‹ L'instruction publique au Canada [microforme]Chapitre 13 sur 15 · MOUVEMENT · texte numérisé non relu

MOUVEMENT

[1876.]-=—Nous avons promis de parler, en terminant, du mouvement litiéraire et intellectuel parmi nous; mais, comme ilreste bien peu d'espace à notre disposition, nous le ferons .le plus brièvement possible, |

Le nombre congidérable d'institutions classiques, établies de bonne heure dans les deux grandes provinces, a favorisé le progrès des lettres et des sciences; mais, sans doute, par une de ces affnités naturelles dont nous parlions, il semble que la population anglaise se soit portée drantage vers les sciences mathématiques, physiques ct naturelles, et la population française vers les sciences morales

et politiques, l’histoire, la littérature et les beauxarts.

Dans un pays nouveau où il y a peu de grandes fortunes, où la population n’est pas très-dense, où les professions que l’on appelle libérales sont le refnge et le patrimoine de presque tous les hommes instruits, on peut s'attendre à ce que les sciences, les lettres, les beaux-arts ne soient cultivés que comme amuse. ment, passe-temps, moyen de renommée et de célébrité. Jusqu'à ces dernières années, la publication d'un livre ou même d’une brochure était pour l’auteur une occasion de dépense bien plus souvent qu'une source de profit.

Plus heureuse que la population française, la popu- Jation anglaise a reçu continuellement d'Europe un contingent d'hommes instruits, d'écrivains, de journalistes ; ses lettrés et ses savants nés en Europe sont aussi nombreux que ceux qui ont vu le jour en Canada. Parmni ces derniers se trouvent deux géologues quiont obtenu une réputation européenne, sir William Logan, né dans la province de Québec, et le professeur Dawson, né à la Nouvelle-Ecosse ainsi qu'un littérateur bien connu, le juge Haliburton, auteur de Sam Slick.

Depuis la conquête, la population française a élé, sous ce rapport comme sous tous les autres, laissée beaucoup plus à ses propres forces, à ses propres ressources ; c’est un fait dont ses détracteurs n’ont jamais voulu tenir compte ; de plus l'éloignement où

nous élionsde la France, la nécessité pourles hommes instruits d'apprendre et de parlerdeux langues, ont été pour nous de grands obstacles. L'influence de toutes ces circonstances sur notre jeune littérature est trèsbien exjosée dans un travail de M. Hector Fabre, publié dans les Transactions de la Société Littéraire et Historique de Québec.

Si l’on devait juger du mouvement intellectuel uniquement par le nombre de journaux et de bibliothèques publiques, la province d'Ontario prendrait le pas bien décidément sur toutes les autres provinces. Nous avons pu voir le nombre considérable de volumes que réunissent ses bibliothèques de paroisses et d'écoles ; quant aux journaux, elle-en possède une légion. Cependant les grands journaux quotidiens publiés à Toronto paraissent dominer cette multitude de feuilles locales et ont même une cireulation considérable dans les autres provinces.(!) La presse périodique et purement littéraire, ou scientifique, est loin d'y être aussi florissante ; les tentatives qui y sont faites dans ce genre, de temps en temps, ont encore moins de. suecès que celles qui se sont renouvelées avec une grande persévérance, depuis le commencement du siècle, dans le Bas-Canada. La littérature anglo-canadienne n'a pas seulemenc à subir la concurrence de la littérature anglaise d'Eu-

(1) I] se publie dans la province d'Ontario plusieurs journaux allemands et un journal français.

rope ; elle a de plus celle de la littérature anglaise des Etats-Unis, de la presse à bon marché, des journaux illustrés, si nombreux chez nos voisins, et de leurs reproductions des ouvrages anglais. Nos chemins de fer, nos hôtels, nos bateaux-à-vapeur sont inondés de ces produits. Quoique la librairie francocanadienne soit aussi tout naturellement envahie par les publications françaises d'Europe, les productions canadiennes y prennent, de jour en jour, une place plus large et plus importante.

Il se publie dans le Haut-Canada, comme nous l'avons dit, une excellente revue scientifique, le Canadian Journal of Science, qui est dirigée par lg Canadian Institute. Le Canadian Entomologist, journal d’une spécialité assez rare, est arrivé à à son cinquième volume.

Il y a aussi une grande revue, très-bien écrite, sous le nom de Canadian Monthly, et publiée à Toronto; un magazine, Our Home Companion, publié à London ; le Journal of Education (officiel), qui se tire à un très-grand nombre d'exemplaires ; un journal pédagôgique, The Canadian Teacher; plusieurs journaux de jurisprudence, de médecine et d’agriculture, et plusieurs autres publications périodiques d'un caractère purement religieux. On annonce de plus, en ce moment, une nouvelle publication mimaele, Belforts Monthly Magazine.

Les autres provinces possèdent aussi de nombreux

- journaux. La Nouvelle-Ecosse a, comme on l’a vu, un journal d'éducation ; une revue littéraire d'un: grand mérite, qui se publiait au Nouveau-Brunswick, Stuart's Literary Quarterly, vient malheureusement de disparaître.

Dans la province de Québec, ily a maintenant 42 journaux et publications périodiques en langue française, el à peu près le même nombre en langue anglaise. Sur ce nombre, il y a 7 journaux quotidiens publiés à Montréal, dont 4 en langue anglaise et 3 en langue française, et 6 journaux quotidiens publiés à Québec, dont trois en langue française et trois en langue anglaise. De plus, il y a d’autres publications, comme la Gazette officielle, et des revues de jurisprudence qui se publient, partie en anglais et partie en français. (!)

La doyenne de la presse de l’AmériqueBritanniqne, la Gazette de Québec, fondée en 1764, et publiée jusqu’en 1842, en anglais et en français, et depuis cette époque en anglais seulement, a terminé en 1874 sa longue existence. (?)

Parmi les journaux qui se publient actuellement, les plus anciens sont le Canadien, qui a paru, sans

. (1) Voir Notes et errala, à la fin du volume.

