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pour les écoles communes ; seulement, cette exemption n'est accordée qu'à ceux qui sont domiciliés à moins de trois milles de distance de l'établissement qu'ils entendent patronner. La province d'Ontario comptait, en 14873, 170 écoles catholiques séparées, non compris les institutions tout à fait indépendantes, fondées par des ordres religieux. Les écoles séparées reçoivent des subsides de l'État, en proportion du nombre de leurs élèves. Ce n'est pas sans difficulté que l'évêque de Toronto est parvenu à obtenir cette concession : on plaidait d’un côté Ia cause de limpartialité religieuse, de l’autre on redoutait lenvahissement de l'esprit d'indifférence (4).
L'instruction supérieure a été longtemps entravée dans son dévelop: pement, parce que la charte de l'université de Toronto stipulait que les membres du conseil et du corps enseignant devraient appartenir à l'église anglicane et signer les 30 articles de son Credo. Les presbytériens et les méthodistes s'émurent : en 4849, le parti de la tolérance l'emporta ; mais aussitôt les anglicans réclamèrent une université spéciale, qui fut ouverte en 1852, sous le nom de 7rinity college. D'autres colléges confessionnels s'ouvrirent successivement ; finalement on adopta une mesure de transaction, en subdivisant d'après les cultes les institutions annexes.
Dans les dernières années ont été créés : 1° un institut des sourdsmuets ; 2° un autre pour les aveugles ; 3° une école des sciences appliquées aux arts ; 4° une école d'agriculture avec une fermemodèle ; 5° une seconde école normale, à Oltawa. Ajoutons à ces établissements l'école provinciale de réforme, les orphelinats, les salles d'asile, les écoles dominicales et les écoles d'adultes : nous aurons ainsi une idée de l’activité féconde du Dr Ryerson. En 1875, cet honorable fonetionnaire à oblenu lotium cum dignitate, e! du même coup la charge de surintendant de l'éducation à été abolie, pour faire place à un ministère de l'instruction publique. M. Adam Crook, secrétaire de la province, a été chargé de ce portefeuille, avec M. Hodgins pour député. Précisément le contraire est arrivé, comme on le verra plus loin, dans la province de Québec,
Une loi récente a décrété l'instruction primaire gratuite et cbligatoire. « Tout enfant de l'âge de 7 à 12 ans a le droit d'admission gratuite à
(4) Signalons, pour ne rien omettre, l'existence de quelques écoies protestantes séparées, et d’autres réservées aux enfants de couleur (on désigne par là les fils des nègres émigrés des Etats-Unis). Le « préjugé de la peau » règne donc encore,
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l'école pendant quatre mois chaque année, et les parents ou tuteurs qui négligent de procurer cet avantage aux enfants dont ils ont charge, et qui ne prouvent pas qu'ils les font instruire autrement, sont passibles d’une amende de cinq piastres, et du double en cas de récidive. La maladie, l'extrême pauvreté ou la grande distance sont les seules excuses admises. Aucun parent ne peut être obligé d’envoyer ses enfants à une école protestante, s'il est catholique romain, ou à une école catholique romaine, s’il est protestant. »
Le recensement de 4874 accuse l'existence de 5,165 institutions scolaires de tout genre, fréquentées par 441,261 élèves (voir eidessus): à peu près le quart de la population ! Il y avait une école pour 380 habitants ! Dans quel pays retrouverait-on une pareille proportion ? Seulement on pourrait se demander comment la statistique est dressée : les doubles emplois sont difficiles à éviter.
