENFANTS D’aPRÈS LE CODE
avaient eu l’intention. C’est grâce à cela qu ils échappèrent aux galères.
Mais ils n’en furent pas moins punis : la donation que le père Mouette leur avait faite de ses biens fut révo-
On les mena à la prison d’Auxerre.
quée, pour cause d'ingratitude de leur part. Il fallut tout rendre : rien ne pouvait les toucher plus au cœur, car c’étaient deux fieffés avares; comme ils n’avaient pas de terre ni d’argent à eux, et que personne dans le pays ne voulait les voir, ils s’en allèrent comme deux mendiants sur les grands chemins. On n’a plus entendu parler d’eux.
RÉSUMÉ
4. L’enfant qui met son orgueil à ne pas obéir n’y trouvera pas son compte ; tôt ou tard, il lui en cuira.
2. Le raisonneur qui veut des explications pour obéir ressemble à un malade qui discuterait
I,'lNSTRUCTION MORALt; A L'ÉCOLE
avec le médecin avant de prendre te remède qui peut le sauver. La promptitude est la moitié de l’obéissance.