(?) Dans une intéressante brochure, M. E. Gérin a fait, en 1864, l’histoire de la Gazelle, alors centenaire, et en même temps. la biographie de John Neilson, qui en fut si longtemps le rédacteur, et qui a joué un si grand rôle dans notre politique. M. Gérin et M. Dunn, tous deux instruits dans nos colléges, ont été rédacteurs de journaux à Paris.

interruption, depuis 1831, mais qui, par son titre, remonte à 1866, date où commença la feuille célèbre dans nos annales, qui fut supprimée par le gouver-neur Craig. Le Quebec Mercury est plus vieux d'une année ei date de 1805. La Minerve fut fondée en 1827 par MM. Morin et Duvernay, et le Journal de Québec en 1842, par MM. Cauchon el Côté. La Montreal Gazette, en la rattachant à la Gazette de Montréal, de Mesplets, remonierait à 1778 ; le Montreal Herald est antérieur à l'union des provinces. Toutes les autres feuilles et publications sont d'origine bearcoup plus récente.

Le progrès de la presse française, quant au nombre et à la valeur réelle des écrits, a été considérable dans un court espace de temps.

En 1851, M. Huston donnait, dans le quatrième volume de son Répertoire de la littérature canadienne, une liste de tous les journaux français depuis l'établissement de la Gazette de Québec: il n’y en avait pas eu moins de 70—il n’en existait alors que 12, el pas un n’élait quotidien. (!)

Aux quarante-deux journaux et périodiques français pusliés dans la province de Québec, doivent s'ajouter le Métis, de Manitoba; le Moniteur Acadien, qui se publie à Shédiac, au Nouveau-Brunswick; le

{1} Un jeune bibliophile, M. Horace Tétu, a donné dernièrement un catalogue de 112 journaux qui sont ou ont été publiés dans la ville de Québec :aulement, et il y a plusieurs omissions. 1lest vrai que beaucoup de ces journaux étaient des feuilles

éphémères et qui méritaient bien leur sort.

Foyer Domestique, excellente publication qui a commencé à paraître cette année, à Ottawa, dans la province d'Onlario, et au moins six journaux français, qui ont été fondés aux Etats-Unis, dansles principaux centres de l'émigralion canadienne.

Presque loutes les spécialités se trouvent aujourd'hui représentées dans la presse de la province. Il y a une excellente revue française, la Revue Canadienne, qui a atteint sa treizième année d'existence ; un magazine anglais, le New Dominion Monthly; deux journaux de médecine sur un excellent pied, l'Union Médicale du Canada etle Canada Medical and Surgical Journal publiés à Montréal, et trois revuesde jurisprudence : la Revue Légale, publiée à Sorel, le Canadian Jurist, à Montréal, et les Rapports Judiciaires de Québec. Il s'est publié aussi pendant quelque temps, à Montréal, une revue d’une trèsgrande portée et d'un genre très-élevé, la Revue critique de jurisprudence, rédigée par M. Girouard.

Il y a en ce moment deux journaux d'histoire naturelle, le Canadian Naturalist, publié sous le patronage de la société d'histoire naturelle de Montréal, et le Naturaliste Canadien, publié à Québec par M. l'abbé Provancher ; un journal archéologique et numismatique, le Canadian Antiquarian and Numismatic Journal ; deux journaux illustrés hebdomadaires, ie Canadian Illustrated News, et l'Opinion Publique, publiés l'un et l’autre à Montréal, et fondés

par M. Gecrge Desbarats ; un journal artistique et littéraire, Le C'nada Musical, par M. Adélard Boucher; deux journaux de l'Instruction publique, l'un anglais et l’autre français, et plusieurs feuilles spécialement consacrées à l’agriculture, ainsi que plusieurs recueils religieux catholiques ou protestants.

Dans le catalogue de nos anciens journaux, il y a un {#ès-grand nombre de feujlles comiquesou satiriques, quoiqu'il n’en existe plus aujourd'hui. Les plus remarquables furent le Fantasque, publié à Québec, par M. Aubin, de 1837 à 1848, avec plusieurs interruptions ; le Perroquet, imprimé à Montréal en 1865, et le Canadian Punch, qui paraissait de 1847 à 1850. Ces deux dernières feuilles publiaient des caricatures d’une certaine valeur artistique.

Une chose assez frappante, c'est que chaque spécialité a presque toujours été représentée, quoique par des organes différents qui se sont succédé les uns aux autres, sans que leurs éditeurs se soient laissé décourager par le peu de succès financier de leurs prédécesseurs. Ainsi, depuis le Quebec Magazine ou Magasin de Québec, publié en 1792, par M. John Neilson, (en anglais elen français), qui fut notre première publication périodique, à moins que l’on ne compte, comme telle, la Gazette Littéraire de Mesplets ou le Quebec Herald, jusqu'à ceux qui se publient maintenant, il y a eu une foule de recueils littéraires. Les plus remarquablesont été à Montréal, le Canadian

Review et le Canadian Magazine, la Bibliothèque Canadienne, et les autres publications de M. Bibaud père, la Latterary Garland, publiée par M. Lovell, et qui eut une assez lc .gue existence, l’ Album littéraire et musical de M. Letourneux, la Ruche Littéraire, par M. E. Chevalier, l'Echo de la France, par M. Ricard, l’Album de la Minerve et l'Echo du Cabinet de lecture, à Québec, le Courrier de Québec, publié de 1808 à 1809, et dont M. Louis Plamondon était un des principaux collaborateurs, l’Institut, excellente feuille hedomadaire littéraire et scientifique, rédigée pendant trop peu de temps par MM. David Roy et F. X.

Garneau, le Ménestrel, par M. À. Plamondon, les Soirées Canadiennes et le Foyer Canadien. Les revues de jurisprudence qui existent aujourd'hui ont eu pour .première devancière celle qui fut commencée en 1845, par M. Letourneux, et nos recueils de médecine doivent reconnaître pour leur aïeul le Journal de Médecine de Québec, publié en 1827 et 1828, en anglais et en français, par le Dr. Tessier.