Les locaux des écoles communes sont vastes, aérés, bien pourvus d'appareils de gymnastique : grâce aux soins de M. Hodgins, on à pu s’en assurer à Philadelphie. Les écoles comprennent ordinairement quatre classes à la campagne, six dans les villes. Le programme des écoles urbaines s'élève à la hauteur de celui de nos écoles moyennes du degré inférieur : qu'en en juge plutôt. Première classe (classe élémentaire): lecture etécriture, épellation, étymologie, arithmétique, géographie, dessin, musique, leçons de choses. Deuxième classe : on commence la grammaire et la composition. En froisième, on aborde la chimie et la botanique ; en quatrième, l'histoire générale, la littérature, l'histoire naturelle et la physiologie ; en cinquième et en sixième, le gouvernement civil, la physique, l'algèbre, la géométrie, le mesurage et la tenue des livres. La marchandise répond-elle à l'enseigne ? Nous sommes portés à le croire, bien que les vicissitudes de la législation aient plus d’une fois détourné les études de leur cours régulier. Mais les juges les plus sévères constatent volontiers que le niveau des études générales tend malgré tout à s'élever de plus en plus, et d'autre part l'influence des écoles normales, des conférences d’instituteurs, ainsi que l'augmentation lente, mais continue, des traitements du personnel enseignant, n'ont pas été stériles ; les bienfaits de l'instruction, enfin, sont appréciés de tout le monde, dans un pays où les oisifs sont forcément rares. La prospérité de la province d'’Ontario est certainement due en grande partie au perfectionnement de ses institutions scolaires, d'où sortent chaque année des jeunes gens bien préparés pour réussir dans l'industrie et le commerce. Pour tout dire, cependant, ce résultat est favorisé par les richesses naturelles du pays, par la circulation des
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Capitaux anglais, par le développement rapide des institutions municipales. Tout semble conspirer à faire du Haut-Canada, dans un avenir prochain, l'une des plus vigoureuses colonies de l'Angleterre.
Bas-Canada. Nous franchirons maintenant la frontière de la province de Québec, et nous commencerons par rendre tout spécialement hommage au ministre éminent qui a voulu consacrer les premiers loisirs de sa retraite momentanée à dresser le tableau des progrès récemment accomplis dans son pays. M. Chauveau s'efface autant qu'il peut; mais il a beau être modeste : on reconnaît partout sa trace, et le mot célèbre du philosophe américain Emerson s'appique aussi justement à lui qu'au docteur Ryerson : « Une institutivn n’est le plus souvent que l'ombre allongée d’un homme supérieur, » Enfin, — puisque c’est son livre que nous analysons, — il nous est bien parmis, ce semble, de dire quelques mots de sa personne.
Pierre-Jacques-Olivier Chauveau appartient à une ancienne et respectable famille française, dont l'établissement à Charlesbourg, près Québec, remonte aux premiers temps de la colonie (1). Il est né dans la capitale même de la province, le 30 mai 1820. A neuf ans, on l'envoie au séminaire, où ses aptitudes littéraires sont bientôt remarquées.A seize ans, un élan de ferveur religieuse lui fait prendre le change sur sa vocation : il se croit destiné à la prêtrise et s'empresse de communiquer ses intentions au vénérable supérieur du séminaire, M. Demers (2). Celui-ci le trouve bien jeuneet n'hésite pas à lui dire : « Allez-vous-en dans le monde, petit ; on verra plus lard. » L'adolescent se livre alors avec passion à l'étude du droit, ce qui ne l'empêche pas de rimer à l’occasion et de rédiger, pour le Courrier des États-Unis, une correspondance politique. A vingt ans, il se marie ; à vingt-quatre il conquiert un siége à la Chambre des députés, où il s'enrôle tout d'abord sous le drapeau des patriotes : où le voit combattre à côté des Lafontaine et des Viger, et se laisser ensuite entraîner par les « philippiques emportées » de apineau, revenu de l'exil. Libéral et croyanttout ensemble, nature généreuse par excellence, avec cela chaleureux et brillant orateur, M, Chauveau est de ceux qui ne peuvent paraître en publie sans attirer sur eux tous
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(1) Nous puisons ces détails dans une biographie de M. Chauveau (par L.-0. David), publiée à Montréal en 1872, et dans lc n° du 22 septembre 1877 des Canadian iltustraded news.
(2) Bien connu comme auteur d'un manuel de philosophie (en latin) encore classique au Canada.
