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Autre remarque. La vingtaine de villes dont la population dépasse 5,000 âmes, d'après le recensement de 1911, ne groupent pas 750,000 habitants, sur un total pour la province de 2,002,712 âmes. Une loi générale d'obligation scolaire ferait donc tomber le fardeau de ses inconvénients plus particulièrement sur la population rurale, sur tous ceux, en un mot, qui se trouvent dans les conditions absolument défavorables que tout le monde connaît ou peut connaître, et qui faisaient écrire à M. Pierlot: «La question de l'instruction obligatoire ne se pose même pas, parce que ce serait une impossibilité en ce pays.»
Inappliquable et inappliquée dans l'Ontario
Personne ne devrait plaider ignorance sur l'impossibilité pratique d'appliquer une telle loi, parce que l'exemple de la province d'Ontario est là, qui, depuis cinquante ans, crève les yeux à tout le monde. Année après année, le ministre de l'instruction publique vient déclarer, dans son rapport officiel, que la loi d'instruction obligatoire ne peut être mise en vigueur et ne produit pas les résultats attendus. «Il semble y avoir 72 villes et villages qui n'ont pas de surveillants, disait-il dans son rapport de 1911, ou du moins qui ont négligé de faire rapport.! Dans la plupart des arrondisse-
1. Comme on le voit. il est difficile dans Ontario, comme chez nous et partout ailleurs. d'établir des statistiques e:actes sur la fréquentation scolaire. Et cependant nombre de nos contradicteurs admettent. yeux fermés et sans aucun contrôle, toutes les statistiques qui nous viennent
d'ailleurs. Ils bornent leur patriotisme à éplucher les nôtres. à en amoindris la valeur le plus possible, à la grande joie de nos ennemis.
ments ruraux, les autorités locales n'ont pas nommé de surveillants Les conditions économiques qui affectent la main-d'œuvre à la campagne expliquent, dans une certaine mesure, l'assistance irrégulière des garçons et des filles à l'école; mais quelle que soit la cause, le résultat n'est pas satisfaisant. Le vote de mesures plus sévères pour améliorer la situation est, dans la supposition la plus favorable, un remède douteux...»
C'est la proclamation officielle de la banqueroute du système et de l'impuissance à le modifier pour le faire fonctionner.
La situation ne s'est guère améliorée depuis, parce qu'elle ne peut guère s'améliorer. Tout récemment, M. S.-B. Sinclair écrivait dans le Globe de Toronto: «L'homme qui dispose de toute la question de l'irrégularité de la fréquentation scolaire dans l'Ontario par cette observation en passant: Le seul remède contre le vagabondage est un moyen de contrainte (club, l'emploi du bâton) qui forcera les parents à réfléchir, n'a jamais visité certains foyers de l'Ontario où il y a de grosses familles (que dirait-il donc des familles canadiennes-françaises?) peu de choses à vendre, beaucoup à acheter, où la route vers l'école est virtuellement impassable l'hiver... L'assistance obligatoire à l'école, comme les châtiments corporels, est nécessaire, mais seulement dans les cas les plus extrêmes. Les deux sont, cependant, le principal et souvent le seul recours de l'homme incompétent et mal renseigné.» (Cité dans le Devoir du 21 janvier 1919.) C'est exactement ce que
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nous avons toujours prétendu et ce que nous prétendons encore: l'instruction obligatoire et la punition des parents sont parfois justifiables, mais seulement dans les cas les plus extrêmes, c'est-àdire quand ils manquent au devoir de justice et se montrent criminels envers leurs enfant. Or, point nest besoin de loi générale d'obligation scolaire pour réprimer un tel délit. Quant à la remarque sur l'«homme incompétent et mal renseigné», qui trouve dans l'imposition de ces deux moyens de contrainte «le principal et souvent le seul recours», nous laissons à nos lecteurs de l'appliquer euxmêmes à qui la mérite.
