‹ L'instruction obligatoire [microforme]Chapitre 1 sur 2 · DISCOURS DE SIR LOMER GOUIN · texte numérisé non relu

DISCOURS DE SIR LOMER GOUIN

Question libre

Je déclare dès le commencement, dit sir Lomer, que la question est absolument libre pour tout le monde. Ceux qui sont en faveur de la mesure proposée peuvent l’appuyer de leur vote. Ce n’est pas parce que nous pensons dans un certain sens que nous vouions imposer notre opinion à la députation de cette Chattes qui n’a de responsabilités qu’envers le peuple.

Ce bill est en réalité une loi pénale puisque par ce projet de loi on forcerait les parents à envoyer leurs

enfants à l'école sous peine d'amende ou d’emprisonnement. Avant d'adopter une semblable mesure de coercition, je suis d'opinion qu'il faut épuiser d’abord toutes les autres méthodes tendant au même but. Une loi pénale doit s'appliquer à tous et ce bill comporte une distinction. Si nous l’adoptons nous punissons ceux qui ne sont pas catholiques et nous laissons exempts de la censure ceux qui sont catholiques.

Les Protestants n'en veulent pas

On nous dit que les protestants demandent cette réforme. Chose singulière, c’est que quatre membres de cette Chambre de religion protestante ont parlé jusqu'ici sur cette question. De ce nombre, il n’y en a qu'un seul qui se soit prononcé en faveur de ce bill et je suis informé que d’autres députés de religion protestante sont d'opinion que ce bill est inopportun.

L'opinion de journaux comme le Herald et le Witness n’est pas à dédaigner. Ces deux journaux ont critiqué le bill. Le Witness fait même remarquer que la loi ontarienne, sur laquelle ce bill est basé, a été ineff£cace dan: environ 200 districts, à cause de l'indiftérence de l1 population et que les devoirs de gendarmes scolaires, ajoutés à ceux de’ policiers municipaux, n’ont jamais été pris au sérieux.

L'électorat n'a pas approuvé cette mesure

Le principe de l'obligation de fréquenter l'école a-t-il été approuvé par l'électorat de cette province ? Y a-t-il un seul député qui ait soumis à ses électeurs la question aux dernières élections ou aux élections antérieures. ?

Le député de Saint-Louis a dit que ce n'était pas une question de religion. Je m'accorde avec lui làdessus. C’est justement parce qu'il ne doit pa: être question de différencier la relig'on catholique de la religion protestante ou hébraïque que cette loi n’est pas soutenable et qu’elle répugne à tous les principes. L'adopter ce ne serait pas agir en législateurs sérieux.

J'ai voté en faveur du bill de {a crémation, mais la question était toute différente. Je me suis dit avec les députés qui siégeaient alors : Si rien ne répugne

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à la crémation des corps dans la doctrine protestante, qu'ils les fassent ‘* crémer comme ils l’'entendent.

Mercier et Garcia Moreno Sir Lomer Gouin fait remarquer avec beaucoup d'émotion que, quoi qu'on dise, Mercier dont on rappelle si souvent la mémoire n'aurait jamais appuyé uñ bill de cette nature. Mercier avait une nature trop généreuse pour approuver une loi comme celle qui nous est soumise, Il a siégé, dit sir Lomer, au fauteuil que j'occupe maintenant et il n’a jamais soumis un projet comportant une discrimination à l'égard d’une partie de la population de cette province. Et d'ailleurs Mercier a été tout puissant durant plusieurs années en cette province et pourtant il n'a jamais songé à établir ici l'instruction obligatoire. Signalant le témoignage de la carrière de Garcia Moreno et de ses œuvres qu’on à invoquées en faveur de l'instruction obligatoire, le premier ministre déclare que la province de Québec ne saurait être comparée avec l'État de l'Équateur. Les conditions dans lesquelles se trouvait Moreno et qu’il avait à combattre sont loin d’être celles qui existent dans la province de Québec. La différence c’est que là-bas il y avait une population d'illettrés et qu'ici, quoi qu’en disent ceux qui veulent à tout prix dire du mal de leur province, nous avons une population plus instruite que dans n'importe quelle autre province de la Confédération et que dans n’importe quel État de la république voisine.

L'instruction obligatoire est un remède fort douteux

Aurions-nous de meilleures écoles si nous envoyons les parents en prison? Ce n'est pas parce que nous aurons emprisonné le père ou la mère de famille, qui n'auront pas eu le moyen de vêtir leurs enfants à l’école, que nous améliorerons l’enseignement.

Le juge Choquet a parlé du mal des enfants qui ne fréquentaient pas l’école. Nous n'avons pas d’objection à établir une pénalité, soit école de réforme ou autre chose, pour l'enfant qui refusera d'aller à la classe quand ses parents l’auront exigé.

