ULTRA VIRES
Si aucun enfant ne peut être forcé de suivre l'école publique, il s'ensuit logiquement que toute loi comportant une clause compulsoire à cet effet est uU^'a vires et inconstitutionnelle.
Pour saisir ce point il n'est pas nécessaire d'être avocat, le bon sens suffit pour le comprendre ; l'honnêteté pure et simple enseigne aussi que si l'on invoque la force d'un jugement, il faut citer tous les points importants du jugement, ou n'en pas parler du tout
En 1890, c'était l'opinion de MM. J D. Cameron, Clifford Sifton et Dalton McCarthy qu'une clause compulsoire rendait par elle-même la loi des écoles inconstitutionnelles. Je ne puis comprendre que l'opinion de ces messieurs puisse changer par le seul fait d'un changement de gouvernement.
Mais il y a plus, un autre jugement a été rendu et quiconque veut être loyal dans son argumentation doit le citer tout aussi bien que l'autre.
Il est malheureusement évident que nos adversaires ne le feront jamais.
Il est donc de mon devoir de remplir cette lacune.
Je regrette d'avoir à retenir l'attention de cette Chambre plu^ longtemps que je ne le croyais d'abord, mais la question est si im" portante et la décision qui doit être prise par cette Chambre si grave de conséquences pour la tranquillité de ce pays, que je crois de mon devoir, non seulement envers mps coreligionnaires et mes compatriotes mais envers tous mes concitoyens, de ne rien négliger pour prouver devant cette Chambre la fausseté, l'injustice et l'illégalité de cette résolution, de sorte que quelque puisse être dans la suite l'action que j aurai à prendre comme représentant du peuple dans ce parlement, personne ne pourra dire que je n'ai pas parlé carrément, clairement, franchement, avec calme et sans préjugés dans la démonstration de la contracdiction et du manque de patriotisme des parrains de cette résolution.
Rien ne touche plus profondément le cœur des parents que l'éducation de leurs enfants et la promulgation des lois touchant l'éducation a été la cause, non seulement ici, mais dans tous les pays, de luttes ardentes.
Aucun sujet ne devrait être abordé avec plus de respect pour les convictions honnêtes des différentes races et des différentes religions qui forment la nation.
Un protestant, né de parents protestants et instruit par eux a ses propres convictions; il en est de même des catholiques ; et les meilleurs citoyens dans les deux camps sont ceux qui savent respecter les opinions honnêtes des autres.
En soi l'éducation obligatoire peut-être bonne ; il est possible qu'elle soit le seul moyen de tourner au bien ceux qui sont naturellement enclins au vice. — Si nous n'avions qu'à considérer ces deniers, nous pourrions peut-être adopter l'éducation obliga-
toire car il est du devoir de l'état de former des citoyens intelligents, honnêtes et respectueux des lois.
Mais il ne faut pas oublier que la situation scolaire au Manitoba est exceptionnelle.
Les catholiques ont des droits qui ne peuvent leur être enlevés-
Le jugement du conseil privé, dans son interprétation de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord 1867 et de l'Acte du Manitoba 1890, au sujet des droits et privilèges acquis aux catholiques par les lois subséquentes à l'Union est clair et hors de toute discussion.
Ce jugement déclare que les droits des catholiques ont été lésés par les lois de 1890 ; il ordonne à l'Etat de faire disparaître ces causes de récriminations et de rétablir les catholiques dans la pleine possession de leurs écoles ; — de plus ce jugement déclare qu'aucune personne, soit elle protestante ou catholique, ne peut être forcée d'envoyer ses enfants à l'école publique.
Pour être clair, je citerai les clauses de l'Acte du Manitoba et de l'acte de l'Amérique Britannique du Nord.