CANADA
La confédération canadienne se compose de sept provinces et du territoire du nord-ouest assez vaste pour en former, dans un avenir plus ou moins rapproché, un assez grand nombre d’autres. Suivant toute apparence, l’île de Terreneuve s’annexera prochainement et sera la huitième province. Les sept autres sont, en commençant à l'est: la Nouvelle- Ecosse, le Mouveau-Brunswick, l’îil: du Prince Edouard, Québec, Ontario, Manitoba et la Colombie anglaise, La plus populeuse et la plus riche est la province d’Ontario ; vient ensuite £2lle de Québec, où
se trouvent la cité la plus considérable de la confédération, Montréal (107,000 âmes) et Québec, ville fortifiée, la plus ancienne, la plus célèbre et la plus pittoresque de l'Amérique Septentrionale.
Les provinces d'Ontario, de Québec, de la Nouvelle- Ecosse et du Nouveau-Brunswick comprennent le territoire qui s'étend au nord des grands lacs, de chaque côté du fleuve et du golfe Saint-Laurent, et sur le littoral de l’océan Atlantique. Elles formèrent originairement la confédération canadienne et furent réunies, sous le nom de « Dominion oï Canada,» le premier juillet 1867. Le statut impérial, portant cette réunion, donnait aussi pouvoir d’annexer toutes les autres possessions britanniques de l'Amérique du Nord. A l’exception de la grande île de Terreneuve, l'Union, comme nous l'avons dit, est maintenant complète, et la confédération s'étend d’un océan à l’autre, et des limites des Etats-Unis à la Mer Glaciale, moins toutefois le territoire d’Alaska, sur l'Océan Pacifique, cédé par la Russie à Ja grande République.
L'étendue des quatre anciennes provinces est de 350,188 milles équivalant à 906,612 kilomètres carrés en superficie, et la population totale, suivant le recensement de 1870-71, en serait de 3,495,761 âmes. Sous le rapport des cultes, il y a 1,492,049 catholiques romains, et 494,049 anglicans ; le reste appartient aux diverses communions protestantes, les presbytériens et les méthodistes étant les plus nom-
breux. Sous le rapport des nationalités, 1,082,940 sont originaires de France, 846,114 d'Irlande, 715,000 d'Angleterre et du Pays de Galles, 549,946 d'Ecosse et 202,991 d'Allemagne. Les Allemands se trouvent presque tous dans la province d'Ontario, qui en renferme 158,603 ; la province de Québec n’en compte que 31,942.
L'étendue de tout le territoire qui forme la confédération est de 3,346,636 milles carrés, presque autant que celle de l'Europe (3,900,000), et plus que celle des Etats-Unis, si l’on retranche de cette dernière le territoire d'Alaska (2,933,568).
La population des nouvelles provinces et du territoire du Nord-Ouest est estimée à 120,000 âmes. Celle de l'île de Terreneuve est de 146,536 âmes, de sorte qu'avant longtemps le chiffre de la population du Canada sera d'environ 4 millions.
La constitution, qui régit ce vaste empire colonial, attribue au parlement fédéral, dont le siége est à Ottawa, tout ce qui est d’une nature générale ou extérieure, et confie à des législatures locales, dans chaque province, tout ce qui se rattache aux intérêts purement locaux, aux institutions municipales et particulièrement, à l'instruction publique.
Dans presque toutes les provinces, l'instruction publique avait été, avant la confédération, l'objet d’une législation spéciale, et les questions qui ont déjà si vivement agité l’Europe et les Etats-Unis
4 IN‘‘RODUCTION.
d'Amérique, au point de vue de la distinction des croyances religieuses dans l'éducation de l'enfance et dans l'instruction de la jeunesse, y avaient été discutées, surtout dans les provinces d'Ontario et de Québec.
Les minorités religieuses de ces deux provinces particulièrement, c’est-à-dire, la minorité catholique d’Ontario et la minorité protestante de Québec, insistèrent, dès qu'il fut question de l’Union fédérale, pour obtenir des conditions qui les rendissent indépendantes des majorités, Les dispositions suivantes de l’acte de l'Amérique Britannique du Nord furent le résultat de cette mutuelle défiance :
«Dans chaque province la législature pourra exclu- « sivement décréter des lois relatives à l'éducation, « sujettes et conformes aux dispositions suivantes :
« 1° Rien dans ces lois ne devra préjudicier à «aucun droit ou privilége conféré, lors de l'union, «par la loi, à aucune classe particulière de per- «sonnes dans la province, relativement aux écoles « séparées (confessionelles).
« 2° Tous les pouvoirs, privilèges et devoirs con- « férés et imposés par la loi dans le Haut-Canada, « lors de l'union, aux écoles séparées et aux syndics « d'écoles, des sujets catholiques romains de Sa « Majesté, seront et sont par le présent étendus aux « écoles dissidentes des sujets protestants et catho- «liques romains de la Reine dans la province de « Québec.
« 3° Dans toute province où un système d'écoles « séparces ou dissidentes existera par la loi, lors de « l'union, ou sera subséquemment établi par la légis- « lature de la province, il pourra être interjeté appel «au Gouverneur en conseil de tout acte ou déci- « sion d'aucune auturité provinciale, affectant aucun « des droits ou priviléges de la minorité protestante «ou catholique romaine des sujets de Sa Majesté, « relativement à l'éducation.
« 4° Dans le cas où il ne serait pas décrété telle loi « provinciale que, de temps à autre, le gouverneur- « général en conseil jugera nécessaire pour .donner « suite et exéculion aux dispositions de la présente « seclion, ou dans le cas où quelque décision du gou- « verneur-général en conseil, sur appel interjeté en « vertu de cette section, ne serait pas mise à exécu- « tion par l'autorité compétente, alors et en tout tel «cas, elen tant seulement que les circonstances de «chaque cas l’exigeront, le parlement du Canada « pourra décréter des lois propres à y remédier pour «donner suite et exéculion aux dispositions de la « présente section, ainsi qu’à toute décision rendue « par le gouverneur-général en conseil, sous l'auto- « rité de cette même section. » |
La législature de la province de Québec a accordé aux minorités dissidentes des priviléges même plus grands que ceux dont jouissent les minorités dissidentes de la province d'Ontario ; mais, au Nouveau- Brunswick, on a fait une législation opposée à tout
enseignement religieux dans les écoles. Les populations catholiques de cette province en ont appelé au gouvernement et au parlement fédéral, et la question constitutionnelle, qui avait été soulevée, ayant été renvoyée aux autorités fédérales, celles-ci l'ont décidée en faveur de la loi. Quoi qu'il en scit, la question a été vivement débattue, non-seulement dans la province du Nouveau-Brunswick, mais encore dans toutes les autres parties de la confédération.
Nous avons jugé nécessaire de donner ces rensei- . gnements généraux sur la confédération canadienne avant d'entrer dans l'examen du système d'éducation suivi dans chaque province.
Le Haut-Canada, qui porte aujourd'hui le nom de province d'Ontario, s’est peuplé surtout par des émigrés des Iles Britanniques, parmi lesquels figuraient dans le principe un grand nombre d'officiers à demi-solde, tant de l’armée que de la marine, et de soldats pourvus de petites pensions du gouvernement, auxquels on distribua des terres. Les colons arrivaient de la mère-patrie, presque tous instruits, et, lorsque plus tard, l'émigration se recruta dans les classes du commerce et de l’industrie, principalement en Ecosse où fonctionnait déjà un excellent système d'écoles paroissiales, il se trouva que les nouvelles familles apportèrent avec elles non-seulement une instruction pratique et solide, mais encore le désir d'instruire leurs enfants et la volonté de s'imposer pour cel objet les plus grands sacritices.
Dès l’année, 1807, la loi établissait dans chacun des huit districts qui constituaient la province, une école dite de grammaire, où s’enseignaient les classiques et les mathématiques. Ces écoles étaient dotées chacune d’un revenu annuel de $400. Antérieurement même à celte époque, on avait pourvu à la création d’une université. En 1816, la législature du Haut-Canada passa la première loi sur l’instruction primaire et vota $24,000 par année pour cet ohjet. Ce n’est cependant qu'après l'union législative d'1 Haut et du Bas-Canada que se fonda et se . développa le système actuel ; mais les voies lui avaient été bien préparées.
En 1844, le D' Ryerson, qui était encore tout dernièrement à la tête du département de l’instruction publique de cette province, fut nommé surintendant de l'éducation, Après avoir visité, comme mesure préliminaire, l’Europe et les Etats-Unis, pour y faire l'étude des divers systèmes adoptés, il publia un rapport intitulé: «Projet d’un système d'instruction publique élémentaire pour le Haut- Canada. »
Ce système, à l'instar de celui du Massachussets, mettait les écoles, en partie, sous le contrôle des municipalités rurales. Celles-ci ont charge de prélever et percevoir les contributions locales, lesquelles doivent au moins égaler la somme allouée à chaque localité par le gouvernement. Chaque district sco-
laire, c'est-à-dire, la circonscription de chaque école élit des syndics. Mes inspecteurs, désignés par l'autorité municipale et payés par elle, surveillent les écoles et adressent fréquemment au surinténdant de l'éducation des rapports que celui-ci publie en entier ou en partie, à la suite de son rapport annuel.
La loi, en ce qui concerne les écoles dissidentes ou séparées, est à peu près la même que dans la province de Québec. Nous en analyserons plus loin les dispositions.
Ce n’est que graduellement que les catholiques romains d'Ontario ont pu obtenir les libertés dont ils jouissent aujourd'hui, et qui ne sont pas encore aussi complètes que celles dont jouissent les protestants de la province de Québec. Ainsi, dans cette dernière province, il y a deux sections du conseil de l'instruction publique, l’une catholique et l'autre protestante, qui peuvent fonctionner séparément ou réunies ; il y a une école normale distincte pour les protestants et, dans les districts dont la population est mixte, il y a généralement un inspecteur d'égples pour les cathuliques et un autre pour les protestants, de même qu’on y trouve des commissions d'examen séparées pour l’admissiun à l'enseignement.
Ji se publie à Toronto, sous la direction immédiate du surintendant de l'instruction publique, un journal pédagogique mensuel dont le titre est «The Upper Canada Journal of Education.» Cette feuille,
dont le prix d'abonnement est très-modique, est adressée gratuitement aux syndics des écoles et aux différents fonctionnaires chargés de l'exécution des lois scolaires.
Dans le principe, cette revue avait pour rédacteur M. Ryerson lui-même. , Depuis un assez grand nombre d'années, elle est ‘sous la direction du députésurintendant, M. Hodgins, auteur de plusieurs livres d'enséidnedital sur l'histoire et la géographie. On a généralement évité dans ce journal toute polémique d’un caractère irritant, et c'est au moyen de cireu- . laires, de rapports, d’articles insérés sous sa signature dans les journaux politiques, de brochures et de conférences, que le D' Ryerson a repoussé les attaques portées contre le système d'éducation du Haut- Canada, qu'il a dû PAP ané modifier à diverses reprises.
Ce système tinnd aujourd'hui :
1° Le département de l'instruction publique qui se compose, 1° du bureau de l'éducation présidé par le suri@endant, 2° du conseil de l'instruction publique, 3° du musée d'éducation, 4° du dépôt de livres, cartes, etc. .... (1)
(1; Depuis que ce qui précède a été écrit, comme on le verra à la fin de cet article, on a substitué un ministre de l’instruction publique au surintendant, en même temps que dans la province de Québec on abolissait le ministère Li en révenir à la surintendance.
2 Les High Schools ou lycées et les instituts classiques (Collegiate institutes).
3° Les écoles normales et les écoles- modèles annexes.
4 Les écoles primaires qui se divisent, 1° en écoles communes, 2° en écoles séparées.
5° Les bibliothèques publiques.
Le surintendant de l'éducation reçoit un traitement annuel de $4,000 ; il est aidé par un député, par plusieurs officiers subalternes et par les inspecteurs des écoles. .
+ Chargé de toute la direction administrative scolaire,
il répartit entre les municipalités les sommes volées par la législature pour l'entretien des lycées, instituts classiques, bibliothèques publiques et écoles communes, en proportion de la population. Dans le cas où certaines municipalités n'auraient pas prélevé et perçu une somme égale à celle qui leur est allouée, il doit faire sur le chiffre de subvention une déduction correspondante à la somme qui manque. Il a pour mission d'éclairer les autorités scolaires sur leurs devoirs, au moyen de circulaires et d'une correspondance active, de répondre aux questions qui , lui sont posées sur diverses difficultés administratives, 1e décider (pouvoir, sujet toutefois à un appel au gouverneur en conseil) les difficultés qui peuvent s'élever entre les syndics des écoles séparées et les inspecteurs d'écoles ou les municipalités, et enfin,
dans le cas où un tribunal de première instance aurait rendu quelque sentence qui lui paraîtrait erronnée, il a le droit d’en appeler lui-même, aux frais du gouvern ement, à un tribunal supérieur.
Le surintendant publie chaque année un rapport qui est imprimé et distribué à un très-grand nombre d'exemplaires dans toute la province. Le rapport de l’année 1872 ne contient pas moins de quatre cents pages.
Originairement, c'était le gouvernement qui nommait le conseil de Linstruction publique tout entier. Plus tard, et d'après une loi sanctionnée cette année, l'exécutif nomme huit de ses membres seulement, un est élu par le conseil de chaque université ou collége jouissant des pouvoirs universitaires, un par les professeurs des lycées et des instituts classiques, un par les inspecteurs des écoles, et enfin, un autre par. les instituteurs des écoles communes ou séparées. Le surintendant est membre ex officio et en son absence il est représenté par son député. Ce conseil dresse les programmes d'études pour toutes les institutions et écoles subventionnées par ie gouvernement, nomme les inspecteurs des lycées et fixe leurs traitements, détermine les matières d'examen, arrête les réglements nécessaires pour la direction des écoles normales, pour les bureaux ou commissions d'examen chargés d'admettre à l’enseignement, fait le choix des livres d'enseignement pour les écoles, de ceux qui pour-
ront être donnés en récompenses aux élèves ou former les bibliothèques scolaires ou de paroisses. Le conseil a aussi Je pouvoir d'exempter les lycées et les instituts classiques, qui n'ont pas de revenus suffsants, de l’enseignement du français et de l'allemand, qui en général est obligatoire dans ces institutions. Il a encore certains pouvoirs concernant la construction de tous les édifices scolaires, les plans et conditions d’après lesquels ces édifices doivent être bâtis, etc. . ..
Les membres élus par les colléges n'ont pas voix délibérative dans ce qui a trait aux écoles primaires.
Les inspecteurs des écoles primaires (communes ou séparées) sont nommés par le conseil municipal de chaque comté ou par les bureaux des écoles des villes ou cités. Ils doivent avoir subi un examen et obtenu un certificat de commissions spécialement chargées de ce devoir. Dans les comtés qui comptent plus de cinquante écoles, il peut y avoir plusieurs inspecteurs, et le conseil de comté fixe les limites de leur juridiction. Ils ont droit à une rémunéralion annuelle de cinq piastres par école, au remboursement de leurs frais de voyage et à certaines gratifications additionnelles pour des missions ou travaux spéciaux, le tout. devant être déterminé et payé par le conseil de comté ou par les bureaux des écoles des villes ou cités. Dansles endroits éloignés ou nouvellement établis, on peut n-mmer des inspecleurs que le département rétribue sur les fonds
. votés j'ar la législature. Cette disposition a pour objet d'y suspléer à l'absence d'institutions municipales ou à leur insuffisance. Les inspecteurs ne peuvent point remplir d’autres charges ou fonctions, ni exercer d'autre profession. Ils ont le pouvoir d’administrer le serment dans les enquêtes qu'ils tiennent. Membres ex-officio des bureaux d’examinateurs dans leur juridiction respective, ils ont le droit de suspendre un instituteur de ses fonctions, et la suspension demeure en force, jusqu’à ce qu’elle soit infirmée par le surintendant de l'éducation, s’il s’agit d’un instituteur muni d’un diplôme de l’école normale ou, par le bureau d’examinateurs, s’il s’agit d’un diplôme accordé par un de ces bureaux. Ils ont encore une foule d’autres attributions, en ce qui concerne la distribution des fonds scolaires et la régie des écoles. Ils reçoivent des diverses autorités locales des rapports statistiques qu’ils transmettent au surintendant, et ils lui en adressent fréquemment eux-mêmes. Ces derniers rapports détaillés, ou du moins les plus remarquables, sont publiés par le surintendant, à la suite de son rapport annuel. Les inspecteurs sont tenus de faire des conférences publiques sur les divers sujets qui ont trait à l'enseignement et d'assister aux conventions ou ba eos pédagogiques des instituteurs.
11 y a trois inspecteurs des lycées je soixante-dix- : huit inspecteurs des écoles communes. Surée nombre,
dix-neuf sont des ministrés des cultes. Les écoles séparées catholiques ont aussi leurs inspecteurs ; plusieurs sont des prêtres catholiques.
Le Musée d'éducation, comme nous l'avons dit plus haut, est fait sur le modèle du Kensington Museum de Londres. !l contient en première ligne tout ce qui peut faire partie du matériel d’une école, ainsi que son nom l'indique, puis des modèles d'ustensiles et d'instruments d'agriculture, des collections d'histoire naturelle, des bustes, des médailles et, en général, un noyau de toutes les grandes collections qu'on voit au Kensington, notamment des plâtres de toute espèce et même des empreintes des sculptures assyriennes et égyptiennes récemment découvertes. Le Musée de Kensington a facilité les efforts de M. Ryerson par dés dons ou en lui permettant de faire prendre des empreintes, etc. Il y a une galerie de statuaire (copiés ou réductions en plâtre des statues célèbres) et une
galerie de peintüres qui consiste en copies faites en
Italie par M. Falardeau ou sous sa direction, en gravures, photographies, lithographies, etc. Ces collections ont été formées pour servir à une école des beaux-arts qui toutefois reste encore à fonder. Le dépôt où magasin de livres, cartes, globes, instruments de physique, etc., fournit des livres aux bibliothèques publiques, tout ce qui est nécessaire aux écoles, et de plus aux lycées et autres institutions, des , instruments de physique propres à faire des observa-
tions météorologiques dont le Journal of Education publie des résumés. Le nombre total de volumes fournis aux bibliothèques gratuites—free public Libraries—cn 1872, a été de 6,015, d’une valeur de $4,412 dont la moitié a été défrayée par des contributions locales. Les bibliothèques gratuites des paroisses, villes et townships, sont au nombre de 1,226; les bibliothèques des écoles du dimanche de 2,899, et les autres bibliothèques publiques de 185. Le nombre total des bibliothèques publiques atteint 4,310, avec un chiffre de 750,242 volumes.
Les sommes dépensées en 1872 pour achats de cartes, instruments et livres à donner en prix, se sont élevées à #42,266, dont une moitié fournie par des contributions locales. Ce système a commencé en 1851, celui des bibliothèques en 1854. Les résultats ont toujours été en augmentant.
C’est peut-être là cependant un des points qui ont soulevé le plus de discussions acriîonieuses et qui ont valu au surintendant et à son administration le plus de critiques et de mauvais vouloir. Les intérêts rivaux se sont coalisés : le commerce local, la librairie plus ou moins liée avec la presse, ont assailli le département, et des polémiques désagréables en ont été et en sont même encore l1 conséquence, Une bonne partie du dernier et volumineux rapport du D' Ryerson pour l’année 1872, publié à Toronto en. 1874, est consacrée à la défense de ce système que
Popinion publique semble cependant protéger, et que les gouvernements de toutes couleurs politiques qui se sont succédé dans le Haut-Canada ont maintenu. Les livres d'école ordinaires sont aussi distribués par le département qui ne se contente pas de les approuver et d’en prescrire lPusage ; maïs qui les fournit en accordant un fort escomple sur les prix du commerce, On conçoit que, dans celte branche des opérations du département, le monopole ne saurait être absolu ; mais il n’en est pas moins vivement ressenti par les intérêts rivaux.
L'école normale et les écoles-modèles annexes établies à Toronto sont placées, comme on l'a vu, sous Ja direction du conseil de l'instruction publique, et sous la surveillance immédiate du surintendant. Ce fonctionnaire a recommandé, dans ses derniers rapports annuels, d’en ouvrir trois autres, L'une d'elles, celle qu’on doit ouvrir dans la capitale fédérale (Ottawa), esten voie de construction.
L'école normale de Toronto fut ouverte le 1° novembre 1847, et installée dans les édifices de l'ancien parlement du Haut-Canada. Lorsqu'en 1849, on transféra le gouvernement du Canada de Montréal dans cette ville, il fallut trouver un autre local; une somme de $100,000 fut votée pour cet objet, et, le 2 juillet 4851, lord Elgin posa la première pierre des édifices très-vastes et très-élégants qui
servirent longtemps au département de l'instruction publique et à l’école normale. La formation du musée et l'établissement des magasins dont nous avons parlé, ayant mis l'école normale et les écolesmodèles annexes trop à l’étroit, on construisit d’autres : édifices pour l'usage exclusif de ces institutions, et elles y furent installées en 1858.
Le personnel enseignant se compose d’un principal, de deux professeurs ordinaires et de cinq professeurs adjoints. Les élèves des deux sexes sont réunis pour suivre l’enseignement donné par les mêmes professeurs. Il n’y a point de pensionnat attaché à l’etablissement ; mais les élèves, qui viennent de toutes les parties de la province, prennent la table et le logement dans des maisons approuvées par le département.’
L'enseignement est gratuit ; toutefois, oh exige une faible rétribution pour l'usage des livres, etc. L'une des écoles annexes ou écoles d'application, dirigée par une institutrice, ne contient que des filles ; l'autre, confiée aux soins d’un instituteur, ne contient que des garçons. Le rév. M. Ormiston a été pendant longtemps à la têle de l’école normale ; l'institution se trouve maintenant sous la conduite du rév. H. W. Davies, Il y a un examen d'admission dont une partie se fait par écrit. Le cours d’études comprend une année partagée en deux sessions : l’une commence le 8 de janvier et se termine le 15 de juin ;
l'autre commence le 8 d'août, et se te: mine le 22 de décembre.
Le programme d'études de l'école normale renferme, outre les matières enseignées dans toutes les écoles élémentaires, la pédagogie, la connaissance des lois qui ont rapport à l'instruction publique, la géographie, l'histoire générale ancienne et moderne, l'histoire du Canada, la physique, la chimie, particulièrement la chimie appliquée aux arts et à l'agriculture, l’histoire naturelle, la littérature anglaise, les ‘ mathématiques dans leurs branches principales, le dessin et la musique vocale. I est évident, du reste, que dans un si court espace de temps les élèves ne peuvent acquérir sur plusieurs de ces matières que des notions générales et, pour bien dire, préliminaires aux études qu'ils feront plus tard.
Il y a eu, depuis l'ouverture de l’école normale, 7,464 demandes d'admission, et 6,749 admissions. Sur ce dernier nombre, on compte 3,448 élèves du sexe masculin et 3,311 du sexe féminin ; 3,270 en tout avaient déjà enseigné. Ce laps de temps comprend 48 sessions scolaires, et donne le nombre inscrit à chaque session; mais comme un grand nombre ont suivi les cours pendant deux, trois et même quatre sessions, le chiffre réel des individus est considérablement au-dessous. Jusqu'à la fin de la 45° session, il avait été délivré à des élèves de l’école normale 2,846 certificats ou diplômes provinciaux.
