X.XXIV
connoîlre s'ils en sont capables, alin qiiil en soit pourvu d'autres en leurs places. »
En 1672, Mgr de Lavergne-Montenaid de Tressan lit de nouveaux règlements diocésains. Le chapitre concernant les écoles y comprend les (juatrc articles suivants :
Desérofes pour fittstruclio)) de la jeunesse.
« L'un des commandements donnés de la part de Dieu par le Sage, est de former les enfants dans leur jeunesse, ce qui se fait principalement dans les petites Ecoles. Pour cet effet, nous ordonnons a tons nos doyens ruraux daiis leur ressort, et a tous les curés dans leurs paroisses, d'en établir au moins une pour les garçons, et une pour les fdles dans chaque paroisse. »
" Celle pour les garçons sera tenue par un ecclésiastique, ou un maître laïque de saine doctrine et de vie irréprochable. Celle pour les lilles sera tenne par une veuve ou (ille de vertu et suffisance nécessaire, les uns et les autres choisis par les curés avec les margnilliers. ou procureurs fabriciers des paroisses, et a nous présentés pour être approuvés et autorisés dans cet exercice : enjoignons à tous nos doyens ruraux de nous rendre un fidèle compte de l'exécnlion de cet article. »
<t Les garçons, sous quelque prétexte que ce soit de bas âge, ou autres considérations, ne seront point reçus dans les écoles des filles, ni enseignés par des femmes, et les ûlles de même ne seront point reçues dans les écoles des garçons et enseignées par des hommes, le tout sons peine d'excommuni-
càl'ion ipso facto, tant pour les niaitres et inaîtresses que pour les parents qui les y envoieut. Cependant nous apprenons avec douleur que le présent article n'a pas toute son exécution, soit par le peu de soin des curés d'avertir les maîtres et les maitresses d'école, aussi bien que leurs parents, ou par la dureté des uns et des autres, qui négligeant leur propre salut, commettent les enfants aux désordres qui nous ont obligé de faire cette ordonnance dès notre synode du 15 septembre 1672. Nous déclarons (pie lesdits maîtres el maîtresses d'écoles ont encouru la jjeine portée par notre dite ordonnance, à savoir Texcommunication ipso fado, au même temps qu'ils y ont contrevenu, et que nous entendons y comprendre les maîtres d'écriture, sans modification ni explication, et n'en exceptant seulement que les précepteurs demeurant dans les maisons particulières, ou maîtres d'écriture (pii peuvent montrer aux lilles en présence de leurs mères, ou de celles (pii en tiennent lieu. Révoquons en tant que besoin seroit, toutes dispenses, s'il s'en trouve aucunes, accordées de nous ou de nos grands vicaires, les déclarons nulles et de nul ellet : et nous nous réservons a nous seul, ou a nos grands vicaires ou autres ayant de nous pouvoirs particuliers, l'absolution des susdites excommunications, comme nous faisons de toutes celles qui sont portées dans tous les autres articles de nos présentes Ordonnances. »
« Les maîtres et maîtresses d'écoles auront soin d'apprendre a leurs écoliers a prier Dieu, et de les instruire du catécliismc^ et suivre exactement le règlement (jui leur sera par nous donné (1). »
Ces prescriptions furent constamment reproduites par les successeurs de Mgr Louis de Lavergne. Elles durent avoir une influence réelle pour stimuler le zèle du clergé et susciter les
(I) Ordvitiiances sijnuddh'n lia diucènc du Muiis. LÀIitiuii de 1747, p. 34-38.