Enfin, aussi tard que le ler février 1919, la Patrie citait un autre paragraphe du Globe sur le même sujet: «Il est à déplorer que dans la province d'Ontario le ministre de l'instruction publique ne mette pas plus rigoureusement en vigueur la loi de compulsion. C'est un vrai scandale.» Ce scandale dure depuis cinquante ans (1871) qu'existe la loi inefficace, et les Ontariens peuvent en prendre leur parti, le ministre et la législature n'y changeront pas grand chose, parce que ce changement est à peu près impossible. De fait, malgré l'absence d'une loi de contrainte, l'assiduité scolaire est bien supérieure dans la province de Québec à celle constatée dans les rapports officiels de l'Ontario. Cela est dû au dévouement des parents pour leurs fils et à la grande affection qu'iis portent à l'instruction. C'est encore que la province de Québec est surtout peuplée de catholiques et qu'il y a, dans chaque paroisse, un prêtre
s'intéressant à ses ouailles et à la fréquentation scolaire, qui fait plus pur la simple persuasion que le truant officer avec les menaces de la loi. Allonsnous abandonner le svstème trouvé efficace jusqu'ici dans la province de Québec pour adopter le système qui a fait faillite depuis cinquante ans dans la province d'Ontario ? La réponse est aux pères de familles.
On peut apporter mille raisons spécieuses en faveur de l'instruction obligatoire ou de la contrainte scolaire. Toutes elles supposent une loi applicable et qui sera appliquée. Si elie ne peut l'être, ces beaux discours, ces nombreux arguments, ces statistiques, ni officielles ni probantes, sont des paroles en l'air: autant en emporte le vent.
Faillite de la loi en France, en Angleterre, en Italie, etc.
On répète qu'ailleurs tout va bien, parce qu'on a l'instruction obligatoire, et qu'ici tout va mal, parce que nous ne l'avons pas. Il y en a qui ne croient pas aux statistiques officielle: de la province de Québec, mais il croient aveuglément à toutes celles qui leur viennent des autres pays. S'ils y croient autant qu'ils le prétendent, ils pourront constater que les résultats ne sont pas ailleurs aussi brillants qu'on le suppose.
«La plupart des pays où l'enseignement est obligatoire, écrivent Vermeersch et Müller, n'arrivent pas à des résultats plus brillants (qu'en Belgique, où le loi n'existait pas alors). En France
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M. l'inspecteur général Cazes écrivait, il y a quatre ans: «La situation est aujourd'hui à peu près ce qu'elle était avant l'application de la loi de 1882: une moyenne de 5 pour cent d'enfants dans les campagnes, de 10 pour cent dans les centres populeux ne fréquentent aucune école: et, chose plus grave les 95 centièmes fréquentent d'une manière tout à fait insuffisante.» En Angleterre, 600,000 enfants sur 5,000,000 ne sont inscrits nulle part; et M. MacNamara trouvait 19.4 pour cent d'enfants ne fréquentant pas l'école. Untiers des enfants qui devraient fréquenter l'école en Italie s'en dispensent. Là aussi la loi d'instruction cbligatoire date de plus de vint-cinq ans. Mais dans beaucoup de régions, les communes, les provinces, l'État même se sent dispensés de l'exécuter. La dernière statistique relevait, en 1906, cinq provinces où plus de 60 pour cent des mariés étaient incapables de signer leur acte de mariage: 23 provinces où 60 pour cent des époux ne savent ni lire ni écrire. La Suisse constate également un nombre considérable d'enfants qui ne reçoivent pas l'instruction minimum légalement imposée.» !
C'est dire que tout n'est pas rose ailleurs, et qu'il ne suffit pas qu'une loi d'instruction obligatoire soit décrétée, même où elle peut s'appliquer, pour que les résultats soient mirobolants. Au lieu
1. Cf. Vermeersch et Müller: La législation et les œuvres en Belgique tome I. pp. 403-404.
de perdre le temps à vouloir revêtir les habits des autres—qui d'ailleurs les couvrent et les protègent mal—sans nous soucier si ces défroques s'adaptent ou non à notre taille, contentons-nous de nous vêtir et de vêtir nos enfants le mieux possible, «à la mode de par chez nous».
Nous avons également rapporté ce qui se passe aux États-Unis et ce qu'a constaté le sénateur Belcourt dans la province d'Ontario, où cependant le climat est plus doux et les familles beaucoup moins nombreuses, où également la violation du droit naturel des parents fait beaucoup moins d'impression que sur nos prêtres et sur nos gens, étant donné que dans cette province on semble admettre qu'une loi édictée par la majorité fait le droit,
Dans les pays de l'Amérique du Sud
Pour plus de renseignements à ce sujet qu'on nous permette de citer un passage de la superbe étude de M. C.-J. Magnan.
