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L'instruction populaire dans le Departement de la Mayenne avant 1790

Le livre do M. labbû A. Angot est intitulé 17//.vt met ion populaire dans ht Mayenne aoant 1789. Ce litre excitera la surprise de certaines gens qui croient et vont répétant partout que ce n'est qu'en 1789 que l'humanité a été délivrée des entraves honteuses qui la tenaient enlacée dans la superstition, l'erreur et les ténèbres. Avant cette date glorieuse, notre histoire nationale ne renferme rien qui mérite d'être conservé dans la mémoire des hommes; mais alors s'est levé le soleil de la civilisation et quelles lumières il n'a cessé de répandre de toutes parts depuis cette heureuse aurore ! Combien seront fortunées les générations qui suivront la nôtre, car jusqu'à cette heure les vieux préjugés n'ont cessé d'entraver autant qu'ils l'ont pu les progrès du bien et de la vérité î

Tel est le programme de renseignement officiel relatif à l'histoire de France. 11 y a environ cinquante ans qu'il a été formulé à peu près dans ces termes. Déjà un nombre iinmense desprils admettent ces données : elles leur ont été inculquées par leurs premiers

maiti'os, elles leur aiiiveiil iliaque malin daub des journaux, des revues, des brochures de tous les formats et de toutes les couleurs pour affermir en eux les leçons quils ont reçues sur les bancs de l'école.

Le dimanche 12 octobre 1890, à Saint-Jean deBournay (Isère) au milieu d'une fête solennelle, M. ïhévenet prononçait un discours sur l'instruction primaire depuis 1791. La presse a reproduit ce chef-d'œuvre et on y voit : « Avant la Révolution, elle (l'instruction) était bien négligée ; les nobles savaient à peine signer leurs noms du pommeau de leur épée. L'instruction s'était réfugiée dans les couvents de moines. A cette époque, le peuple ne comptait pas, il était corvéable à merci et bon à payer Timpôt. » Ainsi parle un ministre de la République française.

(Kl peut conduire un pareil enseignement :' A ({uelles fâcheuses conséquences peuvent se trouver entraînées les masses qui entendent sans cesse retentir à leurs oreilles ces assertions mensongères et brutales ? Aux entreprises les plus criiniut'ljcs du socialisme, du collectivisme et de toutes les erreurs de môme nature. Là est le péril qui menace la société de nos jours.

Ce ne sont pas seulement des mensonges historiques, mais il y a là une infraction certaine au quatrième précepte du Décalogue; et toute violation du quatrième commandement porte avec elle une suite de calamités pour les sociétés comme pour les individus.

Il n'était pas possible de faire admettre ces assertions mensongères et calomnieuses pour ce qui regarde la haute culture intellectuelle: les universités, les collèges «'Paient trop iiombrt'nx cf trop ronniis: mais ils

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étai<Mil poiii' les classes i'iclies on au iiioins aisées; le peuple, lui. était abaiidoiiné à sou ii^uoranco. Voilà ce qu'il importait de persuader à la masse pour lui inspirer des sentiments hostiles aux classes que l'on nommait autrefois privilégiées. Comptant sur les plus mauvais instincts de la nature, on était trop sûr de réussir dans Fenlreprise partout oix l'on ne rencontrait pas des populations fortement trempées par le christianisme. Trop souvent même ces impostures ont réussi à prendre racine dans des esprits que leur instruction littéraire du moins aurait dû mettre à lahri d'eri'eurs aussi grossières.

Il y avait là un danger jxjur la religion et pour la société. Justement alarmés de ce péril, des esprits éclairés se sont dévoués pour opposer la vérit('' à des erreurs aussi monstrueuses, mais ils ont com|)ris qu'ils ne seraient pas crus sur parole comme les atlversaires. Pour ramener dans la voie du droit et de la justice d'une manière vraiment utile, il faut mettre à même de peser et d'examiner les raisons que l'on présente, les documents sur lesquels reposent les aftirmations ou les négations. Do là il s'est établi une vaste enquête dans tout le pays et après avoir réuni une foule de documents d'une authenticitéinattaquahle, les savants catholiques ont pu aftirmer avec certitude et une pleine conliance ({ue l'insliHiction pour la classe populaire était, au dix-septiènie et au dix-huitième siècle, à la portée de toutes les familles et pi'es'-[ue aussi ré- |)andue que de nos jours.

