‹ L'instruction publique au Canada [microforme]Chapitre 4 sur 15 · NOUVEAU-BRUNSWICK · texte numérisé non relu

NOUVEAU-BRUNSWICK

Après les provinces d’Ontario et de Québec, “c'est celle du Nouveau-Brunswick qui offre, au point de vue de l'instruction publique, le plus d’intérèt. La question des écoles communes et des écoles confessionnelles ou, pour mieux dire, de l’enseignement religieux dans les écoles de l'Etat, y a excité, comme nous l’avons dit en commençant,. une agitation qui s’est étendue dans toute la confédération et a exercé, particulièrement dans la province de Québec, une très-grande influence sur les élections pour la Chambre des communes.

En fait d'enseignement classique, le Nouveau- Brunswick possède une université à Frédérickton, des écoles de grammaire établies sous la direction du bureau de l'éducation dans chaque co:"té, un collége catholique et plusieurs académies.

L'Université fut créée d’abord par une charte provinciale,en 1800, sous le nom de « Collége du Nouveau- Brunswick. » Par une charte impériale datant de 1828, son nom fut changé en celui de « King's College » auquel fut substitué, en 1860, celui d’ «Université du Nouveau-Brunswick. » Les degrés qui se donnent sont ceux de maître-ès-arts, de bachelier-ès-sciences, de docteur en philosophie, de bachelier et de docteur en droit civil et de docteur-ès-lois. Le lieutenantgouverneur est visiteur. L'Université est gouvernée par un sénat composé de douze membres. Il y a sept professeurs et un lycée ou High School où l'on prépare les élèves pour les cours. C'est en même temps l’école de grammaire du comté de York.

Il y a une école de grammaire dans chaque comté, sous la directionimmédiate de syndics. Elles sont au nombre de 14, et elles ont 898 élèves dont 690 étudient la littérature anglaise, 274 le latin, 59 le grec, 169 le français, 42 la philosophie, 122 l'algèbre, 131 la géométrie. A l'exception de 4, ces écoles sont unies aux écoles de district, en: vertu d'une disposition de la loi qui rend cette union facultative,

Le collège de St.-Joseph de Memramcook est dirigé par un ordre religieux, établi en Ganada depuis quelques années et dont la maison-mère est à St.-Laurent, près de Montréal. Cet ordre comprend des Pères et des Frères, les premiers connus sous le nom de Pères de Ste. Croix, les autres sous celui de Frères de St.

Joseph. Le collége a été fondé il y a une dizaine d'années, Le rév. J. Lefebvre en est le supérieur. Il y a 10 professeurs et 180 élèves.

Un édifice très-coûteux, et de vastes dimensions, a été inauguré cette année.

Cette institution est de la plus haute importance pour l'avenir des populations acadiennes du Nouveau- Brunswick. Elle est appelée à faire pour elles ce qu'ont fait les anciens colléges du Bas-Canada pour les Canadiens-français.

Il y a aussi une académie classique et commerciale sous la direction des Frères des écoles chrétiennes à St.-Jean, une autre à Chatham, sous la surveillance immédiate de l’évèque du diocèse, et une troisième à St,-Louis, sous la direction du rév. M. Richard et de trois professeurs laïques. Dons plusieurs de ces institutions le français est la langue enseignante.

Le département de l'instruction publique se compose d'un surintendant et d’un bureau ou conseil (Board of Education). Le gouverneur de la province, les membres du Conseil exécutif, le président de l’Université et le surintendant forment ce bureau dont le surintendant est le secrétaire. La distribution des pouvoirs entre le bureau et le surintendant est à peu près semblable à ce que noûs avons décrit pour les deux autres provinces, avec cette différence - que le rôle du surintendant et son initiative sont moindres. Il y a 14 inspecteurs d'écoles ; leurs dis-

tricts d'inspection sont déterminés par le bureau d'éducation. On exige des aspirants à cette charge les conditions suivantes : avoir obtenu un certificat, après examen, de professeur d’une école degrammaire et avoir enseigné pendant trois ans. De plus, aussitôt après sa nomination, l'inspecteur doit suivre les cours de l’école normale, pendant une session.

La dernière loi d'éducation (1872) ressemble plus, dans quelques-unes de ses dispositions, à la loi d'Ontario qu’à celle de Québec ; mais en d’autres points elle diffère de l’une et de l’autre. Nous ne signalerons que ces différences.

La province est divisée en districts d'école par le bureau d'éducation. Chaque district peut avoir plusieurs écoles, mais doit contenir au moins 50 enfants en âge de les fréquenter. Les contribuables de chaque district élisent lessyndics des écoles, lesquelles sont entretenues par une subvention du gouvernement et par des cotisations locales. Elles sont toutes gratuites ; les élèves ne payent aucune rétribution. La subvention du gouvernement esl payée en partie directement aux instituteurs et en partie aux syndics. Il y a des examinateurs nommés par le bureau d’éducation. Le mode de distribution de la subvention est en partie basé sur le degré du diplôme obtenu * par l’instituteur, et en partie sur le degré de succès constaté par le rapport que l'inspecteur fait de l’école. Il se perçoit deux sortes de contributions locales :

les unes sur tout le comté, les autres sur le district seulement. La moitié des taxes prélevées sur le comté est destinée au traitement des instituteurs. Les taxes imposées au district (ou arrondissement) d'école suppléent les premières tant pour le salaire des instituteurs que pour l'entretien de l’école, la construction des maisons d’école et toutes Jes autres dépenses, en général. Une subvention supplémentaire est payée aux districts pauvres par le gouvernement.