Heureuses ou malheureuses, ces tentatives incessantes sont la preuve d’une grande activité intellectuelle et d’un grand dévouement à la science et à la littérature. Elles sont comme une armée qui monte à - l'assaut, etoù les vainqueurs arrivent sur la brèche en passant sur le corps de ceux qui sont tombés, après leur avoir frayé le chemin.

Dans les premiers temps, les soins du ministère sacerdotal, les luttes du barreau et de la politique, les

occupations incessantes que donnent les autres professions, ont absorbé tout le temps, le talent et l’énergie des hommes instruits ; aussi, les premiers journaux et les premiers recueils périodiques ne contenaient qu’un très-petit nombre d'œuvres originales. Les discours des orateurs sacrés ou profanes, qui ont laissé dans le pays une grande réputation, y sont même rarement ou très-imparfaitement reproduits.

De petits écrits anonymes, qui, sans doute, intriguaient beaucoup le public d'alors et faisaient les délices du cercle des initiés, de petites pièces de vers, des bouquets à Chloé, signés de quelque pseudofñyme doux et transparent, et jetés d’une main timide dans ln boîte aux correspondances, faisaient tous les frais de notre littérature.

Bientôt, cependant, les luttes politiques firent naître de vigoureux et habiles joûteurs, dont la plume eût fait honneur à n'importe quel pays: Pierre Bédard, le Dr. Blanchet, D. B. Viger, Etienne Parent, À. N. Morin créèrent le véritable journalisme, et si notre littérature peut reprocher à la politique de lui avoir ravi un grand nombre de ses adeptes, elledoit tenir compte à sa rivale de la vive impulsion que celle-ci a donnée à l’art d'écrire. Du reste, dans toutes les provinces, les journalistes ont joué un grand rôle ; on peut dire que plusieurs d’entr'eux, entre autres, l'hon. Joseph Howe, sir Francis Hincks, et les hon. George Brown et Joseph Cauchon ont conquis, à la

pointe de la plume, les hautes positions qu'ils ont occupées,

T1 nous serait impossible de mentionner tous les journalistes et tous les écrivains qui se sont fait un nom dans la polémique; la politique en a dévoré toiite une légion et en absorbe encore une multitude. Nommons seulement, quoiqu'ils soient bien oubliés aujour: d'hui, Daniel Tracey, dont les écrits, dans le Findica- {or, précipitèrent nos événements politiques, et qui fut enlevé à la fleur de l'âge, et deux Français qui se distinguèrent à cette époque dans la presse antirévolutionnaire, MM. Rambeau et Leblanc de Marcopnay..

Bientôt le journal ne suffit plus à la polémique ; la brochure, le pamphlet se mirent de la partie, en attendant le livre qui fut d’abord, soit un livre de prières, soit un livre d'école, soit un livre de loi. L'ouvrage de M. Cugnet, sur la jurisprudence du pays, publié en 1775à Québec, fut un des premiers succès

de notre typographie.

Les écrits purement littéraires ou scientifiques devinrent plus nombreux ; la poésie s’inspira de la religion et du patriotisme : elle déploya ses aîles et s'élança d'un vol plus assuré vers des régions plus élevées ; les auteurs sub:lituèrent d'abord leurs initiales aux pseudonymes, puis leurs noms en toutes lettres, puis ils osèrent sortir des journaux et des dun et ils lancèrent des volumes à la tête d’un

public étonné de tant d’audace. Une certaine considération s’altacha aux hommes de lettres; on ne dit plus, comme nous l’avons entendu dire à un homme d’état parlant d’un de nos amis: ce jeune homme ne fait rien. . .. il écrit.

De 1848 à 1851, M. Huston a recueilli dans le Répertoire National les essais les plus remarquables épars jusque-là dans les journaux ; il s'est trouvé de cette manière avoir pour collaborateurs les hommes les plus marquants de notre société depuis la conquête. Au milieu de leurs occupations, ils ont presque tous sacrifié aux muses, à un moment donné de leur existence. La rédaction du Foyer Çanadien a publié, eomme suite au Répertoire, deux autres volumes. qui ont pour titre «La Littérature Canadienne de 1850 à 1860.»

En 1867, M. Morgan donnait sa Bibliotheca Canadensis, grand in-8° de 410 p. à deux colonnes, qui ne contient que des titres d'ouvrages et de très-courtes notices ; on ferait presque un aussi gros volume avec les titres de ceux qui ont paru depuis. Il s’imprime maintenant autant d'ouvrages en une année que dans toute une période décennale autrefois. Les volumes isolés ne suffisent plus; nos auteurs en sont arrivés aux séries, et La Ludis méme aux œuvres complètes.

Depuis les Epitres et Satires de Bibaud père, (Montréal 1830) nous avons eu quatre volumes de poésies de M. Lemay, et ceux de MM. Fréchiette,

Benjamin Sulte, Arthur Casgrain, Chapman et Labelle. Les poésies de Joseph Quesnel, de F. X. Garneau et de Joseph Lenoir,—parmi ceux qui ne sent plus, —de MM. Octave Crémazie, Fiset, Rou- Thier, N. Legendre et Prudhomme, mériteraient cerlainement l'honneur d'être reproduites et conservées de la même manière, MM. Edouard Huot, Poisson, Eudore Evanturel, et plusieurs autres jeunes poétes de talent et d'avenir, émaillent nos journaux et nos revues de pièces fugitives dans le genre de celles de Sullyÿ-Prudhomme et d'André Lemoyne, el nous donneront aussi quelque jour leurs recueils. N’oublions pas non plus que M. Ernest Gagnon a réuni en un Charmant volume avee musique et études criliques et historiques, nos vieilles chansons, héritage poétique que nous a légué la France, et que nous avons peut ëlre mieux conservé que ne l’a fait aucune me Ë ses provinces,

Depuis l'Influence d'un livre, par M. de Gaspé fils, (1837), les Fiancés de 1812, par M. Joseph Douire, (1844) et Charles Guérin, (1853), premiers essais dans ce genre, les rumans sont devenus nombreux.

