POPULATION AU-DESSUS DE 20 ANS
Inca- Pro- Inca- Honmmes.| pables de Femmes. | pables de lire. portion. lire.
Pr pontion.
Ontario ......1 876,581 | 29,406 | 12.77 || 350,085 | 27,973 Quêbec.…........l 265,240 | 107,782 | 92.46 || 268,640 | 84,089
N.-Brunswick.. 67,851 10,197 6.60 64,116 8,805 Nouvel.-Ecosse. 92,092 13,719 6,71 94,277 17,613 POPULATION AU-DESSUS DE 20 ANS.
“Inca- Inca- Hommes.| pables | P'0- || Femmes.| pables | Pr d'écrire, | portion. d’écr.re. portion.
Ontario ..,..,.. 376,581 42,589 8.81 850,085 60,631 6.91 Québoc....,.... 266,249 123,926 2.14 268,649 120,805 2.23
N.-Brunswick..| 67,851 | 13,246 | : 608 64,116 | 14,424 | 4.44 Nouvel.-Koosse.| 92,092 | 18,961 | 4.85 94,277 | 927,661 | 8.42
Il y a tout Keu de croire que ces'chiffres ne son: pas très-exacis en ce qui concerne la province de Québec. La difficulté d’obtenir tous les renseignements statistiques y a toujours été très grande, et cela par suite de raisons qu'il serait trop long d'exposer.
Il faut de plus remarquer que ces chiffres ne font aucune distinction entre les différents âges au-dessus
de vingt ans; mais comme la population elle-même est divisée par groupes d’âge dans le recensement, nous pourrons arriver à trouver approximativement le résultat pour les personnes de 21 à 41 ans (en 1870) qui nous paraissent former la génération sur laquelle notre système d'instruction publique avait pu agir. (!)
On sait que de 1836 à 1841, il y a eu comme une lacune dans notre instruction primaire qui, du reste, n'avait reçu. avant celte époque qu’une faible impulsion.
Ce n’est qu'en 1842 que l’on a recommencé, et les premières années, on peut dire jusqu'à 1850, n’ont pu donner des résultats bien considérables ; c'était le temps des luttes, des procès, des difficultés de tout genre.
Nous sommes donc portés à croire que les troisquarts de la population masculine et les deux-tiers de la population féminine au-dessus de 41 ans (47 aujourd'hui) font partie de ceux qui ont été rapportés comme ne sachant pas lire et ne sachant pas écrire.
£ette supposition, ainsi appliquée à la population au-dessus de 41 ans, donnerait pour résultat pour la population de 21 à #41 ans, en 1870—pour les
(1) Le recensement qui donne la population incapable de lire au-dessus de 20 ans, ne donne les âges que de 16 à 21,— de 21 à 31,—de 31 à 41, ainsi de suite, ce qui fait un écurt d’une année dans nos calculs,
bommes ne sachant pas lire, 4 eur 6.27; pour les femmes, 4 sur 11.40 ; et ne sachant pas écrire, 1 sur 4.98 pour les hommes et 1 sur 4.07 pour les femmes (!). |
En d’autres termes, si notre supposition est correcte, et elle nous paraît très-modérée, il y aurait eu les cinq-sixièmes des hommes et plus des dix-onzièmes des femmes de 21 à 41 ans sachant lire, et environ les quatre-cinquièmes des hommes et les trois-quarts des femmes, dans cette mème limite d âge, sachant lire et écrire.
Il y a aussi une autre remarque que nous ne devons pas oublier de faire, c’est que la différence entre le nombre de ceux qui ne savaient pas lire et le nombre de ceux qui ne savaient pas écrire, était moins grande dans la province de Québec que dans les autres provinces, et notamment que dans la province d'Ontario ; c'est-à-dire que, dans la province de Québec, une plus forte proportion de ceux qui savaient lire, savaient aussi écrire. C’est là un résultat auquel on ne se serait pas attendu.