Il existe des dispositions particulières pour les cités de St.-Jean et de Frédériclon assez semblables à celles qui ont été faites dans la province de Québec, pour les cités de Québec et de Montréal, avec cette grande différence, toutefois, qu'il n’y a qu'un seul bureau pour chaque cité, tandis qu’à Québec et à Montréal il y a un bureau catholique et un bureau protestant. Les écoles se divisent en écoles élémentaires et en écoles supérieures. Celles-ci, comme nous l'avons dit, peuvent être unies aux écoles de grammaire par arrangement facultalif entre les deux bureaux de direction. Il ne peut y avoir qu’une seule école primaire supérieure dans chaque paroisse, Cette division correspond assez à celle qui est faite dans la province de Québec en académies, écolesmodèles ou primaires supérieures et écoles élémentaires. Pour établir une école supérieure dans une paroisse, il faut d'abord que les syndics aient engagé, du consentement de l'inspecteur, un instituteur

capable et lui aient donné au moins deux cents piastres de salaire ; alors le gouvernement ajoute à ce traitement une somme égale jusqu’à concurrence de trois cents piastres.

La loi encourage aussi la formation debibliothèques publiques, et le gouvernement alloue à chaquedistrict une somme égale à celle qui v est prélevée pour cet objet, jusqu'à concurrence de $20 par année.

Le bureau de l'éducation a aussi étalli, à Frédéricton, une école normale et une école-modèle annexe. Il y a un examen d'admission, et les diplômes sont de trois degrés différents. I n’y a point de pensionnat ; mais les élèves reçoivent $24.00 par année pour les aider à se payer une pension. Là, comme dans la province de Québec, ils s’obligent à remettre tout ce qu'ils auraient ainsi reçu s'ils n’enseignent point pendant au moins trois années, après avoir obtenu leur diplôme. Le nombre total des élèves de l’école normale, dans les deux sessions de l’année 1871-72, qui ont obtenu des diplômes est de 69 ; il y avait eu 66 élèves dans la première session et 44 dans la seconde.

Le nombre total des écoles sous la direction du gouvernement, tant écoles de grammaire, écoles primaires supérieures qu’écoles élémentaires uites, écoles communes (common schools), pour le semestre de l’année 1872, était de 664 ; elles avaient 672 maitres et sous-maîtres et 28,756 élèves. Sur ce nombre il

y avait 14 écoles de grammaire et 32 écoles primaires supérieures. . Nous avons déjà parlé des premières. Le nombre des élèves fréquentant les écoles supérieures était de 2,183. D'après les tableaux détaillés de l’enseignement dans les écoles communes, on voit que les nouvelles méthodes d’ enseignement, les lecons de choses, l’usage du boulier-compteur, du tableau noir, sont introduits généralement. La proportion des élèves sur la population est de { sur 9.98. 131 sont au-dessous de 5 ans ; 24,736 entre et 15 ans et 4,096 au-dessus de 15 ans. ya 16,177 garçons et12,456 filles. L'assistance moyenne àl’école est de 18,438, ce qni est 61.45 pour cent sur le nombre total d'élèves inscrits. Les moyennes de salaire les plus basses, pour chaque comté, sont, pour les instituteurs de première classe, de $303, de deuxième classe, de $284, de troisième classe, de $186 ; pour les institutrices de première classe, de $230, de deuxième classe de $186, de troisième classe, de $140. La moyenne la plus élevée était, pour les instituteurs : première classe, $741 ; deuxième classe, $#466 ; troisième classe, $264 ; pour les institutrices : première classe, $388 ; deuxième classe, $271 ; troisième classe, $231.

L'état de choses indiqué par ces chiffres est trèssatisfaisant et, proportion gardée des ressources des deux provinces, est aussi favorable au progrès de l’enseignement que celui qui existe dans la province d'Ontario.

La loi d'éducation de cette province est remarquable par son laconisme. Elle laisse beaucoup à régler par le bureau de l'éducation. Ainsi, la disposition qui a fait tant de bruit, au sujet de l'absence d'instruction religieuse, est conçue dans les termes suivants :

« Toutes les écoles dirigées en vertu de cette loi seront non-confessionnelles (non-sectarian) ‘»

Les articles suivants des réglements établis par le bureau d'éducation ont trait à ce sujet.

«Aucuns symboles ou emblêmes particuliers à aucune société nationale, à aucun parti politique ou à aucune organisation religieuse, ne seront montrés ou employés dans l’école, soit dans l'installation de l'école ou dans les leçons qui y seront données, ni sur la personne d'aucun instituteur ou élève.

« Le maître pourra ouvrir et terminer sa classe chaque jour par la lecture d’un passage de l’Écriture, soit dans la version commune (protestante), soit dans la version de Douay (catholique), et en récitant l'Oraison dominicale. 11 pourra y ajouter toute autre prière autorisée par les syndics; mais il ne pourra forcer aucun élève à assister à ces exercices religieux, contre la volonté de ses parents ou tuteurs, exprimée par écrit aux syndics.