Jean Rivard, défricheur, et Jean Rivard. économiste, par M. Gérin-Lajoie, œuvres d’une grande portée morale el patriotique, et les Anciens Canadiens, par M. de Gaspé, onteu une grande Vogue. Une édition popus laire de ces trois ouvrages vient d'être faite pour les bibliothèquesde paroisses, avec le concours du départementde l'instruction publique. Forestiers et Voya-

geurs, charmante étude de mœurs par M. Charles Taché, sera, nous assure-t-on, reproduite de la même manière.

M. Bourassa nous a donné un roman acadien, Jacques et Marie, M, George de Boucherville a publié dernièrement une seconde édition en deux volumes d'Une de perdue et deux de trouvées, et M. Stevens, frère du poëte belge de ce nom, a réuni en deux volumes ses Fables et ses Contes eue

M. Marmette a publié toute une série de romans historiques; MM. F. R. Angers, Eugène Lécuyer, Patrice Lacombe, J. G. Barthe, J. Phelan, C. V. Dupont, Auguste Soulard, P. Petitclair, F. M. Derome, À. Olivier, Guillaume et Charles Lévêque, A. Poitras, P. L. McDonell, P. Myrand, Eugène Dorion, (1) Blain de Saint-Aubin, Wilfrid Marchand, J. Huston, S. Lesage, Gélinas, Alfred Garneau, Royal, A, De- Celles, F. G. Marchand, J. Auger, de Bellefeuille, Jolicœur, P. G. Huot, Chouinard, 3. Blanchet, Fontaine, Montpetit, Legendre, Ernest Gagnon, Deguise,

(1) MM. Guillaume Lévesque, Myrand, Huston, Dorion, Blain de Saint-Aubin, Montpetit et plusieurs autres de nos traduc-. teurs du parlement, à part de leurs écrits, ont rendu de grands services à la langue française en arméliorant la traduction des documents publics. Il y a toute une littérature officielle, blue book lileralure qui n'est généraiement pas assez appréciée. Des hommes comme M. Taché, à Ottawa, et M. Lesage, à Québec, ont plus d'un genre de mérite, témoin les brochures le Canada à l'exposition de Paris, par le premier de ces écrivains, et la Province de Québec et l'Emigration, par le secpnd, qui ont grandement contribué à nous faire connaitre à l’étranger.

Philéas Huot, Vinceslas Dick, P. Hudon, James Donnelly, et un grand nombre d’autres écrivains se sont distingués, soit dans le roman, la nouvelle, la poésie légère, le drame ou la comédie, soit dans l’esquisse de mœurs, la chronique, les études historiques, les impressions de voyages, ou la critique littéraire.

MM. Hubert LaRue, Basile Routhier, Hector Fabre, Oscar Dunn, et Benjamin Sulte, ont réuni ou réunis-, sent en ce moment en volumes leurs études historiques ou littéraires, leurs eauseries ou conférences ; enfin M. l'abbé Casgrain et M. Faucher de Saint- Maurice viennent de donner leurs Œuvres complètes {trois et quatre volumes), et M. Lareau a écrit, en «n livre de 500 pages, l'Histoire de la Littérature Canadienne.

Les trailés de jurisprudence se sont succédé presque aussi rapidement que les romans, quoiqu'ils aient probablement moins de lecteurs et surtout moins de lectrices. Depuis Cugnet, les ouvrages de MM. Perrault, Des Rivières-B :aubien, Doucet, Jacques Crémazie, LaFontaine, O'Kill Stuart, Bamsay, Bibaud, Gongalve Doutre, Lareau, de Montigny, Beaudry, Mgr. Desautels, H. L. Langevin, Pagnuelo, Loranger (1), Hervieux, Elzéar Taschereau, ont marqué les diverses étapes de aotre législation et de notre jurisprudence

(1) Le Commentaire sur le Uode civil, par M. le juge Lo- . ranger, aura plusieurs volumes, dont le premier seulement est

publié. Ce sera une œuvre importante et qui fera honneur au pays. .

qui, malgré tout notre attachement à nos anciennes lois, nous font dire autant et plus que toute autre chose : Tempora mutantur sed nos mutamur in illis.

L'Histoire du droit constitutionnél, publiée par M. Todd, bibliothécaire du parlement à Olliwa, est connue aussi avantageusement en Europe qu’en Canada.

Œuvre de MM. Caron, Day el Morin, et de leurs assistants, MM. Beaudry, Ramsay et McCord, notre Code civil et notre Code de procédure, avee les rapports qui les accompagnent, sont des monuments admirés déjà des autres pays.

On peut en dire autant des (ravaux des juges el des avocats chargés de régler la question seigneuriale. Leurs mém res et leurs jugements motivés forment plusieurs volumes bien précieux pour Fhistoire de la jurisprudence féodale.

Dans une autre sphère, celle des études théologiques et philosophiques, les mandements de nos évêques en. général (!), les conférences de M. l'abbé

.(1) Le mandement de Mgr. Turgeon, réd'gé par Mgr. Baillar: geon au sujet des fables lournanles a été cité avee éloge en Europe et aux Etats-Unis. Plusieurs autres sont des œuvres remarqg'aables au point de vue littéraire aussi bien qu2 sous le rapport de la science. La traduction du Nouveau-Teslament, par Mgr. Baillargeon, est très-estimée et à juste titre. Deux ser mons du célèbre évêque Plessis ont été imarimés, mais sont dr venus extrêmement rares. Les rapports des Missions forment aussi une collection des plus intéressintes. Nous avons n'usmême entendu louer en Europe, par des écrivains éminents, les récits de missions de M. Ferland.

Holmes, les sermons de Mgr. Racine et de M. l'abbé Chandonnet, les ouvrazes du R. Père Braun, de MM, les abbés Bégin et Pâquet, dont nous avons déjà parlé, une série de remarquables discours et de dissertations de Mgr. Raymond, qui mériteraient d’être réunis en volumes, les ouvrages de Mgr. Laflèche et de M. Mailloux, et, avant cette époque, le Trailé de philosophie de M. Demers, les discours et les Conférences de M. Etienne Parent, sont des œuvres qui feraient honneur à des pays plus anciens. Dans cite même catégorie, mentionnons pour mémoire les ouvrages sur l'éducation, de M. Perrault, du D‘ Meilleur et de Mgr. Langevin, dont nous avons déjà parlé.

