SAINT-LAURENT (FAUBOURGS MADELEINE ET SAINT-JEAN
i» Éoole de garçons.
Le nom de Jean Morisse, maître de tutelle de Saint- Laurent en 1552 (1), suffirait à prouver qu'à défaut d'écoles de charité il y avait dans cette paroisse des maîtres pour les plus jeunes enfants.
Quels furent les continuateurs de cette tutelle, étaitelle même unique dans la paroisse, c'est ce que nous ne pourrions dire. Mais ce nom, réuni à tant d'autres de la même époque , ajoute un anneau de plus à la longue chaîne qui relie l'enseignement moderne à l'ancien.
(4) Communication (de M. Doinel, archiviste du Loiret, d'après d'anciens actes notariés.
An moment où une multitude d'écoles gratuites s'éleraient de toutes parts dans notre diocèse, comme pour devenir les vivants témoins de la charité apostolique d'un grand évéque, un ancien avocat an Parlement de Paris, qui n usait de sa fortune qu en laveur des bonnes œuvres, fit l'acquisition d'un immeuble sis aux environs de la porte Saint-Jean, pour y fonder une école de charité de garçons, et il les y instruisait lui-même.
Cet admirable laïc, dont les ancêtres comptent parmi les noms les plus honorables de notre échevinage au XVI e siècle, s'appelait Pierre Tranchot. Louis Tranchot, son cousin, et un de leurs communs amis, Pierre Aubert, adonnés eux-mêmes depuis longtemps a l'exercice de la charité active, se firent les auxiliaires de Pierre Tranchot et se consacrèrent, sous sa direction, a l'instruction de la jeunesse indigente.
Sa mort, survenue en 1651, ne changea rien, toutefois, au cours prospère de son œuvre. Ses deux collaborateurs la continuèrent avec les ressources qu'il leur avait assurées et qui étaient plus que suffisantes, M. Tranchot ayant légué a l'école la totalité de ses biens (1).
Si le mal est contagieux pour les âmes dégradées, rintluence du bien ne s'exerce pas a un moindre degré sur les natures d'élite. Bientôt un groupe d'hommes dn monde se rallia autour de ces deux vaillants chrétiens, et, mettant en commun leurs forces et leur fortune, ils travaillèrent a communiquer une impulsion plus active au mouvement qui venait de (aire surgir presque spontanément une création digne de devenir le type des établissements similaires»
(1) Picot, Essai sur V influence de la religion au XVII* siècle, t. II, p. 325.
M. François Jogues de Bouland, le premier que cette œuvre attira, et dont il ne se sépara plus, était destiné à donner k son siècle le mémorable spectacle d'une vie de vingt-cinq années consacrée a la pénitence et aux pratiques de la charité, pour expier la dissipation d'une jeunesse livrée aux frivolités du monde. Son occupation de prédilection était la visite des malades et surtout des prisonniers hérétiques (1). C'était a ces infortunées victimes du sort des armes qu'il consacrait la meilleure part de ses journées. Associé à quelques ecclésiastiques de la ville, parmi lesquels M. François Tassin, qui le précéda d'une année dans la tombe (1694), il se rendait chaque jour près de ses bien-ainiés prisonniers, les catéchisait et les instruisait; mais ce soin ne l'empêchait pas de s'occuper en personne des écoles qu'il avait fondées dans divers quartiers d'Orléans, nolamment rue Saint -Euverte, et on l'y voyait, se faisant, pour ainsi dire, enfant avec ses écoliers, vaquer, avec une charité qui ne se démentit pas un seul jour, aux soins que réclamaient leur âge et leur intelligence (2).
Il eût voulu, k l'exemple de M. Démia, qui enrichit la ville et le diocèse de Lyon d'établissements scolaires modèles, doter Orléans , de séminaires ou écoles normaies d'instituteurs. Il en tenta l'essai ; mais les résultats ne répondirent pas a ses vœux.
