XI, IX
la morale est nul dans bon nombre d'écoles, insuffisant dans la |»luparl, on ne peut que déplorer qu'on ait rompu avec des traditions plus saines. S'il est vrai encore que la statistique criminelle accuse une progression croissante qui paraît correspondre avec le développement de l'instruction distribuée suivant de nouvelles mélliodos, ce n'est pas assez d'y réfléchir ni d'y chercher des palliatifs insuffisants. Personne ne voudrait être d'un parti qui se glorifierait des progrès d'un enseignement, d'une difTusion de lumières, si l'on veut, qui marcherait de pair avec les sympiômes toujours plus apparents de la démoralisation.
La sanction dont la religion appuie ses préceptes, et que nous voulons bien n'appeler (pie la meilleure et la plus efficace comparée 'a la sanction de toute autre doctrine, assure à son enseignement moral une supériorité que la raison démontre et que l'expérience ne démentira pas.
Après le soin [irincipal donné a la formation de l'âme, le maître devait instruire les enfants sur « toutes les bonnes doctrines ». Le programme n'était pas compliqué et c'était un bien, étant donné que le grand nombre des petits collèges paroissiaux mettait a la portée de tous un enseignement plus développé et un degré supérieur d'instruction. De bons esprits dans toutes les opinions doutent de l'opportunité de plusieurs parties du programme imposé aux écoles primaires. La lecture, l'écriture et l'arithmétique sont les seules connaissances pratiques et ordinairement nécessaires au développement de l'intelligence. C'est ce que l'on apprenait dans la presque généralité des écoles de garçons et de filles sous l'ancien régime. H y a pourtant (juelques exceptions. Dans plusieurs écoles, les leçons d'écriture n'étaient données qu'à ceuxou celles quipouvaient en profiter. A Laval, le j)remier règlement des écoles de charité, qui comprenait l'enseignement de l'écriture, fut remplacé par un autre qui l'excluait, afin de ne pas faire une
concurrence ruineuse aux autres écoles et aux maîtres d'écriture qui étaient nombreux en ville. C'est surtout pour les filles que l'écriture était quelquefois un enseignement facultatif. Les maîtres montraient a lire « en lettres mouslées » et en toutes sortes de manuscrits. Je crois qu'on aurait trouvé plus facilement autrefois qu'aujourd'hui des écoliers en état de lire une écriture datant d'un ou deux siècles. Les préceptes pratiques pour former la main aux écrivains se rencontrent dans plusieurs règlements. Pour exercer la mémoire on faisait apprendre par cœur les prières journalières, les Heures, la Civilité, le Catéchisme en français partout, en latin dans les collèges. « Les grammairiens réciteront par cœur leurs sepmainesie samedi », est-il dit dans le règlement du collège de la Baconnière ; il y est dit encore que, pour se former a l'ortliographe, il faudra « dire en épelant par cœur comme chaque diction et mot de l'exemple (d'écriture) est orthographiée». Le maître d'école de Prez-en-Pail lait l'éloge dune de ses « petites escollières de six ans et cinq mois, fort jolye enfant et agréable 'a tous, qui sçavoit toutes ses Heures, Vespreset septpsauhnes ». Un petit garçon du même âge, a Saint-Fort, avait appris par cœur ses Heures et la Civilité. K toutes les époques et surtout aux plus anciennes, le plain-chant, Varl de musique s'ajoutait aux autres matières. L'arithméti(|ue s'enseignait de deux façons « aux jettons et a la plume ». Les écoles de filles comprenaient le travail manuel. Pour tous, écoliers et écolières, la lecture du latin était aussi essentielle que celle du français. Si maintenant nous comparons les facilités offertes autrefois dans les nombreux collèges paroissiaux à tous ceux qui voulaient commencer, achever même leurs humanités, avec les ressources actuelles, nous reconnaîtrons qu'on ne trouverait pas aujourd'hui 'a sa portée un établissement d'enseignement secondaire, au moins préparatoire, aussi facilement qu'il y a un siècle ou deux. H n'est aucune de nos circonscriptionscau-
tonales qui n'ait eu, avant I7(S(), plusieurs petits collèges, oii le latin s'enseignait jusqua la troisième, la seconde ou la rhétorique. Et comme dans cette matière rien ne favorise autant les vocations aune carrière libérale que la proximité d'un établissement convenable et gratuit, on peut assurer que la multiplicité de ces centres d'instruction était pour la classe populaire une condition favorable et que la situation d'alors n'a rien à envier a celle dont nous jouissons sous ce rapport. Le besoin sans doute était plus grand (pie de nos jours, a cause de la dif- (iculté des voyages; mais aussi, quand les études avaient été commencées avec succès dans le prochain collège, il n'en coûtait pas d'aller dans un établissement de plein exercice, a Laval, au Mans, à la Flèche, a l'université d'Angers et dans tant d'autres, oi!i les élèves du Haut et du Bas-Maine étaient nombreux a toutes les époques. J'ai pu faire à Paris, a Angers, à Poitiers le relevé, toujours incomplet, des étudiants manceaux (jui suivaient les cours des diverses facultés ; leur nombre est très considérable en soi et comparativement aux aulresprovinces ou nations. Et la proportion des boursiers jiauvres est fort grande.
Le nom de collège est maintes foisa|)pliquéa desimpies écoles élémentaires. On s'en sert même(pieI(juefois pour désigner des écoles féminines. Mais, eu principe et eu fait, il y avait de l'un a l'autre une différence. A Prez^en-l*ail, le fondaleurajoule un codicille 'a son testament pour faire de l'école un collège.
Une brève nomenclature des livres le plus ordinairement en usage dans les petites-écoles complétera ce chapitre. A la Haconnière, les commençants apprenaient lAbsay (A. B.C. ?) et le petit catéchisme, puis on leur donnait les Matines (pi'ils laissaient pour prendre le Donuet (Donnât ?) ou rudiment (1606). Voici les livres en usage dans les écoles de charité de Laval, au XV1II« siècle, avec le prix de chacun.
Les Rèyks chrétienna^, 1 i sols.