: «L’instituteur, dans l'exercice de ses devoirs dans une école publique, ne fera usage d’aucun caté-

chisme religieux, et n’interviendra point et ne permettra pas qu'on intervienne dans les croyances religieuses d'aucun de ses élèves. »

Il est évident qu'aucune école catholique, ou dirigée comme les catholiques ont l'habitude de le faire, ne peut être subventionnée sous de tels réglements. Les ordres religieux, à cause de leur costume, sont même implicitement exclus.

Le résultat a été non-seulement de causer des embarras politiques, mais aussi une irritation trèsvive dans la province. Des prêtres et des particuliers ont refusé de payer les cotisations scolaires, et ils ont été poursuivis et même emprisonnés. Il s'en est suivi des émeutes, et, cepeudant, le gouvernement local, malgré les vœux fréquemment exprimés par le parlement fédéral, ne s’est encore prêté à aucune concession.

La population catholique du Nouveau-Brunswick est de 96,016 âmes sur un lotal de 285,591, suivant le recensement de 1871, c'est-à-dire de plus d'un tiers. Sur ce chiffre, 44,907 sont d’origine française et descendent de ces anciens colons de l'Acadie que leurs malheurs, chantés par Longfellow, ont rendus si intéressants. Leurs familles, comme les familles irlandaises et canadiennes-françaises, comptent toujours un grand nombre d'enfants; l'élément catholique est destiné à s'accroître dans une très-forte

proportion, là comme ailleurs, par le seul effet des

naissances et probahlement aussi par une émigration qui viendra de la province de Québec. Le reste de la population catholique est principalement d’origine irlandaise.

En attendant qu’ils obtiennent les concessions qu'ils demandent, les catholiques s'efforcent d'ouvrir des écoles indépendantes. Outre les institutions classiques dont nous avons parlé plus haut, ils ont 13 couvents enseignants, tenus par les dames du Sacré-Cœur, les sœurs de la Congrégation dé Notre- Dame, les sœurs de Charité, etc.

Le surintendant, M. Théodore Rand, dans son rapport pour 1872, constate une diminution de 23 écoles et une augmentation de 5,856 élèves, de 1871 à 1872. Il attribue Ja diminution du nombre des écoles à deux causes, à l’impopularité dn nouveau système qui introduit la cotisation foncière et des écoles gratuites, et à l'opposition organisée par les catholiques. Il paraît se consoler en constatant que, dans la province de la Nouvelle-Ecosse, le changement de système qui n’a eu de l'opposition qu'au point de vue politique et municipal, a entrafré, cependant, une diminution bien plus considérable dans les chiffres de la statistique scolaire. Il est à remarquer toutefois que la diminution du nombre d'écoles qui a lieu au Nouveau-Brunswick, porte surlout sur les comtés de Gloucester, Kent, Northumberland et Victoria, précisément ceux où il y a le plus de catholiques, et

que, tandis que partout ailleurs il y à eu une augmentation considérable dans le nombre des élèves, le rapport accuse, dans ces quatre comtés, une diminution de 1,367. On peut en conclure que la question catholique a été pour beaucoup plus dans ces résultats que celle des cot'sations.

Pour suppléer, dans une certaine mesure, à l'absence de tout enseignement religieux dans les écoles, le bureau d'éducation a recours à des leçons de morale, . et le réglement fait un devoir à chaque instituteur d'instruire les enfants sur les vertus et les habitudes bonnes ou mauvaises dont il donne un catalogue assez curieux pour que nous le citions en entier, « Amour et haine—Obéissance volontaire ou contrainte—Vérité, mensonge et dissimulation—Egoisme et abnégation—Bienveillance et cruauté—Politesse— Propreté — Fidélité au souverain et amour de la Patrie—Générosité et cupidité—Ordre et ponctualité —Persévérance—Pardon des injures—Patience, justice—Se posséder soi-même—Se contenter de peu— Travail et paresse —Respect pour la vieillesse— Amour-propre—Penchant à détruire—Rapporter ce qui se passe; quand est-il blâmable et quand est-il louable de le faire? —Indulgence et sympathie dues au malheur et aux infirmités. »

Mentionnons, en terminant, une particularité qui existe au Nouveau-Brunswick, comme dans plusieurs états de l’Union américaine: C’est le boarding round

system, c'est-à-dire, l'usage d'accorder à l’instituteur, comme parlie de son traitement, le privilège d'être hébergé par les principales familles de l'endroit, à tour de rôle, Cet usage a existé assez généralement dans les cantons de l’est de la province de Québec, dont une partie de la population l'avait emprunté aux Etats- Unis ; mais il y disparaît graduellement. Il présente de très-grands inconvénients el a été le sujet de discussions assez vives, dans les conférences d’'instituteurs, tant aux Etats-Unis qu’au Canada. Plus de 100 instituteurs et institutrices du Nouveau-Brunswick enseignent dans ces condilivns,

[1876].—Depuis que ce qui précède a été écrit, nous avons reçu les rapports de M. Rand, pour 14874 et 1875. Nous en,extrayons les chiffres suivants du nombre d’élèves fréquentant toutes les écoles sous le contrôle du gouvernement, pour les quatge dernières années.

Nombre approximatif de tous ceux

Hiver. Eté. qui ont fréquenté l'école durant l'année, .