les regards, On reconnaît en lui un homme d'avenir ; sa popularité grandit de jour en jour. Dès 1851, il est élevé au poste de solliciteurgénéral dans l'administration Hicks-Morin ; en 1853, le porte-feuille de secrétaire provincial lui est confié. IL le conserve jusqu'en 4855, puis quitte le Parlement pour accepter la succession du docteur Meilleur, surintendant-générol de l'éducation, comme nous l'avons dit. Douze années s'écoulent, années d'activité fiévreuse mais féconde, années heureuses pour celui qui voit grandir son œuvre et qui se sent compris et soutenu par l'opinion publique. Mais on ne s'arrête pas en si beau chemin; M. Chauveau brûle de visiter l'Europe, ses vieilles et ses jeunes écoles : il se met en route au moment même où s'ouvre celle merveilleuse Exposition de Paris que celle de 1878 n'éclipsera peut-être pas (4). San voyage coïncide avec la transformation de l'union des deux Canadasen Confédération générale (1807); une haute mais périlleuse distinetion l'attend au retour. Il est appelé à inaugurer le nouveau régime dans la provinee de Québec, en qualité de premier ministre : l'instruction publique reste d'ailleurs dans ses attributions. Cinq ans plus tard, il rentre dans la vie parlementaire et occupe le fauteuil de président du Sénat. La politique a des déboires; d'autre part sa digne compagne et plusicurs de ses enfants lui sont enlevés coup sur coup: il redevient simple particulier en 4873 et, semblable au sage antique, cherche des consolations dans la culture des lettres, Cependant ses aneiens amis ne l'ont pas oublié ; ils viennent enfin de le décider à accepter les importantes fonctions de shérif de Montréal. M. Chauveau avait habité cette dernière ville pendant toute la période de sa surintendance ; la nouvelle de sa prochaine arrivée y a été accueillie avec joie par toute la population, sans distinction de nationalités ni de cultes,
Cette parenthèse ne nous éloigne pas de notre sujet autant qu'on
pourrait le croire; ne la fermons pas encore. M. Chauvyeau ne s’est
pas seulement distingué dans la presse politique, au Parlement ou à la tête des affaires : la jeune littérature franco-canadienne Jui doit quelques-uns de ses monuments les plus remarquables, eten prêchant d'exemple, nouveau Cadmus, il a fait surgir du sillon toute une
(1) Nous eùmes alors l'occasion, à Paris et à Liége, d'apprécier le mérite de M. Chauveau, de nous initier à ses plans et de nouer avec lui les liens d’une amitié solide. C’est sur notre conseil, pour le dire en passant, qu'il se rendit à Nivelles pour voir l'honorable directeur de l'Abeille et étudier de près l’organisation de l'Ecole normale. Inutile de dire qu'il revint enchanté de l'un et de l’autre.
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petite armée de publicistes, d'historiens et de poètes. Non content d'organiser les écoles et de discipliner les études, il a clairement saisi que les progrès de la civilisation, dans un pays tel que le sien, ne dépendent pas moins de l'élévation graduelle des habitudes d'esprit, que de l'accroissement de la prospérité matérielle et du perfectionnement des institutions. Par système autant que par goût personnel, il a poussé autant qu'il a pu à la production littéraire et scientilique, persuadé que l'éducation du peuple ne se fait pas tout entière dans les classes. L'excellent Journal de l'instruction publique, fondé sous ses auspices (1) et longtemps alimenté par son inépuisable bouteille d'encre, à été dès l'origine et reste encore, aux mains de son successeur, l'honorable M, Gédéon Ouimet, une revue des belleslettres en même ‘emps qu'un organe pédagogique. A la réforme des études s'est ainsi rattaché de près tout le mouvement intellectucl de la nation, et ce n'est pas là le caractère le moins saillant et le moins original de l’apvostolat de M. Chauveau.
Nous sortirions de notre cadre si nous songions à relever ici le mérite de son roman de nœurs Charles Guérin, le premier qui soit sorti d’une plume canadienne, œuvre composée con amore, écrite d'un jet avec toute l'exubérance de la jeunesse, fort applaudie en France dès son apparition et trop oubliée aujourd'hui, Nous ne feuillelterons pas non plus les périodiques de tout genre où il a prodigué, quelquefois émietté son {alent,ni le Répertoire national de M.Huston(2), pour y découvrir, éparses,de ch rmantes poésies plaines de grâce ou d'exallation patriotique ; il suffira enfin de mentionner les Légendes canadiennes en vers, dont la Æevxe de Montréal, publiée par M. l'abbé Verreau (3), nous apporte à peu près chaque mois un nouveau ehapitre. On pourrait «encore recueillir quelques brillants discours de M. Chauveau, notamment celui qu'il prononça le 48 juillet 1855, à la cérémonie d'inauguration du monument consacré aux braves qui tombérent dans la plaine d'Abraham, le 28 avril 1760 (4). Ce morceau d'éloquence a eu un long retentissement ; on le réimprime encore el les larmes viennent aux veux en le lisant. Sous d'autres rapports, le discours sur l'instruction publique prononcé à la Con-
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(1) En 1857, en même temps que le Journal of Education, qui n'ea est pas la traduction comme on serait porté à ie croire,
(2) Montréal, 18:18, 4 vol. in-8.
