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L'Instruction publique au Canada d'après une publication récente [microforme]

Précis historique et Statistique par M. CHAUVEAU, ancien Ministre, ete, Québec, Aug. Cûté, 1876, in-8o (et Paris, Thorin, 1, rue de Médicis),

Le livre, dont on vient de lire le titre, trouve: des lecteurs des deux côtés de l'Atlantique, La question de l'organisation de l’inslruction publique est Partout intéressante, et d'autant plus qu'elle ne Saurait nulle part être résolue Sur la foi d'un idéal abstrait. Il y faut tenir compte des croyances, des mœurs, des traditions nationales ; ce qui convient à un Peuple ne ecavient pas à un autre, En revanche, cerlains problèmes se posent toujours les mêmes, inévitablement, dans les milieux les "lus divers; de là, en pédagogie comme en politique, le grand profit qu'il y a toujours à rcirer de l'étude des législations Comparéos,

Le Canada, où l'honorable M. Chanyeau va nous Conduire, mériterait d'être mieux connu en Belgique. On en a beaucoup parlé, il y a quelques années, à propos des efforts tentés Pour Y attirer des cultivaleurs flamands et des Ouvriers de toute espèce ; il ne manque, en effet, que des bras duns ces fertiles contrées, qui n’ont sans doute pas de pépites d’er à offrir aux émigrants, mais où le premier venu peut vérifier pour son Comple le mot du fabuliste + « Le travail est un trésor ». En tous Cas, le premier enthousiasme s’est refroidi, pour des raisans dant nous n'avons point à nous Cnquérir ici, et c'est dommage. À Coupsür, no; liboureurs: ne seraient pas trop dépaysés dans le Canada français. Ils Y vivraient sous un régime de liberté et de tolérance qui leur rappellerait nos institutions sous plus d’un rapport : ils en Supporteraient le climat plus facilement que Certains pessimisces n'ont voulu le faire accroire, sur la foi de Voltaire ; la blonde Cérès, comme on eût dit autrefois, leur Prodiguerait {eus ses dons ; enfin, par les relations plus suivies qui s'établiraient infailliblement, ils se verraient {01 ou tard en état de rendre de sérieux services aussi bien à leur pays d'origine qu’à leur patrie d'adoption

Le Canada offre encore cette reSsCinblace avec les Pays-Bas d'avant 4830, que la population S'y Compose de deux sroupes, parlant deux langues et professant des cultes différents. II arriva un jour où les descendants des colons français se sentirent Opprimés ct où des troubles éclatèrent. L'Angleterre, par l'acte d'Union de 1840, aggrava les

sujets de mécontentement en déclarant que la langue anglaise serait désormais la seule langue parlementaire, et en adoptant diverses autres mesures qui ussuraient à la population britannique et prorestante une inquiétante prépondérance. Une lutte ardente s'engagea à la tribune ; pied à pied les Franco-Canadiens obtinrent des concessions importantes, et le gouvernement de la mère-patrie finit par comprendre qu'il devait un égal respect aux deux natiouilités en présence, À l'union exclusive des Canadas fut substituée, en 1807, une confédération générale de toutes les provinces de la Nouvelle-Bretagne (à l'exception de Terre-Neuve), sous le nom de Dominion of Canada. Un parlement fédéral siége à Ottawa, la nouvelle capitale : il ne s'occupe que des intérêts communs rt des relations extérieures; pour le reste, chaque province a sa législature particulière, et par conséquent se donne les institutions qui lui conviennent; en définitive, l'Angleterre n’a fait qu'en revenir sagement à ses anciennes (raditions coloniales. Qui sait ce qui serait arrivé sans cela ? N'est-ce pas pour avoir oublié le simple rôle de protectrice qu'elle avait si honorablement rempli jusqu'alors, qu'elle perdit en 4768 les vastes régions des Etats-Unis (1)?