libéralités des riches. L'exécution en était assurée par les visites annuelles de rarcliidiacre qui se faisait toujours précéder d'un mandement publié au prône, où il était dit aux curés :
« Vous avertirez, s'il vous plait, vos prêtres. clercs et autres ecclésiastiques de se trouvera la visite avec leurs Lettres d'Ordre, d'approbation et autres ; les j)rocureurs de fabrique de s'y rendre, pour y représenter leurs comptes ; les maîtres et maîtresses d'écoles de nom y rendre compte de leurs fonctions. Vous avertirez aussi tous vos babitans de s'y trouver, pour y recevoir les instructions nécessaires et utiles a leur salut. »
Je crois néanmoins devoir affirmer que le clergé paroissial obéit bien plus au sentiment du besoin des populations qua une injonction de l'autorité. Il est très rare, presque inouï, de rencontrer dans les actes de fondation une allusion quelconque aux encouiagements venus d'en haut. Les prêtres voyaient par eux-mêmes que l'éducation des enfants était le seul moyen de moraliser leurs paroisses ; les riches bienfaiteurs étaient touchés du spectacle de la misère des populations au milieu desquelles ils vivaient ; de pieuses tilles et des prêtres dévoués se sentaient appelés, par vocation, a instuire les ignorants et "a soulager les malheureux. C'est la tout le secret de ces inspirations généreuses et de ces œuvres charitables, autant qu'on peut s'en rendre compte par les documents.
On doit faire encore un mérite aux évêques de l'empressement qu'ils mirent a permettre la réunion aux écoles des bénélices simples, cjuand on pouvait, d'ailleurs, assurer l'accomplissement de l'intention des fondateurs, et rappeler avec reconnaissance le décret royal de 1710 qui exemptait d'impôts toutes les fonrlations de charité y com|»ris les écoles.
Budget scolaire.
Le paragraphe consacré an budget des écoles ne sera qu'une annexe très courte de celui qui concerne les fondations et les legs, puisqu'on peut dire (ju'a proprement parler et dans le sens actuel, ce budget n'existait pas, les dotations provenant de libéralités volontaires en tenant lieu. Avec nolr;^ système de centralisation, en vertu duquel toute laveur est dispensée par une administration qui accapare et accorde toutes les ressources, nous avons le chiffre exact des allocations budgétaires aflérentesa chaque circonscription et le total de ce que ce cha- |)itre emprunte a l'impôt. On ne pourrait faire le même calcul pour l'époque que nous étudions. Sous cet autre régime, il n'y avait pas de budget ainsi compris. Chaque établissement avait en immeubles, ou recevait dans des fonds votés par l'assemblée paroissiale, les ressources qui le faisaient vivre. Au lieu d'un traitement distribué sur un fonds anonyme à un fonctionnaire imposé, on avait un bien de communauté administré par les habitants qui en disposaient en faveur d'un homme de leur choix. L'importance de ces diverses dotations était très variable, mais suflisait, et, somme toute, représenterait aujourd'hui, si la Révolution n'avait liquidé 'a perte tous ses biens, une valeur dont on serait surpris et qui nécessairement devait toujours s'accroître. Ouehpics-uns s'extasient devant le gros budget de rinstruclion publique ; on lui trouverait plus de charmes s'il était moins lourd et s'il n'avait des tendances 'a devenir un second budget de la guerre, le budget de la guerre 'a l'intérieur. La méthode de nos pères laissait beaucoup d'initiative 'a la paroisse; et respectait les droits des populations qui, avec une unanimité parfaite, voulaient (|ue l'école continuât l'éducation chrétienne commencée dans la famille. Aujourd'hui l'Etat croirait se priver d'un moyen d'actidu cl d'une
influence nécessaire, sil ne concentrait en sa main toutes les ressources qui alimentent la caisse des écoles, petites et grandes, pour en être le seul répartiteur : cet avantage est contestable, mais c'est un calcul qu'on peut faire. Seulement, il ne faudrait pas s'en prévaloir comme d'une preuve de libéralisme. Si c'est une nécessité gouvernementale dont la royauté autoritaire ne semble pas avoir senti le besoin, ne proclamons pas que c'est un affranchissement des peuples. Il est même permis de penser que la centralisation bureaucratique tue la générosité privée, en même temps qu'elle en dilapide les ressources. On n'aurait qu'à laisser les services de bienfaisance s'alimenter d'eux-mêmes pour que, bien vite, chaque commune ou paroisse trouve dans des libéralités volontaires, ayant presque toujours un caractère de perpétuité, des revenus suffisants. Et personne ne niera qu'au point de vue de la paix sociale, les œuvres alimentées par des aumônes et des cotisalions dont la source connue sort du cœur, ne vadlent mieux que celles dont toutes les ressources sont dans l'impôt ou l'emprunt.