(4) Wolfe et Montcalm, un glorieux vainqueur et uv glorieux vaincu.
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vention canadienne, en 1874, n'est peut-être pas moins remarquable : la pensée de l’orateur, qui y proclame inséparables l'éducation morale, le culle du beau et la diffusion des lumières, ne s'est jamais plus nettement, plus noblement révélée, Ceci rien que pour mémoire; on se fera maintenant une pins juste idée du contraste des deux provinces. Dans l'Ontario, les tendances scientifiques et pratiques sont plutôt dominantes ; à Québec et à Montréal, sous linpulsion de M. Chauveau, les institutions scolaires, sans être arriérées à ce point de vue, ont fait une plus large part à l'élément sentimental et esthétique ; elles représentent plus directement le patriotisme de race, l'esprit conservateur ne craignant pas de s'appuyer sur les libertés constitutionnelles et,en revanche, l'émancipation des intelligences ne compromellant en rien le maintien des antiques vertus. Il est permis, après cela, de trouver les Bas-Canadiens, chez qui le clergé n’a jamais perdu son influence séculaire, naïfs, candides, moins énergiques peut-être qu'il ne convient à des populations désormais maîtresses de leurs destinées ; mais si leur littérature trahit incontestablement ces dispositions, le libéralisme de leurs institutions y apportera peu à peu un correctif, nous n’en saurions douter. Nous sommes en Europe dans une situation bien différente, menacés d’un divorce et tiraillés en (ous sens par des propagandes rivales : il n’en sera que plus instructif pour nous de nous enquéir de ce qui se passe au dehors, puisqu'en définitive c’est le même point d'interrogation qui se dresse de part et d'autre.
Au fait maintenant, En prenant possession de la surintendance (1855), M. Chauveau se fit tout d’abord un devoir de rendre justice aux efforts de son prédécesseur, mis en demeure d'appliquer une loi impopulaire et pourtant parvenu à surmonter les plus grosses difficultés. Mais il était grand temps d’en finir avec les expédients ; la lé-, gislation devait être modifiée; elle le fut dès 1856, principalement sur les bases indiquées parle nouveau fonctionnaire. Deux lois furent promulguées presque en même temps, l’une concernant l'instruction supérieure, l'autre l'instruction primaire. Il fallait commencer par en haut; nous avons vu pourquoi. Nous suivrons naturellement ici le même ordre.
Les institutions scolaires de tout genre se répartissent en cinq catégories : 1° les écoles supérieures ou universités; 2 les écoles secondaires; 3° les écoles normales ; 4° les écoles spéciales ; 5° les écoles primaires,
4° Le Bas-Canada possède trois universités: celle de Me Gill à Montréal (1827), protestante sans distinction de sectes; celle de
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Lennoxville, anglicano (1843); enfin l'université Laval, catholique romaine, fondée en 1852 par le séminaire de Québec, dont elle n'est point séparée. La dernière est la plus importante et la plus riche, sinon la plus peuplée(1) ; elle n'a jamais rien accepté de l'État, L'université Me Gill recoit une subvention annuelle assez minime ; mais le gouvernement lui est venu plus d’une fois en aide, soit pour lui permettre d'acquitter d'anciennes dettes, soit pour lui fournir des locaux dignes d'elle. Les revenus de ces établissements proviennent de legs en biens fonds et de diverses dotations, souscriptions, bourses d'études, ete.
Montréal est le siége d'un évêché catholique romain. Le chef du diocèse n'a pu voir sans déplaisir l'instruction supérieure offerte aux seuls protestants de son ressort : il s’est livré à d'actives démarches pour arriver à la création d'une université catholique ; mais son projet a rencontré de l'opposition à Québec, L'université Laval prétend que « l'élément catholique de la province ne saurait entretenir deux hautes écoles sur un pied convenable ». L'affaire a été portée à Rome, parce que s'il dépend de la Reine d'octroyer une charte à l'université projetée, l'indult du souverain Pontife est indispensable pour l'institution d'une faculté de théologie. La question en estdonc là : pour la gouverne de tout le monde, il est bon de rappeler que les deux cultes vivent en parfaite harmonie et que l’université de Québec est en excellente odeur au Vatican, bien qu'elle compte des protestants parmi ses professeurs de droit et de médecine.