Le Dominior comprend aujourd'hui sept Etats distincts, bien qu'on ne les désigne que sous le nom de Provinces. Ce sont, à partir de l'est, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveeu-Brunswick, l'tle du prince Edouard, Québec, Ontario, Manitoba et la Colombie anglaise. Ontario occupe le premier rang, comme richesse et comme population ; Québec vient ensuite. C'est dans cette dernière province que se trouvent « la cité la plus considérable de la Confédération, Montréal (407,000 âmes), et Québec, ville fortifiée, la plus ancienne, la plus célèbre et la plus pittoresque de l'Amérique septentrionale, »

Surun terriloire qui atteint presque l'étendue de l'Europe, on con.pte ici moins de 4,000,000 d'habitants. Ubitario, Québec et le Nouveau-Brunswick en possèdent à eux seuls 3,500,000. De ce nombre, environ 1,500,000 sont catholiques romains; un peu moins de 500,000, anglicans ; le reste se répartit entre les différentes communions protestantes (presbytériens, méthodistes, etc.). Sous le rapport des nationalités, 1,082,940 sont originaires de France, 816,114 d'Irlande, 715,000 d'Angleterre et du pays de Galles, 549,946 d'Ecosse : enfin, 202,991 d'Allemagne. Les Allemands habitent presque tous la province d’Ontario (158,603) ; 31,942 seulement résident SERRE A RS PO RE ER RE SNROURELes

(1) Viger, Considérations relatives à la dernière révolu'ion de la Belgique. Montréal, 18531 et 1842, in-12, p. 60.

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ESRI dans la province de Québec. On estime à 120,000 âmes la population des provinces non comprises dans cette supputation, ct celle de Terre- Neuve à 146,536, (Recensement de 1870-1874.)

Ces données acquises, nous pouvons aborder le sujet traité par M. Chauveau,

L'instruction publique est réglée, au Canada, par les gouvernements provinciaux; il n'y a donc pas de système uniforme, De plus, il existe des écoles indépendantes, dont le revenu provient de fondations; en signalant les abus inhérents à ce régime, M. de Laveleye (1) prend soin de faire remarquer qu'ils sont tempérés par la mesure qui confie aux suffrages des eiloyens la nomination des administrateurs spéciaux. Mais ee n'est là qu'un contre-paids insuflisant; l'enseignement v'en reste pas moins livré à l'arbitraire et à la routine, On commence partout à reconnaître qu'il serait fort désirable de ne point laisser les écoles privées entièrement abandonnées à elles-mêmes, c'est fort bien; seulement, dès qu'on veut faire un pas dans cette voie, on la trouve encombrée d'obstacles non moins difficiles à surmonter en Amérique qu'en Europe.

Comment donner satisfaction aux minorités religieuses, à [a minorité catholique d&rs le Haut-Canada (Ontario), à la minorité proteslante dans le Bas-Cana!la (Québec) ? Dès qu'il fat bruit d'établir une Confédération, l'une et l'autre réclamèrent leur pleine indépendance. L'Angleterre intervint. Chaque province reçut l'autorisation de se donner des lois particulières; mais il fut stipulé : 4° que rien n'y pourrait porter préjudice aux droits ou priviléges formellement conférés, lors de l'Union, à telle ou telle classe de personnes, relativement aux écoles confessionnelles ; 2° que les pouvoirs et priviléges, accordés aux écoles catholiques du Haul-Canada, seraient étendus aux écoles protestantes aussi bien qu'aux écoles catholiques de la province de Québec ; 3° qu'il pourrait être interjeté appel au gouverneur, en conseil, de tout acte d’une autorité provinciale, affectant ces droits ou priviléges ; 4° qu’en cas d'urgence ou de non-exécution par Fautorité compétente d'une mesure décrétée par le gouverneur général, en con seil, il appartiendrait au Parlement canadien de mettre fin au débat au moyen d’une loi ou d'une ordonnance. On s’entendit à l'amiable dans la plupart des Etats ; seulement, le Nouveau-Brunswick trancha radicalement la questios, en supprimant tout enseignement religieux à l'école primaire. De là, une vive agitation suscitée par les catho-

liques et non encore calmée, le gouvernement ne s'étant prêté jus-

(4) L'instruction du peuple. Paris, 1872, in-8°, p. 162.

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qu'ici à aucune concession. Les catholiques s'efforcent, en attendant, de créer des écoles séparées,

