L’INSTRUCTION MORALE
PREMIÈRE LEÇON
l’École
— Eh bien! mes amis, que veut dire ce beau zèle? 11 reste encore dix minutes avant que Fheure sonne,
— Eh bien ! mes amis, que veut dire ce beau zèle ?
et vous voilà tous en classe ! Est-ce que vous auriez perdu le goût du jeu?
— Mais, monsieur, vous ne vous rappelez donc pas? Samedi, à la fin de la classe, vous nous avez promis de commencer ce matin llnstruction morale et civi“ que. Même vous nous avez dit que ce serait aussi intéressant, et peut-être plus, que Thistoire de France.
l’instruction morale a l’école
— En effet, mes enfants. Il est très utile de savoir ce que la France était autrefois ; mais il est encore plus utile de savoir ce que la France est aujourd’hui, comment elle est gouvernée et administrée. Et cela, c’est l’instruction civique.
Quant à l’instruction morale, elle vous apprendra comment vous devez vous conduire, aujourd’hui et plus tard, pour être d’honnêtes gens et de bons Français, comme ceux qui ont vécu avant vous. C’est par là que nous commencerons. L’instruction civique viendra après.
11 faut que je reprenne cela de plus haut. Vous allez voir que quand je vous dis : rinstruction morale est la chose qu’il importe le plus de savoir, c’est bien la vérité.
D’abord, je ne vous demanderai pas :
« Lequel vaut le mieux d'être instruit ou de rester ignorant ? » La meilleure réponse que vous puissiez faire, c’est que vous êtes ici, et que vous m’écoutez tous avec attention.
Mais vous vous trouveriez peut-être plus embarrassés, si, au lieu de vous faire cette question, je vous posais celle-ci :
« Qu'est-ce qu'il importe le plus de savoir? »
DEUXIÈME LEÇON qu’est-ce qu’il importe le plus de savoir?
— Oh î voilà bien des mains qui se lèvent : une, deux, trois, quatre, cinq... tout le monde veut répondre. J’entends dire : ici, la lecture ! là, le calcul! là-bas, l’histoire !
Assurément, mes enfants, il y a bien des choses à savoir. Par exemple, Jacques n’a pas tort de dire que la lecture passe avant tout: c’est par ce savoir-là qu’il faut commencer, puisqu’il donne la clé de tous les
UTILITÉ DE l’iNSTRUCTIOxN MORALE
autres ; il vous ouvre les livres, et les livres sont co7mne autant de maîtres, chargés d’aider votre instituteur pendant que vous êtes à l’école, et de le remplacer durant le reste de votre vie.
Il n’est pas moins important de savoir écrire et calculer : il n’y a personne qui n’ait, de temps à autre, besoin d’envoyer une lettre à un absent, de dresser et signer un contrat ou un bail, ou bien enfin, de régler un compte d’argent. Et celui qui ne sait pas se rendre à lui-même ces petits services, est forcé de les demander aux autres et de se remettre aveuglément dans leurs mains, comme le ferait un petit enfant.
Mais il y a une chose qu’il importe plus encore do savoir que toutes celles-là. Quelle est cette chose? Pouvez-vous le dire?
Ah! cette fois, personne ne se presse de répondre. Eh bien I réfléchissez un peu. Pourquoi est-il si nécessaire que vous sachiez lire des livres instructifs et pleins de bons conseils? pourquoi est-il si nécessaire que vous sachiez écrire vos lettres, mener vos petites alfaires et calculer vos intérêts? C’est parce que les livres vous aideront à être des hommes éclairés, justes et bons. C’est aussi parce que l’homme qui sait conduire son affaire est plus capable d\iider les siens, de devenir un appui pour ses parents, et qu’il est plus à même de rendre service à ses voisins, à ses concitoyens, enfin à tout son pays.
Ainsi, vous le voyez, tout le savoir que votre maître tâche de vous donner, il vous le donne afin que vous vous en serviez pour devenir des hommes utiles, des
hommes de bien.
Il est donc vrai de dire que ce qu’il importe le plus de savoir, c’est comment on devient un homme de bien. Et par conséquent il n’y a pas de science qui passe avant l’instruction morale. Aussi, dans la loi, elle se trouve inscrite en tête des matières que sont obligés d’apprendre tous les enfants de France.
l’instruction morale a l’école
TROISIÈME LEÇON