Des détails sur le régime universitaire bas-canadien intéresseraient peu le lecteur. Deux ou trois remarques seulement, d'une certaine importance, L'université de Laval ne faisant qu’un avec le séminaire, le supérieur de ce dernier établissement en est de droit recteur, Le grand séminaire est le pourvoyeur de la faculté de théologie ; les autres facultés se recrutent parmi les élèves du petit séminaire. A l’université sont encore afliliés deux grands séminaires et cinq colléges. Ce système prévaut également à Me Gill : les annexes consistant en un lycée (high school), une école des sciences appliquées aux arts, une école normale (v. ci-après), des écoles-modèles, voire une salle d’asile. De part et d’autres les installations sont plus que con-
(1) 276 élèves en 1875; à la même époque, l’université Mc Gili, quoique ne possédant point de faculté de théologie, en comptait 462. Lennoxville n’a que trois facultés : théologie, 54 élèves ; droit, 88 ; médecine, de création toute récente (pas de données).
fortables : le bibliothèque de Québec est relativement considérable ; enfin il y a des fonds pour des concours, Dans ces derniers temps, on a institué des cours publics: nous avons sous les yeux, entr'autres, la première partie d'une importante série de leçons de M. l'abbé Fierland sur l'Æistoire du Canada, Le rayonnement de l'université Laval s'étend de jour en jour, et le pays en ressent l'influence. L'enscignement des sciences est partout en progrès ; la physique, la botanique, la géologie, p. ex., sont cultivées avec succès ; n'oublions pas l'ethnologie américaine, qui attire aujourd'hui plus que jamais l’attention des savants d'Europe, à preuve les congrès de Nancy et de Luxembourg (1).
3° Les droles secondaires consistent : a) en 14 colléges classiques catholiques (235 professeurs, 2,995 élèves) et 6 colléges protestants (32 professeurs, 825 élèves). Les premiers sont pour la plupart des petits séminaires ; à l'exception de ceux de Québee et de Montréal, ils sont subventionnés par l'État ; b) en 45 colléges industriels catholiques (149 professeurs, 2164 élèves) et 4 protestant ( 4 professeurs, 159 élèves), tous subsidiés ; €) en académies, établies principalement dans l'Est, pour suppléer à l'absence des colléges classiques. On y acquiert en tous cas une certaine connaissance du grec et du latin ; elles tienpent du progymnase allemand et de l'école moyenne belge. Les filles soul reçues dans quelques-unes. On compte 31 académies catholiques de garcons ou mixtes, (106 professeurs, 4,074 élèves, dont 230 filles seulement) et 29 académies protestantes id. (39 professeurs ou institutrices, 2,175 élèves, dont 998 filles). Les écoles secondaires (académies) de filles sont au nombre de 71 (644 institutrices, 13,162 élèves). Toutes sont catholiques (2).
30 Il ya trois écoles normales confessionnelles: deux à Montréal (Me Gill et Jacques Cartier), une à Québec (Laval). L'école Me Gill, annexée à l'université du même non, pourvoit aux besoins de la population protestante; les élèves des deux sexes y reçoivent l'instruction en commun ; tous sont externes. Les deux autres ont des pensionnals; pour les garçons seulement à Jacques Cartier ; pour les deux sexes à Laval. L'université de Québec a refusé de prendre celte dernière école sous son contrôle; le clergé catholique a subordonné son concours à la séparation absolue des sexes et à la création d'internats.
(1) La 5+ session du congrès des Américanistes doit s'ouvrir à Bruxelles en
(2) Ce sont en grande majorité des rensionnats, dirigés par Ces congrégations religieuses.
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Nous donncrons ici le programme de l'école Laval, qui peut servir de type. Le cours d'études embrasse trois années pour les élèves instituteurs, deux seulement pour les institutrices, A leur sortie, les uns et les aulres reçoivent des diplômes qui les déclarent aptes à l'enseignement soit dans les académies, soit dans les écoles modèles ou dans les écoles élémentaires,
A. INSTITUTEURS. Première année d'études, Instruction religieuse, enseiguement théorique et pratique, dictée française, analyse grammaticale, histoire sainte, histoire du Canada, calcul mental, arithmétique, tenue des livres, géographie, physique, agriculture, calligraphie, lecture à haute voix.