Ces études sur rinstrucliou cl snrioiil sur renseigne- \\\ou\ populaire dans laiicicnnc Krance. la t'rancc

d'avant 1789, sont donc partout en faveur ; mais tous ceux qui s'en sont occupés n'ont pas suivi la même méthode. Quelques-uns ont écrit une véritable histoire littéraire de la ville ou du pays qu'ils embrassaient dans le champ de leurs recherches; ils remontent jusqu'à Tépoque romaine, heureux quand ils ne s'attardent pas trop longtemps avec les druides ; ils exposent l'établissement du christianisme et les fondations pour l'instruction des clercs et des laïques qui se rattachaient à chaque cathédrale, à chaque abbaye, à chaque collégiale de quelque importance. Cette marche a été adoptée par un très petit nombre ; presque tous se sont bornés à constater, d'après les actes authentiques des fabriques, d'après les testaments, d'après les minutes des notaires, l'existence des écoles dans les localités comprises dans leur circonscription. Tel a été le plan suivi par M. l'abbé Alphonse Angot.

Il a pensé que la première partie du travail avait déjà été taite et qu'il n'aurait .i^iière de rrnseignements nouveaux à faire connaître sur les seize premiers siècles ; il a recherché avec grand soin les documents certains qui existent surrinstruction publique dans la Mayenne surtout au seizième, au dix-septième et au dix-huitième siècle. La moisson (ju'il a recueillie est abondante, surprena^îte même par sa richesse. Le pays était éloigné de tout grand centre, il n'avait ni siège épiscopal, ni abbayes, ni collégiales très importantes. Il en ressort d'autant plus clairement que toutes les fondations qu'il fait connaitre et qui existaient en si grand nombre, toujours d'après des pièces authentiques soigneusement indi({uées, sont le fruit spontané du chris-

tianisme. 11 n'y a que colto floctrino vciuio du ciel pour inspirer ces donations, souvent considérables, à des bénéticiers presque toujours assez médiocrement pourvus. Si ces fondations sont faites par des seigneurs temporels, c'est toujours dans un but surnaturel très positivement exprimé. 11 est donc vrai de le dire à propos des plus petits sujets comme des plus importants : « l'Église est la mère de la société moderne (1). »

Si c'est Tesprit chrétien qui inspire les fondations d'écoles, c'est le même esprit qui dicte les règlements que les fondateurs imposent assez souvent eux-mêmes aux maîtres et aux écoliers. M. Angot, qui s'efface autant que possible, pour laisser parler les documents, cite textuellement plusieurs deces règlements. On peut y saisir sur le vif non-seulement les usages et les coutumes de nos ancêtres, les conditions de la vie dans les classes les plus humbles, renseignements toujours utiles ; mais beaucoup mieux on y découvre comment se sont formées les races fortes qui nous ont précédé. Le livre des petites écoles dans la Mayenne offre sous ce rapport un champ vaste et fertile en suggestions utiles. Chacun les fera pour soi et ce sera un emploi utile de ses réflexions.

Il serait trop long aussi de nousarrêter sur les traits de mœurs contenus dans les textes recueillis avec une fidélité scrupuleuse et reproduits avec tant de soin.

i^ourquoi l'auteur a-t-il laissé de côté les petites écoles jansénistes fondées en très grand nombre dans le l)as-Maine, vers le milieu du dix-septième siècle ? Peut-

(1) Afdniîileiniiorl. Diaconrs ihi iOoctnhrr Is fff.

rli'c [)airc (|ii(' lo t'Iahlissf'Hioiitssoiil raiTiiiciil; coiisigtiés clans los registres des paroisses où il aime surtout à puiser ses renseignements ? Ce sont en effet des sources excellentes et il est toujours utile d'y puiser; mais ce ne sont pas les seules sources authentiques, comme fauteur le dit très bien dans son introduction. Le petit épisode auquel nous faisons allusion repose sur des données très exactes et auxquelles il ne serait pas équitable de refuser une pleine confiance. IVous en dirons quelques mots, persuadé que ce ne sera pas inutilement.

X l'époque où l'on peut constatei-lcplus de zèle dans le JJas-Maine, pour la fondation des petites écoles, c'est-à-dire vers le milieu <lii dix-sejjtième siècle, les disciples de Jansénius parvinrent à en étal)lir un bon nombre dans notre contrée sans éveiller, parait-il. les soupçons de l'autorité ecclésiastique. Celui qui travailla le plus efficacement à ces fondations fut un pauvre prêtre, né en Anjou, et n V.yant ni fortune, ni intelligence distinguée, ni aucune qualité extérieure propre à le faire valoir, il se nommait Jean Callard et de bonne heure il s'était rendu à Paris où il était devenu l'un des disciples les pluspai-faitsd'Adrien IJourdoise. Rempli de l'esprit de son maitrc. il voulut travailler à le répandre et il se fixa à la Flèche où il établit une petite école pour de pauvres écoliers. Les plus jeunes recevaient l'instruction à la maison ; ceux qui étaient plus âgés suivaient les cours que les Jésuites du collège royal donnaient gratuiteinent à tous les externes. Les uns et les autres étaient ortiinaii-ement des plus iiisliMiiN. car si .]o-ai\ (jalbu'd n'éfaif pas liii-mèuie très

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licibilr dans 1rs k'ilix's cl les sritMicrs, il asail un lalciiL particulier pour s'attirer et pour s'attacher les jeunes iicns ; de plus, il savait aussi leur procurer des maîtres habiles.