1872... 28,756 39,827 49,499 1878. ooos 40,405 42,611 | ” 66,711 1874.,,00000 44,785 45,561 60,467

(1) Ce chiffre est cer‘ain; ceux des années précédentes dans cette colonne ne sont «u’approximatifs,

L'année scolaire, comme on l’a vu, est diviséeen deux sessions : la session d'hiver et la session d'été. Il y a un nombre de jours prescrits comme jours d'école pour chacune de ces sessions; mais toutes les écoles ne sont pas tenues le nombre voulu de jours.

Ainsi dans la session d'été de 1874, le nombre de jours prescrits était de 113 ; cependant 93 écoles avaient été tenues pendant moins de 80 jours ; 116 plus de 80 et moins de 100 ; 843, cent jours et audessus ; 208, quatre ou cinq jours de moins que le nombre voulu ; 537, tout le temps voulu.

Dans la session d'hiver de 1875, ces chiffres sont encore moins favorables ; le temps prescrit était de 118 jours,et 141 écoles ont été ouvertes pendant moins de ©9 jours. Cependant le tout ensemble constitue un progrès sur les années précédentes. Les iraitements des instituteurs pour 1875 présentent une augmentation assez considérable sur les chiffres que nous avons donnésplus haut. La plus haute moyenne pour les instituteurs de première classe est de $779 ; elle est dans la ville de Saint Jean ; pour les instituteurs de troisième classe la plus basse est de $185, c’est dans le comté de Restigouche: La plus haute moyenne pour les institutrices de première classe est de $403; la plus basse pour les institutrices de troisième classe est de $168; elle est dans le comté de Gloucester.

Les moyennes totales sont :

Instituteurs. Institutrices.

Première classe , . . 9554 $336 Deuxième classe . . . 377 255 Troisième classe . . . 268 196

Le nombre d'écoles dans la Province était de 1,169, augmentation, 117; maîtres et assistants 1,214, augmentation, 119. Quelques comtés n'ont qu’un très-petit nombre d'écoles, ce sont Gloucester, 20 ; Madawaska, 7 ; Victoria, 24. Le nombre total des élèves de 62,349, donnerait une proportion de 4 sur 4,58 de la population totale.

On s’est occupé, dans ces dernières années, de l’établissement d'écoles primaires ‘supérieures ; dans la session d'hiver de 1875, il y avait cinquante de ces écoles qui ont reçu la subvention promise par le gouvernement.

Le nombre de leurs élèves était de 3,053, dont 1,216 étudiaient l’histoire d'Angleterre, 138 l'histoire ancienne, 864 la composition anglaise, 156 le latin, 9 le grec, 62 le français, 330 l'algèbre, 319 la géométrie, et 333 la chimie usuelle.

Le nombre des écoles de grammaire était de 14 ; il y avait 14 directeurs, 25 autres professeurs et assistants ; le nombre des élèves était de 2,027 ; augmentation, 324. Une forte proportion, cependant, suivait les cours inférieurs ou préparatoires, comme on l’a vu à propos des écoles primaires-supérieures

ou écoles-modèles, des académies et mème de quelques eolléges de la province de Québec; 809 seulement suivaient le cours de grammaire proprement dit.

Des 809 élèves du cours supérieur, 534 étudiaient l'histoire d'Angleterre, 247 l'histoire grecque et l’histoire romaine, 396 la composition anglaise, 329 le latin, 129 le grec, 144 le français, 230 l'algèbre, 242 la géométrie, et 266 la chimie. On voit par là que le programme des écoles de grammaire ne diffère guère de celui des écoles primaires-supérieures quant aux matières enseignées

Dans la session d’hiver 4875, l’école normale a eu 66 élèves, dont 52 ont reçu des diplômes au mois de mars : la session d'été en avait 83 ; à l'ouverture des classes pour la session qui commençait lorsque le surintendant écrivait son rapport, il y avait déjà 118 élèves inscrits. La dépense de l’année avait été de $3,994 ; augmentation, $813.

Tous les chiffres que nous venons de citer indiquent une augmentation considérable sur ceux de 1872.

Le surintendant réclame avec énergie de plus grands sacrifices de la part du gouvernement pour école normale: beaucoup de choses manquent encore à son installation. Il cite de nombreux extraits des rapports des inspecteurs qui parlent avantageusement des succès obtenus par les élèves de celle institution.

Le surintendant prés,de aux examens pour l’obtention des diplômes, tant pour les candidats qui ont fréquenté l’école normale que pour tous les autres. Le nombre total des candidats avait été de 155 ; augmentalion, 4. 149 obtinrent des diplômes ; augmentation, 11, De ce nombre, 120 avaient suivi les cours de lPécole normale, 27 étaient des instituteurs qui voulaient avancer d’un grade, 6 étaient des gradués de colléges, et 2 avaient étudié à l’école normale d’une autre province.

Quant aux degrés, les diplômes se divisent en diplômes pour écoles de grammaire et diplômes pour écoles primaires ; chacune de ces catégories se subdivise en trois classes. Il y avait 52 candidats du sexe masculin, dont d1 furent admis, et 103 du sexe féminin, dont 98 obtinrent des diplômes.