Deuxième année, Instruction religieuse, enseignement théorique et pratique, dictée française, analyse grammaticale, aralyse logique, littérature, mythologie, géographie, histoire du Canada, id, deFrance, id, d'Angleterre, calcul mental, arithmétique, tenue des livres, algèbre, géométrie, astronomie, physique, chimie, calligraphie, lecture à haute voix.
Troisième année, Instruction religieuse, logique, grammaire fatine, versions latines, analyse latine, algèbre, trigonométrie, dictée française, liléralure, histoire générale, enseignement théorique et pratique, lecture à haute voix.
Tous les élèves réunis. Lecture anglaise, grammaire anglaise, dictée anglaise, analyse grammaticale anglaise, traduction du français en anglais,, id, de l'anglais en français, solfége, piano et orgue, exercices militaires ; quelques leçons sur l'histoire naturelle et sur les usages de la bonne compagnie (sic).
B. INSTITUTRICES, Première année. Instruction religieuse, histoire sainte, enseignement théorique et pratique, dictée français:, analyse grammalicale, littérature, histoire du Canada, caleul mental, arithmétique, tenue des livres, géographie, calligraphie, lecture à haute voix, agriculture.
Deuxième année. Instruction religieuse. histoire de l'Eglise, enseignement théorique et pratique, dictée {'ançaise, analyse grammaticale, analyse logique, littérature, histoire du Canada, id. de France, id, d'Angleterre, arithmétique, tenue des livres, toisé, algèbre, géographie et usage des globes, agriculture, calligraphie, lecture à haute voix.
Toutes les élèves réunies. Grammaire anglaise, analyse anglaise, dictée anglaise, lecture anglaise, traduction, solfége, piano et orgue, dessin, couture, tricot, fleurs, etc.
Ce programme, à parler franchement, nous paraît réclamer des
améliorations. Le principal de l'école a été le premier à y signaler une lacune ; les filles seules apprennent le dessin! Et pourquoi suiventelles pendant deux ans un cours d'agriculture, et les garçons un an seulement ? Pourquoi étudient-elles l'histoire ecciésiastique et pourquoi les garçons ue l'étudient-ils pas? Enfin, des uvux côtés, la liste des cours est bien longue, Ou l'enseignement doit être fort élémentaire, pour ne pas dire superficiel, ou il faut que la tempérament intellectuel des jeunes Canadiens soit singulièrement robuste (14), On s'enquiert avec zèle, il est vrai, des meilleures méthodes, et les derniers manuels classiques adoptés sont en général recommandables; de plus, les inspecteurs veillent avec soin à ce que les instituteurs diplômés, une fois dans la carrière, s'acquittent de leur tâche avec discernement ; les rapports officiels font foi des résultats obtenus, de résultats qu'on n'obtiendrait certes pas si les maîtres étaient trop insuflisammenspréparés.il est vrai aussi que l'on compte sur leurzèle à poursuivre leurs études par eux-mêmes, après leur sortie d'école, et quebeaucoupn'y manquent pas.Mais le fait estqu'il est impossible que les débutants aient autre chose que des clartés de tout, selon l'expression de Molière, Ne nous hâtons point (le juger : cette préparation encyclopédique, si peu sérieuse qu'on aitle droit de la supposer, peut être absolument nécessaire dans des contrées où la population est si dispersée et forcément si peu éclairée. Dans les districts ruraux de l’intérieur, l'instituteur doit être tout pourainsi dire, avoir réponse à tout, passer, comme le curé, pour un oracle. C'est assez qu'il arrive avec quelque prestige : le Journal de l'instruction publique viendra le trouver dans sa solitude, développera pour lui l’enseignement ébauché de l'école normale et maintiendra son crédit, s'il a bonne volonté.
Puis, il se trouvera bien quelque bibliothèque dans son voisinage; insensiblement il s’instruira et se perfectionnera, répandra le goût du savoir autour de lui et finira par mériter, au fond de son obseurité, le titre glorieux àe pionnier de la civilisation.