Nous avons.aussi ditun-mot, dans leschapitres qui ont trait aux provinces :de Québec et d'Gntario, des nombreux ouvrages pédagogiques publiés depuis quelques annéés. En fait de livres d'école, composés et imprimés en Canada, le conseil de l’nstruction publique n’a plus que l'embarras du choix, qui souvent n'est pas un petit embarras. Il nous est impossible de les désigner tous; mais, en sus de ceux que nous avons déjà mentionnés, nous ne devons pas oublier un des premiers livres d'école publiés en Canada, l’Arithmétique de Jean Bouthillter, (1809), le Guide de l'Instituteur, par M. Valade, les traités de M. Amable Berthelot, sur la grammaire et l'analyse grammaticale, la Géographie de M. Holmes, dont l'abbé

Gautier vient de donner une septième el excellente édition, les compilations du Révd. M, Borthwick, ni les nombreux livres d'école et atlas publiés dernièrement par les Frères des écolés chrétiennes.

Mais c’est surtout dans le domaine de l'histoire et des recherches historiques qu'ont été faits les plus grands progrès.

Après les histoires de Smith et dé Bibaud, père, nous avons eu celles plus complètes et d'un ordre plus élevé de Garneau et de Ferland. Ces deux grands ouvrages ont fixé nos données historiques, ont raffermi chez les Canadiens-Français la confiancé en eux: mêmes qu'ils couraient risque de perdre, ont imprimé aux lettrésdes autres races comme un sentiment de respect pour une population qu’ils n'étaient que trop portés à dédaigner.

Hs ont été aussi comme le signal d’études sérieuses sur tout ce qui concerne notre pays, comme l’occasion de travaux, de recherches, de publications nombreuses sur le Canada, chez nos voisins et en France. Les publications historiques du Df 0'Callaghan et de M. Gilmary Shea, aux Etats-Unis, la magnifique traduction de Charlevoix par ce dernier auteur, chefd'œuvre de la librairie américaine, les brillantes études historiques de Parkman, et, en France, la belle édition de l'Histoire de la Colonie française en Canada, par M. Faillon(!), les reproductions faites par

(1) Un élégant écrivain, qui appartient à la ma'son de Saint- Sulpice, prépare en ce moment uné vie de M. Faillon. Ells sera

M. Tross des œuvres de Lescarbot, de Jacques Cartier et de Sagard, enfin les ouvrages du Père Martin, de M. Margry, de M. Dussieux et de M. Rameau, ont coincidé avec le développement des études historiques dans notre pays.

Icimême, la réimpression des Relations des Jésuites, faite sous la direction de M. l’abbé Laverdière, par la maison Côté et C!, celle des Œuvres de Champlain, sous la même direction, par la maison Desbarats, celle du Journa! des Jésuitrs, sous la direction de MM. Laverdière et Casgrain, par la maison Brousseau, etl’Invasion du Canada, collection de mémoires sur la guerre de 1775, par M. l'abbé Verreau, publiée par M. Sénécal, sont des entreprises qui feraient honneur à la librairie de la France ou de l'Angleterre. N'oublions point non plus au chapitre de l'histoire les recherches de M. G. B. Faribault, qui a donné le premier ouvrage de bibliographie américaine publié en Canada (1837), de M. Jdeques Viger, de Sir Hippolyte LaFontaine, de l'abbé Bois, de l'abbé Langevin, de M. Bellemare, de M. James LeMoine, les Etudes historiques et les nombreux opuscules de M. Bibaud, . ‘fils, le Canada reconquis, par M. J. G. Barthe, l'Æistoire des Ursulines de Québec, en trois volumes, par une religieuse de cette communauté, l'Histoire des

Jue avec le plus grand intérêt en Europe, où M. Füuillon est demeuré célèbre par son grand ouvrage sur sainte Marie-Madeleine. \

grandes Familles canadiennes, par l'abbé D : ; l'Histoire des Abénakis, par l'abbé Maurault; l’Histoire de cinquante ans, par M. Bédard, et celle du Canada sous l'Union, par M. Louis Turcotte. Ces deux derniers ouvrages, pris à la suite l’un de l’autre et à la suite de l'Histoire de M. Ferland, continuent nos annales jusqu’à l’époque de la confédération.

À l'histoire générale s'ajoute la chronique locale.‘ Trois-Rivières aura son histoire commencée par M. Sulte. Celle de l'ile d'Orléans a' été écrite par M. Turcotte ; Rimouski, né d'hier, a déjà ses chroniques par l'abbé Guay, tandis que M. Latour publie les annales religieuses de Montréal, qui avait déjà l’histoire de ses monuments, par M. ]J. Lenoir. Québec n'a pasencore de monographie en langue française ; mais il en a plusieurs en langue anglaise.

L'histoire a encore reçu un puissant secours des biographies canadiennes publiées en anglais par M. Fennings Taylor, M. Charles Lindsey (t) et M. Henry Morgan ; en français, par M. Faillon, M. Bibaud fils, M. l'abbé Casgrain, (?) M. L. O. David (3) et M. Darveau. ;

(1) M. Lindsey a écrit des biographies canadiennes, qui ont. été publiées à Londres, et la vie de son beau-père, le célèbre W.L, McKenzie, en ? volumes.

(2) M. l'abbé Casgrain a donné une Vie de la Mère Marie de l'Incarnation, qui a été l’occasion de la publication d’une autre biographie de cette femme célèbre, par l'abbé Richaudeau, à Blois, et dé la ré-impression de ses lettres devenues très-rares.