Voici, en somme, l'élat général des choses. Dans l'Ontario, l'école est laïque, en ce sens que l'instituteur doit laisser aux ministres des cultes le scin d'enseigner le dogme ; en revanche, il est tenu de saisir toutes les occasions de développer le sens moral des enfants, et de leur inspirer le plus profond respect pour la religion, de leur en démontrer la nécessité ; ies partisans des écoles confessionnelles sont autorisés, d'autre part, sous des conditions peu gênantes, à créer des institutions selon leurs vœux. Ajoutons que les catholiques ne se le sont pas fait dire deux fois. Dans la province de Québec, la minorité protestante a obtenu des garanties beaucoup plus complètes : ure section distincte du conseil de l'instruction publique ; une part de la subvention de l'éducation supérieure, proportionnée à sa pepulation; des inspecteurs d'écoles ; des commissions d'examen séparées partout où il y a une population protestante appréciable ; un secrétairedéputé ou surintendant protestant; une école normale protestante ; une division absolue de l'impôt scolaire dans les villes ; enfin, dans les campagnes, la faculté pour les protestants de payer leur cotisation à une école protestante en dehors de la municipalité où leurs terres sont situées, même lorsqu'ils n'y sont pas résidents. La séparation est aussi absolue que possible dans le Manitoba; toutes les écoles sont nécessairement catholiques ou protestantes., Il en est de même à Terre-Neuve, où chaque secte protestante reconnue a, en outre, son surintendant (on en compte cinq). Dans la Nouvelle-Ecosse et dans l’île du prince Edouard, on a jusqu’à présent, en fait, permis aux catholiques de mêler l'enseignement religieux à l'enseignement profane ; cependant le système du Nouveau-Brunswick recrute de nombreux adhérents sur ce dernier territoire, et les dernières élections ont porté au pouvoir des sécularistes âécidés. Les catholiques prétendent que l'élucation revêt dans les écoles publiques un caractère peu orthodoxe ; le fait a été, du moins, vérifié pour un district. Or, on ne peut les forcer, disent-ils, à payer pour des écoles où leur conscience leur défend d'envoyer des enfants. Il y a, comme on voit, un point noir à l'horizon; onest aussi peu que possible disposé à s'entendre.

Laissons de côté les écoles indépendantes, pour nous attacher aux établissements qui relèvent des pouvoirs publics. Les deux Canadas réclameront particulièrement notre attention.

De part et d'autre, grâce au patriotisme éclairé des hommes d'élite qui ont consenti à entreprendre la réforme des études, grâce aussi à

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la bonne volonté des auxiliaires qu'ils se sont adjoints et qu'ils ont su animer de leur propre esprit, les résultats obtenus dépassent actuellement toutes les espérances. Pour être justes, cependant, hâtons-nous de déclarer que la tâche était plus ardue d'un côté que de l'autre, La population du Haut-Canada est en grande majorité d'origine britannique : ofliciers à demi-solde, tant de la marine que de l'armée, soldats pourvus de petites pensions et à qui l'on ‘distribue des terres, commerçants ou gens de métiers quelque peu instruits, notamment les arrivants d'Ecosse, pays où les écoles paroissiales sont depuis longtemps excellentes, tous ces colons ont apporté avec eux, nonseulement un degré satisfaisant de culture, mais le vif désir de ne point compromettre l'avenir de leur nouvel établissement, en laissant leurs enfants croupir dans l'ignorance. Les institutions scolaires ont pu de la sorte se constituer tout d'une pièce pour ainsi dire ; s'appuyant surune base solide,on s'est trouvé en mesure de s'inquiéter tout d'abord de l'instruction primaire. Dans la province de Québec, presque excelusivement française, au contraire, ce n’est que très-lentement qu'on est parvenu à quelque chose, et il a fallu se préoccuper des écoles supérieures et des pensionnats avant de songer à pourvoir aux besoins de la masse du peuple. Cette situation évidemment défavorable s'explique par des circonstances particulières.

Il faut remonter jusqu'au xvi* siècle, à l’époque où le Malouin Jacques Cartier fut poussé vers le fleuve St-Laurent par l'esprit d'aventures. « Les premiers Français, dit Raynal, étaient venus se jeter plutôt que s'établir en Canada ; la plupart s'étaient co” entés de courir les bois ; les plus raisonnables avaient essayé quelque culture, mais sans choix et sans suite. Un terrain où l’on avait bâti et semé, était aussi légèrement abandonné que défrivhé. » Il se passa plus de soixante ans avant que Champlain vint fonder un premier établissement permanent dans ces contrées, où la nature sauvage dominait encore et « conquérait à elle-même les prétendus pionniers de la eivilisation » (1). Les missionnaires catholiques apparurent, les récollets d'abord, puis les jésuites ; mais ils veillèrent au plus pressé, à l’évangélisation des tribus indigènes. Enfin, les jésuites s'intéressèrent aux blancs. Le F. Lejeune écrivait en 1635 : « J'espère, si nous pouvons avoir du logement, de voir trois classes à Kébec, la première de petits Français qui seront peut-être vingt ou trente écoliers, la seconde de Hurons, la troisième de Montagnais ». Deux ans plus

(1) Myrand, Mémoires sur le Canada. Québec, 1857, in-8°, p. Üs

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tard, on commenca la construction du collége de Québec. La même ville fut pourvue, en 1663, par Mgr de Laval, d'un grind séminaire, et en 1668, d'un petit séminaire, école préparatoire, d'où l'on sortait pour al'er étudier chez les jésuites, L'éducation des petits enfants et des jeunes filles avait été entreprise dès 1639 par les sœurs Ursulines, qui s'acquittérent de leur tâche avec un admirable dévonement.

