ÉPILOGUE
Nous nous étions proposé de faire revivre des souvenirs que le temps avait presque effacés, et qui sont une portion de nos gloires provinciales, l'un de nos titres d'orgueil les plus légitimes, car l'éducation d'autrefois a posé les assises primordiales des principes moraux qui nous régissent aujourd'hui.
Nous nous sommes donc efforcée de remonter & l'origine de l'instruction dans cette portion de la province orléanaise qui en est, pour ainsi parler, le cœur, et nous avons vu qu'elle pouvait revendiquer l'honneur d'avoir possédé des institutions primaires, tout aussi bien que d'ordre supérieur, dès une antiquité très-reculée.
Cette étude est le fruit de recherches longues et laborieuses. Pour ne rien avancer qu'avec preuves k l'appui, nous avons dû explorer de nombreuses séries d'archives. Si nos peines ont déjà reçu une première récompense, celle de recueillir bon nombre de renseignements inédits, nous avons eu surtout la satisfaction de reconstituer, autant qu'il se pouvait, l'ancienne existence d'une grande partie de ces obscurs, mais utiles établissements appelés jadis petites écoles. Là de nombreuses générations sont venues se former il des connaissances bien modestes, peut-être, selon le monde ;
mais elles y ont appris, avec les éléments des lettres, cette science nécessaire entre toutes, en laquelle se résume riiomme : la connaissance de ses devoirs, l'amour de Dieu et celui de la patrie. Voilk pourquoi un écrivain philosophe, retraçant un jour l'histoire de la restauration d'un collège, s'écriait : « Rien de plus sublime et de plus grand que l'idée de l'éducation ; rien de plus humble et de plus obscur que le rôle pratique de maître d'école ; rien qui exige une abnégation de soi-même plus complète et plus constante. Il faut y être appelé. » Gela est vrai : les fonctions de maître d'école sont presque un sacerdoce, et, pour les remplir convenablement, il faut y être appelé. Aussi, combien ils s'aimaient, l'instituteur vraiment digne de ce nom et les enfants qui chaque jour venaient recevoir son enseignement dans une pauvre classe de village ! Le maître leur faisait part de tout son bien, son savoir, et les élèves le payaient en affection et en reconnaissance. C'est pourquoi nos pères, qui tenaient en haute estime cette vocation si humble en apparence, mais pourtant si élevée, n'avaient su — avant la restauration par M* r de Coislin des écoles de charité — trouver de dénomination qui convînt mieux aux abris de l'enfance que celui de tutelle, car, pour eux, le rôle du maître d'école se résumait à la fois dans celui
de protecteur comme d'éducateur de ces frêles plantes, espoir des familles et du pays. Ils avaient, en effet, compris que l'éducation n'est autre chose que la culture morale de l'esprit et du cœur, ce sol d'une nature si riche, mais si étrange que, selon la préparation qu'il reçoit, il peut se changer k volonté en or ou en argile, c'est-àdire se prêter a réclusion des plus généreux sentiments comme des tendances les plus basses. Aussi, pour la
vieille France, l'instruction faisait partie de l'éducation, et jamais nos pères n'avaient songé à les disjoindre.
C'est, « en effet, un grand et beau spectacle que celui de cet homme grave et instruit, ami de la vraie sagesse, se renfermant dans une bourgade pour cultiver l'intelligence et la conscience de pauvres paysans et instruire leurs enfants. » Ces lignes ont été tracées pour le prêtre ; mais elles conviennent également au maître d'école, car l'un et l'autre cultivent l'âme et l'esprit de la jeunesse; tous deux représentent le père de famille; tous deux sont les dépositaires de l'autorité divine.
En nous appliquant à reconstituer la monographie de chacune de nos écoles, nous n'avons pas cherché k élargir notre plan jusqu'à les suivre dans les diverses évolutions intellectuelles que les temps leur ont nécessairement fait subir. Les méthodes d'éducation, d'ailleurs, sont intimement liées aux étapes successives des mœurs et de la civilisation des peuples, et ce n'est pas sous ce rapport que nous devions envisager ici nos divers établissements d'instruction primaire. Mais nous les avons vues debout durant dix siècles au moins, ces écoles, et cette longévité nous est le plus sûr garant du principe de vitalité qu'elles portaient en elles.
Nous espérons être parvenue k démontrer, preuves en main, que l'éducation populaire n'était pas, comme on l'a si a tort proclamé, un bienfait de 1789. Ce n'est point à nous, cependant, a décider si nous avons eu le bonheur de réussir et si nous avons pu restituer k ceux qui, par de persévérants efforts et de généreux sacrifices, ont frayé la voie à la génération actuelle la part qui leur incombe dans cette œuvre sociale. D'autres y
eussent apporté les grâces d'un style poli, les
tions d'une diction élégante ; pou/ nous, de qui ces dons brillants ne sont pas le partage, nous y avons mis notre zèle, un ardent amour de la vérité, le désir de venger nos aïeux d'accusations imméritées; aussi n avons-nous épargné aucun soin pour arracher k nos poudreuses archives les incorruptibles témoignages qu'elles recèlent dans leurs fragiles, mais véridiques feuillets. Nous avons scrupuleusement exposé tontes les révélations qu'elles nous ont livrées, et ce n a pas été sans une 1/ien vive satisfaction que nous avons pu soustraire a linexorable oubli bien des noms de fondateurs de nos écoles, modestes et généreux bienfaiteurs de l'enlance, et qui n'avaient jamais demandé qu'k Die» de se rappeler leurs œuvres d'ici-bas.
Qu'il nous soit donc, avant de clore ces pages* permis de le redire : l'instruction publique, telle que la comprenait la vieille France, est réellement uae grande chose. Certes, elle n'est pas moins bien comprise de nos jours, et l'on a pu voir, k toutes les^ époques, les hommes les plus éminents la placer comme clé de voûte au faite «les institutions du pays. C'est qu'ils savent bien, ces hommes d'une intelligence si haute et en même temps si pratique, que l'éducation de l'enfance est le plus sérieux et le plus saint des devoirs de tout législateur, et que le jour où ce devoir serait oublié ou méconnu, les mœurs et la civilisation ne tarderawut pas a disparaître.
PIÈCES JUSTIFICATIVES (i)
Pièce I (Page ii du texte).
Modérateurs des grandes écoles, désignés plus tard sous le titre de scholdAtfcflM» et «mftft, depiffe H fondatkm de l'Université, sous celui de chanceliers (2).