Ajoutons que l'économie qui résulterait de la liberté donnée aux fondations privées, dont on respecterait les intentions, ne doit pas nous paraître une considération négligeable. Ces anciennes écoles tenues par les prêtres, chapelains ou sacristes. ou entretenues sur des fonds de bienfaisance, ne coûtaient rien ; les établissements des sœurs de la Ghapelle-au-Riboul se faisaient et s'entretenaient avec des ressources invraisemblables, comme le reconnaît l'Intendant de Tours en appuyant la fondationde,lublains. On commence avec rien, dit-il en substance mais le zèle des curés, la bonne volonté des maîtresses fait le reste, l'école dure et le bien se fait.
Aujourd'hui le vent, au lieu d'être aux économies, est plutôt tourné aux constructions somptueuses qu'on multiplie à l'excès et aux dépenses sans frein. Les plaintes nombreuses des
conlrlhiiables, des symptômes inqiiic'lanls pour les forlnnes privées draiuées par les spéculateurs, éhranlées par des désastres financiers sans précédents ; la situation de la dette publique, dont le poids s'aggrave toujours, devrait rappeler les hommes d'Etat a des procédés plus modestes, qui ne seraient pas moins el'llcaces pour le but qu'on doit poursuivre.
L'école aux différentes époques.
Le caractère propre des écoles du XV" et du XVI'' siècle semble être une union plus intime avec l'Eglise. Les écoliers, ou au moins quelques-uns d'entre eux, ont quelque service à accomplir a l'autel, ils sont clercs d'école, et souvent on les charge d'acquitter des fondations, comme de réciter les Psauiiiesde la Pénilcnccon d'autres prières analogues. Ils aident au chant du chœur, et l'art du plain-chant ou de la musique fait toujours partie du programme d'enseignement. En 1503, le titulaire pourvu du « siège des escolles de la paroisse de Saint-Loup près Sablé » promet « instruire, régir et gouverner les enfans venans aux dites escolles, tant en grammaire que en art de musique et autres bonnes mœurs ».
Vers le milieu du XVr siècle, on commença, je crois, à appeler les maîtres d'écoles du nom de mmjister ; ceux de /îrtice pleurs, instructeurs, 's.owi \Ay\^ ràVQ^. Un acte de 1556 qui se rapporte à l'école de Fougerolles olïre une particularité intéressante 'a relever et qui établit une distinction entre le maître (l'école et le magister. Le |)remier est prêtre et acquitte les messes d'une fondation pieuse. Le magister y conduit les enfants, assiste avec eux a l'oriice et chacun reçoit un honoraire proportionné. Le titre de récent est surtout commun dans la l)remière moitié du XVIF siècle.
.\ux premières années du XVl'^ siècle, l'école semble lou-
jours annexée moralement a l'église paroissiale ; les écoliers sont fréquemment témoins aux actes de baptêmes, mariages et sépultures. Mais un peu plus tard, l'école, tout en restant sous rinlluence et la direction du clergé, devient une institution dont la vie propre s'aflirme davantage. Ce relâchement de lien est dû sans doute au développement des établissements scolaires et au nombre croissant des écoliers. Il n'y a plus seulement a fréquenter la classe les clercs d'école ou des privilégiés ; plus que jamais l'appel est fait 'a tous, et Timporlance de l'école s'accroît. Les fondations de ces dernières époques, dont le texte est donné au cours de ce volume, sont nombreuses et l'on y verra que l'esprit qui les anime est aussi chrétien qu'en aucun autre temps. Le soin de combattre l'influence du protestantisme, et de ramener a la foi catholique ceux qui l'avaient perdue, fut même ce qui provoqua, au XVP et au XVIP siècles, un redoublement de zèle de la part des ecclésiastiques et l'inslitulion de plusieurs oMivres de propagande religieuse par les écoles.
Nomination des niaitres d'école.