Du reste, ce n’est pas seulement, comme nous l'avons dit ailleurs, par les chiffres, par le nombre de personnes qui savent lire et écrire tant bien que mal que l’on peut juger de l'instruction réelle d’un peuple, de la force sociale el morale d’une nation.
L'idéal que poursuivent les sociétés modernes : la
(1) Pour cette opération, voir Noles et errata, à la fin du volume. ;
plus grande somme d'instruction possible répandue sur le plus grand nombre d'individus possibles ne doit point faire perdre de vue une chose tout aussi importante, la valeur réelle et la portée morale de celte instruction. Ce: serait la plus désastreuse des illusions si, en poursuivant un objet, qui est bon en Jui-même, on substituait la quantité à la qu'lité el si l'on finissait par établir un niveau de médiocrité générale en supprimant ou en amoindrissant cet espèce d'enseignement qui prépare aux hautes éludes scientifiques et littéraires.
Toutes les provinces de la confédération, comme on a pu le voir, ont paru. jusqu'ici comprendre l'importance d'une grande culture intellectuelle ; Ja province d'Ontario fait de grands sacrifices pour ses collegiate institutes et ses high-schools; et si l’on compare le nombre d'élèves étudiant le grec et le latin dans les deux provinces, on tre‘vera que même en proportion de la population, les études classiques sont loin d'être plus négligées dans l’une que dans l'autre. Dans les plus petites provinces on a déjà. établi des colléges classiques et des académies.
Les résullats généraux de l’Instruction Primaire se font sentir partout dans le développement du commerce et de l'industrie ; mais ily a des circonstances locales qui peuvent aussi contribuer à ce développement ou lui nuire, indépendamment du degré d'instruction des populations. Il n’y a aucun doute,
par exemple, que la plus grande fertilité du sol de la province d’Ontario, que son climat supérieur, l’influence du capital anglais, le développement plus prompt et plus complet des institutions munic pales, ont apporté un concours très-puissant à la prospérité de cette province. ,
Dans là province de Québec, la population d'origine française a pris une plus grande part au mouvement commercial et industriel depuis que les écoles sont meilleures et plus répandues. C’est un fait qu'on ne saurait nier, malgré que l’on puisse désirer davantage encore. Cette part aurait été plus grande si, depuis la conquête, le capital du haut commerce et de la grande industrie n'avait été surtout un capital anglais, passant nécessairement et presqu'exclusivement par des mains anglaises, et si les conséquences de cet état de choses ne continuaient pas à se faire sentir, au moins dans une certaine mesure. Enfin ne seraitil pas juste de tenir compte des dispositions propres à une race plutôt qu’à une autre et que l'éducation peut bien modifier, mais ne saurait entièrement changer ?
Chassez le naturel : il revient au galop. .
L'établissement des académies commerciales, de cours spéciaux dans quelques collèges, l’enseignement plus général de la tenue des livres dans les écoles des campagnes, enfin le succès des écoles des
Frères des écoles chrétiennes dans les grandes viiies de la province dé Québec, ne remontent pas à un grand nombre d'années, et déjà de ces institutions sont sortis beaucoup de jeunes gens qui se sont fait une position dans le commerce, dans les banques, et dans les admirastralions de compagnies, d'associations de tout genre.
Nous avons exposé dans le chapitre consacré à la province de Québec ce qui y a été fait, surtout dans ces dernières années, pour l'éducation dite professionnelle, l'établissement d'écoles des sciences appliquées aux arts, l'ouverture des cours d’adulles pour la préparation aux arts et méliers. L'influence de ces institutions, jointe à celle des colléges industriels et des écoles normales, si bien décrite par M. le Dr. Larue, devra développer considérablement ce que l'on appelle, en Belgique, l’enseignement moyen.
