J| L'ÉCOLE DR LÀ MAÎTRISE
Il .Nous avons souvent rencontré, dans notre revue des croisses, la mention d'allocations considérables du $tiapitre et du clergé Orléanais, en faveur des petites çfioles du diocèse. Dans toutes les localités relevant de |^ juridiction de l'Église d'Orléans, jamais celle-ci, lorsque 4es fondations régulières n'avaient pu être faites, ne manquait d'assurer l'établissement et l'entretien de classes gratuites. Mais, nonobstant cette sollicitude généreuse, qui nous est l'incontestable garant du souci permanent de notre clergé diocésain pour l'instruction des enfants pauvres, le chapitre avait fondé sous ses auspices une école destinée a former les enfants de chœur, et dans laquelle ils recevaient gratuitement l'instruction, non seulement professionnelle mais aussi littéraire. A leur entrée dans cette école, dont les registres capitulaires de Sainte-Croix font mention dès 1452 (1), les élèves étaient complètement à la charge du chapitre et de la fabrique ; et si leurs parents faisaient pour eux quelque dépense, telle que frais de maladie ou autres, elle leur était immédiatement remboursée par les chanoines (2).
(1) Rép. des titres du trésor de l'Église d'Orl,, II, p. 422 et seqq.
(2) Id., ibid.j p. 428.
L'enseignement consistait en leçons de grammaire française et latine, de chant et de musique instrumentale (orgue ou serpent) ; mais ceux qui ne montraient d'aptitude pour aucune étude étaient confiés par le chapitre a des maîtres artisans, pour apprendre un métier.
Si, trop âgé pour rester enfant de chœur, ou venant k perdre sa voix, le jeune garçon devenait impropre aux fonctions chorales, il demeurait attaché comme élève a la Maîtrise ou était envoyé chez 4es grammairiens de la ville que le chapitre indemnisait, jusqu'à ce qu'il fût suffisamment préparé a prendre part aux examens universitaires et a y être gradué.
Les enfants admis comme externes dans les collèges ou tutelles de la ville étaient néanmoins considérés comme présents au chœur et, a ce titre, admis aux distributions quotidiennes. Ceux, au contraire, qui faisaient leurs humanités a la Maîtrise recevaient 10 s. tournois par semaine et un muid de blé par an.
L'enseignement de la musique tenait naturellement une large place dans cette école, et nous apprenons des continuateurs de Dom Bouquet, qu'en 1308 Philippe-le- Bel fit venir pour sa chapelle, aux gages de 4 liv. par an, des élèves de la maîtrise de Sainte-Croix, dont l'un se nommait Etienne (1).
Si quelque enfant manifestait une vocation déterminée pour la carrière sacerdotale, le chapitre lui en facilitait l'accès. Quant a ceux qui rentraient dans leurs familles, sa sollicitude les y suivait encore, et dès qu'ils avaient franchi le seuil du sanctuaire, on leur remettait le
(1) Stephanus Aurelianis, clericus capellœ. — Pueri chori Sanctse Crucis Aurelianensis, IV lib. (Hist. des Gaules, t. XXII, pp. 504 et 561, gages des employés dans la maison du roi.)
reliquat d'une petite retenue faite sur leur casuel, pour leur aider a trouver un emploi
Il résulte de cet exposé, dont nous empruntons les détails au répertoire des actes capitulaires, que l'école de la Maîtrise embrassait renseignement primaire, secondaire et supérieur. En 1583, M. Fougeu-Descures, membre du chapitre, vicaire général et docteur en droit, portait le titre de maître de grammaire. En 1456 et en 1500, les professeurs avaient été un chanoine résidant et un choriste, et en 1754 M. Valet, régent de latin, céda la place a un prêtre qui donnait des leçons de langues et de musique.
Le nombre de ces écoliers, nécessairement limité, n'était que de huit au commencement; il fut ensuite porté k dix. Les admissions étaient mises au concours, et les candidats désignés par MM. les curés; leur engagement durait douze ans (1). Mais, avant d'accepter aucun enfant comme élève, les chanoines chargeaient des personnes consciencieuses de s'assurer, par une visite exacte, que le sujet était en parfaite santé (2).
Nous trouvons comme maîtres de musique :
1586. — François Léveillé, écolier, régent du collège de M. Gentil (3).
1620. — M. Guillet.
1772. — M. Savart.
(1) Répert., ibid. % p. 433.
(2) Id. y ibid.y p. 352.
(3) Ibid., p. 418,
Un règlement capitulaire, daté de Tannée 1772, présente le résumé des obligations auxquelles était soumis le maître de musique de la Maîtrise :
1° Il devait donner aux enfants une bonne et chrétienne éducation ;
2° Leur apprendre la musique ;
3° Leur faire répéter chaque jour ce qu'ils doivent chanter au chœur;
4° Les y conduire et les en ramener ;
5° Leur donner de bon pain, huit livres de viande les jours gras, deux rôtis par semaine et trois chopines de vin par jour ;
6° Les chauffer, nettoyer, éclairer et blanchir à ses frais, et avoir pour ce une domestique a ses gages ;
7° Manger avec les enfants ;
8° Leur faire observer les règlements de la Maîtrise.
Les gages du maître étaient fixés a 54 livres en argent par semaine, savoir : 5 liv. 16 s. 4 d. pour sa demi-prébende et 28 liv. 4 s. 8 d. pour ses gages ordinaires, plus le revenu des nourriers (1) et celui de sa marelle (2), avec les ordinaires de symphonie et casuel en cire et argent (3) ; enfin huit muids de blé méteil par an.
(1) Nourriers, nutricii, chanoines chargés de pourvoir à l'entretien et à la nourriture des enfants de chœur.
(2) Charge dont le marguillier était titulaire. (Voir nos Recherches historiques sur le chapitre cathêdral de l'Église d'Orléans, Orléans, Herluison, 1882, et Mémoires de la Société archéologique et historique de l'Orléanais, t. XIX.)
(3) Répert., ib., p. 421.