Depuis lors, les élèves de l’école normale, en sus du Certificat de l’école dont ils sont porteurs, doivent passer leurs examens devant les bureaux ordinaires “et en obtenir des diplômes, comme les autres aspirants à l’enseignement. Sur la totalité des élèves ‘admis à l’école (toujours sans Lenir compte du double et du triple emploi), il y a 2,372 méthodistes, 1,941 presbytériens, 1,158 anglicans, 467 anabaptistes et 308 catholiques romains. Le reste se partage entre différentes.autres communions religieuses.
Le nombre d'élèves à l'école normale dans la dernière session de l’année 1872 était de 143, dont 66 garçons et:77 filles.
Il y a un lycée (high school) ou un institut classique (collegiate institute) dans chaque comté ou union de comtés. Deplus, un comté peut se subdiviser de manière. à-posséder plusieurs lycées ou instituts classiques, et:une ville ou un village avec une cerlaine étendue de territoire circonvoisin peut former un district de-manière à avoir une de ces institutions. Le réglement de ces matières appartient aux conseils -municipaux.dont les délibérations doivent être confirmées par le lieutenant-gouverneur en conseil, sur le rapport du surintendant de l'éducation. {es conseils des cités et:villes, qui jouissent d'une adminis- “ration municipale distincte, ont à cet égard les ‘mêmes pouvoirs que les conseils de comtés. Les -autoritésmunicipales.élisent les membres des bureaux
de régie de ces institutions; chaque bureau se compose de six membres dont le temps d'exercice est de six ans,, et renouvelle le tiers de ses membres chaque année. La loi pourvoit aussi à l’union des bureaux des lycées avec ceux des écoles publiques. Il est loisible aux lycées et aux instituts classiques d’avoir des écoles préparatoires annexes, à de certaines conditions.
Les bureaux de direction sont chargés de l’établissement des lycées ou des instituts classiques, de l'achat de terrains, de la construction des édifices, de la nomination des professeurs, de la fixation du taux de la rétribution à payer par les élèves et du soin de veiller à ce que l’on suive ponctuellement les cours d'études prescrits par le conseil de l'instruction publique. Il y a aussi des bureaux d'examen pour l'admission à l'étude. Les conseils municipaux imposent des taxes, et le surintendant répartit une subvention du gouvernement entre ces différentes institutions, d’après un système très-compliqué, dans lequel on tient compte, entre autres choses, du nombre des élèves et de.leurs succès relatifs, tels que rapportés par les inspecteurs. Le cours d'études doit comprendre la physique, la chimie, l’histoire naturelle, les mathématiques. L'enseignement du latin, du grec, du français et de l'allemand est facul- {atif et laissé au choix des parents et des élèves. Le cours est combiné de manière à préparer les élèves à celui de l’université de Toronto, ou au cours des
colléges qui y sont affiliés. Tout principal de lycée doit être muni d’un diplôme universitaire.
Chaque institut classique (collegiate institutes,) doit compter au moins quatre professeurs ; l’enseignement du latin et du grec y est obligatoire et, pour avoir droit à la subvention, l'institution doit prouver qu’on enseigne ces deux langues à au moins 60 élèves du sexe masculin, chaque année.
En vertu de la loi récente, qui établit une distinction entre ces deux sortes d'institutions, on a reconnu 8 lycées (high schools), comme instituts classiques (collegiate institutes) : ce sont ceux de Galt, Hamilton, Peterborough, Cobourg, Kingston, Sainte-Catherine, Ottawa et Toronto.
La direction immédiate des écoles communes est confiée à trois syndics pour chaque district d'école, c’est-à-dire, pour chaque école. Ils sont élus par les contribuables et leur temps d'exercice dure l’espace de trois années. Lors d'une première élection, cependant, le dernier syndic sur la liste sort de charge au bout d’un an, le second au bout de deux ‘ans, et le premier au bout: de trois ans, de manière qu'il n’y ait élection que d’un syndic chaque année. A l'assemblée des contribuables, qui a lieu annuellement, les syndics rendent leurs comptes, et l'on nomme un auditeur pour en faire l'examen. Les syndics forment une corporation sous le nom de « Syndicat des écoles publiques de la section N°... du township de...…......dans le comté de ….........»
Ils nomment un secrétaire-trésorier qui tient les minutes de leurs délibérations, perçoit les diverses contributions scolaires, et gère toutes les affaires de finances.
Les syndics règlent tout ce qui a rapport au traitement des instituteurs, funt exécuter les règlements du surintendant et du conseil de l'instruction publique, pourvoient à la construction des maisons d'école, à leur réparation et à leur entretien, à tout le matériel scolaire; en un mot, ont la régie directe de l'école. Lorsqu'il s’agit du choix d’un site pour la maison d'école, ou du changement du site existant, les syndics convoquent tous les contribuables du district et discutent l'affaire avec eux. Si la majorité des contribuables ne s'accorde pas avec la majorité des syndics, chaque majorité nomme un arbitre, et l’inspecteur agit au besoin comme tiers-arbitre. Les arbitres ont aussi certains pouvoirs d'sxpropriation, au sujet desquels la loi entre dans de très-grands détails. Dans les townships nouveaux, qui n’ont pas encore d'organisation municipale, l'établissement des écoles est laissé à l’initiative du magistrat stipendiaire et à celle de l’inspecteur, ou de l’un ou de l’autre de ces fonctionnaires.
Les habitants d’un township peuvent supprimer tons les bureaux de syndics locaux et placer l'administration de toutes les écoles sous une même direction. Pour cela, il faut un vote de la majorité des
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contribuables des deux tiers au moins des districts scolaires. Undistrict scolaire doit contenir au moins 90 enfants de cinq à seize ans, à moins qu’il n'ait une étendue de plus de quatre milles carrés.
Les conseils municipaux des townships et ceux des comtés ont des pouvoirs concurrents en certaines malières et le droit de prélever des taxes pour l'entrelien des écoles des divers degrés. Il serait trop long de détailler dans cette esquisse ces dispositions législatives très-compliquées. Les écoles des cités et des villes sont régies par des bureaux dont on élitles membres dans les quartiers ou divisions municipales, comme on le fait pour les membres des tow:3hips ou municipalités rurales.
Les instituteurs doivent tenir un registre d'école, où sont entrées toutes les statistiques scolaires, les remarques de l'inspecteur et celles des visiteurs. Ils trouvent protection dans la loi, en ce qui concerne leur traitement qui se continue même après leur démission, si l’on néglige de leur payer intégralement ce qui leur est dû, au moment où ils cessent d’enseigner. 11 leur est fait chaque année une retenue de quatre piastres pour la caisse de retraite. Cette caisse est subventionnée par le gouvernement et spécialement aussi par les autorités scolaires ou municipales pour les instituteurs de leurs districts respectifs. Le montant de la pension payée aux instituteurs âgés et infirmes est proportionné au nombre d'années
passées dans l'enseignement. La plus forte pension allouée en 1873 était de $284 ; la moyenne de $100 à $125. La somme totale payée en 1873 pour pen- " sions s'élevait à $18,995. (1)
On compte 4,732 écoles dont il a été fait rapport ; elles étaient confiées aux soins de 2,581 instituteurs et de 3,061 instilutrices. C’est sur l'année précédente une augmentation de 211 pour les dernières et une diminution de 45 pour les premiers. La statistique de l’année précédente accusait une augmentation de 185 institutrices et une diminution de 15 instituteurs. Bien des causes contribuent à amener ce résultat : la carrière de l’enseignement dans la province d’Ontario, comme dans celle de Québec, et l'on peut dire, comme partout en Amérique, est relativement plus avantageuse pour les femmes que pour les hommes; celles-là sont aussi plus propres que ceux-ci à l’éducation de l'enfance ; elles s’y prêtent et s'y dévouent plus volontiers, tandis que ce n’est que dans la direction des adulles et des adolescents que les hommes prenrent une véritable supériorité. La question d'économie dans les traitements à payer y entre aussi pour beaucoup,
Le nombre d’instituteurs et d'inslitutrices appartenant à l’église d'Angleterre est de 903, aux diverses
{1} Nous commençons ici à nous servir des statistiques de l'année 1873 ; elles n'étaient pas encore publiées, lorsque nous avons entrepris notre travail, el il nous a fallu nous contenter jusqu'ici de celles de 1872.
églises presbylériennes de 1,766, aux sectes méthodistes de 1,725, à l’église catholique romaine de 675 dont 406 enseignent dans les écoles catholiques séparées. Le nombre total offre sur l’année précédente une augmentation de 166. Il y a 502 écoles qui ont plus d'un instituteur ou d'une institutrice ; augmentation : 50. Comme il n'existe que 170 écoles catholiques séparées, ie personnel enseignant de ces institutions est comparativement considérable.
Le traitement le plus élevé dans une municipalité rurale est de $660, dans une cité, de $1000, dans une ville, de $S850, dans un village, de $700. La rémunération la plus basse est pour les municipalités rurales de $110, pour les cités, de $500, pour les villes, de $ 250, pour les villages, de $300. La moyenne des traitements des instituteurs ne dépasse pas $323 pour les municipalités rurales, $695 pour les cités, $516 pour les villes, $408 pour les villages. Celles des traitements des instilutrices est, en suivant le même ordre, de $229, 276, 251, 222. Il s’est opéré une hausse soutenue depuis plusieurs années dans ces traitements ; elle a été en moyenne de $35 par tête pour les instituteurs et de $13 pour les instilutrices en 1873.
Les sommes totales payées par les syndics en 1873, pour les traitements desinstituteurs, ontété de $1,520,124, donnant sur l'année précédente une augmentation de $148,529. La dépense pour cons-
truction de maisons d’école a été de $609,143, pour réparations ou loyers de $138,076, pour achals de livres et autres déboursés de $257,354. Coût Lotal du maintien des écoles : $2,604,526 ; augmentation sur l’année précédente, $397,161.
Les dispositions législatives qui concernent les écoles catholiques romaines séparées sont contenues dans un statut particulier passé en 1863, qui résume et modifie la législation antérieure. Bien que ce statut renferme beaucoup des dispositions de celui de 1855 qui est révoqué, il en introduit de très-importantes en faveur de la liberté d’enseignement,
D'après cette loi, dans chaque district scolaire, cinq chefs de famille catholiques romains, propriétaires de biens-fonds ou tenant feu et lieu, peuvent convoquer en assemblée eeux qui veulent établir une école catholique romaine séparée, et élire trois syndics. Tout sujet britannique est éligible. Avis de l'élection est donné aux autorités municipales et au bureau des écoles communes dans la cité, la ville ou le township (commune) qui se trouvent intéressés. En ce qui concerne l'école qu'ils peuvent établir, ces syndics ont tous les pouvoirs conférés par la loi aux syndics des écoles communes ;° mais ils les perdent, lorsqu'ils n’ouvrent pas l'école dans les trois mois qui suivent leur élection.
Les contribuables tenus de pourvoir à l'entretien
d'une école séparée sont exempts de toute taxe pour les écoles communes el les bibliothèques publiques ; mais ils doivent pour cela donner avis par écrit au greffier de la municipalité de leur intention de contribuer à l’entretien de cette école. Cet avis, d'après la nouvelle loi, n’est requis qu’une fois pour toutes ; cependant les syndics catholiques romains doivent chaque année fournir au greffier de la municipalité une liste des contribuables, et les propriélés des catholiques romains dont les noms n’y seraient pas inscrits, sont imposables pour l'entretien des écoles communes. Nul ne peut être contribuable pour l'entretien d’une école séparée, ou du moins jouir comme tel de l’exemption de la taxe municipale, s’il est domicilié à plus de trois milles de cette école. . Les syndics des -écoles séparées peuvent aussi admettre à leur école des enfants catholiques romains qui habitent un autre district scolaire, et les parents de ces enfants sont exempts de la rétribution scolaire pour les écoles communes, pourvu toutefois qu'ils ne demeurent pas. à plus de trois milles de l’école. Ces syndics ont aussi le droit de fonder des bibliothèques et de prélever des contributions pour cet objet. lis forment une corporation investie, de pouvoirs en tout semblables à ceux des syndiès des écoles communes. Les contribuables de plusieurs écoles séparées domiciliés dans des districts: d'école différents et même dans des municipalités différentes
peuvent former une union de sections et n'avoir qu'un seul burer: de syndics. Les écoles séparées ont dans les s : “ntions du gouvernement une part proportionnée au nombre moyen d'enfants qui les fréquente. Ces syndics reçoivent la somme qui leur est allouée des mains du surintendant directement, et d'après l'examen des rapports semi-annuels qu’ils sont tenus de lui adresser.
Il y avait dans l’année 1873, 170 écoles séparées catholiques-romaines, une de moins que l’année précédente. Le nombre total des élèves qui avaient fréquenté ces écoles était de 22,073; augmentation : 607—assistance moyenne : 11,123 : augmentation : 539. Le surintendant fait remarquer dans son rapport que, d’après le recensement, il doit y avoir. 75,000 enfants catholiques-romains en âge de fréquenter les écoles ; qu’en supposant que 10,000 n’en fréquenteraient aucune (ce qui n’est gnère probable) il y en aurait encore 40,000 fréquentant les écoles communes. Mais ce calcul ne tient pas compte d’un grand nombre d'enfants qui fréquentent des écoles conventuelles indépendantes, dont nous aurons occasion de parler plus loin, et dont une partie au moins n’est comprise ni dans le chiffre des écoles séparées ni dans celui des écoles communes. Il y a aussi lieu de remarquer que dans certains en- | droits où la population est en grande majorité catholique, et où les instituteurs appartiennent à la même
religion, les objections que les catholiques font au système des écoles communes sont l'objet d'une application bien. moins rigoureuse. Ce n’a pas été sans une lutte très-vive, à laquelle Mgr. de Charbonnel, alors évêque de Toronto, et M. Bruyère, son grand-vicaire, prirent une part considérable, qu’on a pu adopter et développer le système des écoles séparées, et le soin avec lequel le surintendant appuie sur le caractère d'impartialité religieuse des écoles communes, fait voir quel plaisir lui causerait la diminution du nombre des écoles séparées. C’est cependant l'indifférence religieuse, autant que l'esprit de prosélytisme, que les catholiques redoutent et combattent dans les écoles mixtes ou communes.
Le nombre d’inslituteurs enseignant dans les écoles séparées est de 91—augmentation : 4; d’institutrices de 178——-augmentation: 11—En tout : 269. Sur ce nombre, il y a 41 religieux et 53 religieuses.
La somme payée par le gouvernement aux écoles séparées en 1873, est de $12,450—augmentation sur l’année précédente : 938. Le montant pour livres, bibliothèques, etc., est de $907-—augmentstion : $93. Celui des contributions légales s'élève à $47,- 167—augmentation : $6,033. Le iotal des souscriptions volontaires et autres sources de revenus atteint le chiffre de $#22,745.
Les sommes reçues par les syndics des écoles : séparées sont en tout de $83,269.
Telles sont les diverses branches du système d'instruction publique auquel préside le surintendant de l'éducation dans la province d'Ontario.. Mais avant de donner les chiffres qui résument les statistiques et font voir le progrès accompli depuis un certain nombre d’ann“es, nous dirons quelques mots des institutions d'éducation supérieure qui sont indépendantes de ce système. |
Il y a, dans la province d'Ontario, 13 universités et colléges qui comptent en tout 2,700 élèves. La plus importante de ces institutions est l'université de Toronto, dont les édifices peuvent être considérés, après ceux du parlement et des départements publics d'Ottawa, comme les plus beaux de toute la confédération.
Le général Simcoe, premier gouverneur du Haut- Canada, conçut dès l'année 1792 le projet de la création d’une université. Ce ne fut cependant qu'en l'année 1827, que Georges IV accorda une charte établissant, dans la ville d’York (c'est le nom que portail alors la capitale), une université qui devait s'appeler «King's college,» et l’année suivante, on donna à cette institution une partie des terres qui avaient élé réservées pour former la dotation de l'instruction publique, je
La charte slipulait que les membres du conseil universitaire et les. professeurs. appartiendraient à la communion anglicane, et elle les. obligeait à .
signer les 39 articles ou credo de l'église établie, Cette restriction souleva de grandes difficultés de la part des presbytériens et des méthodisles, dont l'influence augmentait chaque jour et, bien qu'en 1837 un statut de la législature eùt modifié les dispositions de la charte royale, l’université, qui ne fut ouverte qu’en 1843, et qui fonctionna, sous la charte amendée, depuis cette époque jusqu'à 1849, fut, pendant cette dernière phase de son existence,
l'objet constant d'une très-forte hostilité. |
Dès 1843, M. Baldwin saisit la législature dy Canada-Uni d’un projet de loi contre lequel protesta énergiquement l'évêque Strachan qui était, pour bien dire, le fondateur de l’université, et M. Draper, avocat du conseil universitaire, prononça à la barre de la chambre une harangue des plus virulentes. Plus tard, en 1845, le même M. Draper, devenu ministre, proposait un projet de loi que l’université déclarait ne valoir guère mieux que celui de M. Baldwin, et s'entendait adresser de la barre de la chambre par M. Hyliard Cameron, nouvel avocat de King's college, les paroles mêmes de sa propre péroraison. Le bil!, adopté à la seconde épreuve parlementaire, re fut pas poussé plus loin. On le reprit plus tarä avec de nouvelles modifications, sous la direction d'un ministère dont M. Hyliard Cameron faisait à son tour partie, pour continuer sans doute et compléter le chapitre des contradictions. Enfin, en
1849, MM. Baldwin et Lafontaine parvenus au pouvoir purent régler cettedifficile question, qui avait surexcité les sentiments religieux et politiques de la population, et qui menaçait de devenir un embarras permanent pour tous les gouvernements. Il est facile d’en juger par la fausse position dans laquelle elle avait mis successivement les hommes publics les: plus éminents.
Le vingt-neuvième article de la loi de 4849 portait qu'à l'avenir il ne serait exigé des membres, officiers ou élèves de l'Université de Toronto, (nom que l'on substitua à celui de « King’s college»), aucune profession de foi ni aucune observance religieuse, d’après les rites d'aucune secte particulière.
Le nouveau statut fut mis en force le 4er janvier 1850, et, le 9 avril de la même année, l'évêque, le clergé et les laïques de l’église d'Angleterre, signèrent une adresse à Sa Majesté, demandant une charte pour une université anglicane, laquelle fut ouverte dans un très-bel édifice, le 15 janvier 1852, sous le nom de «Trinity College.»
L'évêque dut déployer autant d'activité que d’énergie pour accomplir celte œuvre dans un si court espace de temps, et les membres de son église prouvèrentque,non moins vivement que lui, ilsavaient à cœur de sauvegarder leurs principes, et de dti l'échec qr'ils venaient de subir.
En 1853, sous l'administration Hincks-Morin, un
nouveau statut supprima les facultés de loi et de médecine, et divisa l’université en deuxinstitutions distinctes, dont l’une conserva ie nom de « Université de Toronto,» et l’autre prit celui de «Collége de l'Université à Toronto.» La première de ces institutions consiste dans un «bureau de directeurs» ou «sénat universitaire, » qui règle toute question relative aux examens, diplômes, bourses, prix, etc., de tous les colléges affiliés, y compris le collége de l’université à Toronto.
Le vaste édifice destiné à ces institutions est d'architecture romane, et construit principalement en pierre blanche de l’Ohio et en pierre importée de Caën, en France. Cette dernière a servi pour les ornements, colonnes, culs-de-lampes, ete. La foçade qui a 384 pieds de longueur, et les deux ailes, dont une est de 260 et l’autre de 336 pieds, sont d’un très-bel effet. Une grande tour centrale, d’élégants pavillons, plusieurs autres tours et lourelles rompent la monotonie des lignes, et le toit d’ardoise bleue sur lequel eourt une dentelle de serrurerie relevée d’or et de bronze, la bibliothèque, la salle des convocations ou grandes séances universitaires, le vestibule, ont de grandes et belles proportions.
Le collége a maintenant 10 professeurs ordinaires et 6 professeurs adjoints ou conférenciers, 174élèves immatriculés et 80 élèves libres. Les élèves doivent prendre la nourrilure et le logement dans le pen-
sionnat de l’université, ou, par permission spéciale, dans des maisons de pension approuvées.
Il y a des chaires de littérature anglaise, grecque et latine, de philosophie, de chimie, de physique, de mathématiques, d'histoire, d'histoire naturelle, de littérature orientale comprenant l’hébreu, le chaldéen et le syriaque, de langues modernes comprenant le français, l'allemand, l'italien, l'espagnol, etc. Quelques-uns des professeurs se sont fait ou possédaient déjà une réputation européenne ; parmi ceux-là brillait le savant botaniste William Hincks et se trouve encore aujourd'hui le Dr. Wilson, dont les travaux historiques, littéraires et scientifiques sont bien connus.
Les autres universités et colléges dont plusieurs ont des facultés de droit et de médecine sont pour la plupart affiliés à l’université de Toronto. Cesinstitutions répondent aux besoins des différentes classes de la société, surtout au point de vue des dénominations religieuses ; car, tandis que la population protestante de la province d'Ontario tient beaucoup à l'absence de toute distinction confessiornelle dans l’instruction primaire, elle semble nourrir des idées toutes différentes, en ce qui regarde l'éducation supérieure.
Nous citerons quelques-unes de ces institutions scolaires, toutes jusqu’à un certain point indépendantes de l’état.
Queen's College à Kingston, dont la direction est
presbytérienne, nossède une faculté de théologie et une faculté des arts.
Trinity College à Toronto, est une institution anglicane, comme nous l'avons dit plus haut.
L'université de Victoria à Cobourg, patronnée et dirigée par les méthodistes, a des facultés des arts, de loi, de théologie et de médecine, cette dernière ayant à Montréal une branche qui n’est autre que l'école de médecine canadienne-française et catholique de cette ville, Nous expliquerons plus loin ce fait si étrange en apparence.
L'université Albert, à Belleville, etle Huron College, à London, sont aussi patronnés par les évèques protestants de ces localités. Knozx College est une institution théologique et, comme son nom l'indique, presbytérienne. Plusieurs de ces universités ont des séminaires ou colléges ouverts aux personnes du sexe, et en partie placés sous la même direction. Tels sont Bishop's Strachan School, à Toronto, institution qui est une annexe de Trinity College ; Alexandra College, à Belleville, qui est également une annexe de l’université Albert; Helmuth Ladies’ College, à London, etc., etc.
Le grand séminaire d'Ottawa et le collége St. Joseph d'Oltawa, sont des institutions catholiques romaines dirigées par les Pères Oblats. Le collége a été érigé en université en 1866. Le collége Saint-Michel, à Toronto, et celui.de l’Assomption à Sandwich, sont
dirigés l’un et l’autre par des Pères de l’ordre de St. Basile.