Avant de disparaître de la scène d'un monde qu'il
(1) La guerre avec la Hollande avait fait tomber au pouvoir du roi de France un grand nombre de prisonniers dont une partie fut dirigée sur Orléans.
(2) L'abbé Cajion, Vies des justes dans les conditions ordinaires, p. 97 et seqq.
avait ant -«liue. '!. ..r»2ues -ivau **i .e .;>>nueur «le rea- <"»»ïïihm' »af!n: *»*s .uns ;ï: .ierîii^r «ie son zèle et de *d .. •». u« .Lu? •!:!.:a î iuî'L' , ir :■* -es .»< unies «euvres. • ...» •.,.». "iîs.ir -.a»: 1. lï-.î^re i«;* "luiiis. chanoine le "i...;- : ! , :vi, , v -.- . au. :■.* ;r i:i".i .ivait eu de :o!U.»v:' ..u? ""..■■"?;.• ! î: i\.»iî .il -?utir .e urix «le la viw . -.i .. i*.- 1«.' 7 j:t.- ! i h ;:. a ,r;u.-* le rentrer. Il ;)i»i.u*s:i:«u »: ■■- i - ie:'e r »«ri«.-? .» .xii^éi<ni j ntr"prise par "1. ,«^'ies, ■.. siii? îfu'iii:^!' e* »!iuv> euvres de charité iemieis : -Mîi :••*.- mi* v»n rr lieux uni. ii so dévoua «.•Hïiïiie .m i -.-iie ie .' .•u^'iiîiriiieîii primaire.
•1. /-îiih-hj --ruouix ie .a Jmiriieiiri'iî. autre membre âe •î-iiu v'i'!»-- ■ i" due. semniuii iv.jir pour vocation snecai • i" .!.-,. ,, ï!r- •> "):.iinp.'<. Aussi. :i avait-ii rieu de pi us i ceur i -i«* ie ur se m mu puer -es celles. I" par- Licina t .:^:-'u:«ïii i'un -jrriud :iombre de ces utiles éla lis^'iSirihs ».ans es paroisses rurales. Malheureusement, '.mus j*i\ ms pu retrouver toutes ses ibndatious, ira;* sa .•iiarïiv. 1 ï:;ïki.i t SMKourer d'un voile itnpéuétnibn\ i/.Viau .ni («'ie ."ev^jue avait chargé de catéchiser les ;;r:lesiUu.js cv-u. -nies • 1-. Il mourut eu 1095.
C" .:.?«. a.' oc ::..-. 1 i--:ce satisfaction, disons mieux, uu reei ..ri.:e»i/, : ;;..\ ;ac\>:iiauï; >u fondation «le l'école iïîïtiL:;..».' ; a: 'l. r'ierre Tranckvt daus les quartiers de Si'i.il-Laureat, ia Ma-ioloia^ et Saint-Jean, nous avons pu iw.îs aiT.'ter ijui;! ïaies instants a considérer ce groupe à jamais du*ii«* -l'admiration, dont tous .os membres à
(\)L*r< U-yjti* <1* M. Per îoulx, recueillie* plus tard et iraprim«»;-. l'-iry.it rriun.r?- -u un v.jiuuie iou-? le titre Je Catéchisme sur tes évangiles. \Ioid., p. 36±>
Fenvi consacrèrent leur fortune et leur existence tout entière à assurer l'instruction des pauvres enfants du peuple. Ralliés en phalange serrée sous l'étendard d'un prélat illustre, ils léguèrent a de dignes héritiers de leurs vertus la continuation de leurs œuvres. Guillaume Pro usteau, ce savant jurisconsulte auquel la ville d'Orléans doit sa belle bibliothèque ; Jean-Baptiste Masson de la Manerie, ce modèle de son siècle et qui fut proposé à l'admiration des autres âges (1); MM. de Sélorge et René Maubert dont nous avons parlé ailleurs (2), sont, avec M& r de Coislin, ceux auxquels la classe ouvrière dut le plus.