Le surintendant, dans son rapport, réïlère plusieurs recommandations importantes qu’il avait déjà faites, et il en soumet de nouvelles. Les dispositiüns de la loi qui était alors en force voulaient que dans un an la subvention fût en partie basée sur la classe du diplôme dont l’instituteur est muni et en partie sur le mérite relaiif de l’école telle que rapportée par l'inspecteur. C'est, jusqu’à un certain point, le système des competihive examinalions qui a fait tant de bruit en Angleterre.

Le surintendant dit qu'avec les inspecteurs tels qu'on les a aujourd'hui, avec les salaires qu'on

leur donne, il est impossible—dans la plupart des comtés—de suivre un pareil système avec quelqu’équité. Il se livre à des considérations importantes sur la nécessité d’une inspection efficace, que nous regretions de ne pouvoir reproduire, et il finit par recommander que l’on élève le traitement des inspecteurs, que l’on exige d'eux l’emploi exclusif de leur temps, que l’on en diminue progressivement le nombre, et que le nouveau système ne soit mis en force qu’à mesure que cette réforme pourra être établie. 11 recommande aussi l'établissement d’une caisse d'économie ou fonds de retraite pour les anciens instituteurs; enfin il se plaint assez vivement de l’inefficacité des écoles de grammaire, et il recommande d’abolir les syndicats de ces écoles, de les réuuir aux syndicats des écoles de district, de diviser les écoles de district en trois départements : département primaire, département plus avancé, et enfin département du high school ou lycée, qui ferait partie de l'éducation secondaire et serait comme le vestibule du collége universitaire. Un système de primes assez ingénieux récompenserait chaque école de district en proportion du nombre des élèves qui subiraient avec avantage l’examen des degrés supérieurs. Il prévoit cependant lui-même une objection, c'est que les instituteurs ou professeurs de ces écoles pourraient être porlés à négliger les élèves des classes inférieures pour pousser plus vivement ceux

des classes supérieures. La Gazette Officielle de Frederickton, du 14 juin dernier, contient la nouvelle loi d'éducation refondue, qui introduit peu de changements aux lois pré-existantes et se borne à maintenir la disposition qui permettait aux écoles de grammaire de s’amalgamer avec les écoles de district.

Le département de l'éducation, qui fournit des livres aux écoles, s’est procuré pour les districts français une nouvelle série de livres de lecture anglofrançais ; les deux textes sont en regard. C'était le plan proposé, autrefois, par M. Mondelet, pour le Bas-Canada, dans ses Lettres sur l'éducation. Ces livres imprimés par la maison Nelson, d'Edinburgh, sont illustrés de charmantes vignettes ; les deux premiers volumes sont publiés ; ils sont faits avec la préoccupation d’en exclure tout ce qui peut appartenir à une religion plutôt qu’à une autre. Le second se termine par un choix de maximes tirées de la Bible.

Le département a aussi fait publier une Histoire du Canada et d’autres livres d'écoles en anglais, et s'occupe de la compilation d’ravrages sur la géométrie, la physique, la géograp aie et l'économie domnestique. Le gouvernement a de plus mis à la disposition du bureau d'éducation un certain nombre d’exemplaires d'une carte des provinces maritimes qu'il a fait publier.

Cette province se compose de la presqu'île de l’Acadie ou Nouvelle-Ecosse et de l’île du Cap-Breton. Elle a été, àutant que le Canada proprement dit, le théâtre des luttes entre la puissance anglaise et la puissance française en Amérique. On sait peu de chose de ce qui fut fait pour l’éducation sous la dominalion française. Les sœurs de la Congrégation, comme nous l'avons vu plus haut, établirent une de leurs écoles à Louisbourg dès l’année 1727. Les vicissitudes ou, pour mieux dire, les aventures de cette mission, dont les religieuses furent deux fois transportées en France, lors de la première et de la seconde prise de Louisbourg par les Anglais, forment nn chapitre bien intéressant de l'histoire de leur

ordre, (!) Louisbourg a été complètement détruit, mais les filles de la sœur Bourgeois sont retournées au Cap-Breton et ont une maison florissante à Arichat.

Colonisée depuis plus de cent quarante ans, l'Acadie ne comprenait, en 1755, lors de la dispersion des acadiens par le gouvernement anglais, qu’une population française d'environ 20,000 âmes. En 1772, la population totale n’était que de 19,000, dont 2,200 Français-acadiens et 865 sauvages. En 1827, la population de la Nouvelle-Ecosse et du Cap-Breton s'élevait à 164,000 âmes. (?) Les partisans de l'Angleterre émigrés des Etats-Unis, à l’époque de la révolution, avaient commencé à en élever le chiffre, et beaucoup d'Acadiens étaient revenus.

En 1871, la population de cstte province était de 387,800. Sur ce nombre 102,101 sont catholiques, dont 32,833 d'origine française. L'île du Cap-Breton a formé une province séparée de 1763 à 1820, année où elle fut réunie à la Nouvelle-Ecosse.

Le gouvernement anglais s’est occupé de bonne heure de l'instruction publique à la Nouvelle-Ecosse. Le collége de Dalhousie à Halifax reçut sa charte en 1820. Le programme des études fut calqué sur celui de l’Université d'Edimbourg. Une université, sous le nom de King's College, fut établie à Windsor ; des académies et des écoles de grammaire s'ouvrirent en

(1) Vie de la Gœur Bourgeois par M. Faillon.