On a eu le triste courage de mettre en parallèle au point de vue scolaire certains pays de l'Amérique du Sud avec la province de Québec. Au lieu d'affirmations sonores qui ne s'appuient sur aucune statistique, voici ce que je trouve dans un ouvrage publié à Montévidéo, en 1910, par la Direction générale de l'instruction primaire de la république orientale de l'Uruguay. Cet ouvrage, intitulé «Catalogue de matériel» et «Notice sur l'Instruction publique», donne un tableau révélateur sur la fréquentation scolaire de l'Uruguay et de neuf autres pays de l'Amérique du Sud. L'auteur de la brochure, après avoir établi que l'Uruguay comptait encore 92,901 enfants d'âge scolaire qui ne rece-
vaient pas d'instruction, soit 42.4%, de toute la population
| 1 scolaire, déclare qu'avec ce chiffre modeste, son pays est l | encore en tête des États de l'Amérique du Sud. Puis il \! donne, page 81, le tableau que voici,
États Population Enfants Rapport
| scolaire privés P% d'instruction { Uruguay .............. 218038 92,901 42,4% Argentiñe..: 1,226,000 655,810 53.4% ; LE ER TR CE 649,855 444,564 68.4% | Équateur..….......... 254400 184766 71.6% | Paraguay. .....,.,.... 126,269 93,368 73.9% | Paname... 83805 71499 85 3% f | Brésil rose 4,103,000 3,537,078 86.2% l'y BON ne 390,783 342,223 87.5%, a PÉFOU st 911,910 806,940 88.4% { Vénézuéla.......,..... 523,313 494,062 92.8% Et la plupart de ces États «jouissent» d'une loi d'instruction obligatoire: l'Équateur depuis cinquante ans (1869).
{ Aux États-Unis
| Plusieurs États de l'Union américaine étaient dans une
‘ situation analogue. Charles Barneaud, dans son grand }
\ ouvrage sur les «Origines et Progrès de l'Éducation en f Amérique» (Paris 1898), constatait qu'à cette époque la
Caroline du Sud qui avait 579,000 enfants d'âge scolaire, Ë
n'inscrivait que 201.763 élèves fréquentant effectivement
l'école deux mois Par an! Il constatait aussi qu'en Geor-
gie, sur 330,700 enfants d'âge scolaire, il n'y en avait que
97,400 sous l'influence des maîtres.
Même constatation Par un autre orateur. Dans son livre de statistiques intitulé Our Laggards in our Schools, qui obtint le prix de la Russell Sage Foundation, M. Leonard Ayres écrit, p. 186,
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qu'en 1900 dans les 39 États ayant l'instruction obligatoire, il y avait approximativement 8,000.000 d'enfants de 10 à 14 ans, et que, sur ce nombre,
environ 20%, 1,600,000 n'allaient nullement à l'école,
On conçoit qu'en de tels pays l'instruction obligatoire Puisse rendre service.
Dans la province de Québec, les statistiques des inspecteurs établissent que 95% des enfants de 7 à 14 ans, sont inscrits aux écoles, et les Partisans de l'instruction obligatoire, s'appuyant sur les chiffres du recensement fédéral, concèdent une fréquentation scolaire de 86.5%, pour cette catégorie d'enfants, ne laissant que 13.5% à l'absentéisme: et il y aurait ici des explications nécessaires qui atténueraient légitimement la portée Je ce 13 pour cent. Par exemple, les enfants infirmes, les malades ou {uibles de santé, ceux qui reçoivent l'instruction dans la famille, ceux qui fréquentent des écoles indépendantes ne fournissant aucune statistique, etc.
Mais enfin, dans les Pays civilisés, l'instruction obligatoire a-t-elle donné des résultats justifiant les mesures coercitives et pénales qui l'accompagnent nécessairement ?
Encore la France
Voyons d'abord la France, pays de nos Pères. Ce pays nous intéresse plus que tout autre, parce que sa population est sœur de la nôtre. L'obligation remonte à 1882, en France. Eh! bien, chaque année, depuis vingt-cinq ans, les Inspecteurs d'Académie et les Inspecteurs généraux soulignent la faillite de l'instruction obligatoire.