Tous ces efforts et tout ce zèle n'aboutirent pas à rétablissement d'un système général. Si les villes conservèrent, pendant la nériode française, quelques écoles secondaires, presque rien ne fut fait pour l'enseignement élémentaire : les mères de famille, formées par les religieuses, devinrent forcément les institutrices de leurs enfants, garçons aussi bien que filles, D'autre part, les jésuites durent quitter le pays peu de temps après la conquête : les petites écoles qu'ils avaient fondées çà et là se fermèrent l'une après l'autre. Les premiers gouverneurs anglais élaborèrent des projets, ouvrirent des enquêtes, fondèrent un comité spécial, le tout avee peu de succès : il faut dire que ce comité avait pour président l'évêque protestant, ce qui décida le clergé catholique à s'abstenir, Qu'on juge de la situation : en 1834, d'après un document officiel, il n'y aurait eu dans tout le Bas-Canada que 22 écoles primaires, fréquentées par 398 élèves graluits et 690 élèves payants (1)! Force fut de transiger avec les catholiques; leurs écoles paroissiales se multiplièrent avec rapidité, surtout lorsqu'on eut fait venir d'Europe des Frères des écoles chrétiennes, Il était temps de légiferer sérieusement : le système municipal fut pris pour base, une taxe scolaire décrétée. Mais celte dernière mesure parut vexaloire : « le peuple avait conservé du régime français une profonde horreur pour toute espèce d'impôts », L'opposition ayant dégénéré en révolte ouverte, 16 gouvernement s'avisa de rendre volontaire la nouvelie contribution. Qu'arriva-t-il? Qu'on souscrivit d'assez bonne grâce pour des colléges et des couvents, mais que l'instruction primaire resta relativement en souffrance, C'est dans ces circonstances difficiles que M. le docteur Meilleur accepta les fonctions de surintendant : il fil tout ce qui tait possible de faire, et l'on ne saurait méconnaitre que, malgré les difficultés financières, son administration fut féconde en résultats. En 4854, le Bas-Canada comptait 2,795 institutions Scolaires de toute catégorie, avec 119,737 élèves : ces chiffres en disent assez, L'impulsion était donnée ; cependent l'ère nouvelle

(1) L'école ie Québec comptait à elle seule 202 élèves ; celle de Montréal 150 ; done, 796 pour toutes les autres ensemble!

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ne s'ouvrit à proprement parler que l'année suivante, lorsque l'honorable M. Chauveau fut appelé à continuer l'œuvre du surintendant démissionnaire, Le lecteur s'en assurera tout à l'heure.

Le contraste est frappant, on le voit, entre les deux provinces. À Toronto, on n'a eu qu'à s'inspirer de l'expérience des pays étrangers et à pourvoir aux besoins qui se sont révélés petit à peuit ; on a pu tailler, pour ainsi dire, en plein drap, A Québec, il a fallu compter avec les traditions et les habitudes d'une population arriérée, docile au surplus et intelligente, mais désorientée par la conquête et dominée par sa reconuaissance envers les successeurs des missionnaires qui l'avaient les premiers policée. Là, des institutions tout d'abord florissantes, accueillies sans défiance ou dans tous les cas sans hostilité ouverte de la part de la minorité; ici, de longs lâtonnements rendus infructucux par l'instabilité même des idées des gouvernants, mais surtout par la ténacité des résistances du clergé, qui sentait sa force doublée par les revendications des patriotes, au fond Français de cœur, Là, l'épanouissement du génie anglo-saxon, poussé vers de nouvelles destinées et frissonnant au vent qui soufMait des Etats-Unis ; ici, pardessus tout, l'idée de l'indépendance à conquérir, et comme solution à toutes les difficultés, la proclamation de la tolérance la plus absolue. Une fois entré dans cette dernière voie, dans la voice d'un libéralisme sage et pourtant aussi religieux que jamais, le Bas-Canada s'est progressivement élevé à la hauteur atteinte avant lui par son émule : ce sont les efforts qu'il a dû faire pour cela qui nous intéressent partieulièrement et que nous tâcherons de faire ressortir, en développant notre parallèle.

