‹ L'instruction populaire dans le Departement de la Mayenne avant 1790Chapitre 2 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Les sources de ce travail.

Le présent volume s'est fait comme de lui-mêmecl sans intention préméditée. Poursuivant un but plus général, j'amassais patiemment les matériaux d'un travail d'ensemble sur le département de la Mayenne au triple point de vue liistoriqiie, topograpbique et biographique. L'iiistoire scolaire devait y avoir sa part nécessairement réduite. Mais quand le dossier concernant les écoles a été formé et misa part, il s'est trouvé si considérable que je ne pouvais l'utiliser que par une publication spéciale. J'en fais donc un volume, extrait anticipé d'un Dictionnaire liiaforique dn la Mai/enue qui paraîtra plus tard, s'il plaît a Dieu. Ainsi, je puis traiter ce sujet intéressant d'une façon plus complète, soit dans les notices particulières de chaque paroisse, soit dans les pages d'une Introduction où sont résumés les enseignements qui découlent delà nndliplicité des faits et des documents.

Ce qui a été écrit jusqu'ici sur les petites écoles de notre demi-province se réduit 'a bien peu de chose. Aussi l'article relativement développé du Diclionnaiire de Pédagogie swv Vhhtoire de l'instruction dans la Mayenne avant I7è<0, qui pré-

tend résumer ce que Ton connaît sur cette question, est-il nonseulement incomplet mais inexact. Je nepariepas des collèges où se donnait l'instruction secondaire dont le plus ancien serait, d'après cet ouvrage, celui de Château-Gontier qu'on reporte a l'année 1556, alors que toutes les histoires locales fournissent sur le collège de Laval des documents bien plus anciens, sans parler des écoles des abbayes, et d'une multitude de petits collèges paroissiaux aussi importants (jue ceux de Jublainset de Villaines que Ton signale.

Mais dire que l'on connaît l'existence de petites-écoles, prestiiDonics ou maîtrises dans trente et une paroisses de la Mayenne, que les écoles des filles étaient plus rares que celles des garçons et que les sœurs Tnlardines avaient des établissements dans une dizaine de paroisses, auxquels on veut bien ajouter dix-huit maisons de charité, et donner ces découvertes comme un résumé de la situation scolaire dans la Mayenue, c'est défigurer absolument la vérité historique.

Pour la ville de Laval, le correspondant de M. Buisson aurait fourni «l'autres renseignements si, au lieu de se borner h l'analyse du règlement de 1747, il avait consulté les registres des bureaux des écoles des deux paroisses et le petit volume imprimé en 1689 pour les dames et les sœurs de charité.

La monographie des petites écoles d'Hardanges, par M. Montagu, a fourni au rédacteur du Dictionnaire de Pédagogie une bonne partie de son article. C'est la un bon travail, mais qui ne permet pas des conclusions générales.

M. Thomas Cauvin lui-même, qui connaissait l'ancien régime, ne donnerait pas l'état vrai de la question, si l'on comprenait, d'après son résumé très sommaire, qu'il n'y avait d'écoles que celles qui formaient une prestimonie. Qu'il y en ait eu, comme il l'affirme, plus de cent de cette sorte dans le diocèse du Mans, cela est certain. .Mais il faut ajouter a ce nombre beaucoup d'autres établissements dont les titulaires n'avaient

pas (le bénéfice ecclésiastique et étaient même exclus de toutes les fonctions de ministère. La chapeilenie, quand elle était unie à une école, n'était même le plus souvent que l'accessoire, la fonction d'instituteur restant le principal.

J'ai cru devoir discuter en quelques lignes, dès le début, la valeur des conclusions d'un ouvrage répandu et hautement patronné. Sa nature et sa forme font qu'on le consultera toujours pour avoir une opinion vite faite sur les questions scolaires. Il est donc regrettable que d'après des données insuffisantes on ait voulu y formuler un jugement définitif, au lieu de se borner à enregistrer, pour mémoire, quelques faits isolés.

Si les ouvrages imprimés sont d'une faible ressource à qui veut écrire l'histoire des petites-écoles, les documents manuscrits formant un fonds suivi sont également rares. Je ne connais en ce genre qu'un registre donnant lélat du diocèse en 1778. Il est aux archives de l'évêché du .Mans et l'extrait m'en a été communiqué par M. l'abbé Esnault. Les écoles y sont mentionnées assez souvent, mais avec des lacunes nombreuses. La correspondance des administrateurs du Directoire de la Mayenne, aux Archives Nationales, et les registres decette même administration, aux Archives de la Mayenne, donnent ([uelques renseignements sur l'état antérieur des écoles. Mais ce sont lîi des sources très insuffisantes. Si Ion veut connaître le plus grand nombre des établissements scolaires, leur organisation et leur histoire, il faut voir et fouiller tous les dépôts où peuvent se rencontrer incidemment quelques pièces sur les écoles, les découvrantet lesallantcherclier dans tous les lieux oùiissontdisséminés ; et pour être un peucoinpiet, il faut avoir été dans l'obligation de faire du tout un dépouillement minutieux. Le fonds le plus précieux se compose des archives de fabriques. Toutes les paroisses qui en ont conservé rpielques débris auront presque a coup sûr des renseignements sur leurs écoles. Plus de cent vingt établissements m'ont été révélés par