Si nous remontons aux dates les plus anciennes, nous voyons que les écoles dépendaient alors dune abbaye, d'un chapitre ou d'un prieuré. Autour des abbayes s'abritaient des écoles fréquentées par les enfants de toute la région ; et c'était une prérogative et une charge des ordres religieux. Nous en verrons un exemple â l'article de la Hoë. Le chapitre de Saint-Julien du Mans nomma, en 1405, au siège des écoles d"Assé-le- Bérenger, dont l'église était l'une des quarante qui relevaient de sa juridiction. Cetle provision est donnée comme une sorte de bail pour neuf ans, et d'autres écoles du XV'' siècle semblent avoir le même caractère de hénélice 'a charere onéreuse
pour le titulaire. Dès le \W siècle, le chapitre de Saint -Tugal est en possession de conférer et diriger l'école de Laval. Les chanoines de Saint-Jast ont le même privilège a Château- Gonticr et ceux de Saint-Nicolas a Craon. Par qui ces droits avaient-ils été concédés à ces collégiales ? C'était sans doute une prérogative inhérente 'a la dignité des chapitres et plus particulièrement attribuée au théologal. Les seigneiu's temporels, fondateurs de ces chapitres, interviennent fréijuemment pour les maintenir dans leurs droits contre les villes ou les particuliers qui voulaient les usurper. Les trois villes dont nous venons de citer les noms offrent des exemples de ces conllits réglés par la justice seigneuriale. Dans les paroisses de peu d'importance, le prieur, curé primitif, a aussi le droit de nommer le régent des écoles, au XV" siècle. Celui de Saint-Loup en use sans contestation ; le prieur de Vaiges est en procès avec le seigneur suzerain qui voulait le lui enlever. On peut affirmer, je crois, que les églises auxquelles était attaché un prieuré de Tordre de Saint-Benoit sont aussi les premières qui eurent des écoles (Voir Sauil-l.oup-du-Doigt , Vaiges, liouère, Ballée, laChapclle-Raimoum, Chem'ré,Nea\i, Torcc, Tliorigjié, etc.) On pourait croire alors que l'école avait été fondée avec le prieuré lui-même.
Aux XVII' et XVIIL' siècles, rmus voyons intervenir a la nomination du maître d'école tous les intéressés, tous les représentants de la paroisse et souvent des autorités plus hautes. Le droit de lévêque est réservé en cette matière par les statuts diocésains et rappelé dans toutes les approbations particulières ; mais il ne parait pasdaus la prati(jue avoirété exercé avec beaucoup d'exactitude. 11 devait l'être plutôt verbalement (pie par un acte en forme, et, sans doute, par délégation aux doyens, auxarchidiacrcs qui visitaient la paroisse, et aux curés eux-mêmes. On trouve trop peu d'actes de collation directe par r(''vê(iu(' pour (piil en soit autreiniMJt.
Le curé tUail toujours le premier, et quelquefois le seul, appelé à choisir le titulaire fie sou école. Les habitants intervenaient directement dans un hou nomhre de cas. mais plus souvent par le procureur de f'ahrique, leur représentant le plus autorisé. Le procureur syndic est rarement consulté en vertu de son titre et de sa cliarge. Les « roturiers notables » sont expressément désignés comme présentateurs dans la fondation de l'école de Beaumont-Pied-de-Bœuf. La reconnaissance, à défaut d'une réserve formelle, faisait un devoir dappeler a l'élection les parents du principal bienfaiteur. Le seigneur de paroisse figure rarement dans les assemblées du général des habitants sous l'ancien régime, mais il donnait son approbation et souvent même il était consulté pour la nomination du maître d'école, surtout quand celui-ci cumulait avec ses fonctions celles de sacristain. On recourait encore, dans certains cas et par la volonté des donateurs, à d'autres arbitres^ comme le supérieur du grand séminaire du Mans, le doyen, etc. Le juge de Mayenne est chargé par le fondateur de l'école de Marcillé, au XVP siècle, d'examiner le candidat et de recevoir son serment. Les Jésuites dans plusieurs cas, les Capucins plus rarement, sont appelés a se prononcer sur la capacité des sujets présentés.