Assis sur des bases aussi soigneusement établies, renseignement primaire devait se perpétuer dans la paroisse Saint-Laurent, car ses vénérables fondateurs avaientpourvu a son avenir. Il est regrettable que la négligence des rédacteurs de l'état-civil nous ait privée d'y retrouver les noms des maîtres qui s'y sont succédé. Nous en citerons deux seulement : Morisse en 1552, et Lizolle en 1690.
Plus heureuse en ce qui touche les biens et revenus scolaires de cette paroisse, nous sommes a même, d'après des sources certaines, d'en indiquer la quotité (3).
Sans pouvoir faire connaître le sort de l'immeuble
(1) L'inscription commémorative que la reconnaissance des paroissiens de Recouvrance lui a consacrée se termine ainsi : Abi, viatov, admirare et imitare.
(2) Voir paroisse Saint-Euverte, école de filles.
(3) Fonds de la fabrique de Saint-Laurent, liasses de pièces diverses et inventaire des titres.
donné par M. Pierre Tranchot, nous savons que la classe de garçons était propriétaire d'une maison sise impasse du Coq, vis-k-vis l'Hôpital, dont M. Lenormand lui avait fait la donation entre vifs, le 6 août 1749. Mais, pour des causes qui ne nous ont pas été révélées, la fabrique, le 22 janvier 1786, acquit pour le môme objet un autre local, et l'ancien fut loué pour le prix de 135 liv. (1).
Le rapport des commissaires du district nous fait connaître que deux frères de la Doctrine chrétienne s'installèrent en 1742 dans la paroisse Saint-Laurent, pour y tenir des classes. Une assemblée d'habitants, réunis le 17 mars 1771 aux marguilliers, et dont nous retrouvons le procès-verbal dans les papiers de fabrique, fut spécialement convoquée pour entendre l'exposé financier de l'école. 11 y fut représenté que la rente de 500 liv. constituée sur les cuirs se trouvait réduite a 250 liv. et qu'il fallait aviser k combler ce vide. En conséquence, l'assemblée, a l'unanimité, fut d'avis que, pour ne pas entraver le mode d'existence nonnale d'un établissement si utile, on appellerait dans la paroisse deux frères de la Doctrine chrétienne, et que*la fabrique procurerait les fonds nécessaires pour compléter les appointements de 500 liv. qui devaient leur être alloués. Ce ne serait donc pas en 1742, comme l'indique le rapport, mais seulement en 1771, que les classes de Saint-Laurent auraient été dirigées par les frères. Ils percevaient, selon le rapporteur du district, un traitement de 600 liv. en 1792 (2).
M. de la Manerie avait aussi légué k la fabrique
(1) Ibid.y liasse de titres, pièce 30.
(2) Rapport, f<> 34 r<>.
une rente de 2,000 liv. constituée sur le clergé, au principal de 40,000 liv., sur laquelle les écoles des deux sexes percevaient chacune 500 liv. par an (Du val, 4 avril 1750).
\ la suite du remboursement du capital, un acte du 17 mai 1777 le convertit en deux autres rentes, constituées par la ville d'Orléans :
650 liv. au principal de 13,000 liv. à partager avec l'école des filles.
500 liv. par contrat du môme jour, également attribuées aux deux maisons scolaires, soit 575 liv. pour les garçons.
Enfin, 80 liv. au principal de 2,000 liv., legs de M. Seurrat de la Barre, suivant son testament du 27 juin 1777, reçu par le notaire Jullien (1).
Nous avons dit ailleurs que le nom de rue Croix-depar-Dieu (2), que portait au XVII e siècle la rue des Turcies-Saint-Laurent, lui venait d'une maison ainsi appelée parce qu'on voyait, sur sa façade, une croix et un alphabet sculptés que le temps n'a pas encore effacés. Ces signes nous permettent, d'accord avec la tradition, de conjecturer avec vraisemblance que cet immeuble fut autrefois le siège d'une école. Nous nous fussions abstenue d'en parler ici de nouveau, si la rue des Turcies n'eût été, jusqu'au XVIII e siècle, comprise dans la paroisse Saint-Laurent.