Nous relevons dans le «Bulletin de la Société générale d'Éducation et d'Enseignement de Paris», les remarques de quelques Inspecteurs primaires, citées par les I nspecteurs généraux: «Ni les municipalités, ni les délegations cantonales ne cherchent à combattre sérieusement l'absentéisme. (Inspecteur de l'Ariège.) Bulletin du 15 juin 1914, page 39.
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«Rien n'est changé en ce qui concerne la fréquentation et l'assiduité. Elles restent bonnes dans les écoles urbaines, mauvaises ou médiocres dans les écoles rurales, et c'est là un très sérieux obstacle aux progrès possibles, souvent signalé par un très grand nombre de maîtres. Plus de trente ans après le vote de la loi sur l'obligation scolaire, plusieurs centaines d'enfants ne fréquentent et ne fréquenteront jamais aucune école! Pour extraordinaire qu'il soit, le fait est incontestable.» (Inspecteur des Côtes-du-Nord.) Bulletin de novembre et décembre 1915, page 371.
«La ioi sur l'obligation scolaire a toujours été, ici comme ailleurs, lettre morte. M. le Ministre a prescrit, cette année, que les inspecteurs primaires devraient accorder libéralement des autorisations pour absences de l'école aux enfants dont les parents en feraient la demande, conformément à l'article 15 de la loi du 28 mars 1882. Aucune demande n'est parvenue à MM. les inspecteurs primaires, la loi est complètement oubliée, c'est sans leur autorisation et sans avoir songé un instant qu'on devait la leur demander qu'on a manqué l'école cette année comme les précédentes.» (Inspecteur de la Vienne.) Bulletin de janvier et février 1916, page 77.
«Quoi qu'il en soit, les rapports des inspecteurs d'académie renferment encore de longues lamentations, que nous relevons chaque année, soulignant l'inefficacité de l'obligation scolaire; gémissant sur le faible pourcentage des présences, par rappurt au chiffre tctal des enfants en âge de suivre les classes. Bulletin de janvier et février 1918, page 79.
Nous pourrions allonger presque indéfiniment cette
N'empêche que sans l'instruction obligatoire, c'est la province de Québec qui, de 1901 à 1911, a diminué le plus le nombre desillettrés. J'ai sous les yeux le XVe Bulletin du recensement fédéral qui dit, page 1: «De toutes les provinces de l'Est, de 1901 à 1911, c'est Québec qui a augmenté le plus considérablement le nombre de ceux qui savent lire et écrire.»
On nous dit que dans d'autres pays l'instruction obligatoire a produit des résultats satisfaisants. C'est possible, mais il n'est pas prouvé qu'un autre procédé n'aurait pas fait mieux encore.
D'ailleurs on juge l'arbre par ses fruits. Quelle est la province où la statistique de la criminalité soit la moins chargée? Je laisse répondre le dernier rapport fédéral sur les «Statistiques criminelles du Canada » pour 1917. Nous le recevons à l'instant. En le parcourant, nous constatons une fois de plus que Québec avec ses écoles confessionnelles et sa liberté scolairetient le premier rang au point de vue de la morale.
Qui appliquerait la loi d'obligation scolaire?
Voilà un point important sur lequel il convient de s arrêter un instant. £
L'expérience prouve que dans tous les pays, les représentants directs des parents les commissaires d'écoles refusent de jouer le rôle de délateur vis-à-vis de leurs concitoyens. C'est là la cause de la faillite de l'instruction obligatoire en France et dans Ontario. A quelle autorité confiera-t-on la tâche difficile et délicate d'appliquer une loi pénale qui s'attaque directement à l'autorité paternelle, qui s'interpose entre les parents et leurs enfants ? A défaut des commissaires d'écoles, le gouvernement devra nommer des officiers spéciaux pour toute la province et comme sur un même territoire il y a double municipalité, l'une catholique, l'autre protestante, l'on sera tenté, pour restreindre les dépenses, de nommzr un «spotter» neutre. Dans les grandes villes, les commissaires d'écoles pourraient être autorisés à nommer des officiers spéciaux qu'elles devront payer plus «her que leurs meilleurs professeurs.
Le gouvernement et les commissions scolaires des grandes villes devront dépenser au moins cent mille piastres pour assurer une mise en opération sérieuse de la loi dans les dix-sept cents municipalités de la province.