La population catholique a fondé et entretient plusieurs autres maisons d'éducation, dont le plus souvent les classes inférieures seulement, sont placées sous le contrôle du gouvernement. Les frères des écoles chrétiennes ont de nombreuses écoles, à Toronto où ils comptent plus de 1000 élèves, à Kingston, à Ottawa et dans plusieurs autres villes. Des frères Jésuites dirigent quelques écoles dans le nouveau vicariat apostolique du Canada septentrional. Les Sœurs de Lorette et celles de St. Joseph ont des pensionnats et des écoles dans les ‘iocèses de Toronto et d'Hanilton. Les sœurs de la congrégation de Notre-Dame (ordre fondé à Montréal, en 1653, par la sœur Bourgevis,) possèdent de florissantes écoles et des pensionnats dans les diocèses d'Ottawa et de Kingston; enfin, l°s Ursulines ont un pensionnat à Chatham, les dames du Sacré-Cœur à London, et les religieuses de Jésus et Marie, à Windsor. Ces trois derniers établissements sont dans le diocèse de London.
Plusieurs écoles et institutions d'éducation dirigées par des ordres religieux figurent parmi les académies et écoles indépendantes dont le nombre, d’après le rapport du surintendant pour 1873, est de 265, avec 7,758 élèves, qui, ajoutés à ceux des universités et colléges, donnent un total de 10,458 élèves LL tant des inslitutions indépendantes.
Le tableau suivant indique les progrès de l'instruction publique depuis la création du département de l'éducation dans la province d'Ontario, en prenant pour terme de comparaison des époques assez éloignées les unes des autres, et en commençant à l'établissement du département. (!)
1842 1852 1862 1872 1878 opéra colléges en re 8 18 16 16 APS MERCI Pas de rap 261| 1,873] 2,700 | 2,700 Lpobes! High Schools). 2 Ar à h é as els dE RS lus EL 016 ÿ È AR ies et écoles indépendantes.. ..... «4 181 842 258 265 Elèves.............., Pas de rap. 5,684 6,784 6,670 7,768 Ecoles normales € écoles modèles... 0 8 8 8 Elèves. Re 0 181 645 800 800 Ecoles publiques ou è COMMUNES, ss. 1,721 9,992 8,996 4,490 4,662 Elèves. ... .,,.,,4.. 65,978 179,687 | 320,088 | 455,256 | 488,911 Ecoles smbcliqoss romaines pren 0 18 109 171 170 Ed VS. sos 0 [Pas de rap.| 14,700 | 21,406 | 292,078 Institutions scolaires de tout genre …...[Rap. incom. 8,263 4,554 5,042 5,124 EIDVES.. ss see “ 189,010 | 867,769 | 472,800 | 480,679 Grand total des dépeuses pour l'instruction publique.$ a 529,514 |1,251.908 |2.207,364 |2,604,526
L'augmentation est partout très-considérable. Celle du chiffre des dépenses surtout est étonnante, même si l’on tient compte de l’augmentation rapide de la population et de la richesse de cette province.
Pour que l’on puisse comparer l'accroissement des chiffres de la statistique de l'instruction publique avec celui de la population, nous dirons que l'année qui précédait chacune de celles qui ont été prises pour
(1) Voyez plus loin les chiffres pour 1874.
termes de comparaison, il y a eu des recensements, et que ces recensements donnaient pour 1841, 950,551 ; pour 1861, 1,396,091 ; pour 1871, 1,620,851 âmes. Le chiffre ‘de la population scolaire, c'est-à-dire, en âge de fréquenter les écoles (de 5 à 16 ans) est de 141,153; 202,755; 403,302 et 495, - 756 respectivement. Ce chiffre total des élèves plus haut mentionné ne laisserait qu'un uombre de 15,000 enfants ne fréquentant point les écoles ; mais il y a deux choses à considérer : c'est que le nombre d'élèves fréquentant toutes les institutions d'éducation en comprend plus ou moins au-dessus de 16 ans, et que, de plus, dans ve total entrent aussi ceux qui ont passé par plusieurs institutions dans le cours de l’année (the aggregate number), ce qui donne lieu à beaucoup de doubles emplois. Par exemple, le chiffre d'enfants fréquentant les écoles, à un jour donné, tel que constaté par le recensement de 1871, u est que de 379,586, tandis que l'aggregate number de toute l’afhée dans le rapport du surintendant, est de 463,057, laissant un écartde 83,471. Nous appliquerons plus loin la même remarqye aux slalistiques de la province de Québec.
Îl y a aussi des institutions spéciales dont il ne paraît pas qu'on ait tenu compte dans les tableaux cidessus. Tel est, entre autres, l'institut des Sourdsmuets, fondé à Bellevills en 1869, et qui compte 140 élèves. La législature, après avoir voté #100,000
pour frais de construction, donne chaque année une somme assez considérable pour l'entretien de l'établissement et pour la pension des sourds-muets pauvres. Cette somme s’est élevée, l’année dernière, à $32,000.
Quant aux écoles publiques, il y aurait beaucoup à dire sur tous les changements qui y ont été faits et sur toutes les améliorations qu'on y a introduites depuis quelques années. La législation et les réglements qui y ont trait ont subi, pour: bien dire chaque année de nouvelles phases. L'introduction plus générale de la musique et du dessin, l'enseignement des éléments des sciences physiques et de l'histoire naturelle, surtout pour les élèves qui ne doivent pas poursuivre leurs études dans les lycées, ont augmenté de beaucoup l'importance des écoles primaires, et le‘niveau des connaissances générales dans le pays doit s'être aussi considérablement élevé.
Enfin, une loi récente décrète l'instruction gratuite et obligatoire. Tout enfant de l'âge de sept douze ans a le droit d'admission gratuite à l'école pendant quatre mois chaque anné&, et les parents ou tuteurs qui négligent de procurer cet avantage aux enfants dont ils ont charge, et qui ne prouvent pas qu'ils les font instruire autrement, sont passibles d’un: amende de cinq piastres, et du double, en cas de récidive, La maladie, l'extrême pauvreté ou la grande distance sont les seules excuses admises. Aucun parent ne
peut être censé obligé d'envoyer ses enfants à une école protestante, s’il est catholique romain. ou à une école catholique romaine, s’il est protestant.
Comme on a pu le voir, le système d'instruction publique suivi dans la province d'Ontario a été fréquemment le sujet de difficultés politiques. On a discuté pendant des années la question de l’université et celle des écoles, et si, d’un côté, les passions qu'elles ont soulevées ont pu créer de sérieux embarras, il en est résulté, d’un autre côté, que l'opinion publique n’a jamais cessé d’être en éveil sur tout ce qui concerne l'éducation populaire. C’est ce qui a valu au surintendant et à son département, malgré toutes les luttes qu'il leur a falln soutenir, l'appui constant de la législature et des classes éclairées, el à permis au premier de développer ses’ idées et de réaliser ses projets. Dans ces discussions les catholiques romains ont fini par obtenir la plus grande part de ce qu'ils demandaient et c'est aux concessions qu'on a su leur faire, que l’on doit en partie les succès remarquables de tout le système.
On ne lira pas sans émolion les lignes suivantes par
lesquelles le Dr, Ryerson termine le rapport pour l'année 1873.
«Je dois dire, en terminant, que l’année dernière « je suis très-longuement’ entré dans l'exposé et la « discussion des différents changements que la loi « de 1871 a fait subir à notre système d'instruction
« publique. En agissant ainsi, je voulais faire com- « prendre la nécessité de ces changements et expli- « quer les motifs qui m'avaient porté à introduire « dans notre législation des principes qui servent de « base à tout véritable système national d'instruction « publique... … Après trente années de services « accomplies au commencement de ce mois (!)et con- « sacrées à l'avancement de ce que je croyais être « conforme aux besoins de notre pays, en fait d’édu- «cation, je suis plus que jamais convaincu de la « réctitude de vues que j'avais exprimées dans mon «Rapport préliminaire sur un système d'instruction « publique dans la province du Haut-Canada,» soumis «au gouvernement en 1846. Le but et l’objet « constant de ma vie, depuis que j'ai pris la direction « du département de l'éducation, ont été de réaliser «ces vues, et, avec le secours de la Divine Provi- « dence, d'obtenir et de conserver pour le pays de « ma naissance les inappréciables bienfaits d’une «éducation libre, complète, curélienne et accessible « sans exceplion à tous les enfants de ce pays.»
[1876].—Dans l’année 1875, une nouvelle loi a apporté un changement très-important à la direction de l'instruction publique dans la province d'Ontario. La
(1) Octobre 1874,
charge de surintendant de l'éducation a été abolie, et l’on a créé un ministère de l'instruction publique ; l'hon. Adam Crooks a été chargé de ce portefeuille. M. Crooks remplissait avant ce temps et remplit encore les fonctions de secrétaire de la province.
On a voté au D'Ryerson une pension de $4,000 par année, justement méritée por ses longs et importants services. (Ce vote ne laisse point de faire honneur au gouvernement, à la législature et à la population de la province d'Ontario, qui ont su ainsi reconnaître et récompenser les travaux de cet homme éminent.
M. Hodgins, qui depuis longtemps remplissait les fonctions de secrélaire au bureau de l'éducation et avait.pris une tiès-grande part à l’œuvre de M. Ryerson, a été nommé député-ministre.
Le nouveau ministre et son député ont préparé une représentation très-complète de leur département à l'exposition de Philadelphie.
Nous avons sous les yeux le catalogue des envois du département, qui peut donner une excellente idee du matériel d'écoles en usage dans cette pro-' vince ainsi que du musée d’éducation dont nous avons déjà parlé, Les plans de maisons d'école, au point de vue de l'hygiène, et les appareils de gymnastique ont excité l'intérêt des visiteurs. A ce catalogue est joint une petite brochure qui expose très-succinctement le système d'instruction publique, les statistiques, et tous les renseignements sur les’
institutions d'éducation supérieures, les écoles spéciales, etc. -
Parmi ces dernières nous remarquons les suivantes qui ne se trouvent point mentionnées plus haut. 4° L'Institution des aveugles établie à Brantford en 1871. Les diverses branches de l'éducation élémentaire, la musique vocale etinstrumentale, et certains arts mécaniques dans lesquels les aveugles peuvent réussir, sont enseignés, A moins de circonstances particulières, on n'y admet point d’élèves âgés de plus de 21 ans. [l y avait au-delà de 140 élèves en 1875. 2" L'Ecole des sciences appliquées aux arts (practical science.) Cette institution a été établie en 1873, on lui a donné un édifice convenable : la chimie, la géologie et la physique, le dessin linéaire, l'architecture, etc., y sont enseignés. 3° L'Ecole d'agriculture établie à Guelph en 1874. Une ferme modèle qui couvre une étendue de 550 âcres est adjointe à cette institution. L'édifice peut recevoir 50 élèves.
Le gouvernement fournit pour l'entretien de ces écoles spéciales, y compris celle des sourds-muets, dont nous avons parlé plus haut, une somme annuelle de $85,000.
Les chiffres suivants amèneront le statistique de l'éducation pour quelques-uns des points principaux à l’année 1874 ; le rapport pour l’année 1875 n’est pas encore publié au moment où nous mettons sous presse.
L'école normale d'Ottawa est ouverte ; ce qui porte
à deuxle nombre des écoles normales, et à quatre celui des écoles-modèles annexes. Le chiffre des élèves de l’école normale d'Ottawa n'est poiut donné: celui de l’école normale de Toronto pour 1874 est de 185 pour la première session et de 175 pour la seconde. Le nombre des High Schools est resté le même, etil y a une diminution dans celui des élèves, le nombre total des écoles communes en opération est de 4,592 ; augmentation sur l’année précédente 130 ; le nombre desélèves, 441,261 ; augmentation, 2,350 ; le nombre des écoles séparées catholiques romaines est de 166 ; diminution, 4 ; le nombre d'élèves, 22,786 ; augmentation, 500 ; le nombre des académies et des écoles privées, 280 ; augmentation, 25 ; élèves, 8,443 ; augmentation, 685.
Il y a aussi des écoles séparées pour les protestants dans quelques localités où les catholiques sont en majorité, et ce que l’on a appelé spirituellement le préjugé de la peau, a fait établir quelques écoles séparées pour les gens de couleur, euphémisme par lequel on désigné les nègres émigrés des Etats-Unis, et qui sont assez nombreux dans certains districts de l'Ouest, particulièrement vers London. La loi pourvoit à l'établissement de ces écoles, mais il ne paraît point que ni les unes, ni les autres soient bien nombreuses. On ne trouve point de renseignement particulier sur ce qui les concerne.
Chaque école commune peut être divisée en six classes, Excepté dans les cités et les villes,
cependant, il n'y a guère que quatre classes. Dans la brochure dont nous avons parlé se trouve l'horaire prescrit qui forme 214 d'étude seulement par semaine ‘pour la première classe, 244 pour la seconde et la troisième, 28 pour les trois dernières.
Dans la première classe on enseigne la lecture, l'épellation, l’étymologie, l'arithmétique, la géographie, le dessin, la musique, et l’on donne des lecons de choses. La grammaire et la composition commencent dans la seconde classe ; la chimie et la botanique dans la troisième ; l’histoire générale, la littérature, l’histoire naturelle et la physiologie dans la quatrième : le gouvernement civil, la physique, l'algèbre, la géométrie, le mesurage el la tenue des livres dans la cinquième el la sixième.
Le nombre total des institutions d'éducation de tout genre est porté pour 1874 à 5,165, augmentation sur 1873: 41 ; le nombre lLotal des élèves 441,261, augmentation 2,351. Cette statistique et celle des deux années précédentes prouve que l'édueation dans la province d’Ontario a obtenu à peu près le développement numérique et relatif que l'on pouyait espérer et que l'augmentalion ne sera plus à l'avenir que dans le rapport de celle de la population elle-même.
Du reste, la proportion de un élève par 4 habitants et d'une école pour 380 habitants qui, en se rapportant à ces statistiques, aurait été atteinte par la province d'Ontario, ne peut guère être surpassée.
La somme totale payée dans cette Province pour l'éducation a été en 1874 de $3,587,951 augmentation sur 1873, $326,726. Cette augmentalion est énorme pour une seule année et hors de proportion avec tous les autres chiffres; elleest moindre cependant que celle de l’année précédente.
Dans cette somme figurent $606,538 de cotisations municipales, $1,608,437 de cotisations imposées par les syndics des écoles. Le reste est formé par les subventions du gouvernement et par d’autres sources de revenus. La partie de cette somme employée pour les écoles publiques est de $3,239,271. Le reste est pour les frais d'administration, les bibliothèques publiques, les institutions d'éducation supérieure, etc.
Sous le titre d'institutions partie d'éducation, partie de réforme, viennent le Provincial Reformatory, où 173 garçons condamnés pour des délits reçoivent une instruction élémentaire et apprennent divers métiers ; et la prison centrale, inslitution du même genre.
Des orphelinats, des asiles (boys and girls’ homes) sont aussi établis dans les grandes villes et sont subventionnés par le gouvernement en proportion du nombre d’enfants qui y sont admis.
Enfin, une institution très-populaire dans tous les pays protestants, les écoles du dimanche, équivalant à peu près aux catéchismes des catholiques, s’est développée dans cette province. Il y a 3,500 écoles de
celte espèce; elles ont 197,000 élèves, et 22,700 instituteurs et institutrices.
Les instituts d'artisans et autres subventionnés par le gouvernement, donnent des cours du soir pour les adultes. D’après les rapports fournis par quinze de ces instituts pour l'année 1874, 772 jeunes gens auraient reçu des leçons de grammaire anglaise, de composition, d’arithmétique, de géométrie, de calligraphie, de tenue des livres, de mécanique appliquée, de chimie, de dessin géométrique et d'ornement, etc.
Nous aurions aussi beaucoup à dire sur l'impulsion donnée au mouvement intellectuel dans cette province par les associations littéraires, artistiques et scientifiques, patronnées et subventionnées par le gouvernement. Au premier rang figure l'Institut Canadien de Toronto (Canadian Institute), dont les mémoires forment déjà une série de plus de vingt volumes, dans lesquels se trouvent des travaux de la plus grande importance.
Découverte au seizième siècle par Jacques Cartier, sous François 1er, et colonisée au commencement du dix-septième, sous le règne de Henri IV, la Nouvelle- France est aujourd'hui représentée principalement par la province de Québec, la seule dans laquelle l’élément français soit encore prédominant. Le gouvernement royal avait donné une grande attention à l'instruction du peuple dans cette colonie; dans ses idées elle marchait de pair avec l’enseignement religieux. Les ordres religieux introduits successivement avaient surtout pour mission l'éducation de la jeunesse et en particulier celle des enfants sauvages dont on espérait faire des chrétiens et des Français.
Il est constaté que dans ses deux premiers voyages Jacques Cartier avait des prêtres avec lui; que la messe fut dite pour la première fois dans la Nouvelle-
France au port de Brest, aujourd’hui Baie du Vieux- Fort sur la côte du Labrador, le 41 juin 1534. Il ne. paraît point cependant que ces prêtres aient pu instruire ou évangéliser les Sauvages. Le premier évangélisateur de la Nouvelle-France aurait été M. Jessé Fléché, prêtre du diocèse de Langres, qui baptisa le 24 juin 1610, à Port-Royal, le grand Sagamos (ou chef) Mambertou et 20 membres de sa famille. En 1611, les Pères Biard et Massé, jésuites, vinrent à Port-Royal et y commencèrent des missions. Les Récollets furent les premiers évangélisateurs du Canada proprement dit. Le 24 avril 1645, les Pères Denis Jamay, Jean Dolbeau et Joseph Le Caron et le Frère Pacifique Duplessis, abordèrent à Tadoussac et vinrent deux jours après à Québec, et le 16 juin de la même année, le Père Dolbeau disait la messe dans la première chapelle de la ville de Champlain.
| En 1616, le Frère Pacifique Duplessis faisait l'école aux enfants sauvages, aux Trois-Rivières, leur enseignant la lecture et l'écriture en même temps que le catéchisme ;: et, d’après une lettre du Père Le Caron, de 1618, ce dernier en faisait alors autant à Tadoussac.
Bien qu'il n'y ait aucune mention du fait, il est bien probable que les pères fixés à Québec et qui, en 1619, étaient assez nombreux pour y fonder un couvent, firent aussi l'école. On peut donc à bon droit considérer les Pères Récollets et plus particulière-
ment le Frère Pacifique Duplessis comme les premiers insututeurs de la Nouvelle-France, sans qu'il soit impossible pourtant, que ce titre n’ait été réelle- . ment mérité par M. Fléché ou par les Pères Jésuites Biard et Massé.
Les Jésuites, appelés par les Récollets, arrivèrent à Québec en 1625; mais ils durent repartir avec eux en 1629, lors de la prise de ce poste par les Anglais. Le Canada ayant été rendu à la France, les Pères Lejeune et de Noue y vinrent en 1632 avec de Caen, et,en 1635, les Pères de Brébœuf et Charles Lalemant, avec Champlain.
En 1632, le Père Lejeune écrivait : « Je suis de- « venu régent en Canada ; j'avais l’autre jour un petit « sauvage d’un côté, et un petit nègre ou maure de «l'autre, auquel j'apprenais à connaître les lettres. « Après tant d'années de régence, me voilà enfin « retourné à l'A, B, C; mais avec un contentement «et une satisfaction si grande que je n'eusse pas « voulu changer mes deux écoliers pour le plus bel « auditoire de France.»
Le même Père, qui s'était dévoué à l'instruction des enfants sauvages en même temps que le Père Charles Lalemant, s’occupait des enfants des blancs, écrivait en 1635: :
« Puisqu'une personne de mérite et de vertu à « commencé de donner quelque chose pour un sémi-
«naire, nous allons quitter le soin de défricher
« quelques terres pour faire un effort de bâtir à « Québec. Je dis un effort, car ce sont des frais et ‘« des peines incroyables de bâtir en ce: commen- «cements. Quelle bénédiction de Dieu, si nous « écrivions l’an prochain qu'on régente en trois ou « quatre langues en la Nouvelle-France! J'espère, «si nous pouvons avoir du logement, de voir trois «classes à Kébec, la première de petits Français qui « seront peut être vingt ou trente écoliers, la seconde « de quelques Hurons, la troisième de Montagnais.»
Ce fut en 1637 que commença la construction du collége devenu plus tard si important, et l’on peut assigner à celle date les débuts sérieux de l'instruction publique au Canada. Le principal fondateur fut le jeune Père Rohault, fils du marquis de Gamache, qui donna, d'après Charlevoix, 6,000, et d’après Creuxius, 16,000 écus d'or pour ériger un collége à Québec. Il n’y a point apparence cependant que ce Père soit jamais venu dans la Nouvelle-France.
Deux ans plus tard, en 1639, Madame de la Peltrie et la célèbre Mère Marie-de-l’Incarnation venaient fonder à Québec le couvent des Ursulines, ‘la première école de filles de toute la Nouvelle-France.
En 1653, M. de Maisorfneuve, fondateur et gouverneur de Montréal, y amena la Sœur Marguerite Bourgevis, fondatrice de la congrégation de Notre- Dame.
La Sœur Bourgeois enseigna d'abord aux petits .
enfants, chez M. de Maisonneuve, et, en 1657, elle ouvrit une école dans un@ étable dont elle fit une maison. Ces humbles commencements ont été suivis des plus brillants résultats, comme on le verra plus, * Join. Déjà en 1747, les sœurs de la Congrégation avaient des écoles en douze endroits différents, parmi lesquelles figurait l’école de Louisbourg, au Cap- Breton.
Le grand-séminaire de Québec fut fondé par Mgr. de Laval en 1663, et le petit-séminaire ou collége en 1668. Jusqu'à la conquête, cette dernière institution ne fut, à proprement parler, qu’une école préparatoire dont les élèves allaient terminer leurs cours au collége des Jésuites. Mgr. de Laval avait aussi fondé à Saint-Joachim une autre école, où l’on enseignait les arts et les beaux-arts, et où:il voulait en outre former des instituteurs. j
Dans sa pensée, ce devait être à la fois une école normale, une école d'agriculture et une école des arts. Le séminaire de Saint-Sulpice date de 1647 ; mais le collége de Montréal, dirigé par des prêtres de cette maison, ne fut ouvert qu'après la conquête.
Tandis que les Jésuites étaient revenus en même temps que les autorités françaises, en 1632, les Résollets ne parvinrent à s’introduire de nouveau en Canada qu’en 1670. Ils y furent très-utiles plus tard, comme instituteurs, surtoul après l'extinction de l'Institut des frères Charon. Cet institut fondé en
1688, par un laïque dont il portait le nom, était destié au soin des pauvres et des malades. On y ajouta plus tard l’enseignement des ‘arts et métiers, ‘et la formation d’inslituteurs. On obtint même du roi pour cet objet, en 1718, une subvention annuelle de 3,000 livres, et les frères avaient déjà quelques années plus tard des écoles en sept endroits différents. Des difficultés de toute espèce entravèrent la marche de cette institution, si bien qu’en 1737, les Frères des écoles chrétiennes envoyèrent denx des leurs à Montréal pour acquérir les propriétés des frères Charon ; mais, après information prise, ils crurent prudent de renoncer à leur projet. L'institut languit jusqu’en 1747 où les deux seuls frères âgés et infirmes qui restaient à l’hôpital, donnèrent leur démission et devinrent eux-mêmes lés pensionnaires de madame Youville et des Sœurs Grises qui les remplacèrent. Il y avait longtemps que les écoles s'étaient fermées l’une après l’autre. Il paraît cependant que le séminaire de Saint-Sulpice, dès avant cette époque, entretenait des écoles gratuites, et c’est une des raisons que l’on donne pour justifier cette maison d’avoir laissé tomber l'institut dee frères Charon, sans leur substituer les Frères des Ecoles chrétiennes (1).