M. Casgraia a aussi écrit des biographies contemporaines. (3, L'ouvrage de M. David en est à sa seconde édition, sous

Enfin, le développement que prend la race franaise sur divers points de l'Amérique a élargi le cadre de ces études. Tandis que M. Rameau publie en France un second onvrage sur l’Acadie, un jeune acadien, M. Poirier, nous donne d'intéressants mémoires sur le pays de ses ancêtres, et M, Joseph Tassé termine, dans les revues, ses éludes sur les Canadiens de l'Ouest, pour les publier ensuite en volumes, i

Quoique plus haut nous ayons paru abandonner à la population anglaise le domaine de la science, ce n'est pas à dire aue des hommes. d’origine française ne puissent en revendiquer une part honorable. Dijà sous la domination française les sciences étaient en honneur à Québec. Sarrasin et Gauthier ont donné leurs noms à quelques-unes de nos plantes ; læ minéralogie du pays fut étudiée par les ordres de Talon, et même avaut lui. M Jérôme Demers, l'abbé Duchaîne, le D' François Blanchette, le D° Meilleur, les deux abbés Désaulniers, se sont distingués, il y a déjà assez longtemps, dans les sciences physiques. Les grands ouvrages de géographie et de top graphie de M. Joseph Bouchette forment un véritable monument national; et, tout defnièrement, M. Charles Baillairgé a obtenu en Europe des éloges ct des dislinetions bien flalteuses pour ses travaux

forme de volume, à la troisième, si l’on tient compte de sa première publication dans l'Opinion publique.

mathématiques et son ingénieux tableau stéréométrique. Les études botaniques de M. l'abbé Brunet l'ont fait connaître en Europe et aux Etats-Unis ; l'abbé Provancher s'est distingué dans la même science, ainsi que M. James LeMoine, par son Ornithologie canadienne. L'immense travail du recensement dirigé par M. Charles Taché, le Dictionnaire g'néalogique de l'abbé Tanguay, les études de M. Stanislas Drapeau sur la colonisation, sont aussi des œuvres d’un grand mérite et d’unegrande importance.

N'oublions point non plus de mentionner les travaux très considérables de M. Joseph Perrault et de son petit-fils, pour lout ce qui a rapport à l’agriculture. *e dernier a publié pendant longtemps un excellent journal qui fait suite à ceux de William Evans, aulre agronôme distingué, à qui le pays doit une reconnaissance égale à celle que la Nouvelle Ecosse a vouée à John Young, le célèbre auteur des Lettres d'Agricola {!).

Les études des abbés Marcoux, Belcourt et Cuoq,

(1) John Young était natif d'Ecosse, Son fils, George, né à Halifax, s’est distingué dans la politique et la littérature. Il avait entrepris un grand ouvrage en plusieurs volumes sur la littérature, l'instruction publiqueet le progrès social (lans l’A mérique Britannique. Le premier volume seulement a ét: publié. fl a été un des premiers partisans de la construction d’un cneain de fer entre Québec et Halifax, projet qui vient d’être c mplètement exécuté. On à de lui plusieurs discours et brochures sur ce sujet.

des Pères Lacombe et Petitot, sur les langues sauvages, sont d'importants matériaux pour la linguistique et l'ethnologie de ce continent.

D'un autre côté, si nous avons donné un bien plus grand nombre de noms français pour l’histoire et pour la littérature, ce n’est point que la population anglaise soit restée indifférente à l’une ni à l’autre. En 1864, M. Dewart publiait un recueil de poésies anglo-canadiennes où les pièces de MM. Heavysege, Sangster, Asher, Reade, McDonell, Darcy McGee et de M:sdames Léprohon, Moodie et Faulkner brillent au milieu debeaucoup d'autres. Heavysege, mortil y a peu de temps, a fait sensation même en Angleterre par sa tragédie de Saül. Ce pauvre Darcy McGee, dont la fin tragique a fait époque dans notre histoire parlementaire, a laissé un beau volume de poésies et plusieurs volumes de discours et d'essais, et Madame Léprohon, indépendamment de ses charmantes pièces de vers, aécrit plusieurs romans qui ont été traduits par MM. Genand et de Bellefeuille, M. l'abbé Dawson d'Ottawa a aussi donné plusieurs écrits remarquables en anglais, lant en prose qu'en vers. Il a fait en français une conférence sur les poètes canadiens.

Une femme d’un grand talent el d'une grande énergie, M"° Sadlier a publié, à Montréal et à New- York, plusieurs romans et toute une bibliothèque de livres utiles, parmi lesquels se trouvent un bon nombre de traductions d'ouvrages français.

Nous pouvons en dire autant des études historiques. M. Robert Christie a écrit, en anglais, une histoire parlementaire du Bas-Canada, en six volumes, qui a eu deux éditions ; le Col. Coffin a donné un premier volume d’une Histoire de la guerre de 1812, et M. Bell a publié une traduction de la troisième édition de l'Histoire de Garneau, M, John Langton, M. James Stevenson, M. E. T. Fletcher, et d'autres écrivains anglais ont fourni aux Transactions de la Société Littéraire et Historique de Québec, d'intéressaintes éludes historiques. M.J. C. Fisher et M. Bosworth ont publié, l'un, l’histoire illustrée de Québec el de ses monuments, l'autre, celle de Montréal, ouvrages très-rares aujourd’hui et d’un grand mérite. Ils ont été suivis par ceux de MM. Sandham et Lemoine.

Le juge Haliburton a écrit une Histoire de la Nouvelle Ecosse, (1829), et le Rév. C. Pedley, une Histoire de Terreneuve, M. C. Rogers, à Québec, M. J. MacMullen, à Brockville, (Ontario), et MM. Archer, Munroe et Campbell, dons les provinces maritimes, ont publié des histoires du Canada. M. J. Bourinot et plusieurs autres écrivains de ces mêmes provinces se sont occupés de nos vieilles chroniques. Enfin, le gouvernement de la Nouvelle-Ecosse fait imprimer lesdocuments historiques de ses archives qui formeront une collection très-précieuse, dont le premier volume est publié,

Si, du reste, dans ce rapide aperçu, nous avons Commis quelque injustice envers nos compatriotes d’origine britannique, c’est involontairement et sans doute parce que nous nous ignorons mutuellement beaucoup plus que nous devrions lefaire.