Ce que nous venons de voir s'applique aux maîtres d'école. Les maîtresses, quand elles n'appartenaient pas à une congrégation, étaient désignées de la même façon. On peut cependant y saisir cette différence, que ces dernières fondations étant plus souventdues a des bienfaiteurs laïques, les droitsde leurs héritiers et successeurs sont plus souvent réservés. C'était un lien de plus établi entre le riche qui avait doté la paroisse et la classe pauvre qui bénéliciait de pieuses libéralités.
Les congrégations, en s'entendant a l'amiable avec les supérieurs et les autorités locales, dési-çnaient naturellement les sujets (jii'elles déléguaient pour chaque établissement. L'avan-
lage (|iii résiillait pour les paroisses d'un choix (riiistitutrices mieux formées a leurs fonctions, et la slatibilité plus assurée des écoles qu'elles dirigeaient, méritaient bien qu'on accordât aux supérieures une faculté nécessaire au gouvernement do la communauté et h la direction des sujets. A Mayenne, les quelques personnes pieuses qui fondèrent, en l()99, un établissement pour les lilles pauvres, s'étaient réservé le choix de leurs sujets « après les avoir éprouvées aux exercices de lécole ». A Laval les « soMirs » étaient choisies par les dames de charité.
Un documen! important et qui lit loi sur cette matière, c'est le règlement, obtenu par le seigneur de Courcité pour terminer tous les différends qui s'étaient élevés entre lui et les paroissiens unis au clergé. L'article de ce règlement qui concerne les écoles dit expressément que les maîtres et maîtresses seront nommés par les habitants réunis à la manière accoutumée et (juo le seigneur ])résidera cette assemblée, quand il voudra y assister. Cet accord, enregistré au Parlement en 1 758, fut souvent invoqué pour régler les attributions respectives des seigneurs et des paroissiens ; aussi en Irouve-t-on de nombreuses copies manuscrites et des exemplaires imprimés dans les archives de plusieurs paroisses,
Gratuité et rétributions scolaires.
Les termes mêmes des fondations et legs appliqués aux écoles supposent soit la gratuité complète, soit au moins une facilité plus grande et un allégement des charges imposées aux familles pour Téducalion des enfants. Partout d'ailleurs la gratuité est proclamée pour les pauvres en génc-ral ou pour un nombre limité, quand la donation n'était que médiocre : mais alors il arrivait bientôt qu'un nouveau bicurnilcuc conqtb'fait
un trailenient d'abord insuftisant. Souvent il est spécifié que les enfants de la paroisse auront seuls le droit d'être admis sans cotisation : d'autres fois une faveur était faite a la famille des fondateurs.
Les mois d'écoles, car c'est ainsi que la rétribution scolaire était perçue, est de 5 sols, en 1520, 'a Martigné. A Saint-Laurerit-des-Morliers, elle est, en 1698, de 5 sols pour ceux qui apprenaient a lire et de 7 sols pour ceux qui passaient à l'écriture et a l'arithmétique. En 1006^ a la Baconniôre, la rétribution mensuelle est uniformément de 5 sols. A Chàteau-(ionlier, en 1754, on demande 10 ou 15 sols, suivant la classe.
Dans les écoles de filles, non-seulement la gratuité était presque toujours complète, mais les fournitures de classes étaient comprises dans la dotation de l'école. A Chàtillon-sur- Colmont;, les enfants recevaient ainsi livres, encre, papier; a Fougerolles « la maison donne chaque jour une fois la soupe, depuis Noël jusqu'au mois d'août, pour encourager les pauvres filles avenir a l'instruction ». A Saint-Denis-d'Anjou, lesécolières étaient fournies de livres, chapelets, papier, encre, plumes; même de bas et de sabots. Il semble, d'après plusieurs actes de fondation, que les sœurs de la Chapelle-au-Riboul instruisaient gratuitement les riches comme les pauvres (V. Aver- (on).
Les maîtres et maîtresses d'école.