(2) Bouchette—British Dominior., in North America.

divers autres endroits. En 1828, le budget de l’éducation s'élevait à £3,347 ou $13,388. (!)

Le système des écoles publiques qui s’est établi graduellement est à peu près le même que celui des autres provinces. Le D' Dawson, principal de l’Université McGill à Montréal, qui est né à Pictou dans cette province, a été un de ses surintendants les plus zélés et les plus actifs. Le D' Forrester, qui lui a succédé, s’est aussi fait remarquer par les mêmes qualités et a publié un ouvrage de pédagogie trèsétendu et très-complet. (?)

L'établissement de la taxe foncière directe et générale pour les fins scolaires a rencontré plus d'obstacles peut-être dans la Nouvelle Ecosse que dans toute autre province. Déjà nous avons vu que la diminution qui est résultée de son adoption a été plus considérable qu'au Nouveau-Brunswick où la répugnance qu’elle inspirait était cependant augmentée par l’hostilité religieuse. Le D' Dawson et le D' Forrester ont lutté énergiquement pour ce système. Ce dernier s'exprime comme suit dans l'ouvrage que nous venons de mentionner :

« Beaucoup de nos lecteurs savent très-bien que la première fois que ce système a été mis au jour, que la première fois que l'on a proclamé que la prapriété

(1) Bouchette—British Dominion, in North America —Haliburtou History of Nova Scotia.

(2) The teacher’s text book —Halifax 18067 in-8° 620 p.

de chacun doit être imposée par la majorité des propriétaires pour l'éducation de tous, ça été dans la cité de Boston en, 1635, moins de cinq années après l'arrivée des exilés puritains (pilgrim fathers) sur les rivages du Massacbussetts. Il y fut décidé, dans une assemblée nublique, qu'un instituteur serait nommé pour instruire et élever les enfants, et une partie des terres publiques fut de suite destinée à cet objet. Peu d’années après, en 1647, la législature du Massa- chussetts décréta que, dans chaque ville où il y aurait au moins 100 familles, on établirait une école où le grec, le latin et les mathématiques seraient enseignés aux enfants pour les préparer aux cours de l’université établie par la même législature à Cambridge, en

« De là, il est évident que toute la somme requise pour l'éducation était alors prélevée par des taxes directes. Maintenant, quoique nous pensions que ce système serait, sous tous les rapports, plus propice à la cause de l’éduation populaire que tout autre, s’il était généralement adopté, cependant aucune nation, même en établissant des écoles gratuites, ne l’a suivi sans y faire quelques changements. La province d'Ontario, par exemple, offre à chaque comté ou municipalité une certaine somme qui doit servir de base à une laxe foncière d’un montant au moins égal, et cela étant fait, toutes les écoles sont ouvertes gratuitement. Dans la province de la Nouvelle-Ecosse,

trois circonscriplions contribuent à l'entretien des écoles: la province, le comté et l'arrondissement (section). La province paye sur ses revenus à chaque instituteur une certaine somme, d’après la classe du diplôme qu’il a obtenu ; le comté prélève, à raison de trente centins par tête, une taxe foncière dort le produit est distribué entre les instituteurs, dans la proportion de l’assistance moyenne à leurs écoles respectives ; enfin, la balance requise pour l’adminisiration scolaire est prélevée par une taxe locale sur l'arrondissement. Voici le plan que je prsposais il y a un an: la province, le comté et l’arrondissement devaient contribuer chacun pour ur. tiers à la dépense totale. L’arrondissement aursit été libre de prélever sa part de la manière qui lui aurait paru préférable ; mais le payement devait être assuré avant qu’il lui fût permis d'exiger de la province ou du comté leur part de contribution respective. Nous mentionnons ces détails afin de montrer que le système des écoles gratuites peut être suivi de diverses manières et se prêter à des conditions bien différentes les unes des auires.

«Il y a là beaucoup plus qu’une affaire d'argent. La position sociale de l’instituteur, l'excellence de l'éducation et le succès de l'enseignement, tout cela est grandement affecté par le système de contribution: adopté. Et c'est en cela surtout, et de ce point de vue élevé que nous devons admirer la sagacité, la

générosité et la philanthropie des exilés puritains qui conçurent la grande idée d’une éducation re et universelle. »

Dans son rapport pour l’année 1872, le surintendant actuel, M. Hunt, constate une diminution de 1,221 élèves dans les écoles et de 35 Aans le nombre des instituteurs et institutrices emple, és ; et, ce qui est plus regreltable, la diminution porte sur les instituteurs de première et de seconde classe. Il attribue cet état de choses à plusieurs causes temporaires ; mais, en ce qui concerne les instituteurs, à une cause qui se fait aussi sentir ailleurs, le désir des autorités locales de se procurer des maîtres à bon marché.

Le tableau suivant indique cependant que, malgré des fluctuations auxquelles les changements de législation scolaire n’ont pas été étrangers, il y a eu en somme un progrès satisfaisant.