Dans une autre occasion, au risque d'être accusé de bizarrerie, nous nous sommes permis de comparer notre étal social à ce fameux escalier du château de Chambord (!) qui, par une fantaisie de l'architecte, a été construit de manière. que deux personnes puissent monter en-même temps sans se rencontrer, et en ne s'ape.csevant que par intervalles. Anglais : el français, nous montons comme par une double rampe vers les destinées qui nous soniréservées sur ce continent, sans nous connailre, nous rencontrer, ni même nous voir ailleurs que sur le palier de la politique. Socialement et littérairement parlant, nous sommes plus étrangers les uns aux autres de beaucoup que ne le sont les Anglais et les Français d'Europe.

Un. charmant écrivain de nom et de nationalité mixte, dont nous avons déjà parlé, M. James McPherson Lemoine, a essayé de remédier à cet état de choses par ses nombreux travaux d'histoire, d’archéologie, de bibliographie, d'histoire naturelle, publiés, tantôt dans une langue, tantôt dans une

(1) Voyez le Chdteau de Chambord, par M, de La Saussaye,. Blois 1865.

autre. Dans la préface d’une de ses brochures en langue française, il expose franchement et modestement que son but, en écrivant aussi souvent en anglais, est de répandre parmi les Anglo-saxons les connaissances accumulées par Garneau, Ferland et nos autres historiens. (!) Nous devons dire aussi qu'il y ajoute beaucoup de son propre fonds, en y mêlant le fruit de ses incessantes et consciencieuses recherches.

M. Lemoine est un des membres les plus actifs de Ja Société Littéraire et Historique de Québec, dont il] a été le président, et comme cette société est à peu près la seule de ce genre, où les hommes des deux races se soient rencontrés, au moins de temps en temps, cette circonstance rous fournit une agréable transition pour parler du rôie utile que jouent de pareilles associations, surtout dans les pays où le mouvement littéraire et scientifique en est encore à ses débuts.

Dès 1809, une société littéraire fut formée à Québec, elle contenait, autant que nous pouvons en juger, un nombre à peu près égal de membres anglais et de membres français ; elle institua un concours de poésie qui était chose toute nouvelle à cette époque. Elle n'eut qu'une courte existence el fut remplacée, en 1824, par la Société Littéraire et Historique actuelle

(1) La Mémoire de Montcalm vengée, par JS. M. Lemoine, Québec 1861.

qui fut formée surtout par l'initiative et sous le patronage de Lord Dalhousie.

Cette société a publié toute une collection de Transactions assez volumineuse et des Mémoires historiques qui tirent de l'oubli une foule de documents du plus grand intérêt. Des services du même genre ont été rendus par la Société Historique de Montréal, fondée beaucoup plus récemment par M. Jacques Viger, Sir Hippolyte LaFontaine et M. l'abbé Verreau, son président actuel qui, à la demande du gouvernement fédéral, a fait en Europe un long voyase d’études et de recherches dans les archives d’Angleterre, de France et d'Italie. A ces deux sociétés, à la Société d'Histoire Naturelle de Montréal, à l’Institut Canadien de Toronto, il faut aussi ajouter le Nova Scotian Institute of Natural Sciences, établi à Halifax, qui vient de commencer le quatrième volume de ses mémoires. j

L'Institut Canadien de Québec vient aussi de publier son troisième annuaire ; il renferme comme les deux premiers d’intéressantes conférences et de plus ua compte-rendu de la célébration du Centenaire de l'assaut de Québec, par les généraux américains Montgomery et Arnold, événement que cette société a commémoré par une séance française, tandis que la Société Littéraire et Historique donnait une séance anglaise dans le même but. Le même volume contient

J'Eloge de Christophe Colomb par M. Onésime Fortier, essai qui a valu à son auteur une médaille d'or, offerte par un des membres de l'Institut, M. Théophile Ledroit. (1)

Toutes ces institutions sont subventionnées par leurs gouvernements respectifs, et il est à espérer qu'à mesure que leursressources augmenteront, ceuxcise montreront de plus en plus disposés à seconder les efforts des hommes de scienceet d'étude. Comme nous l'avons déjà fait observer, la loi qui créait le ministère de l'Instruction publique dans ia province de Québec accordait à cet égard au ministre des pouvoirs assez étendus, qui sont maintenant attribués au surintendant de l'éducation.

Dans un pays nouveau, les sciences, les lettres, les beaux-arts surtout, ont un besoin indispensable du patronage de l'Etat. Ce sont du reste des sources évidentes de prospérité et ils rendent au centuple, mème au point de vue économique, ce que l’on a fait pour eux.

L'Académie de musique fondés à Québec, il y a peu d'années, reçoitune légère subvention et c'est,croyons

(1) Les récompenses de ce genre sont un des plus puissants moyens d'encouragement à la culture des lettres et des beauxarts. On a vu plus haut quels résultats l'Université Laval avait déjà obtenus par de semblables concours, et aussi avec quelle libéralité Lord Dufferin en a fondé dans presque toutes les grandes institutions d'éducation de la confédération.

aous, à peu près tout ce que la province fait pour les Beaux-Arts. Cependant il est certain qu’ y existe des dispositions très-remarquables, comme le témoignenl les succès de nes peintres qui ont étudié en Æurope et ceux de nes musiciens qui sont allés æxercer leur {aleut sur un plus grand théâtre. (!)

Bien que tout ce qui concerne l'instruction publique soitdu domaine desgouvernements provinciaux,le gouvernement fédéral dont les ressources sont beaucoup plus étendues peut aussi contribuer aux progrès des sciences, des lettres et des arts. Indépendamment des écoles spéciales qu'il a de pouvoir d'établir, plu sieurs grardes institutions sont sous son contrôle ; nous voulons parler du musée el de l'exploration gévlogiques, des observataires météorologiques et de la bibliothèque du parlement.

Le Musée géologique et les rapports publiés par ce département font le plus grand honneur à ceux qui en ont été ou qui en sont chargés. À côté des noms de Sir William Logan et du jrofesseur Dawson, nous aurions dû placer ceux de M. Sterry Hunt, de M. Billings et de M. Selwyn qui, dans leurs spécialités respectives de la chimie, de la paléontologie et de

(1) L'Académie de musiquea été présidée par M. l'abbé Lagacé auteur d’un ouvrage publié à Paris et dont les j:urnaux français ont fait l'éloge : ‘ Les Chants d'église en usag : dans la proviacé de Québec, harmonisés pour l'orgue etc.” 1:61.

la minéralogie, n'ont pas jeté peu d’éclat sur notre pays. (!)