les archives de fabriques, souvent par elle seules, et presque toujours non par une simple mention et un document égaré, mais par un vrai dossier scolaire. Les paroisses qui n'auront pas de notice dans le corps de cet ouvrage sont celles dont les titres anciens n'existent plus au trésor de la fabrique. Les testaments, les procès-verbaux des assemblées de paroisse, les comptes du procureur qu'on y trouve sont toujours instructifs sur cette matière.

Les archives municipales, (|ui gardent maintenant les anciens registres paroissiaux, sont de ce chef un fonds utile à consulter. Dans plus de cinquante commîmes j'y ai rencontré des actes se rapportant aux maîtres et maîtresses, plus souvent aux écoliers. Quelquefois, comme a la Baconnière, des documents considérables concernant l'école ont été consignés dans ces vieux livres pour en assurer la conservation et les préserver de l'oubli. En dehors de ces registres, il y a encore dans les archives des mairies d'une trentaine de communes des dossiers ou des indications 'a recueillir sur les écoles, surtout dans les délibérations municipales de la fin du XVIII'' siècle. Les Insinuations Ecclésiastiques conservées aux archives de la Sarthe, que la nature de mes recherches m'a forcé d'analyser complètement, donnent plusieurs actes de constitutions d'écoles. C'est la aussi qu'on trouve souvent mentionnés \es ma(/ister et les précepteurs des petits enfants au XVI" siècle. Cinquante renvois qu'on verra dans les notes montreront les emprunts faits a ces quatre-vingts in-folios.

Toutes les archives hospitalières qu'on trouve encore dans les divers établissements se rapportent souvent aux écoles autant qu'aux autres œuvres de charité.

La série D (Instruction publique/ des archives de la .Mayenne est insignifiante, mais il y a ça et la dans le dépôt départemental des notes a glaner.

J'ai pu consulterj au profit de l'histoire scolaire, les charlriers

(l'un bon nombre de châteaux et les cabinets de plusieurs amateurs ; on le verra a de nombreuses notes qui en font mention. Je dois aussi des communications bienveillantes a des confrères et collègues, que je remercie sincèrement. Les Ca/der des Doléances expriment [)lusieurs fois le désir de faire contribuer les bénéliciers non résidants a l'entretien des écoles. Il reste a explorer un fonds plus considérable que tous les autres et, par cela même, inabordable dans sa totalité, que je n'ai pu que toucher sur quelques points. Ce sont les minutes anciennes conservées dans les études de notaires. C'est la surtout qu'on trouverait trace de l'intervention des habitants « réunis en corps politique », pour la fondation des écoles et pour la nomination, le choix, le traitement des maîtres et des maîtresses. J'en ai donné quelques exemples. Celui qui pourra borner ses recherches aux limites d'un seul canton et y épuiser cette source de documents y trouvera, outre beaucoup d'autres données historiques, de précieux renseignements sur les écoles.

Existence des écoles.

l'our les 274 communes qui composent le(lé()artemenl, mes recherches personnelles m'ont fait constater l'existence de trois cent vinf/t et une écoles^, cent qwilre vingts pour les garç.onseicent quarante et une\)om\esi\\\es. Ce chillre pourrait être porté plus haut en tenant com[)tc des écoles multiples (ju'oii rencontre dans les villes et dans plusieurs localités de moindre importance. Ce ne sont pas là, a beaucouj) près, tous les établissements qui ont existé avant la Révolution. Parmi les paroisses pour les(inelles les documents font défaut, |»lusieurs sont des plus importantes, comme Quclaincs, ballots, Che-

mazé, Entrammes, clc, mais olles n'ont pas d'archivos de fabrique et i! est impossible de rf.tronver, a la distance où nous sommes, trace d'écoles qui ne laissent ordinairement que la des témoignages probants de leur existence. Les trois cents écoles signalées dans cet ouvrage ne sont donc qu'une partie de celles qui ont existé, surtout si l'on tient compte de celles que l'industrie privée érigeait souvent sans aucun concours de la paroisse ou de ses représentants.