A l'époque de la conquête, il n'y avait dans toute Ja colonie que le collége des Jésuites, le petit séminaire de Québec, les pensionnats et externats des
(1) Vie de madame Youville par M. Faillon.
Ursulines à Québec et aux Trois-Rivières, le pensionnat de l'Hôpital-général, les écoles des Sœurs de la Congrégation assez peu nombreuses, et quelques écoles de garçons dirigées par des Pères ou des Frères Récollets ou par des instituteurs laïques <ubventionnés par les Jésuites, par les Sulpiciens ou par les curés. Le gouvernement avait défendu aux deux ordres de religieux de se recruter ; il s'empara des biens des Récollets à Montréal et aux Trois-Rivières, et laissa les Pères en possession du couvent de Québec jusqu’en 1796, époque où il brûla. En 1800, après la mort du Père Cazot, le dernier Père Jésuite, la partie des biens de cet ordre qui n’avait pas été déjà confisquée le fut définitivement. La plupart des petites écoles soutenues par ces maisons s'étaient fermées ou se fermèrent alors.
Il ne resta donc presque rien pour l'instruction primaire des garçons. Sous le rapport de l'instruction secondaire, ils furent mieux partagés. Au petit séminaire de Québec, qui remplaça tout-à-fait le collège des Jésuites se joignit bientôt le collége de Montréal fondé par les prêtres de Saint-Sulpice en 1773, scus :e nom de Saint-Raphaël, et ouvert de nouveau en 1806, sous celui qu'il porte aujourd’hui, après l'incendie du château Vaudreuil, où il avait été d’abord installé.
C'est à ces deux vénérables institutions que la jeunesse canadienne doit de ne pas avoir vu s’éteindre
complètement le flambeau des sciences et des lettres ; c’est là que se sont recrutés pendant longtemps le clergé et la classe professionnelle ; là aussi s’est formé le germe des nombreux colléges classiques qui se sont ouverts plus tard sur divers points de cette province. :
Malgré la rareté des écoles primaires, surtout des écoles primaires de garçons, on aurait tort de croire que la population des campagnes a été, à n'importe quelle époque, dans cette ignorance absolue et abrutissante dont on est encore frappé ehez les basses classes de quelques pays européens. Dès les premiers temps, un grand nombre de colons arrivaient au Canada tout instruits, et les vieux registres conservés à Québec et à Montréal établissent qu’une forte proportion d’entre eux savait écrire. Leur éducation domestique était, en général, excellente, et les traditions de la famille canadienne, entretenues el ravivées par l’enseignement religieux, suppléèrent | assez longtemps au manque d'écoles. Bien des mères de famille, instruites par les sœurs de la Congrégagalion, se firent les institutrices de leurs propres enfants, garçons aussi bien que filles.
Dès 1787, cependant, on sentait combien les ressources disponibles étaient insuffisantes. Le gou- “vernement lui-même s’en préoccupait, et Lord Dorchéster chargeait un comité du conseil exécutif d'ouvrir une enquête aux fins de porter remède à
cette insuffisance. Le comité ne fit rapport qu’en 1789; il recommanda la fondation d'un collége universitaire avec un recteur et quatre professeurs, d’une école élémentaire gratuite dans chaque paroisse ou village, et d'une école également gratuite d’un degré supérieur dans chaque comté, où l’on enseignerait la tenue des livres, la grammaire, le mesurage, la navigation, l’arpentage et les mathématiques appliquées. L'enseignement de la th‘ologie ne devait pas avoir lieu dans le collége. Le roi, par son représentant, devait être le visiteur. Les juges, les évêques, tant catholiques que protestants, et vingt autres directeurs dont moitié protestants et moitié catholiques, nommés d'abord par le gouvernement, devaient former le bureau des directeurs ; chaque vacance devant être remplie à la majorité des voix. On proposait d’affecter une partie des biens des Jésuites à l'entretien de cette université, et l'on espérait que des contributions individuelles, des legs, un octroi d’une certaine étendue de terres, ainsi que la rétribution scolaire payée par les élèves, formeraient avec le temps des sources de revenus qui permettraient à l'institution de se développer assez rapidement. On l’installerait dans le collège des Jésuites, et l'on tâcherait de décider l'Association de la Bibliothèque, fondée à Québec, à se joindre à l’université. Enfin, pour ce qui regarde les écoles de paroisses et de comtés, la législature
(c'était deux ans avant la promulgation de la constitution) serait appelée à faire une loi imposant à chaque paroisse des contributions directes pour le soutien des écoles de sa circonscription. Rien ne disait quelle serait la direction de l’ensemble des écoles communes: ces écoles seraient établies par les magistrats du district réunis en session —mais ce que l’on ajoutait au sujet de l’université indiquait suffisamment l'esprit dans lequel on voulait qu’elles fussent conduites. La charte devait pourvoir à ce que l’université ne fût point pervertie de manaëre à se préler aux vues particulières d'aucune secte.
Ce fut là la pierre d’achoppement de tout le système et de celui qu'on parvint à établir plus tard sous le nom d’Institution Royale. On avait consulté, par voie de circulaire, l’évêque catholique de Québec et un grand nombre d’autres personnes. Les réponses de l’évêque furent les seules que le con. publia ; mais l’on voit par une lettre très-peu respectueuse du co-adjuteur, Mgr. Bailly, évêque de Caspe, que celui-ci ne s’entendait guère avec Mgr. Hubert. Ce dernier, après s’être prononcé contre l'opportunité d'établir une université, réclame pour l'Eglise catholique les biens des Jésuites et traite comme suit la question religieuse :
« On a annoncé d'avance une union qui protégerait « le Catholique et le Protestant. Voilà des termes « bien vagues. Quels moyens prendrait-on de réaliser
«cette nnion si. nécessaire ? En préposant à l’uni- « versilé, dira quelqu'un, des hommes sans préjugés. « Mais ceci ne fait qu'accroître la difficulté, loin de «la résoudre. Car, qu'est-ce que l’on appelle des « hommes sans préjugés ? Suivant la force de l’ex- « pression, ce devrait être des hommes ni follement « prévenus en faveur de leur nation, ni téméraire- « ment zélés pour inspirer les principes de leur com- « munion aux jeunes gens qui n’en auraient pas été Cimbus. Mais aussi, d’un autre côté, ce devraient « être des hommes honnêtes et de bonnes mœurs, « qui se dirigeassent sur les principes de l'Evangile «et du Christianisme : au lieu que, dans le langage « des écrivains modernes, un homme sans préjugés «est un homme opposé à tout principe de religion, «qui, prétendant se conduire par la seule loi natu- «relle, devient bientôt sans mœurs, sans subordi- « nation aux lois qu'il est néanmoins si nécessaire de «faire respecter aux jeunes gens, si l’on veut les «former au bien. Des hommes de ce caractère (et «notre siècle en abonde, pour le malheur et la « révolution des états) ne conviendraient aucunement « à l'établissement proposé.» -
Les réponses de l’évêque contiennent des renseignements précieux. ‘On y voit, entre autres choses, qu’à cette époque il y avait au moins de 24 à 30 personnes sachant lire et écrire dans chaque paroisse, et que la plupart des gros bourgs avaient des insti-
tuteurs. L'évêque cite ceux de l’Assomption, de Boucherville, de Laprairie, de Terrebonne et de la rivière Duchesne. Il y avait aussi dans les villes plusieurs écoles payantes. Il donne pour raisons de la difficulté de répandre l'instruction, des causes dont l'influence se fait sentir encore aujourd hui, et qui alors devaient être beaucoup plus décourageantes, telles que la rigueur du climat, la pauvreté des habitants, les grandes distances qui séparaient les habilations les unes des autres.
Les démarches faites sous Lord Dorchester n'eurent aucun résultat immédial ; mais nous avons cru qu’il était important de les mentionner, parce que les: projets conçus alors font partie dece qui a étéréalisé depuis, et parce que, dans la situation telle qu'elle se dessinait dès celte époque éloignée, apparaissaient déjà les germes de toutes les difficultés qui ont été surmontées ou qui restent encore à vaincre.
En 1792, des citoyens en très-grande majorité catholiques et canadiens-français, s’adressèrent jar requête à la législature, dans la session qui se tint immédiatement après la promulgation de la première constitution, exprimant le vœu que les biens des Jésuites fussent affectés à l'éducation du ” peuple. Une requête du parlement basée sur celle des citoyens fut adoptée et transmise à Sa Majesté, le roi d'Angleterre ; mais il n’y fut fait dans le temps aucune réponse.
PROVINCE DE QUÉBEC. ôt
En 1800, l’année même où la Couronne compléta la confiscation de ces biens, le parlement ayant demandé au gouverneur des documents nécessaires . à une enquête sur ce sujet, Son Excellence répondit « que l'on pourrait avoir ces documents, mais que « l'affaire ayant été réglée par Sa Majesté, toute nou- « velle demande pourrait ne pas être conforme au « respect que la chambre a coutume de témoigner « pour les décrets de Sa Majesté dans les matières « qui sont de sa prérogative.»
En 1801, sur l'initiative du lieutenant-gouverneur,
Sir Robert Shore Milnes, qui, dans le discours d’ou-
« verture, avait invité la législature de la part de Sa
Majesté à faire une dotation de terres pour l’instruc-
tion publique, le parlement passa un statut intitulé :
«Acte pour établir des écoles gratuites et pour le « progrès de l'instruction.»
Par ce statut, le gouvernement était autorisé à créer une corporation, sous le nom d’« Institution Royale pour le progrès de l'instruction.» La nomination de tous les membres de celte corporation était Jaissée au gouverneur, et tous les règlements devaient recevoir son approbation. Le gouverneur avait aussi le pouvoir de fixer les arrondissements d'école, à la demande des habitants ou de la majorité d’entre eux, de nommer les maîtres et de déterminer le chiffre de Jeurs traitements, La construction des maisons d'école devait se faire par l'agence de commissaires
que nommerait l’exécutif et qui devraient en répartir: le coût parmi les intéressés. Enfin, l'établissement: et la direction non-seulement des écoles communes, mais de toutes espèces de maisons d'éducation de fondation royale ressortissaient à celte corporation.
En vertu des pouvoirs qui lui étaient conférés, le conseil exécutif concéda, en 1803, seize townships pour former la dotation des écoles, et de plus, le Roi sanctionna la même année l’octroi de 40,000 acres de terre, qui devaient être partagés également entre deux séminaires à établir, l’un à Québec, l’autre à Montréal.
Cependant ces dispositions, malgré une adresse très-pressante des deux chambres, transmise au Prince Régent, en 1812, restèrent sans effet à bien des égards jusqu’en 1818. Le 8 octobre de cette année, l’Institution Royale fut régulièrement organisée par lettres-patentes ; l'évêque protestant en fut nommé président, et les syndics firent des règlements pour la création et la direction des écoles. Ces établissements scolaires devaient être placés sous la direction du clergé de chaque localité, et dans les populations mixtes les pasteurs de chaque croyance avaient mission de surveiller les enfants de leur croyance respective. Il devait aussi y avoir, à la nomination de l’Institution, d'autres visiteurs tenus, ainsi que les prêtres ou ministres, de faire rapport tous les six mois sur la conduite des maîtres, les progrès des élèves, etc...
Aux termes de ces règlements, le maître n'était pas obligé de fournir l'instruction gratuitement à plus d'un tiers des élèves qui fréquentaient son école. Les visiteurs avaient le pouvoir de fixer le chiffre de la rétribution scolaire payée par les élèves ; mais dans aucun cas on ne devait contraindre ceux-ci à payer plus de trois chelins quatre deniers par mois. Le bois de chauffage était à la charge des parents. En outre, les maîtres recevaient un traitement de l'Institution Royale. Ce traitement, dans les campagnes, était peu considérable.
En 1834, ce système n’avait donné, de l’aveu de tout le monde, que des résultats peu sensibles. Cette anñée là, l'instruction publique fut le sujet d’une enquête parlementaire. Le rapport du comité, signé par M. Louis Lagueux, traite à fond la question des biens des Jésuites et insiste pour qu’on les rende à leur destination première, c’est-à-dire, qu’on les emploie aux fins de l'éducation. Les témoignages contiennent des renseignements intéressants.
D'après un tableau soumis par le rév. M. Mills, secrétaire de l’frstitution, il n'y aurait eu à cette époque que 22 écoles avec 398 élèves admis gratuitement et 690 élèves payants. Sur ce chiffre, l’école de Québec, tenue par M. Marsden, prenait 202 élèves, et celle de Montréal, par M. Holmes, 150.
Le rév. M. Burrage, directeur de l'école de grammaire de Québec, tenue aussi sous l'Anstitution
Royale, mais qui n'est pointcomprise dans le tableau, avait 50 élèves dont 20 boursiers. Ce monsieur dit que l’Institution Royale nommait invariablement des maîtres français pour les localités où l'élément français prédominait considérablement. La liste des ‘ institu'eurs alors employés (et elle contient plusieurs noms très-respectables) confirmerait jusqu'à un certain point cette asserlion ; mais il paraît qu'il n’en avait pas toujours été ainsj. M. Perrault dit dans son témoignage : «l'Insttution Royale a fermé « presque toutes les écoles : elles avaient très-peu « d'élèves ; les maîtres étant pour la plupart d'un « caractère douteux et nommés par des personnes «inconnues aux habitants, ne pouvaient jouir de leur « confiance ni de celle des curés.» Ce témoignage est confirmé par M. Parant, supérieur du séminaire de Québec. Le Dr. Meilleur nous apprend aussi que, dans le principe, plusieurs de ces instituteurs étaient de jeunes ministres que l’on envoyait tenir des écoles anglaises dans des paroisses où l’on comptait à peine dix familles d'origine britannique, lesquelles même n’appartenaient pas toutes à l’église anglicane. Aussi, ajoute-t-il, l'Anstitution Royale n’a-t-elle eu que très peu de succès, et, pendant 40 ans, elle n’a tenu que 84 écoles dont la plupart avaient entièrement disparu avant l'acte d'éducation de 1841 (1).
: (1) Memoriel de l’éducation du Bas-Canada, par le Dr. J. B. Meilleur, ancien surintendant de l'éducation. — Montréal 1860.
MM. Burrage et Mills attribuent l'insuccès de tous les efforts du gouvernement à l'opposition ou plutôt, dit l’un d'eux, à la non-coopération de l’évêque catholique et de son clergé. L'évêque. avait même refusé d’entrer dans la direction de l'Institution. Mais pouvait-il en être autrement ? Il s’yserait trouyé sous la présidence de l’évêque anglican, et n'aurait eu qu'à peine un tiers de ses collègues choisi parmi ses co-religionnaires, lorsqu'il représentait la trèsgrande majorité de la population.
Pour remédier au mal, M. Mills, qui paraît avoir eu du bon sens et de la sincérité, recommandait, assez timidement, il est vrai, la création d'un autre bureau exclusivement composé de catholiques, sous la présidence de leur évèque;
- Bien que regretlant que cela fût de nature à séparer plus profondément et pour toujours les catholiques des protestants, il y trouvait cet avantage, de laisser la direction générale de l'éducation entre les mains du gouvernement qui, disait-il, ne devrait jamais s’en dessaisir, et en même temps d'en confier la surveillance immédiate au clergé de chaque communion. « C’est là, ajoutait-il, une manière de voir qui, malgré «les nouvelles théories qui se développent parmi «nous, rencontrera les vues de tous les vrais amis de « leur église, qu'ils soient catholiques ou qu’ilssoient
«protestants.»
- Le résultat de l'enquête fut une loi dite des écoles
de fabrique, qui permettait au curé et aux marguilliers de chaque paroisse d'affecter un quart des revenus de chacune de ces corporations au soutien d’une ou deux écoles, suivant le nombre de familles. En 1830, il y avait 68 écoles de fabrique, indépendamment de celles de l’Institution Royale et des sœurs de la Congrégation.
L'année précédente (1829), la législature trouvant que les choses ne marchaïent pas encore assez vite, ajouta un nouveau mécanisme aux deux autres. Elle passa l’Acte pour l'encouragement de l'éducation élémentaire. D'après cetle loi, modifiée en 1831, en 1832 et en 1833 (car l'instruction publique paraissait être constamment à l’ordre du jour), on devait élire des syndics d'écoles dans chaque paroisse ou mission. Le gouvernement fournissait £50 pour la construction de chaque maison d'école et une allocation de £920 à chaque instituteur avec une gratification pour les enfants pauvres n’excédant pas 50. Pour avoir droit à cette subvention, il fallait que l'école eût été ouverte au moins 90 jours et fréquentée chaque jour par au moins 20 enfants. On accordait des pouvoirs ossez étendus à des visiteurs qui n'étaient autres que les membres du Conseil et de l’Assemblée légis- Jative pour tout le comté, les curés ou ministres pour leur paroisse respective, et les plus anciens juges de paix et officiers de milice. Une somme de 82.00 par école était allouée pour récompenses aux élèves.
Ces récompenses étaient distribuées par les visiteurs qui suppléaient eux-mêmes dans bien des cas à l'insuffisance de cette gratification. | Tous ces essais de législation laissaient beaucoup
à désirer et, quoiqu'il parût sage de n'avoir que des statuts temporaires, ce qui se faisait assez souvent à cette époque, il y avait là un inconvénient qui, à la veille de l'insurrection et de la suspension de Ja constitution, devint fatal aux intérêts de l'instruction publique. Dans la session de 1835-36, l’Assemblée législative élabora un nouveau projet qui allait beaucoup plus loin que les précédents. Le Conseil législatif, que dominait entièrement l’oligarchie dont les excès furent la cause principale de l'insurrection, repoussa ce bill. Il y avait, il faut l’admettre, plus d’un motif sérieux parmi ceux que faisait valoir le long rapport du comité du conseil. Il était bien vrai, par exemple, que le système suivi, en n’exigeant aucun sacrifice pécuniaire considérable de la part des habitants, ne leur faisait pas suflisamment apprécier les bienfaits de l'éducation et les laissait indifférents au succès des écoles ; les comités de l'assemblée législative s'étaient eux-mêmes fréquemment exprimés dans ce sens. Il était encore vrai que les sommes dépensées pour l'éducation étaient hors dé proportion avec les résultats obtenus ; que la loi existante prêtait à beaucoup d'abus dont peu étaient corrigés par le nouveau projet, et qu’enfin la part d'autorité attribuée aux
membres de l’assemblée dans leurs comtés ou coliéges électoraux respectifs, était excessive et dangereuse; mais le résultat de toute l'affaire fut bien malheureux, et la province fut laissée pendant un cerlain nombre d’années sans aucun système régulier d'écoles élémentaires,
À cette époque, le nombre d'écoles en opération, en vertu de cette loi, était déjà de 1,321, et celui des élèves de 36,000, sans compter ceux des écoles indépendantes, des colléges, des académies et des couvents (1). Le nombre des élèves des institutions d'éducation et écoles de tout genre est estimé, par M. Garneau, à 57,000. 11 dit aussi qu'il y avait 64 colléges ou écoles supérieures et 1,569 écoles élémentaires (2).
L'initiative du clergé catholique, celle de populations protestantes, principalement dans cette zône du pays qu’eiles avaient colonisée de préférence et que l'on appelle les townships de l’est, l’action d'un bon nombre de laïques zélés dans les villes, avaient créé de nouvelles institutions, et la législature s'était associée à tous ces efforts par des subventions libé- . rales.
Le collége ou séminaire de Nicolet, dans le district des Trois-Rivières, fondé en 1804, par M. Brassard,
(1) Mémorial du Dr. Meilleur, cité plus haut. (2) Garneau, Histoire du Canada, 3e vol. 2e Gdition, M. Meilleur ne porte le nombre total des élèves qu'à 40,900.
celui de Saint-Hyacinthe, fondé en 1812, par M. Girouard, celui de Sainte-Thérèse, créé en 1824, parM. Ducharme, celui de l'Assomption, dû aux sacrifices de M. Labelle et des docteurs Meilleur et Cazenave, et qui date de 1832, (ces trois derniers dans le district de Montréal,) et enfin celui. de Sainte-Anne, fondé en 1527 par M. Pairchaud, dans le district de Québec, sont au nombre des maisons d'éducation que la législature du Bas-Canada a subventionnées dans les dernières années de son existence. Ce sont aujourd’hui, malgré leurs hurmbles débuts et après bien des vicissitudes, de grandes institutions qui feraient honneur aux pays les plus avancés en civilisation. Tous leurs fondateurs que nous avons nommés étaient, à l'exception de MM. Meilleur et Cazenave, des membres du clergé ; mais bien des prêtres et des laïques ont depuis contribué à leur agrandissement par des legs et de généreuses souscriptions. |
Les protestants avaient à Québec une école de grammaire qui forma un bon nombre de sujets trèsdistingués : elle était sous la direction du D' Wilkie, homme très-savant et très-zélé et qui jouissait, dans la société anglaise, d’une réputation et d’une autorité qui ne peuvent être comparées qu’à celles que possédait M. Demers dans la population catholique.
Le zèle des citoyens se manifeslait aussi par l'établissement de grandes écoles élémentaires dans les villes. Quelques-unes furent mixtes, sous le rap-
port de la religion; ce sont les écoles appelées nationales et les écoles dites britanniques et canadiennes, à Québec et à Montréal; d’autres, comme celles de la Société d'éducation des messieurs et celle des dames à Québec, étaient exclusivement catholiques. La «Société d'éducation» fut fondée en 1821 :; son premier président fut M. Joseph-François Perrault. Ce philanthrope distingué agit plus tard isolément, et fonda des écoles où il introduisit le système lancastérien et l’enseignement des arts et métiers; il publia aussi à ses frais un grand nombre de livres d'école. Toutes ces institutions furent subventionnées par la legislature qui vota même une somme pour l’essai du système Lancaster.
Dans la session de 1835-36, virtuellement la dernière—car, bien qu'il y eût deux autres réunions du parlement, ilnes’yfit aucune législation, —les sommes votées pour les colléges et les écoles indépendantes s’élevèrent à £7,620 sterling et toules les sommes volées jusques-là pour ’éducation à £172,519 (1).
Dans la même session, le parlement avait passé une loi décrétant l'établissement d'écoles normales à
Québec et à Montréal. Il avait laissé l'exécution de
cette loi à des commissaires qui envoyèrent en Europe, M. Holmes, prêtre distingué et préfet des études au séminaire de Québec, le chargeant d’étu-
(1) Rapport de la commission impériale présidée par Lord Gosford.
dier le système des écoles normales, d’acheler les livres, les instruments de physique et les collections nécessaires à ces institutions, et de faire le choix de deux directeurs, l’un catholique et l’autre protestant. — Il revint avec M. Regnaud et M. Findlater, l’un Français et l’autre Ecossais, et ces messieurs établirent une école normale de garçons à Montréal, tandis que les filles étaient confiées aux religieuses Ursulines de Québec et des Trois-Rivières. L’insurrection ayant éclaté peu après, ces écoles durent être abandonnées; M. Findlater retourna en Ecosse ; mais M. Regnaud resla au pays et devint plus tard un des professeurs de l'école normale Jacques-Cartier, charge qu'il occupa depuis la date de la fondation de cette institution en 1857, jusqu’à sa mort arrivée en 1872.
