AVANT-PROPOS
La plus grande partie de ce livre a déjà été publiée en allemand.
Comme cela n’est pas dans le cours ordinaire des choses, et ne va pas de soi-mêmo, je dois à mes lecteurs quelques mots d'explication.
Je m'empresse de déclarer que je ne suis pas coupable d’avoir écrit quoique ce soit dans la langue du Prince Von Bismarck, et cela pour deux excellentes raisons: la première, c'est que jo suis trop attaché à ma langue maternelle d'abord, puisà la langue de nos
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co-sujets anglais, pour faire à l’une et à l'autre une telle infidélité ; la seconde, qui n’est pas la moins bonne, c’est que je ne sais pas l’allemand.
Plus d’une fois, comme tant d’autres voyageurs naïfs, j'ai.cru pouvoir risquer quelques bouts de phrases dans cet idiôme, mais les nombreux ich nicht verstehe et les bons rires germaniques, qui ont accueilli ces tentatives, m'ont guéri de pareille fantaisie.
Je n'oublierai pas surtout ce qui m'est arrivé à la porte de l'ambassade d'Angleterre, à Berlin: je m’exprimai d’abord en anglais, ce fut de la part du concierge: ich nicht verstehe ; j'essayai mon allemand, ce fut encore bien plus ich nicht verstehe.-‘ Monsieur parle peut-être français?” — ‘“ Maïs oui, c’est ma langue maternelle.”’—{ Oh ! alors, nous pourrons nous entendre.” Et voilà comment, à défaut d'allemand, il faut savoir le français pour parvenir jusqu’à Son Excellence l'ambassadeur d'Angleterre à Berlin !
Il y a précisément, aujourd’hui, dix ans que, débarqué de la veille à Queenstown, je fétais la Sainte-Oatherine à Black-Rock, chez le digne évêque de Cork, Mgr. Delaney. Après avoir parcouru l'Irlande, l’Ecosse, l'Angleterre, la France, l'Italie, la Belgique et une partie de l'Allemagne, je me trouvais vers le milieu d'avril, 1867, à Stuttgart, jolie ville située dans une
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délicieuse vallée, et tellement encaissée dans des côteaux chargés de vignoblos que l’on prétend qu'à l’époque des vendanges ses habitants courent le risque do péri inoñdés et submergvs par le jus de la treille,
Jo me présontai, en arrivant, chez le Dr. K. A. Schmid, bien connu en Europe de tous ceux qui s’occupent d'Instruction publique. J'avais pour lui une lettre de M. Alphonse LeRoy, professeur à l’Université de Liége, ot ami dévoué du Canada et des Cana-, diens, J'étais, du reste, depuis assez longtemps en correspondance avec le savant docteur. Je reçus de lui le plus cordial accueil; il me fit voir le gymnasim (ce que nous appelons ici collége) dont il est le rocteur, le éurnhall (ce que nous appelons gymnase) et les autres institutions de cette ville de cinquante mille âmes, qui possède, entr’autres choses remarquables, une bibliothèque de 300,000 volumes, parmi lesquels se trouve une collection de 12,000 bibles dans toutes les langues imaginables.
Après nos courses dans la ville, je passai une soirée charmante avec mon nouvel ami. Nous causâmes du Canada, de l’Allemagne, de l'Angleterre, de la France, de la Belgique, des progrès de l’Instruction publique dans tous ces pays. Je lui parlai de mes projets, de ma famille, plus nombreuse, hélas ! qu’elle n’est aujourd’hui; lui me conta ses travaux, ses entreprises
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littéraires; il me parla avec attendrissement de ses fils, militaires ou professeurs, dans des pays étrangers ; il me fit part enfin de son œuvre dé prédilection, de sa grande Encyclopédie de l'Instruction publique.
y ’appris avec regret que les rapports que je lui avais envoyés avaient été reçus trop tard et que notre pays, comme cela lui arrive souvent, brillait dans l'Encyclopédie. . .. par son absence. Alors, il me fit promettre d'écrire l'article Canada, pour la prochaine édition qui paraîtrait probablement, dit-il, en souriant, dans une di raine d’années. Je fis cotte promesse imprudente, beauéoup par patriotisme, un peu, peutêtre aussi, à cause de la date éloignée de son échéance.
Dix ans, c’est la fin du monde; on ne croit jamais que cela viendra !
De retour au pays, j'entretins avec le Dr. Schmid une de ces agréables correspondances, qui sont un des profits les plus clairs que l’on tire d’un long voyage, ot qui le continuent, pour bien dire, en ravivant les meilleurs souvenirs qu’il nous a laissés.
De temps en temps, mon correspondant me parlait bien de la seconde édition de l'Encyclopédie, et faisait discrètement allusion à ma promesse ; mais lorsque je contemplais les gros volumes de la première édition, rangés sur les rayons de la bibliothèque du ministère de l’Instruction {publique, lorsque je songeais à tout ce .
