‹ L'instruction obligatoire [microforme]Chapitre 26 sur 33 · PS · texte numérisé non relu

PS

Le 4%.

Climat, mauvais chemins, distances

Tout le monde sait comment sont organisées nos paroisses, avec les fermes aboutissant à la grande route, le chemin du roi, et les maisons alignées de distance en distance, une par ferme, le long de cette route. Il faut parcourir des milles avant d'avoir, à sa droite, compté vingt maisons. Les concessions sont sur le même modèle, et le chemin du rang y remplace le chemin du roi. Et précisément à cause de cette disposition, la seule qui existe, il y a les écoles du rang du village et les écoles des autres rangs, soit deux ou trois écoles échelonnées le long de chaque route. Comme toutesles maisons d'un rang sont surune seule ligne, les deux voisines de l'école, de l'un et de l'autre côté, sont assez rapprochées d'elle, mais chacune des autres s'en éloigne davantage, de la largeur même d'une terre. La population n'est pas assez dense pour justifier l'établissement d'un plus grand nombre d'écoles, pas assez groupée pour rendre facile aux enfants l'accès de chaque école. On devine quelle distance l'enfant doit parfois parcourir pour aller à la classe et en revenir. J'en sais personnellement quelque chose.

Comment, vu les circonstances, exiger bar une loi de contrainte scolaire, que le père de famille, dans les affreux jours et abominables routes de l'automne et du printemps, oblige ses petits enfants de sept, huit ou neuf ans, à se mettre sur le chemin pour franchir seuls de telles distances et se rendre à l'école? Comment exiger surtout

que dans les gros froids et les tempêtes de l'hiver tous les enfants fréquentent régulièrement la classe? L'État peut-il raisonnablement imposer ces actes d'héroïsme aux parents et aux enfants ? L'État peut-il équitablement exiger que le père de famille, qui reste père quand même et ne peut se désintéresser du sort de son petit enfant perdu dans la neige ou victime du froid, quitte lui-même son travail trois fois le jour pour aller conduire son Petit garçon ou sa petite fille à l'école ou les en ramener ? Cela peut se demander au nom du dévouement, non pas en vertu d'une loi. Bien qu'il soit digne de sérieuse considération, je ne fais que signaler le grave inconvénient suivant: combien d'enfants éloignés de l'école ne peuvent, même en voiture, avoir le temps d'aller prendre un dîner chaud à la maison. Ils doivent, pendant des années, se contenter d'une insipide beurrée mangée sans appétit au milieu de l'atmosphère viciée de la classe poussièreuse qu'ils ont respirée toute la matinée. Peut-on, par une loi, contraindre les parents à imposer pareil régime à de frêles êtres en voie de formation ?

Ceci n'est pas un tableau fantaisiste, mais la réalité pure, que tout le monde peut constater à sa guise. Décréter une loi d'instruction obligatoire ou d'école obligatoire—ce qui revient au même, car les gens de la campagne n'auront pas à choisir entre les deux,—quand les conditions, pour une grosse portion de notre peuple, sont telles que nous venons de les décrire, c'est tout simplement une énormité.

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