Dans la maison la vie était des plus austères et cette austérité ne nuisait point au progrès des études, elle leur était même très favorable. Plusieurs ecclésiastiques de la Flèche, hommes de piété et de science, favorisèrent l'établissement de cette maison, et l'évèque d'Angers, Henri Arnauld, le favorisa de tout son pouvoir. Durant les dix premières années, de i6oo à I6G0' il n'y eut en effet rien que de très bon dans la maison fondée par Jean Gallard dans le hut unique de former à l'esprit sacerdotal de pauvres enfants qui aspiraient à la vie ecclésiastique et de leur donnei- une formation profondément cléricale.

Malheureusement, animé du plus louable zèle, mais trop peu éclairé, Jean Gallard se laissa circonvenir par deux clercs du diocèse du ^fans. René et Claude Foreau. qui joignaient à une intelligence remarquable une grande activité et une ardeur indomplable pour rî'pandre les faux principes dont ils ('taieiit indius. Par leur esprit de prosélytisme, ils s'assurèrent tellement l'affection du simple Jean Gallard qu'ils lui tirentadopter le système pernicieux de Jansénius sur la grâce, et lui (pii jusqu'alors n'avait en daulrr ligne de conduile (pie la simplicil('', la droiture et la soiniiission de son premier maître, Adrien r>ourdoise, apprit proin|)lemeiil toutes les ruses de ses nouveaux guides pour caclK^r et déguiser leurs faux principes.

Piené nt Glande Foreau s'attaclièrent e„ii'ti.'uiière-

nionl à rôpciiidrc Iciii- ciTciir dans le lias-^lainc qu'ils parcouru roni à plusieurs reprises, cherchautàse faire des disciples. Ce fut surtout au uioyeu des pelilcs écoles qu'ils réussirent dans notre contrée. Ils trouvèrent en la personne de l'un des plus puissants seigneurs du pays un aide comme ils pouvaient à peine l'espérer, Armand de la Porte, duc de la Meilleraie, de Rethel, de Nevers, de Mazariu, de .Mayenne ( 16()1-1T13). 11 avait épousé Horlence Mancini, nièce du cardinal Mazarin, qui lui fit éprouver de cruels déboires. Dans sa douleur il se livra à des docteurs jansénistes et il suivit trop docilement leurs avis. Son (ils, Charles de la Porte, duc de Mazariu et de Mayenne (1713-1729), embrassa les mômes doctrines avec le même aveuglement. Ils accueillirent avec faveur René et Claude Foreau et, à leur instigation, fondèrent dans toutes les paroisses dont ils étaient seigneurs à cause de leurs fiefs de Mayenne et d'Ernée, des écoles formées sur le modèle de celles établies par Jean Gallard. Ces écoles étaient tenues par des maîtres envoyés par les frères Foreau et il faut convenir qu'elles étaient dignes des plus grands éloges pour la discipline qui y était strictement observée et pour les études qui étaient remarquablement fortes. Ces maîtres étaient trop bien formés à dissimuler leur erreurs et ils purent durant trop longtemps répandre l'hérésie sans éveiller les soupçons de l'autorité. Leurs collègues, qui avaient établi de petites écoles dans la ville d'Angers, ne surent pas user d'autant de prudence et furent supprimés par arrêt du roi en 1(376.

Moins présomptueux, l(>s maîtres des petites écoles

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jansénistes ou (iallardiiis, comme on les nommait dès lors, surentdonc se maintenir plus longtemps dans nos paraires. AnjubauU, qui conduisait le collège de .Mayenne et était altilif'' à la mémo seclc, avait déjàcoutribu('' h répan<li"e cette crrr'ur. Il eu lut de uiéuie d Amhi'oise Paccori. (|iii a\ail ('liidii'' à Angers suns (lallard lui-même, et (pii fonda le collèi^e très lloiissant dv Céaulcé.

A Chàteau-tïoutier, Dardinet ou J)artinel. t'oruié à la même école, essaya d étahlij- un collège pouc répandre les nouvelles doctrines sur la grâce : il n'apporta pas assez de modération dans son pi'osélytisme et son ('tablissement ne jouit pas duiu' loni;iie durée, c;ir ayant refusé de signer le formulaire de toi prescrit par le S;iint-Siège, il lut obligé de congédier ses élèves et les maîtres (jui pni-lapNiient ses erreurs et son obstination.