Haut-Canada. Nous laisserons de côté les premiers essais, la créatiou d’une université, l'établissement de huit écoles de grammaire en 1807, les subventions accordées à l'instruction primare en 1816. Le régime actuel ne prend son point de départ qu'en 1844, date de la nomination du D' Ryerson à la surintendance de l'éducation, Le nouveau fonctionnaire commença par visiter l'Europe et les Etats-Unis ; ses études comparatives le décidèrent à donner la préférence au système du Massachussets, Les écoles primaires rurales sont soumises, en partie, au contrôle des municipalités, chargées de percevoir une contribution scolaire au moins égale au subside alloué par le gouvernement à chaque localité. Chaque district d'écoles élit lui-même ses syndies ; l'autorité municipale, de son côté, nomme et rétribue les inspecteurs des écoles de son ressort. Ceux-ci adressent des rapports réguliers au surintendant, qui en fait élat ou les publie même à la

suite de son rapport annuel, Une excellente mesure a été la création d'un Journal de l'éducation, dirigé par le surintendant lui-même (depuis par M. le D' Hodgins, auteur de divers ouvrages classiques), répandu parmi les instituteurs à un prix excessivement modique et distribué gratis aux syndies, ainsi qu'à tous les fonctionnaires chargés de l'exécution des lois. Là, point de polémiques irritantes, mais des informations utiles el une sorte d'enseignement pédagogique permanent. L’'Abeille, sans être un journal officiel, rend les mêmes services en Belgique; mais en 1844, il eût été absurde au Haut-Canada de faire fond sur l'initiative privée.

Peu à peu, le cadre s'élargit, On eut : 1° un département général de l'instruction publique, se composant a) du bureau de l'éducation, présidé par le surintendant; b) du conseii de l'instruelion puslique ; c) du musée d'éducation; d) du dépôt de livres, cartes, etc.; 2 des lycées (ÆZigh schools) e! des instituts classiques (Collegiate insiitutes) ; 3° des écoles normales et des écoles-modèles annexes ; 4° des écoles primaires, les unes communes, les autres séparées ; ° des bibliothèques publiques. Au-dessus du tout, le surintendant, répartissant entre les municipalités, d'après leur population et la nature de leurs établissements, les sommes votées par la législature ; éclairant les autorités scolaires sur leurs devoirs ; décidant les contestations, sauf appel au gouverneur, en conseil; en appelant lui-même, le cas échéant, à un tribunal supérieur. {l est membre ex officio du conseil de l'instruction publique, où les différentes institutions sont représentées par des délégués de leur choix, siégeant à côté de huit membres désignés par l'exécutif. Ce conseil règle tous les programmes, tant des examens que des cours, choisit les livres classiques, a son mot à dire dans la construction des édifices scolaires, cte.; on lui a même réservé la nomination des inspecteurs des lycées. Tous les membres du conseil n’ont pas les mêmes droits; ainsi ceux qui sont nommés par les colléges n'ont pas voix au chapitre quand il s’agit des écoles primaires.

Une institution digne de tout intérêt, c'esi le musée d'éducation, auquel le ÆXensington Museum, fondé à Londres par le prince Albert, a servi de moûèle. On y trouve natureilement des spécimens de tout ce que peut comprendre le matériei d’une école; mais il renferme aussi des objets de tout genre, modèles d'ustensiles et d'instruments agricoles, échantillons de produits industriels, collections d'histoire naturelle, ete., de médailles, de photographies, de gravures, de peintures (copies exécutées enItalie), de plâtres (bustes, statues), qui seront à la disposition de l'Institut des beaux-arts, dont la création

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est projetée. Le dépôt de livres, cartes, instruments de physique, ete., est une sorte de magasin où puisent les écoles et les bibliothèques publiques (430 en tout, avec 750,242 volumes). Il fournit également au rabais les livres à distribuer en prix : celte dernière mesure « grandement déplu aux libraires, mais l'opinion publique semble la protéger.