Des résumés {rès-complets des observations météorologiques faites sous la direetion générale de M. Kingston, forment un gros volume comme annexe du rapport du ministre de la marine. À ce sujet, nous devons faire remarquer que le département de l'instruction publique du Haut-Canada a fait depuis longtemps établir des stations météorologiques dans ses high schools, ou lycées, qu’il leur à fourni les instruments nécessaires, et que le résumé des observations paraît régulièrement dans le Journal of Education. Indépendamment des avantages qui en résultent pour les progrès de celte scienee, c’est unexceHent moyen d’habituer professeurs et élèves à une étude précise et régulière des phénomènes de la nature.

Pour ce qui est de la biblrott que du Parlement elle renferme déjà plus de 80,000 volumes. Dans ce nombre se trouvent compris plus de 50,000 volumes qui composaient la bibliothèque de la province du Canada lors de la confédération. Cette collection était la troisième que l’on avait formée,

(1) M. George M. Dawson, qui marche sur les traces de son père, a publié en 1875 un rapport d’une grande valeur sur la géologie, la botanique et l’entomologie, et en général sur les ressources du territoire du Nord-Ouest.

M. Jules Marcou, géologue français, qui a été longtemps en Amérique, s'est aussi occupé de notre géologie et a soutenu une polémique assez vive contre M. Dana et d'autres géologues américains sur des questions soulevées par ses écrits,

deux autres ayant élé presque complètement détruites par le feu, l'une en 1849 à Montréal, l’autre en 1854 à Québec. : On peut donc seréjouir de voir notre bibliothèque nationale placée maintenant dans un édifice construit de. manière à prévenir le retour de semblables désastres, bien qu'il soit loin d’être assez spacieux.

Le comité conjoint des deux ehambres, qui préside à la direction de la bibliothèque, s’est occupé d’augmeuler la collection des maauserits sur l’histoire du Canada, et c’est à sa demande que le gouvernement fédéral a chargé M. Verreau de la mission dont nous avons parlé. Il reste maintenant à faire copier au moins les documents les plus importants parmi ceux qui ont été analysés, et à les faire publier, à l’exemple de ce que font les gouvernements de France, d'Angleterre et des Etats-Unis. Les collections de manuscrits forment d'ordinaire la partie la plus précieuse des grandes bibliothèques, et rien ne devrait être épargné pour compléter celle d'Oltawa sous ce rapport.

Il est aussi à espérer que la collection de portraits et de bustes historiques qui s'y trouve deviendra le noyau d’une grande galerie de peintures et de sculptures, d’un véritable musée national. La capitale de Ja confédération devrait offrir ce puissant attrait aux étrangers qui viennent visiter ses beaux édifices publies. Les fonctionnaires du gouvernement fédéral forment un cercle d'hommes instruits et amis des

sciences, et Oltawa possède déjà plusieurs institutions littéraires parmi lesquelles se trouve un institut canadien-français dont les membres ont commencé la construction d’un bel édifice, el où il se fait de fréquentes et utiles conférences, comme dans les institutions semblables de Québec et de Montréal.

La bibliothèque de la législature de la province de Québec est aussi déjà très-considérable, et elle a été enrichie dernièrement d’une grande collection de cartes marines que M. Fortin a obtenues de que‘ques gouvernements étrangers.

Le gouvernement français lui a aussi fait des dons de livres, etle duc De Cazes, dans une lettre: trèsgracieuse, a exprimé be désir de faire des échanges de documents publics non-seulement avec notre province, mais encore avec le gouvernement fédéral.

La France, du reste si libérale sous ee rapport envers tous les autres pays, .ne V'a pas été moins pour son ancienne colonie. À trois reprises différentes, ellea fait des dons magnifiques à la bibliothèque qui se trouve maintenant à Oltawa.

Elle a: aussi fait des présents considérables à la bibliothèqne du département de lInstruction publique, qui en avait également reçu du gouvernement belge et de plusieurs universités et à celles de plusieurs autres institutions.

Nous aurions beaucoup à dire sur l'impertance des musées et des bibliothèques, sur ce que nous avons à

faire pour nous rapprocher sous ce rapport, non-seulement de l’Europe, où les plus petites villes ont des collections considérables, mais encore des Etats- Unis, où les institutions de ce genre se multiplient et se développent aujourd'hui d’une manière remarquable. (1)

Mais nous devons terminer ici ceque beaucoup de lecteurs considèreront, peut-être, comme un horsd'œuvre, et ce qui, dans tous les cas, n’est qu’un résumé très-incomplet des efforts littéraires et intellectuels qui ont été faits, dans ce pays nouveau et qui jusqu'ici a lutté si énergiquement et quelquefois si péniblement pour son développement matériel et pour la conquête de ses libertés politiques.

En groupant ces faits, qui, en somme, sont consolants pour l'avenir du Canada, nous avons voulu constater une partie des résultats du progrès de l’Instruction publique et indiquer aussi les foyers de lumière qui devront aider à sa propagation. Car une chose réagira nécessairement sur l'autre ; les grandes institutions littéraires devront contribuer aux succès de linstruction à tous ses degrés et celle-ci assurera aux organes de la science

(t) L’'Hon. M. Eaton du Bureau de l'Education de Washington, publie en ce moment un rapport sur les bibliothèques publiques des Etats-Unis; la première partie de ce travail a près de 1200 pages, grand in-8.

et de la littérature un public plus nombreux et plus sympathique.

Depuis quelque temps, les questions que nous traitons dans ce livre,—bien en abrégé sans doute, puisqu'il n’est qu’un précis historique et statistique--occupent plus vivement que jamais l'attention publique, et nous serons heureux si notre travail peut apporter un contingent, si faible qu’il puisse être, à la somme des efforts qui se font pour assurer à la nouvelle confédération canadienne un rang honorable parmi lés nations chrétiennes qui jouissent d'une sage liberté constitutionnelle et savent s’en servir de manière à étendre le règne de la véritable civilisation. )

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