Elèves dans Elèves dans Eléves ayant passé Années. la a par

session d'hiver. session d'été. l’école dans l’année. 1856 ........, 29,451 83,163 Point de rapport. 1860.,.,.,..,, 83,210 37,376 #6 1866..,,,,..., 45,131 56,017 71,059 1867........,. 61.718 70,075 83,048 1870 sous 74,321 76,237 94.496 1871460. 74,759 77.285 92 858 1872.40... 70,780 76,496 91,637

Il faut avouer, cependant, que les diminutions des deux dernières années sont assez fraprantes. Le surintendant les attribue en partie à l'augmentation

du prix de la main-d'œuvre qui rend le {travail des enfants plus rémunératif pour les parents ; mais il convient aussi que l’infériorité de quelques écoles, par suite de l'emploi de maîtres peu capables, et l'apatkie des parents, y sont pour une large part.

Le montant total dépensé pour l'éducation en 1872, dans la Nouvelle-Ecosse, a été de $554,408, sur lequel $171,395 ont été payées par le gouvernement. Ceci présente une augmentation pour le tolal de $2,298, tandis qu'il y a une diminution de $4,778 sur la part fournie par le gouvernement. Les chapitres de la dépense se résument comme suit : Ecoles : publiques, $495,439—Ecoles normales et modèles, $4,596 — Académies spéciales, $22,842 —Colléges, $31,530.

Les universités et coléges sont 1° King's College, fondé en 1788, qui a donné en tout, acpuis sa fondation, 262 diplômes, les uns de bachelier-ès-arts, les autres de docteur en médecine. Le nombre des professeurs était de 5 et celui des élèves de 40, en 1872. 2% Dalhousie College, fondé en 1820, qui a donné en tout 39 degrés-ès-arts et 5 en médecine. Le nombre des professeurs de la faculté des arts était de 6, celui des élèves de 48 ; faculté de médecine, 9 professeurs.et 24 élèves ; 3° Acadia College, fondé en 1838,:6 professeurs et:35 élèves ; 4° le collége de Saint-Frangois-Xavier, institution catholique, fondé à Antigonish, en 1854, lequel est à la fois le grand

et le petit séminaire du diocèse d’Arichat, 3 professeurs et 22 élèves ; 5° le collége de Mont Allisnn, fondé en 1862, 5 professeurs el 18 élèves ; 6° enfin le collége de Sainte-Marie, fondé en 1840, à Palifax, et dirigé par les frères des Écoles Chrétiennes, 5 professeurs et 18 élèves.—Toutes ces institutions sont subventionnées par le gou“ernement. Le montant total des subventions est de $6,000. Le nombre de volumes des bjbliotbèques est de 14,881.

L'école normale de la Nouvelle-Ecosse a trois professeurs ; elle a eu, en 1872, 44 élèves dans la session d’hiver et 36 dans la session d’été. Il a été donné 70 diplômes cette année-là. Elle est en existence depuis 16 ans. Le principal, M. Calkin, dans son rapport, insiste sur la nécessité de procurer “à cette école des édifices plus convenables, et cite l'exemple de la province d’Ontario. Le nombre des élèves- maîtres est beaucoup moins: grand que eelui des élèves-maîtresses et tend à diminuer encore. L'école-modèle annexe de l’école normale a 7 maîtres et maîtresses et 525 élèves. Les écoles publiques se divisent en académies et écoles communes. Il y a les académies de comtés et les académies spéciales. Les premières sont sous le contrôle de syndics qui jouent . le même rôle que ceux des écoles élémentaires. Les unes et les autres sont subventionnées par le gouvernement. On y enseigne le latin, le grec, les éléments dessciences, les mathématiques, les iangues

modernes, presque partout le français, dans quelques unes l'allemand el l'espagnol. Elles sont divisées en plusieurs classes ou départements, dont un prend le titre de high school department. IL y a 10 académies de comtés ; elles ont 42 professeurs et institutrices, et ont eu dans l’année 1872, 2,548 élèves en tout. Il y a 7 académies spéciales ; elles ont 25 professeurs el institutrices ordinaires et 12.adjoints ou assistants, et 597 élèves. Parmi ces académies ‘spéciales se trouve un institut pour les sourds-muets, qui a 5 professeurs et assistants et 46 élèves.

Il y a un conseil de l’instruetion publique, et des inspecteurs d'écoles, sous le surintendant. Les atiributions de ces autorités ne diffèrent guère de celles que nous avons exposées, à l’occasion des autres provinces. On compte 19 inspecteurs, un dans chaque comté et un surintendant pour la cité d'Halifax. Le coût de l'inspection est de $#11,825 par année. Dans deurs rapports, les inspecteurs se plaignent assez généralement du manque de régularité dans l’assistance aux écoles, de la diminution dans les salaires des instituteurs, de l'insuffisance du matériel scelaire. 11 y a plusieurs districts d'inspection où l'élément français est important. Cet élément prédomine dans des districts de Digby et de Richmond, qui ont pour inspecteurs, le premier M. A. P. Landry, le second M. RémiBenoit. Les livres d'école français sont importés de la province de Québec. M. Landry faitles remar-

ques suivantes sur l’enseignement de la langue française :

«Dans les trois-quarts des écoles de ce district. l'instituteur, pour réussir et contenter les parents ainsi que les élèves, doit être en état d’enseigner également bien les deux langues anglaise et française, Les instituteurs en état de le faire sont très-rares, parce qu'il ne leur est donné aucun encouragement particulier. Il n’existe aucune disposition de la loi qui accorde à l’instituteur qui peut enseigner les deux langues, une préférence ou un avantage quelconque. Cependant il faut bien que des enfants apprennent d’abord leur langue maternelle afin de pouvoir ensuite en apprendre une autre. Les enfants d'origine française, qui, à l’école, étudient d’abord l'anglais, n’y font que peu de progrès et, en fin de compte, ne savent ni l’une ni l’autre langue. Nous avons beaucoup d’exemples de ce que.j'avance.