En 1832, la législature avait aussi établi une école pour les sourds-muets. Elle fut placée sous la direction de M. McDonald, qui alla se former à l'institut de Hartford, aux Etats-Unis. Abandonnée après quatre années qui ne furent cependant pas infruc- : tueuses, celte école fut reprise par le collége de Saint- Hyacinthe et confiée à M. Caron, élève de M. McDonald ; mais elle dut être encore interrompue.
On voit que la législature, la population catholique et le clergé avaient fait de grands efforts en faveur de l'instruction publique, et que, peu-à-peu, sans les orages politiques qui éclatèrent, tout ce qui était nécessaire au mouvement intellectuel aurait été fait
et développé. En 1837, l’année mème de l’insurrection, le séminaire de Montréal fit venir de France trois Frères de l’Institut des écoles chrétiennes, qui établirent la première des écoles de cet ordre, aujourd'hui si nombreuses et si florissantes au Canada.
De leur côté, les protestants étaient vivement préoccupés par les besoins qu’ils éprouvaient sous ee rapport. Ils avaient depuis longtemps abandonné tout espoir de forcer les Canadiens-Français à se soumettre à un système dans lequel l'influence protestante et anglaise aurait prédominé ; ils songeaient maintenant à s'assurer à eux-mêmes des institutions scolaires distinctes, à se protéger à leur tour. M. Cochrane, au nom de l’Institution Royale, adressa un mémoire à Lord Gosford et aux autres commissaires chargés de s’enquérir de tous les griefs sur lesquels l'attitude rhenagçante de la population avait enfin
attiré sérieusement l'attention du cabinet de Saint- James.
Ce mémoire exposait que les biens des Jésuites, à la suite d’une dépêche de Sir James Kempt (1829), avaient été mis à la disposition de la législature ; que, par conséquent, les écoles de grammaire de Québec et de Montréal, qui avaient jnsque là absorbé le revenu net de ces biens, se trouvaient sans ressources ; que la législature, après ‘avoir réduit d'un tiers, avait finalement supprimé la subvention an-
nuelle de £2,000 qu’elle faisait aux autres écoles de l'Institution, bien quelle leur permit d'être subventionnées dans les mêmes conditions que les écoles élémentaires établies par elle ; enfin, que l'Institution Royale attendait en vain depuis longtemps les octrois de terre que le gouvernement impérial lui avait promis. M. Cochrane demandait que le £ >uvernement, avant de transporter à la législature le contrôle absolu des terres de la Couronne, fit une réserve en faveur de l’Institution Royale.
L’Institulion, ajoutait le mémoire, avait d'autant plus besoin d’une dotation considérable qu’elle s'était chargée de l'établissement d’une université, d’après les dispo:itions testamentaires de feu M. McGill, qui, à la suite d’un long procès, venaient d’être confirmées en dernier ressort. Les biens du testateur étaient loin d’être suffisants pour cet objet. Les commissaires, dans leur rapport, après avoir succinctement rappelé tout ce qui avait eu lieu en Canada au sujet de l’instruction publique, évitèrent de se prononcer sur les prétentions des pétitionnaires.
M. McGill était mort en 1813 ; la charte royole de l'Université avait été accordée en 1824 ; mais l'inauguration de l'institution, sous son premier principal, M. Mountain, depuis évêque anglican de Québec, n'eut lieu qu'en 1829. Pendant de longues années l'institution ne fut guère autre chose qu'une école de médecine.
La condition des protestants, sous le rapport de l'éducation, n'était donc guère meilleure, si même elle était aussi bonne, que celle des catholiques, lors de la suspension de la constitution de 1791. Pendant les quatre années qui formèrent la transition entre ce régime et celui de l’Union, il ne se produisit qu'un seul fait important, au point de vue de cette esquisse.
L'oligarchie avait fait confisquer les biens des Jésuites et ceux des Récollets. Elle avait essayé d'imposer à la population un système d’écoles odieusement impopulaire ; enfin, elle avait laissé tomber - celui que la législature avait établi et dont les résultats étaient loin d’être insignifiants. Non contente de cela, et tout en reprochant constamment aux Canadiens une ignorance dont elle était la cause, elle convoitait-encore depuis longtemps les biens des Sulpiciens de Montréal. La validité de leurs titres avait été plus d’une fois contestée, et cet autre foyer de lumières s’élait trouvé souvent sur le point de s’éteindre. Lord Durhan et M. Poulett Thomson surent comprendre l'importance de cette institution, et ce dernier confirma par une ordonnance du Conseil spécial les droits de la communauté de Saint-Sulpice. Il est permis de croire que le rôle décisif que le clergé pouvait jouer à celte époque critique, n’échappa point à sa pénétration ; mais il faut admettre, en toute justice, qu'il montra beaucoup de courage et de
sagesse en réglant ainsi celte question, malgré tous les efforts d’un parti dont les haines et l’arrogance étaient surexcitées par la lutte et le triomphe. La mauvaise humeur de la faction coloniale ne trouva point d’écho en Angleterre. La loi passée en 1839 fut attaquée à la Chambre des lords par l’évêque d'Exeter ; mais ce fut en vain, et, des deux côtés de la Chambre, on s’empressa de rendre témoignage aux vertus, à l’abnégation, à la loyauté des prêtres du Séminaire de Montréal. (1)
Ce statut du Conseil spécial ne faisait que détourner un malheur alors imminent et pendant les quatre années qui s’écoulèrent de la dernière session de. la législature du Bas-Canada (1837), à la première session du parlement-uni (1841), le gouvernement avait été trop provisoire de sa nature pour s'occuper sérieusetueus de l'instruction publique. Lord Sydenham avait cependant encouragé la publication des lettres de M. Charles Mondelet sur l'éducation (2) et jeté les bases du système municipal qui, dans sa pensée, devait être le mécanisme destiné à doter le pays d'écoles élémentaires. Mais ce système municipal était lui-même entièrement autocratique ; les pré-
(1) Memoir of the life of Lord Sydenham by Poulett Scrope.
(2) Letters on elementary education by Charles Mondelet, with a french translation.—Montreal 1841.—Ces lettres préparaient les voies à un système d’écoles mixtes, sous le rapport de la religion et de la nationalité,
fets, les conseillers étaient nommés par l'exécutif, et la loi d'éducation, qui fut passée en 1841, bien qu’elle établit des commissaires d'écoles électifs, avait mis la plus grande partie des pouvoirs, surtcat celui de l'imposition des taxes, entre les mains de ces nouvelles autorités municipales. Indépendamment de cette malheureuse circonstance, le peuple avait conservé de l’ancien régime français une profonde horreur de toute espèce d'impôts, horreur qui avait été entretenue par les hommes politiques sous Ja constitution de 1791, ce qui fut un grand obstacle à l'exécution de cette loi et de celles qui suivirent. Elle avait de plus’ le tort d'être générale pour toute la province, sans tenir compte du caractère si différent des populations du Haut et du Bas-Canada, et elle n’établissait qu'un seul surintendant. On vit de suite l’anomalie de cette position, et l’on nomma surintendant M. Jameson, président du conseil législatif et vice-chancelier du Haut-Canada.
Ce haut dignitaire ne devait toucher aucun traitement additionnel, et ses fonctions se bornèrent à recevoir les rapports de deux autres surintendants qui furent nommés, l’un pour je Haut-Canada, et l’autre pour le Bas-Canada, et : rendre compte au parlement de l'administration du département ainsi divisé. C'était jusqu’à un certain point l’idée d'un ministre de l’instruction publique, avec deux députés. M. Murray, fut nommé surintendant dans le Haut- Canada, et le Dr. Meilleur, dans le Bas-Canada.
L'administration formée par Lord Sydenham portait tout l'odieux des menées auxquelles cet homme d'état, plus habile que scrupuleux, avait eu recours... Elle succomba sous ce fardeau peu de temps après l’arrivée de son successeur, Sir Charles Bagot. Le nouveau ministère proposa, en 1843, deux lois distinctes de l'instruction publique, une pour chaque section de la Province. Celle qui concernait le Bas- Canada, fut confiée à M. Morin, celle qui concernait le Haut-Canada, à M. Hincks. Tous deux étaient membres du premier cabinet Baldwin-Lafontaine. M. Hincks put parvenir à faire adopter son projet ; celui de M. Morin, qui n’avait pas encore passé par toutes les épreuves de la discussion, fut abandonné dans la crise amenée par la célèbre querelle constitutionnelle entre Lord Metcalfe, successeur de Sir Charles Bagot, et les membres du cabinet formé par ce dernier. Ainsi, les intérêts de l'instruction publique étaient encore victimes d’un orage politique, et. la loi de 1841, très-impopulaire et changée en ce qui concernait le Haut-Canada, devait s’exécuter, tant bien que mal, dans le Bas-Cansda.
En 1845, l'adininistration Viger-Draper crut remédier à l'impopularité de la loi en substituant le système de la contribution volontaire à celui de la cotisation légale Cette mesure rétrograde eut le résultat qu'on pouvait en attendre, le peu de terrain qui avait été gagné fut perdu, et force fut au gouver-
nement, dans la session süivante, d'adopter une loi plus sage qui rendit à l’autorité son prestige et fut le véritable point de départ de l'instruction primaire dans le Bas-Canada. On vit alors un spectacle assez nouveau. MM. Lafontaine et Morin, chefs de l’opposition pour une section de la province, semblèrent courir au-devant de l’impopularité : ils imposèrent au gouvernement l'exécution d’une loi dont les agents du pouvoir exploitaient les conséquences au profit de leurs maîtres. L’agitation fut extrême en certains endroits : la révolte ouverte, l’incendiat et les persécutions de tout genre furent les moyens de résistance ‘suggérés au peuple par un certain nombre d'hommes que le journalisme flétrit du nom d’éteignoirs. Le clergé catholique et la grande masse des hommes instruits joignirent leurs efforts à ceux du surintendant qui montra une énergie et une persévérance dignes de tout éloge. Le clergé intervint directement ; les évêques publièrent des mandements et celui de Montréal alla jusqu’à mettre sous l’interdit une des paroisses récalcitrantes (1).
L'organisation paroissiale du Bas-Canada avait été avec raison choisie comme la base et le cadre de l'organisation municipale et scolaire. Le système électif avait été introduit dans l'une et dans l’autre loi, et s’il présentäit au début bien des inconvénients,
(1) Mémorial du Dr. Meilleur.
il devait à la longue triompher de répugnances en. apparence insurmontables.
Cette organisation paroissiale dont les immenses avantages pour les populations canadiennes ont été si bien décrits par M. Rameau (1), servait heureusement la direction de l'instruction publique dans les endroits où l'influence du curé et des autres amis de l'éducation prédominait ; au contraire, dans d’autres endroits où la masse aveugle résistait à tous les efforts, elle se trouvait propre à paralyser le bon vouloir des minorités. Heureusement, le pouvoir fut donné au Gouverneur en conseil de former, à son gré, sur la recommandation du surintendant, de nouvelles municipalités scolaires, en démembi ant les paroisses pour cet objet seulement. À mesure qu'une section de paroisse ou un groupe important d'habitants se montrait disposé à établir des écoles, le gouvernement conslituait en municipalité scolaire une certaine étendue de territoire. Les bienfaits de la subvention du gouvernement, l'exemple d'une bonne école, portaient bientôt leurs fruits, et, le mouvement se propageant, il n’était pas rare de voir, section par. seclion, des paroisses entières finir par se soumettre à l'opération de la loi, tandis qu'ilaurait été impossible d’y établir jamais une seule école, si
(1) M. Rameau, auteur d’un intéressant ouvrage ‘ Acadiens et Canadiens,” Paris 1859, a publié plusieurs autres études sur le Canada.
l’on eût attendu pour agir le concours de la majorité des contribuables, dans la circonscription primitive.
Parvenus au pouvoir en 1848, M. Lafontaine et ses amis ne se démentirent point. Ils firent passer, en 1849 et en 1850, deux lois très-importantes : la
première conférait au gouverneur le pouvoir dont
nous venons de parler au sujet des municipalités scolaires ; elle armait le surintendant de divers autres pouvoirs administratifs qui lui manquaient pour faire respecter son cutorité; enfin, elle créait des commissions d'examen pour les aspirants au diplôme d'instituteur ; la seconde décrétait, entre autres choses, l'ouverture d’une école normale et la nomination d'inspecteurs d'écoles. L'établissement d'une seule école normale présentant de grandes difficultés à raison de la différence de langue et de religion, l'exécution de cette partie de la loi fut ajournée, comme on le verra plus loin.
Ce fut à l'administration Hincks-Morin, qui, en 1851, remplaça le cabinet Lafontaine-Baldwin, qu’échut la nomination des inspecteurs d'écoles Elle eut lieu au printemps de 1852. Il en fut nommé 24, et les circonscriptions territoriales sur lesquelles devait s'étendre leur juridiction, furent établies de manière à placer, autant que possible, les localités protestantes sous la surveillance d’inspecteurs protestants. Dans chacune des grandes cités de Québec et de Montréal, où cette séparation était difficile, il fut
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nommé deux inspecteurs, un pour les écoles catholiques et l’autre pour les écoles protestantes.
Parmi les fonctionnaires ainsi nommés, cinq seulement étaient d’anciens instituteurs. Le nombre d’instituteurs en état de remplir cette charge à cette époque, quoique beaucoup moindre qu'il n’est aujourd'hui, aurait peut être permis d'en agir autrement ; mais il élait nécessaire de prendre des hommes qui eussent une certaine influence “cquise sur les populations, et quelques-uns de ceux qui furent choisis non-seulement possédaient cette influence, mais dans les luttes qui venaient d’avoir lieu, s’en étaient servis d'une manière très-favorable à la cause de l'éducation. ,
La loi, sous le régime de l’unior des Canadas, accordait pour les écoles primaires une somme de £50,000 (200,000) qui se partageait entre les deux sections de la province, suivant leur population respective. Le Bas-Canada ayant dans le principe une population plus considérable, recevait une plus large part de la subvention que le Haut-Canada. Sa part pour l’année 1847 était de £29.000. Cette somme se distribuait encore entre les municipalités, d’après le chiffre de leur population. Dans le second semestre de 1847, 250 municipalités, avaient reçu leur part de la subvention, et 80 en étaient privées, faute de s'être conformées aux prescriptions de la loi; 9 autres avaient essayé de s’y conformer et leurs
demandes n'avaient pas encore été accordées. On voit par le même rapport qu'il y avaït 1,613 écoles en opération sous le contrôle du gouvernement et 63,281 élèves.
Dans le second semestre de 1849, le nombre des
municipalités récalcitrantes était réduit à 48: 60 nouvelles municipalités avaient été créées et la loi y était exécutée. Il y avait 1,817 écoles en opération et 68,994 élèves. Le nombre des maisons d'école achetées ou construites par les municipalités, en partie avec l’aide du gouvernement, s'élevait déjà à 1,000.
C'était un assez grand progrès obtenu dans l’espace de deux années. En 1854, le nombre des institutions scolaires de tout genre était de 2,795, et celui de leurs élèves de 119,737.
Malgré ces progrès évidents, il y avait encore bien des difficultés: les résistances qu'éprouvait la mise à exécution de la loi, et les plaintes que l’on faisait contre le système attirèrent à plusieurs reprises l’attention de la législature ; mais l'enquête la plus importante eut lieu en 1853, sous la direction d’un comité présidé par M. Sicotte qui fut depuis chef conjoint de l’administration provinciale. Le rapport de ce comité, auquel sont annexés les témoignages
* d’un grand nombre de prêtres et de laïques éminents, est souvent cité dans le mémorial du Dr. Meilleur et dans le premier rapport de son successeur. Plusieurs
des recommandations qui y sont faites ont élé suivies depuis. Ce rapport constalait que le progrès réalisé depuis quelques annécs consistait dans la quantité plutôt que dans la qualité des écoles, et signalait beaucoup de défauts et d’imperfections dans les lois scolaires et dans leur mise à exécution.
L'établissement d'écoles normales, la création d’un conseil de l'instruction publique et une meilleure rénumération des services des inspecteurs d'écoles figuraient au nombre des principales réformes recommandées. Un des inspecteurs d'écoles aurait été président du bureau d’examinateurs dans chaque district judiciaire, et ces présidents avec le surintendant auraient formé le conseil de l'instruction publique. M. Crémazie, qui avait adressé un mémoire trèsimportant au comité, recommandait la nomination de députés-surintendants. Tout le monde s’accordait à vouloir armer l'autorité centraic de plus grands pouvoirs. «Le surintendant, disait M. Crémazie, doit être autre chose qu’une machine à recevoir des rapports et à distribuer de l'argent.»
Pendant ce temps, un mouvement considérable s'était produit dans le clergé el parmi les populations des campagnes. Il était plus facile d'obtenir le concours des localités pour des pensionnats et des institutions d’un ordre plus élevé que pour les simples écoles. L'endroit qui se donnait une de ces institutions, collége ou couvent, grandissait lout de suite en
importance. Au moyen de la subvention des écoles pour une ou deux classes tenues sous le contrôie des commissaires, au moyen de l’aide donnée pa: les fabriques, c’est-à-dire, par le curé et les marguilliers, de souscriptions faites parmi les amis de l'éducation, souvent de legs pieux, on parvenait à élever un nouveau collége ou ce qu’on appelait une académie (écoles préparatoire au collége) ou un couvent. L'on demandait ensuite une subvention particulière à la législature, et dans plusieurs cas le surintendant de Féducation prit sur lui d'accorder à ees institutions une partie de la somme qui avait été votée pour aider à la construction des maisons d’école. En 1855, il \ ÿ avait 24 colléges dont 18 reçurent des allocations annuelles atteignant en tout le chiffre de £5,364, des subventions extraordinaires s’élevant à £4,450 —43 académies de garçons ou mixtes recevant £2,972— 71 académies de filles ou couvents enseignants, dont 28 étaient subventionnés et se partageaient £1,930; ce qui portait la subvention totale de l'éducation supérieure au budget, indépendamment des écoles primaires, à £14,716 ; soit $58,864. Il était de plus voté £150 pour l'Institut des Sourds-Muets. Ces sommes étaient à prendre sur le revenu des biens des Jésuites et sur la balanee de la subvention des écoles communes, c’est-à-dire, sur la somme que les municipalités récalcitrantes laissaient au trésor public.
Or, la part afférente au Bas-Canada éfant diminuée d'un côté par le résuliat Ga recensement, et les municipalités se soumettant presque toutes à la loi, cette dernière ressource devint illusoire. Il en résulta des difficultés financières auxquelles il ne fut apporté pendant longtemps que des palliatifs, sous forme d’expédients.
Le 2 juillet 1855, le Dr. Meilleur résigna ses fonctions de surintendant et fut remplacé par l’auteur de ce précis, qui était, depuis 1844, membre du parlement, avait rempli successivement les charges de solliciteur-général du Bas-Canada et de secrétaire de la province, et avait fait partie du cabinet Hincks- Morin. Le Dr. Meilleur accepta la charge de directeur du bureau de poste de Montréal, et il est député régistraire de la province de Québec depuis la Confédération.
Dans son premier rappr-rt annuel (25 février 1856), le nouveau surintendant rendait justice dans les termes suivants aux efforts de son prédécesseur :
« L'état actuel de la grande question de l’instruction publique dans le Bas-Canada a été parfaitement apprécié par mon digne el zélé prédécesseur, lorsqu'il a dit dans son dernier rapport : « La loi «actuelle pouvait convenir dans le principe ; mais «aujourd'hui il faut des modifications pour donner « au système tout le développement dont il est sus- » « ceptible, pour le-mettre au niveau des progrès qui
«ont élé faits, et pour donner à l’enseignement ce « haut caractère d'utilité et de perfection, vers lequel « doit tendre tout système d'instruction nationale.»
« Si pessimiste que l’on soit, il n’y a pas, en effet, à se dissimuler que nous avons obtenu un résultat des plus importants, non-seulement par l’organisation d’un système régulier d'instruction primaire dans toute ja province, mais encore par le développement progressif de ce système, rendu évident d'année en année par les statistiques que ce département a publiées.
«On pourrait être porté à nv nas apprécier à sa valeur réelle ce qui existe maintenant, en le comparant avee ce que tout le monde désireräit voir exister ; mais il serait plus équitable de regarder à la fois les deux côtés de la question, de comparer les résultats obtenus avec les obstacles à combattre, et les seuls moyens dont on pouvait se servir pour les vaincre. Lors de la passation de la première loi par laquelle on adoptait le mode coërcitif, on aurait été heureux d'apprendre qu'aujourd'hui cette loi serait universellement mise en opération par ceux-là mèmes qu’il s'agissait de contraindre, et l'on n'aurait pas été étonné d'entendre prédire qu'après quelques années tout ne serait pas encore parfait dans un ordre de choses inauguré sous
* d'aussi rudes auspices.
« Dire ce qu'il a fallu à man prédécesseur d'efforts
intelligents et continuels, de persévérance opiniâtre, de patience, pour bien dire surhumaine, pour seulement réussir à mettre en opération une loi malheureusement impopulaire dans le principe, ce serait entreprendre un récit presque aussi pénible à subir que les épreuves mêmes qu'il retracerait. fl est seulement étonnant que le succès, si limité qu’il puisse paraître, qui a couronné ses efforts, n'ait pas aveuglé celui qui mieux que tout autre était à même d’en apprécier la valeur, au point de l'empêcher de découvrir tout ce que son œuvre renfermail encore d’imperfections inévitables, de lacunes difficiles à remplir ; il n’est cependant presque pas de réforme importante réclamée aujourd'hui par l'opinion publique, qui n'ait été indiquée et même demandée avec instance par le surintendant dans ses rapports.»
Le nouveau surintendant résumait comme suit ses recommandations :
«Je résume en peu de mots quelques-unes des choses à faire les plus essentielles, comme déduction pralique de ce rapport. Je crois donc que l’on devrait :
« 1° Assurer à l'instruction publique dans le Bas- Canada un budget invariable quant à son minimum.
«2 Former un fonds différent de celui destiné à être partagé entre les bureaux de commissaires d'écoles, lequel fonds serait à la disposition du
surintendant pour être réparti, avec l’approbation de l'exécutif, en faveur des objets suivants : 1° allocotions ordinaires en faveur des colléges ; ° établissement d'académies où écoles secondaires transitoires ; 3° établissement d'écoles normales ; 4 formation de bourses pour les élèves pauvres de ces écoles ; 5° formation de bourses dans les colléges pour les enfants pauvres des écoles secondaires, que les inspecteurs disigneront de temps à autres parmi les élèves des écoles primaires ; 6° primes graduées, annuelles et progressives, en faveur des instituteurs ; 7° formation d'un fonds de pension pour les instituteurs âgés et infirmes ; 8 publication du Journal de l’Instruction Publique ; 9° achat de cartes, globes et autres objets, et de livres à être donnés en prix ; 10° formation de bibliothèques de paroisses ; 14° aide pour la construction de maisons d'école ; 12° allocations spéciales aux municipalités dont la part d'octroi est trop petite; 13° poursuites du département contre les officiers récalcitrants ; 14° formation d'une bibliothèque du département.
« 3° Donner au surintendant le droit 1° de destituer les instituteurs et les institutrices incapables, négligents ou immoraux ; 2° de retenir sur la part de l'octroi de chaque municipalité une somme pour l'établissement d’une écolemodèle ; 3° de répartir sur les autres arrondisse ments d’une municipalité
la part de celui qui n'aura rien ou presque rien contribué au fonds commun ; 4° de régler excelusivement le choix de livres pour toutes cs écoles sous contrôle.
