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preuves les plus saisissantes, se produire et faire son chemin l'affirmation aussi inique qu'elle est fausse, que l'instruction primaire,, en France, est un fruit et une conquête de 1789?
Les témoignages irrécusables que nous fournit a profusion une période au moins dix fois séculaire donnent le plus éclatant démenti a une assertion qui ne peut soutenir la pleine lumière de la critique. La vérité vengeresse ne saurait abdiquer ses droits imprescriptibles, et nous ne craignons pas de répéter après M. Jules Simon cette parole digne d'un fils de la vieille France : « Ce n'est pas a nous, Français, qu'il appartient de renier la France d'avant 1789. » Non! car il n'est pas plus en notre pouvoir d'abolir son passé que d'en effacer les nobles souvenirs. La gloire acquise autrefois par notre pays demeure son patrimoine, et elle le lègue a ses enfants. Complétant cette première pensée, M. Simon ajoute : « Le patriotisme est un sentiment sérieux et sacré, qui ne doit pas être suscité, entretenu par le mensonge (1). »
S'il est un fait incontestable, c'est que 1789 avait trouvé debout un enseignement prospère et plein de vie, et que la Révolution l'a réduit en ruines. Au lieu de créer, elle a détruit, et la désolation s'est perpétuée pendant toute sa durée.
Ce que nous voyons a présent est l'œuvre d'une époque plus calme. Le gouvernement réparateur qui succéda a ce long et douloureux cataclysme rétablit l'instruction publique sur de nouvelles assises, et sa prévoyance lui assura un avenir prospère.
(1) J. Simon, circulaire du 27 septembre 1872, relative à l'enseignement secondaire.
Nous n'avons pas, nous nous en félicitons, a analyser ici des pages qui sont des plus tristes de notre histoire, et si parfois nous devons dévoiler quelques-unes des navrantes révélations qu'elles nous livrent, c'est qu'elles seront trop connexes k notre sujet, trop liées a l'his- •toire de l'enseignement, pour qu'il nous soit permis de les passer sous silence.
Nous savons parfaitement, et nous n'oublierons pas que toute assertion historique réclame une preuve, et que personne n'a le droit de demander d'en être cru sur parole. Aussi avons-nous pris a tâche de nous conformer rigoureusement k cette loi primordiale de l'histoire. Nous nous appuierons constamment sur des documents autorisés, et il ne nous sera pas interdit de les emprunter quelquefois a nos adversaires, car fas est et ab hoste doceri. Nous osons donc espérer ' qu'en faveur de nos persévérants efforts pour faire prévaloir la vérité, l'on nous pardonnera d'entrer dans des détails souvent bien arides, mais toujours nécessaires, croyonsnous.
Le but de cette étude est de mettre en évidence, a l'aide de pièces authentiques, que, du IX e au XVIII e siècle les enfants de toutes les conditions n'ont jamais manqué, dans la province orléanaise, de l'instruction convenable k leur état, et telle que les temps la comportaient. Le clergé et les ordres monastiques, les premiers qui se livrèrent k cette tâche, y furent aidés ensuite par des professeurs séculiers, car jamais l'Église ne prétendit accaparer le monopole de l'enseignement, bien qu elle l'exerçât seule tant que les laïcs manquèrent des apti-
tudes nécessaires. Quiconque en était reconnu capable pouvait ouvrir une école : nec docere quemquam qui sit idoneus, petitâ licentiâ, interdicat (1).
Dès le IX e siècle, l'instruction, cessant d'être le patrimoine exclusif des ordres monastiques, fleurit avec éclat dans les grandes écoles et les écoles presbytérales. Enfin, au XIV e , l'Université d'Orléans, par la splendeur d'un enseignement dont la renommée était populaire en Europe, donnait non seulement k la jeunesse française, mais k celle de plusieurs nations étrangères, 1'inàtruction la plus solide et la plus variée.
En somme, si les méthodes se sont perfectionnées sous l'action du temps, il nous semble que l'éducation, telle que la comprenaient nos pères, ne laissait de côté aucun point essentiel. La gratuité en formait la base, et si l'instruction n'était pas obligatoire, elle était du moins assez recherchée pour que tous voulussent y avoir part dans la mesure du possible. Les registres paroissiaux des XVI e et XVII e siècles témoignent, par les nombreuses signatures apposées au bas des actes, que, toute proportion gardée, il n'y avait guère alors plus d'illettrés qu'aujourd'hui.
Certes, dans ces temps si éloignés du nôtre, où s'ouvrirent, sous l'inspiration et la protection des évoques, les premières écoles primaires, il fallait aux maîtres et aux élèves plus de patience et de bonne volonté qu'il n'en faut de nos jours, car l'insuffisance des moyens rendait l'étude aussi laborieuse que méritoire. Et pourtant les écoles ne chômaient pas, et il parait même que maîtres et écoliers prenaient l'enseignement fort au se-
(i) De Magistris, cap. Quoniam ecclesia.
ri eux, car une foule de noms appartenant k de& érudits des époques carolingienne et capétienne ont traversé lés âges pour venir jusqu'à nous, et ont su conquérir, en plein XIX e siècle, un droit de cité qui fait assurément Téloge de l'instruction qu'ils avaient reçue.
