ÉCOLES DES AUMÔNES DE SAINT-PATERNE ET DE SAINT-PAUL
II nous a semblé que ces deux institutions scolaires méritaient une mention spéciale, non seulement parce qu'elles étaient complètement distinctes et indépendantes des écoles paroissiales de charité, mais surtout parce qu'elles empruntaient des conditions d'existence sut generis, et poursuivaient un but déûni et particulier. Si donc, dans l'espèce, on ne peut les séparer de cette grande famille d'établissements philanthropiques d'éducation qui embrassait, sous les formes les plus diverses, tous les besoins de la classe populaire et surtout indigente, elles nous apparaissent en quelque sorte comme
le couronnement et le résumé de toutes les industries de la charité, car c'est bien la qu'on reconnaît cette fraternité véritable, cette réelle affection pour les déshérités et les souffrants, qui se traduisait chez nos ancêtres par des créations admirables de prévoyance et de délicatesse.
En Tannée 1555, les échevins d'Orléans, cherchant a porter secours au nombre considérable de mendiants et d'invalides qui accouraient de toutes parts pour obtenir des moyens d'existence dans l'intérieur de la ville, s'entendirent avec les habitants et exécutèrent, de concert avec eux, le projet de fonder trois maisons de refuge ou hôpitaux où les vagabonds recevraient un asile. Ces trois maisons, qu'on désignait sous la dénomination d'aumônes, furent établies a l'aide des souscriptions volontaires des Orléanais (1), et tout aussitôt un bureau composé de deux membres du corps municipal , huit bourgeois, un membre de l'Université, trois magistrats et trois ecclésiastiques, se constitua pour en gérer les affaires et y adapter un règlement que Henri II approuva par ses lettres patentes du 16 février 1555.
L'aumône ou hospice de Saint-Paterne fut destiné aux hommes et jeunes garçons natifs d'Orléans, celui de Saint-Paul (2) aux femmes et filles orléanaises, et enfin celui de Saint- Antoine, sis sur le pont, ne devait recevoir que -des étrangers qui n'y séjournaient point.
(1) Le Maire, Antiq. d'Orléans, édition in-4°, I, p. 521.
(2) L'aumône de Saint-Paul était située au Vieux-Marché, comme nous l'apprenons d'un curieux inventaire des joyaux et biens de la fabrique dressé en 1462. (Arch. partie, de la fabr. de Saint-Paul, reg. parch. B, f° 24 r°.) Elle était antérieurement
Renfermée dans ces limites, la charité orléanaise eût été déjà bien large, car les malheureux errant sans abri étaient en si grand nombre, « qu'on ne savait plus, dit l'un de nos anciens annalistes, comment donner ordre a leur nourriture et alimens (1)/ » Mais le génie de la bienfaisance, dont les conseils ne restent jamais sans écho au sein de cette cité d'Orléans, sut inspirer aux délégués une de ces conceptions généreuses, critérium de la vraie fraternité, et qui viennent du cœur plus que de l'esprit. Cette pensée, dont l'exécution ne se fit pas attendre, fut d'ouvrir, au sein même de ces asiles de l'indigence, des écoles pour l'instruction des enfants qu'on y avait recueillis, sous la direction de maîtres et maîtresses uniquement chargés d'eux. Lorsque cette éducation première était terminée, on plaçait les garçons chez des maîtres artisans, pour y apprendre un métier. Les filles recevaient aussi les notions des premières connaissances ; puis on les gardait dans l'hospice pour y être dressées aux travaux d'aiguille, et être mises en état de se suffire a elles-mêmes.
Dans presque toutes les donations de MM. Antoine Masson et Masson delà Manerie, son frère, aux fabriques
sise « es fossez du Roi, joignant aux murs de la mile d'Orléans; » mais les travaux de réfection des fossés la firent disparaître, et on la transporta sur un terrain délaissé en 1346 par Jean Richer, maître des requêtes, aux frères et sœurs de la confrérie de Notre- Dame en l'église de Saint-Paul, pour y faire réédifier l'hôpital. {Fonds de lafabr. de Saint-Paul, arch. du Loiret, G, 146, boîte.) — L'aumône de Saint-Paterne, sise au point de jonction actuel des rues Bannier et de la Bretonnerie, fut fondée en 1298 par la confrérie des écrivains d'Orléans.
(1) Le Maire, p. 519.
de nos paroisses, Ton remarque généralement l'attribution d'une somme particulièrement destinée aux métiers grands et petits, c'est-k-dire a l'apprentissage des enfants indigents. On choisissait une moitié des sujets dans la paroisse, et l'autre dans les hôpitaux.
Hâtons-nous d'ajouter que l'instruction professionnelle de ces enfants ne portait aucun préjudice aux soins plus essentiels que réclamaient leurs âmes. M. Brisson, sieur de Machault, dont on retrouve le nom parmi ceux des bienfaiteurs de nos écoles, voulut que la libéralité qu'il déployait a l'égard de toutes les œuvres de bienfaisance s'étendît également sur les enfants et les adultes de l'Hôtel -Dieu. En conséquence, il fonda de ses deniers, par acte passé présent Debeausse, notaire, en 1697, un catéchisme fait par un prêtre tous les dimanches et jours fériés de l'année (1).
Ces deux établissements, k peine nés et déjà prospères, furent bientôt profondément ébranlés dans le principe même de leur existence par les circonstances calamiteuses que flt surgir l'apparition du protestantisme, et dont les deux hospices furent les premières victimes. Rien, en effet, de ce qui tenait de près ou de loin a la cause catholique ne pouvait être soustrait aux vexations des sectaires. Peut-être, dès leur fondation, les aumônes eussent-elles été condamnées a disparaître, si l'administration n'eût pris le sage parti de soumettre à une perception régulière la cotisation a laquelle les riches furent taxés, sous le nom de taille des pauvres. De la sorte, cette utile fondation put continuer
(1) Fonds des écoles de charité.
à rendre les plus éminents services a tous ces indigents abandonnés et privés de famille auxquels la charité de nos pères avait voulu restituer les soins, l'affection et l'asile qu'un sort rigoureux leur avait refusés,