DANS L'ORLÉANAIS
L'instruction de la jeunesse a été, de tout temps, l'objet de la sollicitude des peuples ; et si cette préoccupation se manifeste déjà au sein de nations encore primitives, on la voit grandir et s'accentuer de plus en plus, a mesure qu'une civilisation plus avancée élève graduellement leurs aspirations vers un niveau supérieur.
On ne saurait méconnaître une loi providentielle dans
cette tendance universelle de l'homme à cultiver son intelligence, tendance qui réside en lui, comme un germe inné, et que la société a pour mission d'encourager et de développer : hominis mens discendo alitur.
Nous nous sommes plu k suivre ce développement progressif sur le sol de notre vieille province, et k voir le sillon ouvert, il y a près de onze siècles, devenir de plus en plus fécond, grâce aux efforts multipliés des générations qui s'y succèdent.
Les résultats obtenus de nos jours sont magnifiques et renferment la preuve des soins éclairés qu'on n'a cessé de prodiguer k l'avancement des études. Ce qui a déjà été fait nous est garant qu'une question d'une si haute importance pour l'avenir d'un pays ne sera jamais, en France, reléguée a un rang secondaire. Mais le présent ne manque point d'apologistes, et si beau qu'il soit, avec son enseignement perfectionné, il ne saurait nous rendre ingrats envers le passé.
Pouvons-nous oublier, dans ce parallèle de l'instruction primaire d'aujourd'hui avec celle d'il y a plusieurs siècles, que nos aïeux n'avaient k leur disposition rien de ce qui rend de nos jours l'instruction si abordable k toutes les bonnes volontés: facilité des moyens d'étude, perfection des méthodes, protection officielle de l'État, puissant ressort des ressources budgétaires?
Nous chercherions donc vainement, en dehors de leur charité vraiment inépuisable, comment ils suffisaient k alimenter un nombre si considérable de fondations scolaires et comment, nonobstant tous les sérieux obstacles que nous ne faisons qu'indiquer, ils parvenaient avec un indéniable succès k former k toutes les sciences culti-
vées de leur temps des légions innombrables d'adeptes. Créer une multitude d'établissements scolaires gratuits et de tout genre, depuis la petite école rurale jusqu'à la savante Université, les soutenir sans faire appel au patronage de l'État et k la bourse du contribuable, surveiller incessamment ces foyers divers d'instruction, pour qu'ils se maintinssent dans la voie qu'ils avaient k suivre ; quelle préoccupation plus noble et plus digne? quoi, en un mot, de plus éminemment charitable? Cette charité pourtant n'humiliait personne, car elle était pour tous. C'était un droit acquis k l'enfance, et en ce temps-lk personne n'eût compris — et l'Église n'eût pas souffert — que l'éducation pût être assimilée k ces marchandises dont on trafique k prix d'argent. L'on eût craint, en l'associant k des considérations vénales, de l'avilir ou tout au moins de l'abaisser. Gratis accepistis, gratis date (1), telle était la maxime fondamentale de l'enseignement catholique.
Malgré tout cela, il n'est point rare d'entendre répéter de toutes parts que le passé n'a rien fait pour l'instruction populaire. Ce reproche immérité, et souverainement injurieux k la mémoire d'hommes constamment dévoués k son développement, ne leur eût sans doute jamais été adressé si la touchante histoire de leur dévoûment et de leurs sacrifices eût été entourée d'un peu plus de lumière. Ces accusations sont en général la conséquence d'une ignorance réelle, bien que de la part des esprits malveillants elles émanent surtout d'un intérêt évident k celer la vérité. Sans cela, comment ver rai ton, en dépit des