Avec un zèle digni' d une meilleure cause, les disciples de Jans<''nius l'eerntèrent dans le iîas-.Maine en particuli(M' un bon uond)re d adeptes très jeunes et ([uils formèrent avec le plus grand soin. Toutes les fois qu'ils rencontraient dans leurs petites écoles des élèves ayant de rinlelliiiencl\, des mo'iirs puiH's et fpiel([nes disposition^ poni' la piéb'. :1s se cliiiri^ciiien l V(jlontiers de leiii' éducation, et les envoyaient dans les écoles qu'ils tenaient à Orléans, à An^ei's et autres lieux. Là ils recevaient gratnitemenl une instruction très solide, uniis eu même t<'mps on leur inspirait lin altaelieiiient obsl iiii' pour les doctrines (pie Ion décorail du iioiii de .sainl Au^nsliii. Lors(pie les coiiiniissaires royaux fei'inèreni les elablissenicnlsipiç (lai-

lard avait formés a An^^ers et à la Flèche, ils y rencontrèrent une foule déjeunes clercs venus du Bas-Maine ; leurs familles, généralement très pauvres, leur envovaient seulement de la farine et du lard, et la charite de leurs maîtres pourvoyait au reste de leurs besoins.

Tous ces détails nous sont fournis par deu\ témoins au-dessus de tout soupçon : le premier est Joseph Grandet, curé de Sainte-Croix à Angers et l'un des fondateuî's du Séminaire de cette ville. Il fut témoin des événements qu il rapporte dans son histoire manuscrite de cet établissement. Le second est Jean-l'aptiste (luyard de la Fosse, prêtre habitué à Mayenne ; dans riiistoire qu'il a laissée de cette ville, il affirme que le duc de Mayenne établit à ses frais des écoles gratuites |)our les garçons dans toutes les paroisses qui dépendaient de ses deux seigneuries de Mayenne et d'Ernée. Quels étaient les maîtres de ces écoles ? Xous le savons par le récit de Grandet. Quel était leur nombre ? Xous pouvons le savoir en nous reportant au relevé des terres que possédait le duc. Ce nombre était considérable et l'on pourrait être surpris de ne pas trouver une mention plus claire de ces écoles dans les registres des paroisses; mais les commissaires em^ ployés par Louis XIV pour la suppression de ces établissements dans la capitah; de l'Anjou font remarquer que l'usage constant de (lallard et de ses disciples était de supprimer autant que possible toutes les écritures et d'agir comme des particuliers n'ayant aucune attache à une société quelconque.

De cet aperçu et surtout du riche recueil des docu-

iiiLMils ivmiis avL'C laiil. (iCxactitudc [nw M. labbô Alphonse An^ol, il résulte que nos ancêtres navaient pas (lu tout les mêmes idées que nos contenqiorains sur l'instruction publique: il ne venait à l'idée de personui' de contraindre [)ar lamende et la prison les pères de famille à envoyer leurs enfants au\ écoles, surtout aux écoles où l'on enseigne des principes contraires aux vérités les plus essentielles. Chacun était livré aux inspirations de sa conscience. De même on ne recherchait point des écoles dont le programme fût chari;é d'enseignements inuliles })our le plus lîi-and nombre, mais celles où l'on instruisait sur les vérités dont la connaissance est nécessaire pour ac({uéiir le bonheur éternel, et ces écoles étaient en assez grand nombre pour satisfaire à tous les besoins. Www mieux, il n'y en avait pas d'autres.

Pour les esprits d'une portée supérieure et aii\(iuels il fallait des connaissances plus approfondies et plus étendues, il y avait un nombre suftisant d'institutions pour satisfaire à tous les besoins réels. L'histoire de notre province du Maine nous fournit un très grand nombre d'honunes sortis delà classe la moins fortunée et (jui sont parvenus à de hautes positions uniquement par leur intelligence et les services (pi'ils ont rendus au |)ays. Il y avait donc moyen [)our le vrai mérite de percer les obstacles plus apparents que réels. Si l'état de choses ancien avait ses inconvénients, comme tous les systèmes ici-bas, il avait l'avantage d'ouvrir une [>orte moins large aux déclassés qui sont I un des ll('au\ les j)liis redoutables de la société actuelle.

l»eii(lons Justice aux progrès réels accomplis sur plusieurs points, mais gardous-uous du vice de liu- ^iratitude envers nos ancêtres.

1)(LM l*AI L l'ioLlN.

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