«4° Donner au gouverneur en conseil le droit, sur la recommandation du surintendant : 1° de faire tous les règlements nécessaires pour létablissement et la régie des écoles normales; 2° de fixer le minimum de salaire des instituteurs et des institutrices; 3° de confisquer la part d'octroi de toute municipalité récalcitrante, et de la réunir aux sommes appropriées pour d’autres objets ; 4° de faire tous les réglements nécessaires pour la régie intérieure des écoles, la conduite des divers officiers chargés de l'exécution de la loi et, en général, pour tous les cas non prévus par la loi ; tous ces pouvoirs devant être partagés, dès qu'il sera constitué, par le Conseil de l’Instruction publique dont mon prédécesseur a déjà recommandé l'établissement.
«5° Donner aux municipalités le droit de se cotiser pour un montant plus élevé que leur part de l'octroi; obliger les institutrices à se qualifier comme les instituteurs ; rendre exécutoires les décisions dn surintendant sur les appels portés devant lui, et imposer de fortes amendes pour toutes les infractions aux réglements approuvés par le gouverneur en conseil.
«6° Statuer sur la qualification pécuniaire des
commissaires d'écoles, exempter les syndics dissidents de l’assermentalion de leurs certificats, ou bien astreindre à cette formalité tous les commissaires, élever la rétribution des secrélaires-trésoriers et mieux définir leurs devoirs et remédier à d’autres clauses obscures et insuffisantes des lois actuelles.
« 7° Exiger des commissaires d'écoles qu'ils lisent et écrivent leur serment d'office, et donner au surintendant le pouvoir de les remplacer par d’autres plus habiles, quand ils ne le pourront faire, et qu'il croira prudent de ne pas ralifier l'élection pour ce motif, et fixer un temps après lequel la même condition sera attachée à toute nomination ou élection ‘pour un emploi quelconque dans cette province. »
Deux projets de loi furent présentés dans la session de 1856, par M. Cartier, (depuis Sir Georges Cartier), qui remplissait alors les fonctions de secrétaire de la province dans l'administration McNab-Taché. Ils étaient fondés sur le rapport que nous venons deciter et, devenus lois, permirent d'en mettre à exécution presque toutes les recommandations. La fixation d’un minimun de salaire pour les instituteurs, et l’élection de commissaires d'écoles sachant au moins lire et écrire, sont les plus importantes parmi celles qui n'ont pas été suivies. Ces questions qu’on ne jugea point prudent de régler alors sont encore discutées aujourd'hui. Il serait plus facile d’exiger certaines
connaissances de la part des candidats à la charge de commissaires d'écoles qu'il ne l’eùt été à cette époque.
L'une des lois passées en 1856 avait rapport à l'instruction supérieure» l’autre à l'instruction primaire. La première portait qu'à l'avenir la subvenfon de l'éducation supérieure serait répartie entre : les «universités, colléges, séminaires, académies, lycées ou écoles supérieures, écoles-modèles et institutions d'éducation autres que les écoles-modèles ordinaires,» par le gouverneur en son conseil, sur le rapport du surintendant de l'éducation, à qui devaient être adressés des comptes-rendus annuels statistiques et financiers avec les demandes de ces institutions.
On espérait par là soustraire cette distribution à l'influence de la politique dont les exigences allaient toujonrs en augmentant ; on croyait aussi avoir réglé la question des finances; mais on n'avait pris qu'un expédient temporaire qui laissait toujours subsister le germe de nouvelles difficultés.
Nous allons indiquer maintenant les mesures les plus importantes qui furent prises en vertu de ces deux lois.
On créa trois écoles normales sous les noms d’écoles Jacques-Cartier, McGill et Laval. Les deux premières furent inaugurées à Montréal, le 3 mars 1857, l'autre fut onverte à Québec, le 12 mai suivant. Les écoles normales. Jacques-Cartier et Laval sont
principalement destinées à la population catholique, et la langue française y est la langue enseignante, quoique l'anglais y soit aussi enseigné. L'une. a reçu le nom du découvreur du Canada, l’autre celui du premier évêque de Québec, fondateur du séminaire qui a donné naissance dans notre siècle à l'université Laval. L'école normale McGill est affiliée à l’université de ce nom, qui est celui de son fonda- : teur, comme nous l'avons déjà vu. Elle est principalement à l’usage de la population protestante, l'anglais y est la langue de l’enseignement; le français y est aussi enseigné. Nous donnons plus loin des détails sur les rég'ements et les progrès de ces institutions qui sont sous le contrôle du surintendant (maintenant du ministre) de l'instruction publique, et du Conseil de l’'Instruction publique.
Ce corps, qui a élé réorganisé depuis sur une nouvelle base, fut d’abord créé le 16 décembre 1859 : il fut composé de 11 catholiques et de 4 protestants.
Dans le mois de janvier 1857 avait paru le premier numéro de deux journaux de l'instruction publique, l'un français et l’autre anglais, qui se sont toujours publiés depuis. A l'exception des documents el avis officiels, ce ne sont point deux versions d'un même journal ; ils forment, au contraire, deux recueils tout-à-fait distincts, ayant chacun son programme approprié aux besoins et aux goûts de chaque section de la population à laquelle ils sont respectivement
destinés. Les rremières livraisons de ces journaux annoncçaient une réorganisation du département de l'instruction publique avec des officiers plus nombreux et mieux rétribués, quoiqu’ils ne le fussent pas encore à l’égal de ceux des autres branches du service public. Elles promulguaient aussi plusieurs nouveaux réglements, entr'autres ceux qui avaient rapport à la création d’une caisse de retraite pour les instituteurs, à la distribution de prix dans les écoles par les inspecteurs, aux conditions d'admission aux écoles normales et à la rémunération des secrétairestrésoriers. Lors de l'inauguration solennelle des écoles normales, il se tint des réunions d'instituteurs, sous le patronage du surintendant, et il s’organisa des associations dans la circonscription de chaque école. Il s’en est depuis établi déux autres pour les instituteurs protestants dans cette partie de la province qu'on appelle les « townships de l'Est. » Enfin une bibliothèque fut installée au département de l'instruction publique ; c'était une véritable bibliothèque publique, et, grâce surtout aux dons obtenus des gouvernements étrangers et des auteurs el éditeurs avec qui le surintendant s'était mis en rapport, elle contenait de 15 à 16,000 volumes, lorsqu: tout dernièrement le ministère de Boucherville a consenti à ce que la plus grande partie de cette collection fût réunie à la bibliothèque de la législature, ce qui l’a réduite à cinq ou six mille volumes.
Parmi les pouvoirs conférés au Conseil de l’Instruction publique, se trouvait celui de ‘ire des réglements pour l'établissement et la ‘se des bureaux chargés de l’examen des candide.s au diplôme d’instituteurs. II s'agissait de restreindre plutôt que d'étendre la facilité avec laquelle les diplômes s’étaient obtenus jusque là. La concurrence désastreuse faite aux bons instituteurs et aux bonnes instilutrices surtout par des institutrices peu capables et peu instruites, était un des plus grands obstacles à l’élévation des salaires, et cette concurrence, encore plus regrettable parce qu'elle était propre à décourager les élèves des écoles normales et à empêcher le succès de ces institutions, allait en augmentant avec le nombre des écoles d’où sortaient des jeunes filles pourvues d'une éducation très-insuffisante pour la profession qu’elles avaient l'ambition d'exercer. Les rapports des iaspecteurs d'écoles avaient souvent signalé ces graves abus ; les conférences des instituteurs, la presse et le parlement avaient retenti de plaintes très-légilimes à ce sujet. Cependant, à mesure que le pays se colonisait et que la population augmentail, il devenait nécessaire de créer de nouveaux bureaux. Le principal inconvénient consistait en ce que tous ces bureaux délivraient des diplômes pour les trois degrés, valables dans toute la province. Les réglements du conseil sanctionnés par l'exécutif en 1862 fixèrent des circonscriptions pour chaque
bureau et réservèrent à un certain nombre d’entre eux le pouvoir de conférer le. diplômes pour académies et pour écoles-modèles. La plupart des nouveaux bureaux créés alors et depuis n’eurent que le pouvoir de donner des diplômes pour écoles élémentaires. Le régleient exige aussi un examen plus sévère dont le programme détaillé est indiqué, et dont les résultats doivent être constatés dans les registres. Les trois degrés d'académie, d’école-modèle et d’école élémentaire sont aussi subdivisés en diplômes de première et de seconde classe pour chacun d'eux. L: secrétaire de chaque bureau doit transmettre au surintendant ui: sommaire statistique annuel indiquant, entre autres renseignements, le nombre de jours consacrés aux examens et celui des candidats examins. Les dictées doivent être conservées et faire partie des archives du bureau. Le surintendant ou des délégués du Conseil de l’Instruction publique eurent pour mission d'inspecter les archives de ces bureaux, et de s'assurer de l’exécution ponctuelle du réglement. Ces visites n’ont mal. heureusement pas eu lieu régulièrement ; celles qui ont été faites ont constaté un très-grand progrès surtout dans l'instruction des jeunes filles. Beaucoup des dictées des aspirantes étaient sans faute ou n’en contenaient «ie très peu.
La question de l'inspection des écoles, discutée ‘déjà dans la presse et dans le public, attira l'attention
d’une nouvelle administration, le cabinet MacDonald - Sicotte, et le surintendant reçut ordre de faire un rapport sur les questions suiyantes : 1° Si le système d'inspection suivi jusqu'alors était efficace et en rapport avec les exigences du moment ; 2° S'il était possible ou non de réduire le nombre des districts d'inspection, et quels seraient le coût et l'efficacité de ce nouvel état de choses comparé à celui qui existait alors ; 3° S’il était possible et convenable de décharger le département de l'instruction publique de l'embarras et des dépenses de l'inspection des écoles en tout ou en partie, en laissant ce soin aux autorités municipales, comme cela se pratique dans le Haut-Canada.
Dans un rapport.{rès détaillé, en date du 2 janvier 1863, dans lequel il s’appuyait sur l'exemple des autrés pays, le surintendant démontrait la nécessité d’un système d'inspection dirigé par l'autorité centrale, admettait les défauts et les imperfections de l’organisation existante, reccmmandait d'augmenter le traitement des inspecteurs, et de choisir, autant que possible, ces fonctionnaires parmi les membres du corps enseignant. Au cas où Je gouvernement voudrait absolument réduire le nombre des districts d'inspection, il soumettait un projet qui aurait, pensait-il, moins d'inconvénients que ceux dont il avait été question ; enfin, il se prononçait contre l'introduction d’un système d'inspection Fnent municipal.
A la suite de ce rapport, les choses restèrent dans le même état.
La recommandation du surintendant, au sujet de la nomination des inspecteurs d'écoles, a cependant été suivie, et sur 29 nominations qui ont eu lieu depuis son entrée en charge jusqu’à ce jour, 23 ont été faites en faveur d'instituteurs.
La distribution de la subvention de l'éducation supérieure laissée au surintendant fut nécessairement pour le département la cause de beaucoup de diffcultés. Si, d'un côté, c'était une: amélioration que de soustraire, jusqu’à un certain point, cette distribution aux diseussions de la législature et aux influences parlementaires, d'un’autre côté, le département se trouvait chargé d’une responsabilité peut-être plus grande en proportion, que le pouvoir qui lui était échu.
Le gouvernement exécutif n'était pas absolument tenu d’en passer par la recommandation du surintendant, et celui-ci se trouvait lié par les distributions antérieures, 8: moins en bonne politique et en équité, car il eût été malheureux de faire des changements qui eussent compromis l'existence d'institutions scolaires peu florissantes, mais suceptibles d'amélioration et de progrès. Il arriva même que des changements faits par l’exécutif, contrairement aux recommandations du surintendant, furent attribués à celui-ci. En 1864, sous l'administration Sanfeld MePnald.
Dorion, l'exécutif crut devoir de cette manière réduire les subventions de deux institutions protestantes, le collège de Richmond et celui de Lachute. Cet acte, si peu important en lui-même, ne fut pas étranger à une certaine agitation qui se produisit parmi les protestants. Par une série d'articles publiés dans le Journal de l'Instruction publique et dans le Journal of Education, et reproduits en brochure (1), le surintendant démontra que la proportion de la subvention de l'éducation supérieure accordée aux maisons d'éducation protestantes avait toujours été bien en excès de ce que leur donnerait le chiffre de la population ou le chiffre des élèves qui les fréquentent. Cette proportion était, en effet, de 30.25 pour cent ; or, une distribution basée sur le chiffre des populations respectives leur aurait donné seulement 14,58 pour cent; et si l’on avait eu égard au nombre de leurs élèves comparé à celui des élèves des institutions scolaires catholiques, il ne leur serait revenu que 17.48 pour cent.
L'agitation ne se borna pas à la question de l’éducation supérieure : elle s’élendit à celle de l'instruction primaire. Tout en convenant assez généralement qu'ils avaient été traités avec impartialité par le département, les protestants insistèrent sur une sépa-
(1) 4 few remarks on the meeting at Montreal for the formalion of an association for the protection and promotion of the educational interests of Protestants in Lower Canada.
ration plus complète de l’administration scolaire et sur des mesures qui rendissent encore plus facile l'établissement d'écoles protestantes séparées. Dans le principe, il n'y eut qu'une faible partie de la popujation protestante qui prit part à cette agitation; mais la discussion du projet de confédération des provinces causa une certaine alarme parmi les minorités religieuses de chaque colonie, et celle du Bas- Canada n’en fut pas exempte. M. Galt (depuis Sir Alexander ‘Galt), qui faisait partie du ministère à cette époque, proposa un projet de loi qui était une sorte de compromis entre les exigences les plus grandes de la minorité du Bas-Canada et les vues de la majorité. Cependant la majorité des députés du Bas-Canada, croyant que la population protestante avait assez de preuves du bon vouloir et de la libéralité des catholiques, se montra peu favorable à cette nouvelle législation et M. Galt, n'étant pas appuyé par ses collègues, remit son portefeuille.
En même temps que le statu quo fut stipulé en ce qui concerne les droits des minorités religieuses de chaque province, il fut de plus convenu que tous les droits appartenant à la minorité religieuse du Haut-Canada seraient conférés à la minorité religieuse du Bas-Canada, et Sir George Cartier promit de fsire tous ses efforts sous la nouvelle constitution pour obtenir de la législature locale une loi aussi libérale pour les protestants que celle qui avait
été proposée par M. Galt, La nouvelle constitution, qui vint en force le 1er juillet 1867, contenait des dispositions propres à remplir cette promesse.
Le surintendant de l'instruction publique du Bas- Canada, avait été chargé d’un voyage d'études en Europe, qu'il avait commencé en novembre 1866, et, après avoir parcouru l'Irlande, l'Ecosse, l'Angleterre, la Belgique, la France, l’Ilalie et l'Allemagne, il se trouvait de retour à Montréal, au moment où la proclamation royale donnait force à la nouvelle constitution (4er juillet 1867). La formation de la première administration de la nouvelle province de Québec ayant échoué précisément sur la question de l'instruction publique, on crut devoir s'adresser au surintendant qui devint ministre de l'instruction publique en même temps que secrétaire provincial et chef du cabinet. Le département de l'instruction publique fut alors transféré de Montréal à Québec. La législature, dans sa première session, fit une loi par laquelle on créait la charge de ministre de l’instruction publique, laissant au gouvernement la faculté d’avoir, suivant les circonstances, soit un ministre de l'instruction publique, soit un surintendant. Le ministre devait être membre du conseil exécutif, et de l’une ou de l’autre chambre de: la législature, tandis que le surintendant, lorsqu'il y en aurait un, serait, comme par le pas‘é, un fonctionnaire étranger à la politique.
Il fut décrété par cette loi que les fonctions et altributions du ministre de l'Instruction publique seraient :
1" Toutes celles qui appartenaient déjà au surintendent ;
2° Toutes celles qui lui seraient conférées par le lieutenant-gouverneur en conseil, concernant l'encouragement ou la création d'associations artistiques, littéraires ou scientifiques, l'établissement de bibliothèques, musées ou galeries de peinture par ces sociétés, par le gouvernement, ou par des institutions publiques avec l'aide du gouvernement, la création de concours, d'examens, la distribution de diplômes, médailles ou autres insignes de distinction pour de semblables objets, et, en général, tout ce qui a rapport au patronage et à l’encouragement des sciences, des lettres et des arts ;
3° Celles de pourvoir à l'établissement d'écoles d'adultes et à l'instruction des ouvriers et des artisans ;
4 Celles de recueillir et publier des statistiques et des renseignements sur toutes les institutions d'éducation, bibliothèques publiques, associations scientifiques et littéraires, et en général, sur tout ce qui a rapport au mouvement intellectuel et littéraire.
Les nouveaux pouvoirs conférés au ministre de l'instruction publique peuvent être en tout ou en partie attribués au surintendant, dans le cas où l’on
retournerait à l’ancien système, ce qui est laissé à la discrétion du gouvernement.
L'administration provinciale formée par le ministre de l'instruction publique s’est maintenue du mois de juillet 1867 au mois de février 4873 ; mais, pendant tout ce temps, elle a eu à lutter contre des difficultés financières qui résullaient du partage de l’ancienne * dette du Haut et du Bas-Canada, et une forte proportion des ressources qui restaient libres, a été employée à la construction de voies ferrées et de chemins dits de colonisation ou grandes routes deslinées à ouvrir de nouveaux élablissements au cœur des forêts canadiennes. La révision des lois de l'Instruction publique et l’accomplissemert des réformes et améliorations recommandées par lg ministre, à son retour d'Europe, furent donc ajourntes, comme comportant un surcroît de dépenses trop considérable. Cependant la subvention des écoles communes, celle de la caisse de retraite des instiluteurs et celle dite des municipalités pauvres furent successivement augmentées. Dans le rapport daté du 29 juin 1867, immédiatement après son retour, le dernier qu’il fit en sa qualité de surintendant, le ministre avait particulièrement attiré l'attention du gouvernement et du pays sur es efforts qui se faisaient partout en Europe pour l'établissement de l’enseignement professionnel, pour la création d’éco!es spéciales des arts, des sciences, du commerce et de l’agriculture.
L'exemple de l'Allemagne, de ses Real Schule, de ses Gewerbe Schule, et d: ses Handel Schule, était surtout indiqué.
« En Irlande, ajoutait-il, l'école normale centrale de Dublin n'a pas moins de 28 succursales qui, sous le nom d’écoles-modèles, accomplissent une tâche semblable à la sienne dans tous les grands centres de population. A chaque écele normale ou modèle est annexée une ferme-modèle ou plutôt une véritable école d'agriculture théorique et pratique où les élèves de l’école normale puisent des connaissances qu'ils peuvent distribuer ensuite dans tont le pays, et une aptitude particulière à se rendre utiles aux populations au milieu desquelles ils doivent vivre. »
Il signalait, dans le même rapport, les efforts qui se font en Europe, principalement en Angleterre, pour l’enseignement du dessin linéaire et architectural, l'établissement d'institutions du genre du Kensington Museum, la création d'écoles d'adultes du soir, où le dessin, la géométrie, l'architecture sont enseignés,.
La chambre vota une somme pour l’enseignement de l’agriculture théorique et pratique dans les écoles normales ; mais le projet de l’établissement de fermesmodèles adjoinles aux écoles normales, comme en Irlande, fut vivement combattu et l'exécution dut en être différée.
Le parlement vota aussi une somme pour l’élablissement d'écoles des sciences appliquées aux arts, et décida qu'il en serait créé trois : une à Québec, en rapport avec une institution catholique, et deux à Montréal, l’une en rapport avec uneinstitution protestante, et l’autre avec une institution catholique. L'Université McGill avait pris les devants et ouvert des cours pour lesquels elle reçut subséquemment une partie de la subvention. L'Université Laval, à Québec, avait aussi consenti à se charger de cet enseignement, et quelques-uns de ses professeurs ‘avaient ouvert des cours à cet effet, lorsqu'elle abandonna l’entreprise et remit au ministère de l'Instruction publique les sommes qu'elle avait reçues. Ilen fut fait un dépôt spécial au profit de l'œuvre, en même temps que de la somme destinée à Montréal, où l'on avait entamé des négociations pour la création d'une autre école des sciences appliquées aux arts.
Dans la deuxième session, après beaucoup de discussions, le ministère fit voter une loi qui réglait toutes les questions entre catholiques et protestants, et réalisait les promesses faites avant la confédération. Jusque-là le nombre des membres catholiques et des membres protestants du conseil de l’Instruction publique avait été laissé à la discrétion du gouvernement. D’après la nouvelle loi, le conseil fut réorganisé sur une autre base et devait se composer du ministre ou surintendant ex-offcio et de quatorze
catholiques romains et sept protestants, nombres qui furent élevés par une loi subséquente à seize et à huit respectivement. Les membres protestants et les membres catholiques forment deux comités séparés auxquels sont renvoyées les affaires du ressort du conseil, lorsque les intérêts des catholiques ou ceux des protestants peuvent en être spécialement affectés. Le ministre ou: surintendant est membre ex-officio de chaque comité, mais n'a droit de voter que dans le comité de la croyance religieuse à laquelle il appartient lui-même.
Si, à une séance du conseil, dix des membres catholiques (non compris le ministre ou surintendant) enrégistrent leur vote en faveur d’une proposition, tendant à une direction distincte et séparée des écoles catholiques et des écoles protestantes, et si cette proposition est confirmée à la même majorité dans une seconde assemblée spécialement convoquée, au moins trente jours plus tard, le conseil sera divisé par le lieutenant-gouverneur en deux conseils tout-àfaits distincts, l’un catholique et l’autre protestant.
Ces dispositions, comme on le voit, n’exigeaient point une séparation regrettable en elle-même et, en la rendant possible, ne faisaient que donner une garantie de plus au maintien de la bonne harmonie dans le conseil. Par les délais imposés à la partie qui pouvait se trouver froissée avant de pouvoir recourir à une mesure extrême, elles mettaient l'état
de choses existant à l'abri d’une mauvaise humeur subite ou d’une querelle passagère, et donnaient toutes les chances d’accommodement et de transaction.
Les autres dispositions principales de cette nouvelle loi étaient :
4° La distribution de la subvention de l’éducation supérieure entre les institutions catholiques et les institutions protestantes, d'après le chiffre des populations respectives. Quoique cette mesure füt pour les protestants une garantie pour l'avenir, elle causa chez ceux qui n’avaient pas cru à la libéralité des catholiques par le passé, un certain désappointement. Comme de fait les institutions protestantes avaient toujours reçu plus que leur part, sur cette base, il s’en suivit une diminution de quarante pour cent sur leurs subventions, et une augmentation correspondante pour les institutions catholiques ;
2° Dans ie cas d’une séparation complète, tous les autres articles du budget de l'instruction publique seront partagés #ntre les catholiques et les protestants, d’après le chiffre des populations respectives.—(Le résultat serait le même que celui qui vient d'être indiqué.)
