‹ L'instruction morale a l'école (devoir et patrie)Chapitre 61 sur 67 · LA FRATERNITÉ HUMAINE · texte numérisé non relu

LA FRATERNITÉ HUMAINE

— Mes enfants, les hommes ne sont pas seulement nos égaux, et il ne suffit pas de les respecter. Ils sont aussi

nos frères, et il faut tâcher de les aimer ; et surtout de vous faire aimer d’eux.

HUMANITÉ ET PATRIE

11 y a des personnes que vous aimez tout naturellement: ce sont vos parce qu’ils vous ont donné la vie, qu’ils vous aiment et vous soignent ; vos voisins, parce qu’ils sont serviables et que vous êtes habitués à eux.

Vous aimez même toutes les personnes du village, tous les habitants du département, et enfin tous vos compatriotes qui vivent dans le même pays, sur la terre de France. Ce que je vous dis là vous étonne?

— Mais, monsieur, comment est-ce que nous pouvons les aimer: nous ne les avons jamais vus?

— Gomment vous pouvez les aimer? Écoutez-moi, Jacques: aimez-vous votre grand’mère, qui est morte quand vous aviez six mois?

— Oh! oui, monsieur, maman me dit toujours qu’elle n’a jamais connu de femme meilleure; elle m’aimait beaucoup, et, en mourant, elle avait mis de côté des jouets et des livres pour me les donner : elle disait que cela me ferait penser à elle. Et puis il y a son portrait à côté de mon lit: c’est une belle vieille dame, avec des cheveux tout blancs; quand on la regarde, elle a l’air de vous sourire.

— Vous voyez, Jacques : vous aimez votre grand’mère, et quand on vous parle d’elle, vous avez presque envie de pleurer. Et cependant autant vaut dire que vous ne l’avez jamais vue. Eh bien! c’est à peu près de la même façon que vous aimez tous vos compatriotes, tous les ’ enfants de la terre française. Vous vous rappelez, quand il y a eu de si grandes inondations dans le Midi .'je vous ai lu alors dans le journal tous les malheurs de ces pauvres gens, les villages dévastés, les récoltes et les. bestiaux noyés, une partie des familles tuées : vous aviez les larmes aux yeux ; et quand j’ai passé dans vos rangs pour faire la quête, afin d’envoyer à ces malheureux, vous avez tous donné quelque chose, les uns des sous, les autres des habits, chacun selon ses moyens et de bon cœur.

Et quand je vous ai parlé des Alsaciens et des Lor-

l’instruction morale a l’école

rains, qui ont été obligés de fuir de leurs départements pour échapper aux brutalités des Prussiens!... quand je vous ai raconté comment ils allaient, par bandes, quittant les maisons où ils avaient tou jours vécu, avec leurs valises sur le dos ou leurs meubles chargés sur des charrettes , pour venir demander l’hospitalité à Nancy, à Paris, jusqu’en Algérie!... Alors aussi vous avez eu pitié de ces infortunés. Et meme vous, Jacques, vous disiez que vous vouliez un jour faire la guerre aux

Les Alsaciens-Lorrains partaient par bandes.

Prussiens, pour qu’ils rendent à ces pauvres gens leurs terres et leurs maisons. Et tous vos camarades ont applaudi, et ils ont dit qu’ils iraient avec vous.

— C’est vrai, monsieur ! C’est vrai! Nous l’avons dit et nous le ferons.

— C’est que tous ces gens-là, les inondés du Midi et les exilés d’Alsace-Lorraine, sont des Français comme vous. Ils parlent la même langue ; leurs pères ont été amis des vôtres, et tous se sont depuis des siècles toujours défendus ensemble contre les memes ennemis. Voilà pourquoi il vous est facile de les aimer.

HUMANITK KT PAIR I K

DEUXIÈME LEÇON

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