Pour les garçons en particulier^ on peut affirmer qu'ils avaient partout le moyen de s'instruire. Ily avaiteneffet, outre les écoles fondées qui sont signalées dans les actes de fondation, les testaments, les actes administratifs, celles dont le vicaire, le prêtre sacristain ou un cbapelain étaient chargés de droit et de fait. Le curé de Saint-Léger {h22 habitants) fondant, en 1746, une école de filles, dit qu'il le fait pour elles de préférence, parce que les garçons ont toujours eu la faculté de se faire instruire par le vicaire. En 1790 remarquons cettedate), les habitants de Melleray 1 459 habitants) demandent à l'administration centrale du département l'autorisation de distraire de la vente des biens dits nationaux l'ancien cimetière, pour y établir la maison d'une sœur de charité qui instruira les filles; car, disent-ils, de temps immémorial, le.-^ vicaires ont toujours fait l'école aux garçons. La paroisse de Vieuvy n'avait pas d'é-. cole fondée, mais l'abbé Fleury nous dit dans ses mémoires que le vicaire faisait la classe avec tant de zèle que presque tous les garçons savaient lire, écrire et chanter. Dans maintes paroisses, le doyen, faisant sa visite, constate que les écoles ne sont pas fondées, mais que les enfants sont bien instruits, grâce au dévouement du clergé. Enfin, une pétition des habitants de Maisoncelles dit expressément (pie le prêtre sacristain devait instruire les enfants « par une suite nécessaire de ses fonctions. »

Les écoles spéciales de filles ne sont guère connues, en de-

hors (les villes, avant les dernières années du XVIl" siècle. Mais nous verrons a l'article des écoles mixtes que les fondalions scolaires d'une époque antérieure étaient ordinairement laites au profit des deux sexes. A partir du jour où lascnur ïulard eut posé les fondements de sa congrégation, lesélahlissements se multiplièrent rapidement, et avec d'autant plus de succès qu'à l'exemple des sœurs de Saint-Lazare, les nouvelles filles de Charité joignaient à leurs fonctions de maîtresses d'école la visite et le soin des malades. Presque a la même époque, Laval avait ses sœurs de charité et une congrégation de Tertiaires dominicaines, dites » Sœurs de Sainte-Catherine » qui ne semble pas avoir subsisté longtemps. La ville de Craon eut aussi sa fondatrice dans la personne de sœur Rousseau, qui formait des maîtresses d'écoles pour cette partie de l'Anjou. Hélène Le Boucher rendait le même service à la ville d'Evron dès le commencement du XVII- siècle. Beaucoup de paroisses, ne pouvant avoir des scrursde ces diverses congrégations naissantes, trouvaient de pieuses filles ou veuves, (jualiliées scjpurs d'école, qui les remplaçaient avec dévoueuient. Des documents certains attestent l'existence d'écoles dans la moitié des paroisses de la Mayenne, et rien ne prouve (pie les autres en fussent dépourvues ni (ju'elles aient été dans une situation moins favorisée.

Il est difficile de dire quand chacune de ces écoles a commencé elle nombre des établissements a chaque époque. Les chiffres que je donnerai ici ne [)euvent servir que d'indication et non de données certaines, en tenant bien compte de ce fait évident que les époques les plus reculées fournissent des preuves moins nombreuses, non seulement parce que l'instruction y était moins répandue, mais surtout a cause de la rareté plus grande des documents. Les villes et les abbayes avaient des écoles dès le Xll" et le .\lll« siècle. De petites paroisses, comme Assé-le-Bérenger, et plusieurs prieurés,

comme Sainl-Loup-du-Doigt, Vaiges, etc., étaient pourvues d'écoles avant le XV" siècle.

En résumé, et tenant compte des réserves précédentes, je trouve des documents pour (juatorze centres scolaires au XV" siècle ou a époque antérieure, et nous voyons par un texte précis qu'au pays de Craon, avant 1412, les seigneurs et les curés s'ingéraient de leur propre autorité d'établir des sièges d'écoles dans leurs paroisses. Les autres régions ne faisaient pas moins.

Au XV'J^ siècle, quarante écoles nouvelles peuvent êtreconstatées pour la première fois, quoiqu'elles existassent précédemment pour la plupart. Dans les deux siècles suivants, chaque période de cinquante ans voit surgir de nouveaux établissements nouvellement fondés ou non signalés précédemment ; de 1601 il 1650, trente-deux écoles apparaissent: de 1651 a 1700, vingt-neuf \ de 1701 a 1750, treize, ; de 1751 a 1790, vingt-cinq.

Pour les écoles de fdies, vingt-deux remontent au XVlIe s\Q{i\(t \ vingt-trois sont antérieures a 1725; seize apparaissent avant 1750; vingt et une avant 1775; (rente et une avant 1700. Bon nombre de fondations n'ont pas pu être rapportées à une date précise. Un fait ressort delà comparaison de ces chiffres, c'est que les établissements nouveaux sont beau-, coup plus nombreux au XVIII® siècle pour les filles que pour les garçons, ces derniers ayant été pourvus plus tôt.

Pour mettre sous les yeux la répartition des écoles sur lesquelles j'ai rencontré quelques renseignements, je me borne 'a exposer ici un tableau contenant, canton parcantonet arrondissement par arrondissement, en regard du nom de chaque commune, l'indication des écoles de garçons (Gi ou de filles (F) qui ont laissé des traces.

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