8° Pour mettre fin à certains doutes, quant aux droits des propriétaires non-résidents, le mot «contribuables» est substitué au mot «habitants ;»
4°. Les taxes des corporations etcompagnies doivent
être prélevées par les commissaires de la majorité religiense, mais il doit être fait une part à la minorité, dans la même proportion qu: celle de la subvention du gouvernement. Les corporations religieuses ou de charité ne sont tenues de contribuer qu’à raison des propriétés immobilières qu’elles possèdent pour s’en faire un revenu, et toutes leurs taxes vont aux écoles de leur croyance ;
5e Les minorités religieuses de deux municipalités adjacentes peuvent s'unir et n’entretenir qu’une seule école située près de leurs confins ;
6° Tout chef de famille appartenant à une minorité religieuse qui n’aura pas pu établir d'école dissidente dans la municipalité, pourra contribuer à celle d’une municipalité adjacente, pourvu que cette municipalité ne soit pas éloignée de son domicile de plus de trois milles. Cette disposition est semblable à celle . qui existe dans la loi de la province d’Ontario ;
7° La laxe des écoles dans les cités de Québec et de Montréal se répartit entre les bureaux des commissaires d'écoles catholiques et protestants, d'après la valeur totale de la propriété foncière possédée par des catholiques ou par des protestants, avec les mêmes dispositions que ci-dessus, quant aux compagnies et corporations. En même temps la part de la subvention du gouvernement dans ces villes, qui avait été considérablementlimitée, fut rétablie d'après le chiffre de leurs populations, et il fut enjoint aux commis-
saires, qui n'étaient tenus de prélever qu’une somme égale par cotisation foncière, de prélever à l'avenir une sorame triple.
Cette disposition de la loi, quoique mitigée par une législation subséquente, en ce qui concerne la cité de Québec, n’y a encore reçu qu'un bien faible commencement d'exécution, et il en résulte que, tandis que les commissaires d'écoles catholiques de la cité de Montréal disposent de $9,489 de subvention du gouvernement et de $24,999 de taxes municipales, en tout $34,488, les cathoïiques de Québec n'ont que $4,677 de subvention et $5,999 de taxes, en tout $10,676. D: même, tandis que le bureau des écoles protestantes de Montréal dispose de $3,558 de subvention et de $27,999 de taxes, en tout $31,557, celui de Québec ne peut compter que sur $742 de subvention et $2,344 de taxes, en tout $3,086. Cette différence est beaucoup plus grande que celle qui existe entre la population et les ressources des deux cités.(1)
Les commissaires d'écoles de Montréal, tant catholiques que protestants, ont profité de ce surcroît de ressources, elils ont, au moyen d'emprunts que loi leur permeltait de faire, élevé plusieurs maisons
(1) Dans ces chiffres extraits des rapports ofliciels, il n’est point tenu compte des rétributions scolaires payées par les élèves de ces écoles, lesquelles se trouvent comprises dans un chiffre total renfermant aussi un état approximatif des rétributions payées par les élèves des écoles indépendantes,
d’école qui sont peut-être les plus belles et les plus complètes qu'il y ait sur ce continent. Un de ces édifices, occupé par l'académie commerciale catholique, n'a pas coûté moins de $100,000. L'établissement lui-même est calqué sur les programmes des écoles commerciales les plus en renom, et possède un corps nombreux de professeurs libéralement rétribués à la tête desquelles se trouve M. Archambault, ancien élève de l’école normale Jacques-Cartier.
L'édifice a un développement de 170 pieds sur 45 et est, sous tous les rapports, un véritable modèle du genre. L’inauguralion solennelle en fut faite le 19 juin 4872, par Lord Lisgor, alors gouverneur-général du Canada, et par le ministre de l'instruction publique. (1) .
La cité de Québec possède aussi une académie commerciale tenue sur untrès-bon pied par les frères des Ecoles Chrétiennes et subventionnée par le gouvernement.
Le gouvernement fit aussi ouvrir, sous le contrôle de la chambre des arls et manufactures, des écoles de dessin et des cours d'instruction élémentaire et
(1) Cette institution, à laquelle a été annexée une école des sciences appliquée aux arts, sous le nom d'Æco'e polylechnique, fait le plus grand honneur aux commissaires. Pour reconnaitre leur zèle et leurs sacrifices, le gouvernement a& dernièrement : appelé au conseil de l’Instruction publique un d’entre eux, M. P.-S. Murphy, qui avait pris une très-grande part à toutes ces améliorations,
pratique dans les cités de Québec et de Montréal, A Montréal, des cours publics de chimie appliquée aux arts se donnent à l’école normale Jacques-Cartier, sous le patronage de la chambre des arts et manufactures.
Enfin, on passa des lois pour l'établissement d'écoles de réformes et d'écoles d'industrie destinées, les premières aux jeunes délinquants, et les autres à l'éducation des enfants exposés au mal, ou dont les parents font partie de ce que l'on est convenu d’appeler en Europe les classes dangereuses de la socrété. La législation criminelle, qui est du ressort du gouvernement fédéral, fut modifiée, à la demande du gouvernement local, de manière à faciliter l’établissement de ces institutions. On ouvrit une école de réforme et deux écoles d'industrie pour les filles, la première à Québec, sous la direction des religieuses du Bon-Pasteur, les deux autres, l’une à Lévis, dirigée par les Sœurs de Charité, et l’autre à Montréal, par les Sœurs du Bon-Pasteur. Enfin, une grande prison ou école de réforme pour les garçons a été élablie à Montréal et confiée aux soins des Frères de la Charité dont la maison-mère est à Gand, en Belgique, ct qui ont depuis quelques années, fondé une branche de leur ordre en Canada, Cet établissement est trèsconsidérable. On y a introduit l'étude et la pratique des arts et métiers et de l’agriculture : il est entrelenu au moyen d'un contrat passé avec le gouverne-
ment local qui paye une pension aux Frères pour chaque délinquant. Une maison du même genre a été ouverte pour les protestants à Sherbrooke, dans les cantons de l’est. L’inspection de ces institutions, ainsi que celle des prisons, hôpitaux, asiles d’aliénés etc., est confiée à une commission dont fait partie un des officiers du ministère de l’Instruction publique.
La première administration provinciale dont nous venons de raconter brièvement les actes, en ce qui a trait à l'instruction publique, eut aussi à défendre deux des moyens d’actionsles plus importants de tout système d'instruction vublique, les écoles normales et l'inspection des écoles. A l'égard des écolesnormales, il fut démontré que leur fonctionnement avait été aussi avantageux ici que dans tout autre pays, et que la proportion d’anciens élèves, qui se livrent à l’en-. seignement est même plus considérable qu'on n’aurait droit de espérer, si l’on tient compte de la. modicité des traitements payés aux instituteurs. Pour ce qui est de l'inspection des écoles, une proposition formelle de l’abandonner que fit l’opposition, fut retirée, le ministre de l’Instruction publique ayant prouvé la nécessité de son maintien par . l'exemple de tous les autres pays, et ayant promis de remédier aux défauts qui nuisaient à l'efficacité de ce service, dès que les finances de la province permettraient de l’organiser sur une nouvelle base qui, . Pour être plus. satisfaisante, serait aussi plus coû-
* teuse. Pour préparer cette importante mesure le ministre se fit autoriser à convoquer les inspecteurs d'écoles en conférence et à leur payer leurs frais de voyage.
Plus tard et avant de mettre ce projet à exécution, il résigna ses fonctions pour ‘accepter la charge de président du Sénat fédéral et fut remplacé par l’honorable Gédéon Quimet, qui avait fait partie du cidevant cabinet, dès son origine, comme procureur: général, et qui fut chargé de former la nouvelle administration.
Le nouveau ministre, dans son premier rapport annuel, s’exprimait comme suit :
« J'ai cru devoir donner effet au projet arrêté, dès l’année dernière, par mon prédécesseur, de réunir en conférence les inspecteurs d'écoles, afin de traiter, de concert avec eux, de tout ce qui pouvait ‘tendre à améliorer notre système scolaire et à le rendre plus efficace. Je les ai, en conséquence, réunis le 19 août dernier, et nous avons discuté ensemble clause par clause les diverses lois passées à différentes époques concernant les écoles, dans le but de les refondre en une seule loi avec les amendements et additions jugés nécessaires après mûre délibération. J'ai pu, dans ces diverses discussions, me mettre au courant de l’état réel de nos écoles, et me convaincre que notre système d'éducation ne laisse pas que d’être assez satisfai-
sant. Je dois déclarer. aussi que j'ai trouvé chez tous les inspecteurs beaucoup de zèle et de bonne volonté, et j'ai lieu de croire qu'ils sont tous sortis de cette conférence avec la résolution de travailler plus énergiquement que jamais à l’accomplissement des devoirs importants de leur charge. J'ai pu aussi me convaincre que le chiffre de leurs traitements, en général, n’est pas suffisamment élevé, maintenant surtout que la vie cst si chère, et je suis d'avis que, pour avoir et conserver des officiers efficaces, il faut rétribuer leurs services de . manière à ce qu'ils puissent vivre honorablement, et consacrer tout leur temps à l'exercice des fonctions qui leur sont attribuées, » . . . . . . . . ..
« Un autre point sur lequel je désire’ attirer l'attenlion publique.—Il suffit de le nommer pour en faire connaître l'importance.—C'est une école des sciences appliquées aux arts. Il n’en existe encore aucune pour la population française ; mon prédécesseur avait tenté d’en établir une ; mais elle n’a pu être continuée.: La population anglaise est mieux partagée que nous sous ce rapport. M. le principal Dawson, de l’université McGill, avec le zèle et l'habileté qui le caractérisent, a réussi à fonder une semblable école dans celte universilé, et les succès obtenus durant une première année
permettent d’augurer très-favorablement du bien que produira cette nouvelle institution.
« J'ai le projet d'en ouvrir sous peu une du mêmé genre pour Ja population canadienne-française, et j'ai tout lieu de croire que je pourrai y parvenir. . .
«Un autre point sur lequel je tiens à attirer l'attention du pays, et dont tout le monde reconnaîtra l'importance, c’est l’urgente nécessité qu’il y a de fonder des bibliothèques publiques. Nul doute, ‘en effet, qu'un certain nombre de volumes bien choisis, mis à l'usage de chaque paroisse, offriraient, entr'autres fésultats désirables, celui d’em- ‘pêcher que les jeunes gens n'oublient ce qu'ils ont appris à l’école, et de les porter même à agrandir le cercle de leurs connaissances. Je ne puis donc trop encourager l'établissement de ces biblio- . thèques, et je n'hésite pas à affirmer qu’en y mettant un peu de bonne volonté on trouverait, dans un grand nombre de localités canadiennes, les moyens d'arriver à ce but. Comment veut-on que l'enfant n'oublie point ce qu'il a appris à l’école, si on ne lui donne pas, dès qu'il en est sorli, des livres qu'il puisse lire avec plaisir et profit ?
«En composant ces bibliothèques de quelques bons ouvrages d'agriculture et d’horticulture, d’abrégés d'histoire relatifs aux différents peuples tant anciens que modernes, de récits de voyages, de
traités des arts et métiers, de livres de morale pratique et de saine littérature, on serait sûr d'avoir satisfait à un de nos besoins les plus pressants, si l'on veut que l'éducation populaire puisée à l’école produise quelque résultat vraiment durable et digne des sacrifices qu’elle impose,
« Je me propose donc de demander à l'assemblée législative, lors: de sa prochaine session, un crédit destiné à aider à la formation de ces bibliothèques, et si, comme j'ose l’espérer, ma demande est favorablement accueillie, d’aviser sans retard au mode le plus profitable pour l'avancement de nos écoles de faire la distribution de ce. crédit, distribution qui aura lieu probablement en livres, entre chacune des paroisses de la province.
« Je pense à ce sujet qu'il serait fort à propos qu'ici, comme dans le Haut-Canada, on établit un dépôt de livres d'école, cartes géographiques, livres de lecture pour les bibliothèques, etc., dont l’écoulement pourrait s'effectuer à des prix très-réduits, le département ne tenant qu'à se rembourser du coût de ses achats, lesquels seraient toujours au plus bas taux, grâce aux quantités considérables qu’il prendrait à la fois.
« Déjà mon prédécesseur a tenté d'établir le dépôt dont je parle. Mais il s’est trouvé arrêté dans ses vues par un certain esprit d'opposition contre lequel il n’a pas cru devoir lutter ouvertement,
persuadé que le public intéressé dans la question viendrait bientôt à comprendre tous les avantages d’une telle innovation. Le fait est là devant nous pour le prouver, et c’est à cela que le Haut-Canada doit en grande partie le succès de ses écoles.» . . .
La question de l’ancienne dette provinciale ayant élé réglée par le gouvernement fédéral, M. Ouimet se trouva en position d’exéculer quelques-uns des projets qui viennent d’être mentionnés. Il parvint à établir une école des sciences appliquées aux arts en rapport avec l’Académie commerciale catholique de Montréal, dont nous avons déjà parlé ; il fit voter une somme pour la création des bibliothèques de paroisse ; et il avait préparé et fait imprimer un projet de loi résumant et modifiant toute la législation de l'instruction publique, lorsque, le 8 août 1874, il fut forcé par une crise politique de remettre son portefeuille. L'honorable M. de Bourcherville, qui avait été membre du conseil exécutif et président du conseil législatif sous la première administration, fut chargé de former le nouveau cabinet et devint secrétaire provincial et ministre de l’Instruction publique, le 23 septembre.
Ayant ainsi résumé l’histoire de l'instruction publique dans la province de Québec depuis les premiers temps de la colonie, nous allons jeter un coup d'œil sur Ja statistique des institutions d'enseignement,
nous appuyant principalement sur le dernier rapport officiel pour l’année 1872-73, lequel étant un rapport triennal est plus détaillé que le rapport annuel et forme plus de 600 pages grand in-8°.
: D'après ce rapport, le nombre total des écoles et des institutions d'enseignement de tout genre, qui en 1853 n’était que de 2,352, était en 1873 de 4,063. Le nombre total des élèves, qui en 1853 n'était que de 108,284, s'élevait en 1873 à 226,719; ce qui donne un accroissement de près du double dans le ‘premier cas, et de plus du double dans le second cas, dans un espace de vingt années. Nous avons ici cependant à faire la même remarque que lorsqu'il s'agissait de la province d'Ontario. Le chiffre fourni par le recensement comme étant celui des enfants fréquentant les écoles à un jour donné, était en 1871 de 185,306, tandis que le chiffre du nombre total d'élèves inscrits comme ayant fréquenté les inslitutions d'éducation pendant l’année était de 223,014, laissant une différence proportionnellement la même que pour Ontario et qui s'explique de la même manière.
Les institutions sont classées en cinq grandes divisions : 1° les écoles supérieures ou universités, 2° les écoles secondaires, 3° les écoles normales, 4° les écoles spéciales, 5° les écoles primaires.
Dans la première classe se trouvent trois universités, l’université McGill, protestante sans distinction
de secte, celle de Lennoxville, anglicane, et enfin l’université Laval, catholique romaine.
L'université Laval a été fondée en 1852 par le sémigaire de Québec, qui, on l’a vu plus haut, est la plus ancienne des institutions d'éducation qui existent actuellement au Canada. Sa charte lui a été accordée par le gouvernement impérial, sur la recommandation de Lord Elgin, alors gouverneur-général du Canada.
Cette institution ne fait qu’un avec le grand el le petit-séminaire de Québec, le premier alimentant la. faculté de théologie, et le second les autres facultés. Il y a de plus deux autres grands séminaires, ceux de Sainte-Anne Lapocatière (diocèse de Québec) et de Saïnt-Germain de Rimouski, dans le diocèse de ce nom, et cinq autres colléges ov petits séminaires affiliés. L'archevêque de Québec est visiteur d'office. Le supérieur du séminaire de Québec est de droit recteur. Le conseil universitaire se compose du recteur, des directeurs du séminaire et des trois plus anciens professeurs de chaque faculté. Les degrés sont ceux de bacheliers, de licenciés ou maîtres et de docteurs. La faculté des arts se divise en deux sections, celle des sciences et celle des lettres. Les bacheliers ou licenciés, qui ont réussi dans les deux sections, portent le titre de bacheliers ou maîtres-ès-arts. Ceux qui n’ont subi l’examen ou réussi que dans une section, sont bacheliers ou maîtres-és-lettres ou éssciences, suivant le cas. Les examens et toutes les
conditions d'admission sont extrêmement sévères. Dans les 18 années qui s'étaient écoulées depuis la création de l’université jusqu’à 1874, il n'avait été fait que 61 bacheliers-ès-sciences, 41 ès-lettres, 82 ès-arts, 76 cn médecine, 76 en droit et 27 en théologie—34 licenciés-ès-arts, 67 en médecine, 12 en droit et 6 en théologie—1 docteur-ès-sciences, 2 docteurs-ès-lettres, 41 en médecine, 12 en droit et 9 en théologie. La faculté de théologie avait, en 1873, 5 professeurs et 54 élives; la faculté de droit, 5 professeurs et 37 élèves; la faculté de médecine, 9 professeurs et 88 élèves; la faculté des arts, 19 professeurs et 97 élèves, Les cours des diverses facultés sont suivis aussi par un grand nombre d'élèves non-inscrits, et il se donne de plus des cours publics fréquentés par la jeunesse et même par les hommes les plus instruits d’un âge plus avancé.—Les savantes conférences du regretté M. Ferland ont servi de base à son Histoire du Canada, et dernièrement celles de l'abbé Bégin, sur l’histoire ecclésiastique, et de M. l'abbé Paquet, ont été publiées en volumes appréciés favorablement par les journaux et par des revues européennes. (!)
Plusieurs prix ont été institués, l’un par S. A. R. le prince.de Galles, d’autres par les D" Morrin et Sewell, par l'abbé O’Reilly sous le nom de prix
(1) M. l'abbé Brunet professeur de botanique, a aussi publié plusieurs ouvrages remarquables dans sa spécialité.
Demers, ‘un autre enfin, par Lord Dufferin. L’université elle-même a fondé un concours d’éloquence et un concours de poésie qui alternent l’un avec l'autre tous les deux ans. Les prix sont des médailles d’or, d'argent et de bronze. Le sujet du premier concours de poésie était «La découverte du Canada», celui du second «Hymne national pour le jour de la St. Jean-Baptiste». M. Pamphile Lemay, qui a remporté le premier prix dans ces deux concours, a publié ses poèmes en un volume. (1)
Les édifices du séminaire de Québec et de l'université occupent un des endroits les plus importants de la vieille cité, et couvrent avec la cathédrale. et le palais de l'archevêque la plus grande partie, du terrain que Louis Hébert, le premier colon du Canada, commença à défricher, en 1617. Le séminaire est un corps de bâtiments d’ancienne et pittoresque structure ; l'université proprement dite, le pensionnat et l’école de médecine sont bâtis dans le goût moderne ; mais malheureusement on a été forcé de les entasser dans un éspace étroit qui n’a pas permis de leur donner tout le développement nécessaire. Comme œuvre d'architecture, ils laissent beaucoup à désirer; mais comme distribution intérieure et installation,
(1) « Deux poëmes couronnés par l’université Laval», 1 vol. in-8, Québec, 1870. M. Lemuy est aussi l’auteur de plusieurs autres volumes de poésie, entr'autres d’une excellente traduction en vers du poëme d’Evangéline, par Longfellow, qui a eu deux éditions,
ils peuvent soutenir la comparaison avec ce qu’on trouve de mieux en Europe. Ce sont des masses imposantes, quoique dépourvues d'ornement. ({)
Le cabinet de physique et le laboratoire sont trèscomplets ; le musée d'anatomie et celui des instruments de chirurgie sont certainement au nombre des meilleurs qu’il y ait en Amérique. Les collections de géologie, de minéralogie et de botanique surtout en ce qui coñcerne ie Canada, sont très remarquables. La collection de zoologie est moins avancée ; mais elle se forme assez rapidement. Les cabinets de médailles et d'estampes sont déjà considérables. Il y a un très-curieux musée ethnologique dont un département dû aux tfavaux et à la libéralité de M. Charles Taché, ancien professeur de physiologie et aujourd'hui député- ministre de l'agriculture à Ottawa, est unique en son genre. C'est une collection de crânes et d'objets trouvés dans les tombeaux de l’ancien pays des Hurons, à l'extrémité de la province d'Ontario.
La bibliothèque renferme près de 60,000 volumes : elle a été formée avec le plus grand soin. La partie américaine él canadienne est une des plus riches que l'on puisse trouver, grâce aux belles collections que
(1) Ontermine en ce moment la construction d'un nouveau toit, style renaissance, surmonté d’un dôme et de deux petits clochers : grâce à cette amélioration, cet édifice a maintenant un extérieur plus élégant.
M. Faribault et M. l'abbé Plante, deux bibliophiles canadiens, ont léguées à l’Université.
On vient d'inaugurer solennellement une galerie de tableaux, qui se compose principalement d’une partie de celle qui avait été formée autrefois par M. Légaré, artiste canadien. Elle renferme plusieurs originaux des maîtres italiens, français et hollandais etun grand nombre de peintures canadiennes qui, indépendamment de tout autre mérite, awwont toujours une certaine valeur historique. La chapelle du séminaire, la cathédrale et l’église des Ursulines renferment d'excellents tableaux qui furent apportés dans le pays à l’époque de la révolution française ; on y remarque plusieurs toiles de Philippe de Champagne. Sous ce rapport, Québec est une des villes les mieux dotées de l'Amérique.
L'université a aussi les portraits de ses premiers recteurs, M. Casault qui, après Mgr. de Laval, peut en être considéré comme le fondateur, M. Méthot et Mgr. Taschereau, aujourd'hui archevêque de Québec, ainsi que de ses principaux professeurs et bienfaiteurs. M. le grand-vicaire Hamel, rest de physique, est le recteur actuel.
Considérée comme ne faisant qu'un avec le séminaire de Québec, possédant d'immenses propriétés et se reliant par la tradition aux premiers temps de la colonie, l’université Laval est bien. une des plus vénérables et des plus puissantes institutinns d'édu-
calion de l'Amérique. Non-seulement le séminaire de Québer et l’université n’ont jamais demandé de subvention. «u gouvernement ; mais ils les ont refusées lorsqu'elles étaient offertes. Tout se fait à l'aide-des revenus légués par Mgr. de Laval, et par d'autres bienfaiteurs.
Depuis un certain nombre d’années, l'évêque de Montréal a agité la question de la création d'une autre université catholique dans sa ville épiscopale. L'université Laval s’y est opposée, prétendant que l'élément catholique de la province ne saurait entretenir deux universités sur un pied convenable. La question s'est discutée et se discute encore à Rome ; car si l’univérsité Laval est établie par une charte de Sa Majesté la Reine Victoria, sa faculté de théologie n'existe qu’en vertu d’un indult du Souverain Pontife, qui a aussi accordé aux élèves de l’université trois indulgences plénières annvelles.
Cependant plusieurs des professeurs de la faculté de droit et de médecine et le doyen de cette dernière sont protestants, indices évidents de la bonne harmonie qui règne entre les divers éléments de la population.