Malheureusement, nous l'avons déjà fait entendre, beaucoup se découragent ou rêvent une existence moins ingrate. Une des raisons qui font qu'on tient aux religieux et aux religieuses, c'est qu'une fois dans l’enseignement, ils y restent ; les instituteurs laïques, au contraire, ne sont que trop portés à guelter la première occasion de quitter l'école. Leur rétribution est minime, à la vérité, et beaucoup de
(4) C'est l'opinion du Dr Larue, qui ne sait assez insister sur les progrès rapides des élèves de l’école Laval (Journal de l'instruction publique).
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municipalités sont pauvres, La sollicitude du gouvernement doit ètre dirigée sur ce point, si l'on veut que les écoles normales se recrutent convenablement et portent tous leurs fruits.
Le personnel de ces écoles est, d'ailleurs, fort bien composé, et elles ont à leur tête des hommes distingués dans les sciences ou dans les lettres : M. Hicks, à Me Gill, M. l'abbé Lagacé, à Laval, M. l'abbé Verreau, à Jacques Cartier, et son assistant, M. l'abbé Godin, spécialement chargé de l'enseignement agricole. En 1873-1874, lestrois écoles comptaient ensemble 43 professeurs et 254 élèves (6 élèves-instituteurs seulement et 406 instilutrices à Me Gill,43 instituteurs à Jacques Cartier, 43 à Laval et 56 institutrices), Les écoles-modèlcs annexes étaient fréquentées à la même époque, par 869 élèves, dont 484 garcons el 385 filles. À Laval, l'enseignement des filles est confié aux Ursulines. L'enseignement est partout gratuit; les internes peuvent obtenir au concours des demi-bourses, ce qui réduit presque à rien leurs dépenses d'entretien. En revanche, ils doivent s'engager, sous peine de restitution et d'amende, à enseigner pendant {rois ans dans une école établie ou subventionnée par l'Etat.
Organisées sous l'administration de M. Chauveau, les écoles normales ont atteint, en peu d'années, une prospérité et un crédit dont le pays tout entier commence à ressentir la bienfaisante influence, L'honorable M. Ouimet n'est pas moins pénétré de leur utilité que son prédécesseur ; lui aussi comprend qu'il faut saisir par les cornes le taureau de l'ignorance, c'est-à-dire que si l'on veut lormer des élèves, il importe avant tout de former des maîtres. Le publie cest sympathique à cette impulsion ; chaque rapport annuel eu fournit de nouvelles preuves.
4° Les écoles spéciales sont : a) Les écoles des sciences appliquées aux arts, l'une, en rapport avec l'université Me Gill (voir ci-dessus) l'autre, fondée par M. Ouimet, destinée aux catholiques de Montréal ; b) trois écoles industrielles (avec section des mines), placées sous le patronage de la Chambre des arts et manufsctures ; ec) deux écoles agricoles régionales, sous la direction de la Chambre d'agriculture ; d) l'institut des sourds-muets (eleres de S. Viateur) ; id. des sourdesmuettes (sœurs de ia Providence à Montréal) ; des aveugles (sœurs de la charité, ibid.) ; e) les écoles de réforme (avec ateliers), notamment la grande prison-école de Montréal, confiée aux soins des frères de la Charité, dont la maison-mère est en Belgique(à Gand), Mentionnons enfin plusieurs salles d'asile (sœurs de la Charité).