Le personnel enseignant se composait, pour les hommes, en grande majorité d'ecclésiastiques. Les laïques n'yfigurentdans l'ensemble du département (pie pour un cinquième a peine. Souvent une fondation est faite pour un prêtre ou, a défaut, pour un laïque. Dans les plus petites paroisses, le titulaire faisait en même temps fondions de vicaire ; dans les autres
il était, comme troisième prêtre, chapelain on sacristain. Sonvent aussi il est spécifié que le principal on régent n'aura aucune fonction dans le ministère paroissial, qui le détourne de ses obligations ; d'autres fois on lui accorde ses droits dassistance aux services rétribués, même quand il est retenu a sa classe.
Ce seul fait que les prêtres, chargés ou non d'un ministère paroissial, constituaient presque tout le corps enseignant, montre suffisamment que la situation des maîtres était honorable et respectée. A ne parler que des laïques, il y avait une grande diversité de conditions. La position de Tun pouvait être très favorable, celle dunautiemoinsenviable. Je trouve, par exemple, qu'en 1781, le maître d'école de Saint-Ouën-des-Toits reçoit un secours du bureau de charité, ce qui suppose une situation précaire, exceptionnelle d'ailleurs et peut-être unique, et par contre le titulaire de l'école d'Athée est qualifié « noble homme » (I6G2). A une époque très ancienne, le maître d'école de Bouère est pourvu d'une charge de notaire; plus tard, celui de Craon devient avocat. Tous, prêtres ou laïques, étaient révocables par ceux qui les avaient nommés, mais non sans garantie pour leurs droits et leurs intérêts, et seulement pour négligence ou défaut grave. Ils pouvaient eux-mêmes se retirer en prévenant en temps opportun. Le règlement que lit approuver par lettres patentes le curé de Colombiers, en 1777, porte que le titulaire sera inamovible, sauf pour certains cas prévus et sur décision du doyen : malade ou vieilli, il gardait quand même son bénéfice, a charge de se faire remplacer. Pour les maîtres laïques, le traitement se composait du revenu de la fondation, de la jouissance de l'immeuble, de la cotisation des élèves payants et quelquefois d'une souscription en nature promise par les habitants. Ils étaient pres(pie partout exempts de tailles et d'impôts.
Les maîtresses congréganistes de la Chapelle-au-Riboul,
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avec les (luelques établissements des sœurs de Saint-Lazare, dirigeaient la moitié des écoles de filles. Ce calcul porte sur une centaine de fondations pour lesquelles les renseignements sont assez précis. Je parlerai un peu plus loin des sœurs de madame Tulard pour dire combien cet ordre a produit de bien dans notre région. Les maîtresses non congréganistes, nommées dans les titres demoiselles, sœurs d'école, sœurs de charité, filles dévoles, étaient recommandables et respectées. Leurs fonctions auprès des malades, la conliance des familles, les charges que s'imposait la paroisse pour jouir de leurs services en sont la preuve. Aussi étaient-ce des personnes pieusement dévouées qui, sans vœux, remplissaient toutes les obligations de la vie religieuse. M. Almire Bernard, dans sa chronique paroissiale de Saint-Pierre-sur- Orthe, fait remarquer que les maîtresses appartenaient aux meilleures familles de la localité.
Programme de l'école.
Commençons par dire que le premier objet de la sollicitude des bienfaiteurs qui établirent un si grand nombre d'écoles était l'éducation religieuse et morale de l'enfance. L'instruction est un moyen, mais le but est la formation du chrétien, l^i gloire de Dieu, l'affermissement de la foi dans la société. Les considérants mis en tête de tous les actes affirment toujours que cette préoccupation d'un ordre supérieur vient en première ligne, et les extraits (|u'il est facile d'en faire fourniraient la matière d'un long chapitre. On pourra s'en convaincre par la lecture de ce volume : je ne donnerai ici que (|uelques citations prises au hasard.