L'université McGill, dont nous avons déjà parlé, a été fondée en 1827. Le gouverneur-général en est le visiteur ex-o/ficio ; elle est adminis(rée par un corps de douze directeurs nommés par l'exécutif. Elle n'a point de faculté de théologie. La faculté de
droit avait, en 1873, 12 professeurs et 42 élèves ; la facu!té de médecine, 12 professeurs et 130 élèves ; la faculté des arts, 10 professeurs et 290 élèves. Quoique l'institution soit anglaise et protestante, plusieurs des professeurs de la faculté de droit sont des Canadiensfrançais. Le principal, M. Dawson, a une réputation européenne, comme géologue. 1l est à la tête de cette institution depuis vingt ans, et il a donné une trèsgrande impulsion à la faculté des arts, qui avant lui était languissante. Un lycée (high school), une école des sciences appliquées aux arts, une école normale, des écoles-modèles et une salle d'asile sont établis comme autant d’annexes de l'université. Les édifices sont {rès-considérables. Ceux de l’université proprement dite, occupent un site élevé, près de la montagne de Montréal: les autres sont dans la ville. Les musées et la bibliothèque, quoique moins complets qu’à l’université Laval, sont sur un très-bon pied. La bibliothèque renferme 10,700 volumes. Depuis Ja fondation de cette institution, il s'y est donné 42 diplômes de docteur en droit, et 202 diplômes de bachelier dans la même faculté ; 674 diplômes de docteur en médecine, 74 de maître-ès-arts et 172 de bachelier ès-arts ; 11 de bachelier-ès-sciences pratiques et 16 de génie civil.
Indépendamment du legs de M. McGill, consistant en biens-fonds dont la valeur est maintenant très considérable, l'université McGill a reçu des dons
et des fondations particulières d’un grand nombre d’autres bienfaiteurs. Les riches marchands de Montréal se sont vraiment distingués à cet égard. M. William Molson a bâti une aile de l’université, qui porte son nom; quatre chaires d'enseignement ont été dotées par des particuliers, à raison de $20,000 pour chacune ; plus de 20 bourses, à raison d'au moins $100 annuellement pour chacune, ont été fondées dans les diverses facultés et se donnent au concours, . sous le nom des fondateurs ; 8 médailles d'or ont aussi été fondées et se distribuent chaque année de cette manière ; enfin, les souscriptions pour payer les dettes de l'institution, pour ajouter à sa dotation et pour divers objets accessoires se montaient, en 1874, à plus de $65,000. Cette université reçoit de plus du gouvernement provincial une subvention annuelle d'environ $1,700, et elle en a reçu à diverses reprises des sommes beaucoup plus considérables, soit pour aider à Ja construction des édifices, soit pour payer les dettes contraclées à différentes époques.
Comme nous l'avons dit plus haut, une troisième université connue sous le nom de « Bishop’s College, » à Lennoxville, dans les cantons de l’est, est placée sous le patronage et la direction de l'église anglicane. Elle a été fondée en 1843 par l'évêque Mountain. Elle possède une faculté de théologie qui compte 5 professeurs et 54 élèves, une faculté des arts qui a 9 professeurs et 88 élèves, et depuis peu une faculté
de médecine. L'université Victoria, de la province d'Ontario, s’est aussi affiliée l’école de médecine canadienne de Montréal, qui est maintenant une de ses facultés. Cette école, qui existe depuis trèslongtemps, a 5 professeurs et 106 élèves, tous catholiques et Canadiens-français ; leur affiliation à une université méthodiste n’est que provisoire et résulte des difficultés qui existent au sujet de l’établissement d’une université catholique à Montréal. Le nombre total des professeurs des universités est de 77 et celui des élèves de 798 ; et, en tenant comple des deux facultés de médecine dont nous avons parlé et dont une n’est point rapportée, tandis que l’autre est classée parmi les écoles spéciales, on peut dire : 87 professeurs ct 958 élèves.
Parmi les institutions affiliées à l’université McGill se trouvent le collége de Saint-François, à Sherbrooke, et le collége Morrin, à Québec. A ce dernier est adjointe l'école de grammaire fondée par M. Wilkie, dont nous avons parlé plus haut et qui a pris le nom de higk school ou lycée. Elle est depuis longtemps dirigée par son neveu, qui s’est montré son digne et zélé continuateur. Le collége Morrin est installé dans }'ancierne prison de Québec, qui a été transformés pour cet objet: on y a placé la bibliothèque et le musée de la Société littéraire et historique de Québec, qui y tient ses séances.
Cette institution, destinée aux protestants de la
ville et du district de Québec, est due aux legs considérables faits par feu le D' Morrin, et au zèle déployé par le D' Cook, l’un des principaux ministres de l’église presbytérienne. (1)
La seconde division du tableau, celle des écoles secondaires, contient dans une première section la statistique des colléges classiques, dont 14 sont catholiqnes et 6 protestants. Les colléges classiques catholiques ont 235 professeurs et 2,925 élèves. Presque tous sont des petits séminaires diocécains , ou les anciennes fondations déjà mentionnées. Les plus récemment établis sont ceux des Trois-Rivières, de Rimouski, de Sorel et de Chicoutimi. Les professeurs et les élèves de ces deux derniers ne sont pas compris dans le rapport. Quatre des lycées ou colléges protestants sont affiliés à l’université McGill ; un autre fait partie de l’université anglicane de Lennoxville ; le sixième établi à Stanstead est en rapport avec l’église Wesleyenne. Le nombre total des professeurs est de 32, celui des élèves de 825, non compris le nombre des professeurs'et des élèves du collége de Stanstead.
A l'exception des anciens séminaires de Québec et de Montréal, toutes ces institutions sont subvention. nées par le gouvernement. Les colléges classiques
(1) Le D: Morrin a donné sa bibliothèque médicale à l’université Laral, et y a fondé des prix qui portent son nom.
catholiques ont reçu, en 1873, 416,235 ; les colléges protestants, $3,733.
La seconde section comprend les colléges industriels. On a donné ce nom à des institutions dont plusieurs ont été fondées avec la prétention d'être des colléges classiques, tandis que d'auires ont été établies dans l'intention expresse de remplir la lacune qui existait entre les institutions d'alors et les simples écolés. Depuis un assez long espace de temps, l’encombrement des professions libérales avait porté à modifier les études sous ce rapport et à préparer spécialement des jeunes gens pour le commerce ou l'industrie ; mais ce changement s’exécutant avec l’aide, plutôt que sous le contrôle du gouvernement, il y a eu beaucoup d'irrégularité et de fluctuation dans le caractère de l’enseignement de plusieurs de ces maisons. Des colléges classiques, pour suivre le mouvement, ont aussi établi des cours commerciaux séparés, avec plus ou moins de succès’. Parmi lés maisons qui ont eu récours à ce moyen, se trouvent en première ligne le collége de Sainte-Anne, dans le diocèse de Québec, et le collége Sainte-Marie, dirigé par les Pères Jésuites à Montréal.
Il y a 15 collèges industriels catholiques avec un total de 149 professeurs et de 2,661 élèves, et 1 collége industriel protestant, avec 4 professeurs et 159 élèves. Les subventions des colléges industriels ‘ catholiques, pour 1873, ont été de $4,576, et la :
subvention du côllége industriel protestant a été de #184.
‘ Les académies, dans le dernier rapport triennal,
sont classées dans la troisième division, mais comme elles ont été comprises à la récapitulation finale dans les écoles secondaires, nous les y laisserons. Elles en formaient précédemment la troisième section.
Les académies de: garçons ou mixtes sont principalement situées dans les cantons de l’est ; elles ont leur origine dans le désir qu’avaient eu autrefois les populations protestantes de ces localités de suppléer à l'absence. de:coiléges classiques. On y enseignait le grec et: le latin,:et.c'est surtout: pour:cette raison que d’après les réglements pour l'admission à Fenseignement, les candidats au diplôme: pour académie, doivent pouvoir traduire du grec les Fables d'Esope, et du:latin les Commentaires de César.
Il y avait, d’après le rapport, 31 académies catholiques de garçons ou mixtes ; —une d'elles, celle de Sorel, a été depuis érigée en collége classique ;—elles ont 106 professeurs et 4,074 élèves, dont 230 seulement sont des filles. Les académies protestantes de garçons ou mixtes sont au nombre de:29 ; elles ont 59 professeurs où institutrices et 2,175 élèves, dont 996 sont des filles.
Il y a 74 académies de’filles, toutes catholiques, et jà plupart sont des pensionnats dirigés par des communautés religieuses de femmes. Le nombre total
des institutrices est de 611, cebui des élèves de 13,162.
Les académies de garçons ou mixtes catholiques ont reçu, en 1873, une subvention totale de $6,714 ; les académies protestantes en ont reçu une de $3,411, et les académies de filles $9,419.
Il y a, comme nous l'avons déjà fait observer, trois écoles normales : l’école normale MeGill, l'école normale Jacques-Cartier, toutes deux à Montréal, et l’école normale Laval à Québec.
Les deux-dernières écoles ont des pensionnats, A l'école normale Jacques-Cartier, il n’y a eu jusqu'à présent que des garçons. Il y avait en 1873-74, 43 élèves-instituteurs à l'école Jacques-Cartier, 6 élèves instituteurset 106.élèves-institutrices à l'école MeGill, et 43 élèves-instituteurs et 56 élèves-institutrices à l’école Laval ; total pour les trois écoles : 254. Le nombre total des élèves des écoles-modèles annexes
est de 869, dont 484 garçons et 385 filles.
L'école normale Laval a deux pensionnats distincts,
. l'un pour les garçons, l’autre pour les filles ; ce der- - nier est confié aux religieuses Ursulines, et. les cours de l’école normale:se. donnent. par les professeurs, au monasière, Les religieuses. sont aussi chargées d’une partie de l’enseignement, ainsi que de l’école- . modèle annexe pour les pelites filles. Ces dispositions tiennent aux idées différentes. des deux sections de la population. Le clergé catholique, qui a donné
son concours à la formation des deux écoles catholiques, l’a fait à la condition de l'établissement de pensionnats et de la séparation des sexes.
Lé nombre total des professeurs, instituteurs et institutrices dans les trois écoles est de 43.
L'école MeGill est unie à l'université de ce nom, et M. Dawson dont nous avons parlé plus haut en fut le principal depuis sa créatiqn jusqu'à l’année 1872, époque à laquelle il fut remplacé par M. Hicks, longtemps professeur dans cette institution.
L'Université Laval a refusé de prendre sous son contrôle l'école normale qui porte ce nom. Cependant lé premier principal a été Mgr. Horan, secrétaire de l'Université, devenu depuis évêque de Kingston. M. Horan était connu dans le monde scientifique par des travaux sur l’histoire naturelle. Son premier successeur, Mgr. Langevin, auteur d’un traité de pédagogie et de plusieurs autres ouvrages, est devenu évêque de Rimouski ; M. l'abbé Chandonnet et M. l'abbé Lagacé, hommes également distingués dans les sciences et dans les lettres, sont venus après lui. M. l'abbé Verreau est dépuis le commencement, le principal de l'école normale Jacques-Cartier ; il a pour assistant M l'abbé Godin, qui est chargé particulièrement de l’enséignement de l’agriculture. M. Godini a été envoyé en Europe, visiter les établissements d'éniseignemerit'agricole. M. Verreäüi, distingué
-par ses travaux historiques et archéologiques, a été
aussi chargé d’une mission en Europe par le gouvernement fédéral. Tous ces choix prouvent que le clergé catholique a tenu à honneur de placer des sujets de la plus grande capacité à la tête de ces institutions. A l'exception de deux maîtres d’études ou surveillants, tout le reste du personnel est laïque. Plusieurs professeurs, entre autres MM. Toussaint,
Devisme, Lacasse, Juneau et Cloutier, ont publié des ouvrages pédagogiques.
Les diplômes sont délivrés aux élèves, après des examens très-sévères, fails par les professeurs, sous la présidence du principal. Ces examens se font partie oralement et partie par écrit. Dans chaque école, il a été fondé un prix annuel par Son A. R, le prince de Galles, pour lequel iln'y a que les élèves parvenus à un certain degré de mérite absolu qui peuvent concourir.
Le programme des études de l’école normale Laval est comme suit :
« Département des instituteurs. :
« Elèves de troisième année. Instruction religieuse, logique, grammaire Jaline, versions latines, analyse latine, algèbre, trigonométrie, dictée française, littérature, histoire générale, enseignement théorique et pratique, lecture à haute Voix. à € Elèves de, deuxième. année. — Instruction. religieuse, enseignement théorique et pratique, dictée française, analyse grammaticale, analyse logique,
littératare, mythologie, géographie, histoire du Canada, histoire de France, histoire d'Angleterre, alcul mental, arithmétique, tenuë des livres, algèbre, géométrie, astronomie, physique, chimie, calligraphie, lecture à hauie voix.
« Elèves de première année.—Instruction religieuse, enseignement théorique el pralique, dictée française, analyse grammaticale, histoire sainte, histoire du Canada, calcul mental, arithmétique, tenue des livres, géographie, physique, er calligraphie, lecture à haule voix.
« Tous les élèves réunis.— Lecture anglaise, grammaire anglaise, dictée anglaise, analyse grammaticale anglaise, traduction du français en ariglais, traduction de l'anglais en français, solfége, piano et orgue, exercices militaires, quelques leçons sur l'histoire nalurelle et sur les usages de la hanne compagnie.
« Département des institutrices.
” « Elèves de deuxième année.—Instruction religieuse, histoire de l'Eglise, enseignement théorique et pratique, dictée française, analyse grammaticale, analyse logique, littérature, bistoire du Canada, histoire de France, histoire d'Angleterre, ‘arithmétique, tenue des livres, toisé, leèbre, géographie et usage des globes, agriculture, calligraphie, lecture à haute voix.
* « Elèves de première année. —Instruction oélbeuèé
histoire sainte, enseignement théorique et pratique, dictée française, analyse grammaticale, littérature, histoire du Canada, calcul mentai, arithmétique, tenue des livres, géographie, calligraphie, lecture à haute voix, agriculture.
« Toutes les élèves réunies.—Grammaire anglaise, analyse anglaise, dictée anglaise, lecture anglaise, traduction, piano et orgue, solfége, dessin, couture, tricot, fleurs, etc., etc. »
Le cours d'études des deux autres écoles ne diffère guère de ce qu’on vient de lire.
11 a été donné dans les écoles normales depuis leur établissement 1,978 diplômes dont 128 pour académies,. 759 pour écoles-modèles et 1,091 pour écoles élémentaires. Ces diplômes ont été obtenus par 684 garçons et 1,294 filles.
L'enseignement est donné gratuitement dans toutes ces écoles. Il est accordé un certain nombre de demi-bourses au concours, lesquelles réduisent le prix de la pension à un chiffre presque nominal. Les élèves doivent s'engager, lors de leur examen d’admission à l'étude, à enseigner pendant au moins trois ans dans une école sous le controle de l'état ou subventionnée par le gouvernement, sinon à payer une amende de $40 en sus du montant de leur demibourse.
Presque toutes les élèves-institutrices enseignent un bon nombre d’années ; plusieurs sont entrées
dans des communautés religieuses où elles ont contribué à introduire les méthodes apprises à l’école normale, et la plupart ne quittent l’enseignement que pour se marier, et l’excellente éducation qu’elles ont reçue cr font des mères de famille bien précieuses pour la société. On s’est ému de ce qu’une assez forte proportion des élèves-instituteurs n'enseignait point ou ne le faisait que pendant un temps assez limité. C'est ce qui arrive dans les autres pays, même dans la province d'Ontario, et un grand nombre de ceux à qui l’on peut dresser ce reproche, sont devenus des marchands, des industriels, des hommes de profession, quelque fois des membres du clergé. Ils se distinguent généralement par leur bonne conduite, et l’état n'a aucun sujet de regretter le coût de l'éducation qui leur a été donnée.
La dépense totale des écoles normales et de leurs écoles-modèles annexes, pour l’année 1873-74, a été de $42,500 ; là-dessus 87,209 proviennent des demipensions payées pour les élèves-maîtres et des rétributions mensuelles fournies par les enfants des écoles-modèles. Ë Û
Les écoles spéciales ne sont pas toutes mentionnées dans le rapport. Ce sont : 1° les écoles des sciences appliquées aux arts, dont nous avons parlé ; l’une est en rapport avec l'Université McGill, l’autre avec l'Académie commerciale de Montréal ; 2° les écoles des arts et manufactures, eu nombre de trois, sous
le patronage de la chambre des arts et manufactures :: 3° deux écoles d'agriculture sous la direction de la chambre d'agriculture, l'une dans la région de Québec et l’autre dans celle de: Montréal ; 4° l'institut des sourds-muets el celui des sourdes-muettes, le premier dirigé par les clercs de St. Viateur, le second par les Sœurs de la Providence à Montréal ; 5° les écoles de réforme el d'industrie dont nous avons déjà fait mention ; 6°-enfin, un institut: des aveugles établi: . à Montréal et confié, ainsi que plusieurs salles d'asile, aux sœurs de Charité®
Les écoles primaires sont divisées en deux classes, les écoles primaires supérieures ou écoles-modèles et les écoles élémentaires. Les écoles primaires supériéures sont'au nombre de 343: elles ont 835 instituteurs et institutrices et 28,588 élèves. : Elles sont dirigées ou par des Frères ou des Sœurs de quelque ordre religieux:(qui par la loi sont exempts d'obtenir des diplômes), ou par des’‘instituteurs ou des institutrices, : munis. du. diplôme pour école- modèle. Reaucoup de ces derniers ont suivi les cours d'une: des écoles normales. Û
Une forte proportion des écoles-modèles: est sous le contrôle des commissaires, et la loi pourvoit à ce. qu'ils aient dangchaque paroisse le pouvoir d'accorder un supplément de $80, à une de ces écoles, en. sus de la part afférente à : l'arrondissement. où elle se trouve située. De plus, la plupart reçoivent du gou-
vernement une:subvention.sur.le fonds dit.de. l’éducalion supérieure. , Le montant de, ces subventions était em 1873, pour les écoles-mogdèles protestantes, de $1,979 ; pour les écoles-modèles catholiques, de $24,239. Les stalistiques détaillées de ces institutions ont.été publiées et-sont comprises, comme. celles des académies et des écoles normales, -dans la récapitulation totale de l'éducation supérieure.
D'après celte récapitulation, il y a dans toutes les institutions qui s'élèvent an dessus de la catégorie des écoles élémentaires, 948 élèves apprenant le grec, . 1,656 apprenant le latin, 5,519 élèves dont la langue maternelle est l'anglais apprenant le français, 17,902 élèves dont la langue maternelle est le français apprenant l'anglais, 142 apprenant l'allemand, 742 la philosophie intellectuelle et morale, 2,046 apprenant l'algèbre, 2,226 la géométrie, 361 la trigonométrie, 346 le calcul différentiel el intégral, 685 la physique, 455 la chimie, 1,727 l’histoire naturelle, 1,491 l'agrieulture théorique, 2,154 suivant un cours commercial spécial, 2,199 apprenant le dessin linéaire. Nous ne mentionnons pas une foule d’autres matières qui offrent des chiffres moins considérables.
La totalité des écoles élémentaires, tant sous le. contrôle, des commissaires qu'indépendantes, est de 3,630 et celle de leurs élèves de 155,916. Le nombre des écoles indépendantes en dehors des villes est très-peu considérable.
La statistique générale des écoles donne pour les matières les plus importantes de l'enseignement les résultats comparatifs suivants, de 1855 à 1873:
1855 18656. 1873 Apprenant la Grammaire bye 8 HET à 23,260 60,753
IS 9,004 | 24,221 295 “ l'Arithmétiquesi simple. Lnéere ue 80,681 64,071 78,799 # com; posé MES OOPOC 22,586 52.892 55.284 Le la Tenue des livres...,,,...46°°.| 1,976 8,970 12,046 64. la OURS «: dns ose sres nee 17,700 49,778 658.261 “ l'Histoire.. rennescensereee] 10,690 | 48,562 6,186
L’augmentalion dans loutes ces matières est proportionnellement bien supérieure à celle du nombre total des élèves.
Le nombre des municipalités scolaires est de 852, celui des arrondissements de 3,870, contre 523 et 2,722 respectivement en 1858.
L'augmentation des ressources pécuniaires mises à la disposition des commissaires d'écoles esl encore plus remarquable. (Comme elles se comporent, en sus de la subvention du gouvernement, des cotisations imposées sur la propriété foncière par les commissaires d'écoles, lesquelles doivent au moins égaler la subvention, et de rétributions mensuelles que lous les parents sont obligés de payer, que leurs enfants fréquentent l’école ou non, à moins qu'il ne soit prouvé qu'ils fréquentent une institution d'éducation supérieure ou subventionnée par le gouvernement, c'est presque l’équivalent d'un système compulsoire.
Le tableau suivant indique l'augmentation gra-
duelle dans ces diverses sources de revenu scolaire pov” les deux dernières périodes décennales ou à peu près.
Subvention du Cotisations, |, Rétributions. Total.
Gouvernement. 3
A ces sommes il faudrait ajouter celles qui ont été payées par le gouvernement pour les institutions d'éducation supérieure, les écoles normales, etc.
Nos lecteurs trouveront peut-être. cette esquisse un peu longue. Nous avons cru, cependant, que l’histoire qu’elle retrace et les enseignements qu’elle présente trouveraient grâce à leurs yeux. Cette histoire s’étend depuis l’époque des premières missions, et l'établissement d'écoles pour les enfants des Sauvages (il en existe encore qurlques unes entre- … tenues par le gouvernement aux portes de Québec et de Montréal) jusqu'à l’organisation et au développe-. ment d’un système, d'instruction publique. presque aussi complet que celui des pays les plus avancés en civilisation ; depuis les origines canadiennes sous Henri LV, Louis XII, Louis XIV et Louis XV, jusqu'à le eine Victoria ; depuis le grand Roi qui disait : L'Etat, c':st moi, jusqu’au régime constitutionnel le
plus libéral qu'il y ait au monde.—Elle montre comment des populations différentes de langage, de religion, de mœurs sociales, ont pu s'entendre et trouver la solution jusqu'ici la plus heureuse des rapports de l'Eglise avec l'Etat, et des divers cultes les uns avec les autres. Comme nous l'avons vu, l’action du clergé catholique et des communautés religieuses d'hommes et de femmes, qui se trouve à la base du système, ne s’est point déconcertée ni amoindrie par tous les changements qui. ont eu lieu. Elle s’est étendue, au contraire, et s'est développée en parfaite harmonie avec les nouvelles institutions. Aux deux anciennes congrégations de Saint-Sul pice et du Séminuire des Missions étrangères se sont jointes de nombreuses associations de prêtres séculiers qui dirigent la plupart des colléges. Les Jésuites sont revenus et ils ont à Montréal un collége qui rappelle la splendeur de leur ancien collége de Québec. Les Frères des écoles chrétiennes, les Frères de St. Joseph, les Clerés de St. Viateur et les Frères de la Charité venus récemment de France et de Belgique ont ouvert des évoles et même des colléges en plu- ‘sieurs endroits. Aux anciennes communautés de femmes se sont ajoutés au moins dix nouveaux ordres de religieuses enseignantes, les uns arrivés de France, les autres créés'dans le pays. Leur développement n'a pas nui à celui de l'institut de la sœur Bourgeois (la congrégation de Notre-Dame), qui offre un exemple étonnant de vitalité et d'expansion.
L'humble école ouverte à Montréal, en 1657, dans une étable, est devenue le point de départ d’un apostolat religieux, moral et littéraire, qui s'étend aujour: d’hui sur une grande partie de l'Amérique.
Le tableau suivant gst plus éloquent que tous nos vommeñtaires. Il y a plus de 600 de ces religieuses en comptant celles qui. sont chargées d’autres devoirs que de celui de l’enseignement.