Sir Lomer consacre ensuite le temps qui lut reste avant l'ajournement du débat à citer des autorités indiseutables et indiscutées de France, entre autres de M. Briand, arcien ministre, pour prouver que l'instruction obligatoire laissait beaucoup à désirer, en dépit de ce que disent ceux qui réclament cette réforme, D'après le rapport du département de l'éducation d'Ontario, l'instruction obligatoire a démontré que c'était un remède fort douteux et qu'une loi de cette nature ne peut être réellement et sérieusement appliquée qu'en autant qu'une forte opinion publique la soutient. (1)

Honneur à Québec

Sir Lomer fait ensuite une analyse minutieuse du bill et en démontre les lacunes, les défauts d'applications. Il est évident, conelut-ii que ce bill en est un d'exception, discriminatoire, que l'on n'a pas müûri avant de présenter. Il importe de considérer le mérite du bill pour se rendre compte des résultats pratiques qu'il aurait si l'application en était faite telle que déterminée.

Les faits et statistiques démontrent à l'évidence que les progrès de notre province en matière d'éducation sont rapides et que l’on n'a pas besoin de l'obligation scolaire pour les réaliser. La province de Québec souffre avec un immense avantage la comparaison avec les autres provinces de la Confédération.

En 1901-02, le pourcentage de la présence moyenne en classe, pour les écoles élémentaires, modèles et académiques, était de 74.28%; en 1910-11, de 77.53%.

En 1901-02, les élèves fréquentaient au nombre de 82,102 les écoles modèles et de 3 5,220 les académies,

(1) Ce dernier paragraphe fait partie du compte rendu du Canada. Nous n'avons trouvé dans aucun journal le texte même des paroles de sir Lomer, mais le témoignage de M. Briand qu'il ite est bien connu. La loi d'instruction obligatoire à été votée en France en 1882. Or avant la li le nombre des illettrés était . de 14 pour 100; après, en 1907, de l’aveu de M. Briand, il était monté à 25 ou 30 pour 100. C'était une véritable faillite. Le proverbe reste vrai : Chien qu'on mène à la chasse malgré lui ne rapporte pas de gibier.

oit un total de 118,322: en 1910-11, le nombre pour les premiers était de 106,386, et pour les autres de 56,299, soit un total de 162,685. La différence en faveur de 1911 est de 44,363, soit une augmentation de 36%,

En 1901-02, le total de l'inscription des élèves de tous les degrés, depuis l'école élémentaire jusqu'à l’université, était de 333,431: en 1910-11, de 410,422; différence en faveur de 1910-11, 76,991, soit une augmentation de 23%.

Élèves dans les universités, collèges classiques, écoles normales, écoles spéciales, en 1901-02, 12,143; en 1910-11, 21,299; augmentation de 9,156, soit 75%.

Élèves suivant les cours de pédagogie dans les écoles normales en 1901-02, 353; en 1912, 708; augmentation de 355, soit 10014,

Académies, 166 en 1901-02, et 223 en 1910-11; augmentation de 57, soit 34%.

Les écoles normales étaient de 5 dans la province en 1901-02; en 1912, leur nombre est de 13; augmentation de 8, soit 160%.

Nombre des enfants de 7 à 14 ans, en 1910-11 :

Écoles catholiques................. 252,185 Écoles protestantes................ 34,989 287,174 Nombre d'élèves de 7 à 14 ans inserits dans les écoles :

ET 249,148 Protestants

Pourcentage respectif de 98.8% et de 90.7 %.

Seulement 6,295 enfants n’ont pas été inscrits dans ies écoles.

A la tête des provinces

Pourcentage d'élèves par 1,000 de population : Québec : —

Population en 1911 esse MS 114 Élèves inscrits... évssse - COUT Soit 19% ou 190 par 1,000.

ET Ontario :

PONMIANOR AN TUiE. 2,523,274 HHOVES INSOPÉÈS 1 ..47.. 459,145

Soit 18%, ou 180 par 1,000.

La comparaison avec les autres provinces de la Confédération est loin d'être à notre désavantage pour la présence moyenne en classe :

Saskatchew:.n, écoles rurales, 53.06%; urbaines 52.30

Ontario, écoles de tous, degrés............. 60.84% Nouvelle-Écosse, écoles de tous, degrés..... 64. 3% Nouveau-Brunswick, 4coles de tous, degrés... 69.33%

Colombie-Anglaise, écoles de tous,, degrés... 71.27% , C

Q'ébec :

Ecoles élémentaires. ............... 73,82% Écoles modèles.................... 81.85% Écoles académiques................ 84,82%

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