M. Berault dit, dans la fondation des écoles de Jublains, « qu'il n'y a rien de plus utile ny avantageux, non seulement pour les choses temporelles^ mais particulièrement pour les
spirituelles, que l'iiislriiction de la jeunesse a la piété et aux bonnes lettres. » Les écoles de charité sont érigées à Laval pour prévenir « la dépravation des mœurs et l'ignorance de la religion ». A Marcillé, le fondateur a pour but « d'apprendre au\' entants 'a servir Dieu, de les catéquizer et enseigner la Patenostre,les coniniandements de Dieu et antres sciences nécessaires, tant pour le salut (jue pour les rendre capables de suivre telle condition qu'il plaira a leurs parents ».
A Saint-Denis-d'Anjou, Henri de Martigné crée l'établissement des so'urs, « considérant combien il est de la gloire de Dieu et du bien de l'Etat que les enfants soient élevés dans les préceptes de la religion catholi(pie, apostolique et romaine. » Ce qui détermine une des donations principales fiiites aux écoles de Sainte-Suzanne c'est que le prieur de Rhemes a vu « que la jeunesse est beaucoiq) libertine en cette ville, manque d'estre réservée et instruite par des hommes bien zélés et craignans Dieu et capables pour instruire la jeunesse, soit 'a servir Dieu et dans le particulier et a l'église, en leur apprenant 'a chanter et a les tenir dans la modestie et respect dans l'église, et pour les enseigner dans les lettres, pour les rendre capables de servir Dieu, soit dans les autres éducations pour les rendre gens d'honneur et vrais serviteurs de Dieu, chacun dans sa vocation. » Ce qu'on demande des maîtres, ce sont des intentions a la hauteur de leur tâche, a la fois surnaturelle et civile. «S'ils font seulement l'école pour des vues temporelles, est-il dit dans la fondation de Vaiges, c'est une hien petite récompense qu'ils se pro[)osent. Ils sont bien malheureux de se borner là, pendant (juils peuvent avoir une récoirpense bien plus grande et plus digne d'eux. Tout ira mieux et [)ar rapport au maître et à la maîtresse et par rapport aux enfants s'ils agissent en vue de Dieu et s'ils songent qu'ils peuvent aisément se sanctilier dans leur état, que leur profession est très sainte et très agréable à Dieu< En travaillant pourDieti, ils n'auront pas plus
de peine ; bien loin de l;i, cet excellent motif aura une force merveilleuse pour les soutenir et pour leur adoucir les peines de leur état ».
Les bienfaiteurs avaient particulièrement senti Tinfluence qu'une bonne éducation des jeunes filles pouvait avoir sur la société. « Le plus grand fruit de tons ces établissements, diton, est de bien élever les petites filles dans la crainte et l'amour de Dieu : d'autant qu'ayant été bien élevées, elles ont soin dans la suite de bien élever les enfants quidépendentd'elles, en sorte que c'est comme une semence de bien quise perpétue, et dont on ressent les effets au moins très longtemps dans les familles. -> [Art. Laval j. Le curé de Saint-Léger est guidé par le même motif, « connaissant, par une longue expérience, l'utililé des petites écoles, surtout pour les filles de la campagne, qui, dans la suite, devenues mères et sédentaires par leur état, peuvent avec ce secours salutaire inspirer et nuiintenir au milieu de leur famille les sentiments de religion qu'elles y ont puisés dans leur jeunesse. »
Pour terminer ces citations ([u'on pourrait prolonger sans fin, je ne connais rien de si toucbant que l'acte de celle femme de Villaines qui. ayant perdu tous ses enfants en moins de quinze jours dans la peste de 1584, donne son bien pour les écoles, afin que. n'ayant plus >< procbe personne h qui s'y recommander et faire prier pour elle, » elle ait au moins la prière des maîtres et des écoliers.
Toutes les fondations connues, de quelque part qu'elles viennent, partent de la même inspiration et se préoccupent d'abord des bienfaits surnaturels et moraux que peut procurer l'école cbrétiennement «[ouvernée. Il devrait être inutile de faire ressortir la supériorité d'un pareil système oii l'instruction et l'enseignement viennent a leur place après le point essentiel qui est la bonne éducation. Si donc l'un des derniers rapports officiels ne se trompait pas, en affirmant que l'enseignement de