Nous pourrions faire une semblable remarque a propos d'une autre rue du quartier de Saint-Donatien appelée
(1) Inventaire des titres defla fabrique] de Saint-Laurent, des no» 6 à 41.
(2) Papiers de la cerche ou des censives de la ville d'Orléans en 1676. Archives du Loiret, A, 583.
rue du Plat-d'Étain, et plus anciennement encore rue de 1 École (1), parce que c'était sans doute dans une de ses maisons que la première institution scolaire de cette paroisse avait été établie. Une seconde rue de l'École existait en outre dans le faubourg Madeleine.
2» Ëoola de filles.
Par lettres-patentes datées de Versailles, au mois de septembre 1754, M 1Ie Marie Borry fut autorisée k transmettre k la fabrique de Saint-Laurent, par contrat de donation entre vifs, mais sous réserve d'usufruit jusqu'à son décès, deux maisons valant 8,050 liv. et 2,000 liv. en argent, pour servir k rétablissement d'une école gratuite de filles dans la paroisse.
L'un de ces immeubles était sis k Saint-Marceau, l'autre k Orléans, rue Sainte-Catherine, et faisait le coin de la rue k aller k la Pierre-Percée.
L'école, ainsi que le porte l'acte de donation passé le 15 mars 1754, devait être composée de deux classes, « Tune d'écrivines, l'autre de petites, » et les pauvres seules y étaient admissibles dès l'âge de six ans, « sans que les enfants de pères et de mères aisés y peussent être reçues. » Les appointements des maîtresses seraient de 150 liv., le tout k la charge d'une messe annuelle du Saint-Esprit, et en outre sous l'obligation imposée aux marguilliers de faire placer dans l'église paroissiale une table de marbre avec inscription rappelant la fondation (2).
Très-peu de temps après, l'école entra en jouissance
(1) Id., ibid.
(2) Liasse de papiers de la fabrique de Saint-Laurent.
du legs ; et comme elle ne pouvait occuper aucun des deux immeubles à cause de leur situation hors des limites paroissiales, on fit construire une maison a l'occident du cimetière de Saint-Laurent. Elle renfermait deux classes, deux chambres pour les maîtresses et un jardin.
La fabrique n'ayant pu se rendre immédiatement propriétaire du terrain sur lequel reposait le bâtiment scolaire, elle payait chaque année au sieur Bonneau 200 liv. de loyer.
Les Nouvelles ecclésiastiques, organe de la petite église janséniste, nous font connaître que, sous l'épiscopat de M« r de Montmorency -Laval, Tune des maîtresses de Saint-Laurent s'appelait M 1Ie Charvet. Elle avait été, comme beaucoup d'autres, séduite par la nouvelle doctrine, et comme ses devoirs professionnels pouvaient subir la fâcheuse influence de ses convictions religieuses, l'évéque, après avoir épuisé'tous les moyens de conciliation, dut lui retirer la direction de la classe (1).
Les ressources de cette maison scolaire consistaient en 500 liv. de rente léguées par M. Masson de la Manerie, et en 72 liv. au principal de 1,800 liv., dont 300 étaient un legs de M. Seurrat de la Barre (27 juin 1777), et le surplus, montant à 1,500 liv., provenait d'un remboursement fait aux écoles par M. Jacques de Mainville, négociant a Orléans (2).
En 1792, les revenus de la fabrique lui ayant été sup-
(1) Lettre du 20 avril 1769.
(2) Fonds de la paroisse Saint-Laurent. Inventaire des titres de la fabrique, n° 42.
primés, M. Miron de Poizioux suppléa de sa bourse au traitement de M Uoi Raimbaud et Camisard, car le produit des deux immeubles légués par M lle Borry était k peine suffisant a l'entretien du bâtiment scolaire (1).