D° Enseignement primaire. On distingue des écoles de deux classes : écoles-modèles (primaires supérieures), écoles élémentaires. Les pre-
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mières sont au nombre de 443 (835 instituteurs cl institutrices ; 28,588 élèves); les secondes (y compris les écoles indépendantes, très-rares, du reste en dehors des villes), au nombre de 3,630, avec 455,916 élèves (1). Les écoles-modèles sont dirigées, soit par des religieux ou des religieuses jouissant de la dispense du diplôme, soit par des maitres diplômés, la plupart anciens élèves des écoles normales. Nous avons été quelque peu surpris en voyant figurer au programme de plusieurs d'entre elles des cours d’un ordre supérieur, de grec et de latin, par exemple, voire de philosophie et de calcul différentiel! Ces cours, à la vérité, sont facultatifs ; mais enfin, des nécessilés locales peuvent seules en justifier l'existence. Quant aux écoles élémentaires, elles se renferment en général dans les limites que leur assigne leur nature ; on enseigne dans toutes la grammaire française; dans un assez bon nombre, la grammaire anglaise, partout l'arithmétique, l'histoire et la géographie; çà el là, la tenue des livres. Rien de plus instructif, pour permettre de mesurer les progrès accomplis, que les rapports des inspecteurs, régulièrement publiés à la suit: du rapport général annuel du ministre (aujourd'hui du surintendant). Nous avons en Belgique des rapports triennaux, rédigés avec grand soin et susceptibles de rendre les mêmes services; mais par le fait de leur lente périodicité, ils n’enregistrent guère que des faits déjà surannés, et c’est dommage. De plus, où n’y trouve pas, comme au Canada, des renseignements circonstanciés sur la marche de chaque école, ce qui a pour effet, en Amérique, de tenir singulièrement les instituteurs en haleine, Il ya là chez nous, ce semble, un desideratum à combler, Rappelons au lecteur que des vbservations avalogues ont déjà été émises par M, Em. de Laveleye, L'organisation administrative n’a pas moins préoccupé M. Chauveau que la réforme même de leastruction. La plupart des mesures proposées dans son programme inaugural ont été, nous l'avons dit, sanctionnées par la législature; il en est cependant de très-importantes qu'on n'a pas encore voulu ou pu adopter : telle est la fixation d'un minimum de salaire pour les instituteurs, telie est la recommandation de ne choisircomm: commissaires d'écoles que des personnes sachant au moins lire et écrire, H paraît, du reste,qu’en fait la situation s’est de beaucoup améliorée par rapport à ces deux points. L'ensemble du système est surlout caractérisé : 4° par l'esprit de tolérance qui préside
(1) Le rapport de 1874, qui nous arrive à l'instant, compte 4,115 écoles, avec 4,961 maîtres et 199,762 élèves,
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à la répartition des subventions scolaires et aux garanties assurées à a population protestante ; 2 par la centralisation de l'autorité, concihée avec le respect dela liberté intérieure si nécessaire à des écoles confessionnelles. Onen cest venu là en délimitant strictement les obligations desinspecteurs (1)eten étendantsuffisamment les attributions des syndics locaux. Ceux-ci sont élus par les contribuables, sauf au gouvernement à en nommer d'office dans les communes récalcitrantes, ce qui n'arrive plus aussi fréquemment qu'autrefois ; on s’est peu à peu habitué aux contributions scolaires, dues aujourd'hui pour tous les enfants, qu'ils fréquentent l'école ou non, Par parenthèse, sans être proclamée obligatoire, l'instruction est ainsi offerte à tous, ct c’est un droit dont les parents comprennent chaque jour mieux le prix.
L'élévation?du surintendant au rang de ministre a étendu la juridiction de ce haut fonctionnaire sur toutes les institutions qui tiennent à l'ordre intellectuel : musées, bibliothèques, associations littéraires ou scientifiques, ete. Les avantages de cette concentration ne paraissent pas douteux, à preuve les actes de MM. Chauveau et Ouimet, si nous voulions les récapituler. Cependant, une nouvelle loi (4875) vient de supprimer le ministère de l'instruction publique et de rétablir la charge de surintendant (2), si bien que la haute direction appartient actuellement à un conseil supérieur comprenant deux sections, l’une catholique, l’autre protestante (3). Ce régime est trop nouveau pour qu'il soit encore possible d’en apprécier la valeur et l'opportunité.
Nous nous abstiendrons de réflexions finales : le lecteur les fera pour nous. Il n’y a rien d’exagéré à dire que le Bas-Canada, si l'on se reporte à un quart de siècle seulement, a marché dans la voie du progrès aussi rapidement qu'aucun pays du monde (4). Et ce qui est mieux encore, c’est que le progrès général, et de plus en plus accéléré, n’a modifié en rien les habitudes paisibles des Canadiens, simples
(1) Les membres du clergé, les juges, les députés au Parlement, ete., sont d'office visiteurs des écoles ; mais on a bientôt compris qu'à côté de ces instructions honoraires, il fallait composer un corps de fonctionnaires rétribués, Les inspecteurs proprement dits sont choisis principalement parmi les anciens instituteurs.
(2) M. Ouimet a repris ses fonctions à ce titre en février 1876.
(3) Dans la Nouvelle-Ecosse, le surintendant n'est que le secrétaire du conseil.
(4) Voir dans le livre de M. Chauveau, p. 311 et suivantes, le chapitre consacré au mouvement Uttéraire-et intellectuel.