L'amélioration des écoles primaires, l'étude plus générale des hautes branches de l’arithmétique, de la tenue des livres, de l'algèbre, tendent au même but; enfin la Chambre des arts et des manufactures insiste en ce moment auprès du gouvernement pour que l'on rende l'enseignement du dessin obligatoire dans toutes lesécoles. On a vu quele pays le plusjeune de loute la confédération prend des mesures efficaces . pour s'assurer cel avantage, et ce qui n’est pas jugé impossible à la Colombie Britannique pourra au moins être essayé partiellement dans la province de
Québec. La formation d’un musée d'éducation, comme à Toronto, occupe aussi, nous assure-t:on, l’attention du gouvernement.
Sous le rapport de la construction des maisons d'école, de leur ameublement, des cartes, des globes, du matériel scolaire, la province de Québec estencore en arrière. .
Une série d'articles sur ce sujet a été publiée dans les premiers volumes du Journal de l’'Instruction Publique; ils étaient accompagnés de plans de maisons d'école faits pour ce pays, par M. P. L. Morin, aussi d’autres plans empruntés au Haut-Canada ou aux Etats-Unis. On donnait en même temps des dessins des siéges et des pupitres isolés et gradués en usage dans ces pays, et qui sont très-préférables au banc et au pupitre traditionnels, sous le rapport de la santé des élèves et de la discipline scolaire.
Les écoles normales, les grandes écoles des villes, beaucoup de couvents ont adopté ce système; trèspeu d'écoles primaires en dehors des villes ont pu faire cette dépense, et malheureusement le gouvernement n’a pas pu jusqu'ici accorder de subventions spéciales pour ces objets. D'un autre côté, il était difficile de rien retrancher des subventions ordinaires qui forment un appoint bien précieux pour le traitement déjà si faible des instituteurs, On a pu voir que dans plusieurs autres provinces il y a des cotisations ou des souscriptions particulières
pour achat de livres, de cartes, pour formation de bibliothèques, etc.
Ce sont là des points sur lesquels il faut nécessairement diriger plus que jamais attention des autorités scolaires ; mais la population elle-même doit aussi se persuader que tout ne peut pas venir uniquement de l'autorité, qu’il faut de la part des citoyens du zèle et des sacrifices, et que notre système leur met en mains les plus puissants moyens de progrès et de réforme.
Du reste, on sait que le gouvernement de cette province consacre une très-forte part de ses revenus à l'éducation et à tout ce qui s’y rattache. Le budget de l'éducation prend à peu près un sixième durevenu total, tandis que la province d’Ontario n’y affecte qu'environ un septième de ses ressources financières. Mais, dans Ontario, beaucoup se fait par l'initiative et la libéralité des municipalités.
Quant au résultat religieux, moral et social de l'éducation, nous ne craignons pas de dire qu'il est aussi favorable, plus favorable, peut-être, en Canada que dans les autres pays. La waucité de la force publique mise sur pied dans toutes les provinces et, malgré cela, l'exécution facile des lois, et l’état paisible et heureux des populations, en sont la meilleure preuve.
Il fut un temps où l'on craignait de voir disparaître avec les progrès de l'instruction primaire les excel
lentes qualités qui distinguent les populaiions rurales du Bas Canada. Ces qualités ne tenaient pas toule-, fois à l'absence de culture intellectuelle ; elles tenaient au contraire aux connaissances qui s'étaient infiltrées et conservées, grâces à l’action du clergé, à l'instruction religieuse, à l'éducation domestique et traditionnelle. .
Tout système d'éducation publique bien dirigé ne pourra que profiter à la moralité d’un peuple en même temps qu’à son bien-être matériel.
« C’est l'éducation, a dit Mgr. Dupanloup, qui, par l'influence qu'elle exerce sur l'enfant et sur la famille, éléments primilifs de toute société, fait les mœurs domestiques, inspire les verlus sociales et prépare des miracles inespérés de restauration intellectuelle, morale et religieuse, C’est l'éducation qui fait la grandeur des peuples et maintient leur splendeur, qui prévient leur décadence et, au besoin, les relève de leur chute. C’est par là que Dieu a fait les nations guérissables. Sanabiles fecit nationes orbis terrarum. »