Re A DAIS EREEEn
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qu’un pareil ouvrage doit coûter pécuniairement ot mentalement, au peu de vogue qui s'attache à cotto aride spécialité, je mo rassurais et j'ajoutais tout bas: au pis-aller, ce ne sera toujours que dans sept ans...
dans cinq ans... dans quatre ans...
Je comptais sans les goûts sérieux des populations germaniques, sans l'esprit méthodique et, pour bien dire, encyclopédique de cette race, sans la patience et l'activité de mon ami de Stuttgart; enfin, sans la merveilleuse et sournaise rapidité du temps.
Si bien qu'un jour, vors la fin de mars 1874, je fus, à ma grando surprise, sominé de tenir ma parole: on me disait, en mêmo temps, que le mot Canada venant présque des premiers dans l’ordre alphabétique, on ne poyrrait me donner que jusqu'au commencement de décembre.
Indérendamment de l'obligation de remplir ma promesse, 'éprouvais an grand désir de faire ce travail. L'Encyclopédie de Instruction Publique, recueit de dix volumes grand in-8°, est unique en son genre; elle a pour collaborateurs les principaux écrivains de l’Europe et de l'Amérique, dans cette spécialité ; elle a sa place dans toutes les grandes bibliothèques ; ses articles sont cités ot reproduits dans les revues et les ouvrages pédagogiques. Reculer devant cette tâche
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c'était manquer une excellente occasion de publicité pour notre pays qui, à côté de l'immense réclame que se font continuellement nos voisins des Etats-Unis, a tant besoin de se faire connaître. (1)
D'un autre côté, cependant, je n'étais plus ministre, et si je ne pouvais pas prétexter mes occupations, j'étais privé de l’aide et de l'avantage que m'aurait donnés cette position. Heureusement que l’un des officiers les plus laborieux, et les plus habiles de mon ancien département, M. Léopold Devismes, a bien voulu se souvenir de nos bons rapports, et s’est offert À vérifier les nombreux calculs de ce travail, et à copier mon manuscrit qui, à Québec, aurait bien pu passer pour do l'allemand, mais qui, à Stuttgart, n’ea eût été que plus difficile à traduire.
Après avoir obtenu plusieurs sursis, je pus expédier la fin de l'ouvrage dans le dernier délai accordé. Mais, autre difficulté. Parvenn à Stuttgart, l’article so trouva trop long de bien des pages, et l’on hésitait à
(1) L'FEacyclopédie d'instruction et d'éducation générale, Encyclopädie des gesamméen Erzichugpgs undUnterrichtswesens, est publiée par le Dr. Schmid, avec la collaboration des Drs. Von Palmer et Wildermuth, et d'un grand nombre d’autres professeurs et savants. Le Dr. Schmid en prépare en ce moment un abrégé plus spécialement destiné aux écoles et aux instituteurs;
et qui aura pour titre, Manuel pélagogique. Les deux ouvrages sont édités à Gotha, par M. Besser,
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donner au Canada de telles proportions. Je m'’obstinai, cependant, et ne voulus pas en rabattre une ligne.
Le Dr. Schmid plaida si bien notre cause auprès de son éditeur, M. Besser, qu’au printemps de cette année, j'ai eu la douce satisfaction, sinon de lire, au moins de contempler soixante-sept pages de l'Encyclopédie, sous la rubrique ‘Canada, ”” et un savant professeur de l’Université Laval, qui les a comparées avec le texte, m'assure que le traducteur, M. Veesenmeyer, a été on ne peut plus fidèle. L’éditour, dans une note très-obligeante, s'excuse d’avoir donné à la confédération canadienne plus d'espace qu’à des états plus anciens, ot il veut bien offrir pour raisons le mérite du travail et le magnifique avenir
réservé, dit-il, à ce pays trop peu connu.
Comme on a pu le voir, l’article de l'Encyclopédie a été écrit à la fin de 1874, et au commencement de 1875 ; il était donc basé sur les rapports officiels de 1872-1873. Depuis ce temps, il s’est fait, dans chaans province, sans exception, une législation importante sur l’Instruction publique; pour en rendre compte, et pour amener la partie statistique aussi près de nous que possible, c’est-à-dire, à l’année 1874-1815, j'ai ajouté à chaque chapitre un supplément daté de
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1876. (1) Afin de compléter cette étude, j'ai aussi écrit deux nouveaux chapitres, intitulés: ‘“C+1p d'œil général et récapitulation, ” et “ Mouve:::t littéraire et intellectuel.” Enfin, l’on m'a eng: ,6 à reproduire, à la suite, le discours que j'ai prononcé à la Convention des Canadiens-Français, tenue à Montréal, le 24 juin
Telle est l’histoire de ce livre, et telles sont les circonstances qui, selon moi, lui donnent quelques droits à la bienveillance et à l’indulgence du public canadien. :
Québec, 25 novembre 1876.
(1) Comme il est impossible qu’il n'échappe pas un certain nombre d'erreurs dans un travail de ce genre, soit à l’auteur, soit à l’imprimeur, ceux qui désireraient faire une étude particulière du sujet voudront bien jeter un coup d'œil sur les Notes et errata qui se trouvent à la fin du volume.
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