L'école normale de Toronto, installée dans un local élégant ct spacieux, reçoit des élèves des deux sexes ; tous ensemble assistent aux leçons, système qui paraîtrait dangereux en Europe, mais qui à fait ses preuves dans la Nouvelle-Angleterre, par exemple : M. Hippeau (1) n'hésite pas à en prendre la défense, précisément au point de vue des mœurs, Il n’y a point de pensionnat; les élèves se logent et font leurs repas dans des maisons approuvées. L'instruction est gratuite et ne comprend que deux semestres, ce qui est bien peu, si l’on considère l'étendue du programme (matières enseignées dans les écoles élémentaires, pédagogie, connaissance des lois qui ont rapport à l'instruction publique, géographie, histoire générale, histoire du Canada, physique, chimie appliquée aux arts et à l'agriculture, histoire naturelle, littérature anglaise, mathématiques, dessin et musique vocale). En fait, les élèves prolongent le plus souvent leur séjour à l'école d’un ou de äeux semestres ; ils subissent ensuite deux examens, l’un dans l'établissement même, l’autre devant les bureaux ordinaires, qui leur délivrent les diplômes indispensables pour être admis à l'enseignement. En 1872, l'école normale comptait 143 élèves (66 du sexe maseulin, 67 filles). Bans les écoles annexes, les deux sexes sont séparés. Les études y sont vraiment solides ; les élèves de l'école normale s'y exercent à faire des leçons sous 1: direction des maîtres ou des maîtresses, qu'on a soin de choisir parmi les plus capables (2).

Un lycée ou un institut classique, au moins, est établi dans chaque comté ou réunion de comtés. Ils sont régis par des bureaux de six membres, nommés pour six ans par les conseils locaux ; le ‘iers des membres est renouvelé chaque année. À ces bureaux ressortissent toutes les questions d'intérêt matériel, aussi bien que la nomination des professeurs et l'obligation de veiller à ia bonne exécution des

(1) L'instruction publique aux Etats-Unis, Paris, 1872. in-12 {re partie. (2) The international conference of Education held at Philadelphia, July 17 and 18, 1876), Washington. 1877, in-8, p. 56 et suiv.

programmes. Il est à remarquer que le latin, le grec, le français et l'allemand sont facultatifs dans les lycées, tandis que la physique, la chimie, l’histoire naturelle et les mathématiques sont obligatoires. Pour fixer la subvention de l'Etat, laquelle sert à compléter les taxes locales, on tient compte, d'après le rapport des inspecteurs, du nombre des élèves et de leurs sucrès. Tout autre est le régime des instituts classiques ; là, l’enseignement du grec et du latin est de rigueur, et pour avoir droit à une subside du gouvernement, l’établissement doit prouver que 60 élèves du sexe masculin, en minimum, suivent annuellement ces deux cours. Huit lycées sont actuellement reconnus Comme instituts classiques.

Les écoles communes sont placées sous la direction immédiate de trois syndics (trustees), élus pour trois ans par les contribuables, mais de telle sorte que les fonctions de l'un d'entre eux expirent chaque année. Ils constituent un collége dont les procès-verbaux sont tenus par un secrétaire-trésorier chargé du prélèvement des taxes, ete. Toute cette iégislation est très-compliquée. « Un district scolaire doit contenir au moins 50 enfants de 5 à 46 ans, à moins qu'il n'ait une étendue de plus de 4 milles carrés, » Les instituteurs ont une lourde besogne de statistique ; il peut en résulter quelque fruit ; cependant, on peut dire qu'en général, au Canada comme aux Etats-Unis, les groupements de chiffres sont absolument trop mullipliés. Plus utiles sont les rapports des inspecteurs, auxquels on n'a pas tort de donner de la publicité. Ces rapports ont porté, en 1873, sur 4,732 écoles, confiées aux soins de 2,581 instituteurs et de 3,061 institutrices. La comparaison de ces chiffres avec ceux des années précédentes (ici la statistique a sa valeur) établit que le nombre des instituteurs tend à diminuer : on se rend raisnn de ce fait en observant que la carrière de l'enseignement élémentaire est généralement moins avantageuse, en Amérique, pour lès hommes que pour les femmes. Elles s’y prêtent d'ailleurs de meilleure grâce, elles y apportent leur instinct de dévouement ; enfin, — elles coûtent beaueoup moins (1).

Des dispositions particulières ont été prises, nous le savons déjà, pour les écoles catholiques séparées. Nous noterons seulement que les contribuables qui déclarent formellement leur intention de supporter une taxe pour l'entretien de ces écoles, sont dispensés de l'impôt

(?) M. Hippeau formule les mêmes observations à propos des Etats-Unis (p. 179).

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