Si nous avançons vers des temps plus modernes, nous trouverons l'Église animée de la même sollicitude pour l'instruction du peuple « Les évêques, lisons-nous dans les statuts synodaux d'Orléans de 1615, les évêques procureront que dans les gros bourgs et petites villes il y aye des écoles dont les maîtres soient catholiques et de bonnes mœurs (1). »
Et ces écoles se fondaient partout ; les riches y apportaient leur dévoûment et leur or, le clergé ses encouragements et son abnégation personnelle ; tous enfin voulaient y contribuer; nos aïeux avaient compris cette pensée si profonde, formulée plus tard par Leibnitz, et qui sert d'épigraphe k ces pages : « Tout l'avenir d'un peuple est dans l'éducation de ses enfants. »
Le but que nous poursuivons étant, surtout et avant tout, l'histoire de l'instruction primaire, c'est k cette partie de notre travail que nous avons voulu donner le plus de développement. Pourtant, nous n'avons pas cru inutile de rappeler succinctement qu'à côté de l'enseignement élémentaire il y en avait un autre d'un ordre supérieur, fonctionnant séparément, de telle sorte que tous les rangs sociaux, toutes les intelligences # pouvaient, selon leurs besoins et leurs aptitudes, se désaltérer k cette coupe sacrée du savoir que l'Église, en s'en cons-
(î) Statuta synodalia Eccl. Aurel., p. 615.
tituant la gardienne, mettait un soin pieux a ne pas laisser tarir.
Les divisions de cette étude se trouvent conséquent ment indiquées dans un ordre logique :
Après un rapide coup d'œil jeté sur les institutions d'instruction supérieure dans notre province, une première partie renfermera l'histoire de renseignement primaire dans les écoles urbaines ;
Une seconde traitera du même enseignement dans les écoles rurales.
Pour retracer l'existence de ces dernières, nous avons mis largement a contribution les archives départementales du Loiret. Parmi les dossiers qui se réfèrent a cette intéressante partie de notre histoire locale, il en est un — et ce n'est pas le moins curieux — où se trouvent groupées en un rapport manuscrit, revêtu de la signature des administrateurs du district d'Orléans, les principales informations sur les écoles primaires. Il avait été dressé dans le but de fournir k la commission executive les moyens d'appliquer la loi-décret du 15 août 1791, loi dont l'objet était le remplacement, dans toutes les maisons d'éducation, des instituteurs congréganistes par des laïcs.
Ce rapport ne s'occupant que des communes renfermées dans la circonscription administrative nommée alors le district d'Orléans, partie importante de l'arrondissement actuel du même nom, nous avons dû, autant que les archives paroissiales encore existantes l'ont permis, combler, k l'aide de pièces éparses dans les dossiers communaux, les lacunes que cette délimitation nouvelle avait produites, sous le rapport des documents, dans la totalité de l'arrondissement. A la vérité,
nous ne saurions nous flatter, nonobstant la persévé* rance de nos recherches, d'avoir reconstitué, pour chaque commune rurale de cette importante portion de notre département, l'ensemble de sa vie scolaire. Nous n'avons voulu nous appuyer que sur des témoignages écrits ; et combien, malheureusement, est-il de communes qui ne possèdent plus une seule page de l'histoire de leur passé !
Des travaux analogues ont été entrepris pour d'autres parties du département. Ainsi, un érudit infatigable, M. Maggiolo, a retracé en un petit nombre de pages bien remplies les phases diverses de l'existence des petites écoles du Gâtinais et de la Beauce. Il nous fait pénétrer h sa suite dans tous leurs établissements d'instruction publique, du plus grand au plus infime. Arrivant ensuite à l'époque où le vent révolutionnaire coucha dans la poussière l'édifice si laborieusement élevé par les mains de nos aïeux, et auquel chaque génération avait apporté une pierre, il essaie de nous guider à travers ces ruines. Il nous montre cette partie de notre province dépouillée de son enseignement dix fois séculaire et ramenée, par un mouvement tristement rétrograde, où elle en était lorsque Théodulfe, au IX e siècle, y jeta les fondements de ses premières écoles. Pour nous qui, sur un autre point de l'Orléanais, nous sommes livrée k des recherches analogues, les résultats étant les mêmes, des conclusions semblables aux siennes se sont imposées a nous.
Lorsqu'à notre tour nous aurons développé, dans un tableau complet dont nous ne faisons qu'indiquer ici les lignes principales, l'harmonieux fonctionnement de notre
vieil enseignement primaire; quand, pièces en main, nous aurons fait apparaître la longue série de nos petites écoles, peut-être aurons-nous alors le droit de demander si l'urgente nécessité d'une destruction complète s'imposait réellement, et si, au lieu d une réédification nouvelle, il n'eût pas suffi, laissant carrière aux progrès du temps, de surajouter h l'ancien programme le contingent de savoir qui procède naturellement de l'expérience et d'une longue pratique, et que nous ne saurions mieux comparer qu'à un fruit mûri au soleil des siècles.