«Je sais que pour beaucoup de personnes c’est une question de savoir si l’on doit encourager l'usage de la langue française dans un pays dont la grande majorité est d'origine britannique ou parlant la langue anglaise. Mais, sans entrer iei dans la discussion de cette question, on ne peut nier, dans tous les cas, que si le français doit être enseigné comme langue parlée, plus on prendra de moyens pour l’enseigner correctement, mieux ce sera. Et même s’il était à désirer, comme beaucoup le prétendent, que la population

française fût plus versée dans la langue anglaise qu'elle ne l’est maintenant, il ne paraît pas s’ensuivre qu’abolir ou négliger l'étude du français soit le moyen le plus sûr d'apprendre l'anglais. Ainsi, soit au point de vue de la justice, soit à-celui de la saine politique, il semble que la connaissance du français devrait eompter pour quelque chose dans les diplômes accordés aux instituteurs et que ceux qui possèdent la langue française devraient trouver quelque avantage à faire des progrès dans l'étude de leur langue maternelle. Tous les instituteurs d’origine française enseignent l’anglais aussi bien que le français, mais ils ne reçoivent aueune compensation pour cette double tache. »

Les tableaux des statistiques scolaires sont trèscomplets et paraissent faits avec beaucoup d’'intelligence. Nous regrettons de ne pouvoir en faire de plus copieux extraits et de n'ajouter à ceux que nous avons donnés plus haut que quelques chiffres qui s'appliquent à toutes les écoles publiques, toujours d’après le rapport de 1872. Lecture, 67,117 élèves ; récitation, 31,795 ; leçons orales en géographie, 37,348 ; géographie de la Nouvelle-Ecosse, 17,462 ; géographie générale, 15,648 ; arithmétique au boulivr-compteur, 10,687 ; arithmétique mentale, 47,- 392; arithmétique à l'ardoise, 54,727 ; élèves écrivant couramment, 29,536; grammaire et analyse, 27.047; histoire de l'Amérique britannique, 9,399 ; histoire

d'Angleteire, 10,849 ; histoire d’autres pays, 1,822 ; composition anglaise, 9,673 ; tenue deslivres, 3,203 ; chimie vulgarisée, 2,372 ; éléments de la langue latine, 500; algèbre, 3,298; géométrie, 2,643 ; navigation, 392; physique, 957; musique vocale, ° 27,740 ; dessin, 5,453.

Ces chiffres comparés au nombre total des élèves indiqr'ent un enseignement assez élevé et assez varié, quoique la plupart présentent, comme le chiffre totat lui-même, une diminution assez forte sur ceux de l'année précédente.

La cité d’Halifax a une organisation seolaire spéciale sous un bureau de commissaires composé de 13 membres, dont 7 nommés par le gouvernement et 6 choisis par le conseil de vilie. Il y a dans ce bureau des catholiques et des protestants, le vice-président actuel est le très-révérend M. Hannan, D. D., vicairegénéral de l’archevêque catholique d’Halifax. Il y a 20 écoles sous le contrôle des commissaires ayant 5,339 élèves ; les dépenses de l’année s'élèvent à $64,262.

Les protestants et les catholiques paraissent assez unis en matière d'éducation. Les institutions catholiques sont, en général, subventionnées par le gouvernement et en partie sous le contrôle de l’état. Nous ne pouvons dire, d'après les documents que nous avons sous les yeux, quelles sont celles qui sont entièrement indépendantes. Nous croyons cependan

que le pensionnat des Dames Ju Sacré-Cœur à Halifax est au nombre des dernières. Les autres pensionnats ou exlernats des deux diocèses d'Halifax et d’Arichat sont tenus par des sœurs de Charité ou des sœurs de la Congrégation. (1)

[1876.]—D'après le rapport du surintendant pour 1875, il y a eu dans les statistiques scolaires un progrès considérable pendant les trois dernières années, qui fait plus que compenser les diminutions signalées plus haut :

LE

Nombre d'élèves | Nombre d'élèves Nombre total pour la pour la d'élèves enregistrés session d'hiver, session d'été. dans l’année:

Le dernier chiffre donne 1 par 4.04 de la population.

Sur le nombre d'élèves de la session d'été il y avait 414,460 garçons et 40,438 filles. L'assistance moyenne était de 4.619; ce qui ne donne que 55.98 pour cent sur le nombre d'élèves enregistrés, proportion beaucoup plus faible, cotnme on le voit, que dans les pro-

{!) Nous ex pruntons ces renseigrements au Sadlier's Catholic Direciory, qui nous a été très-utile pour tout ce travail.

vinces d’Ontario et de Québec. Le nombre desélèves . dés académiesde comté (comprises dans les chiffres cidessus), 2,239, présente une diminution asséz considérable sur 1872. Celui des élèves dés cours supérieurs, high school departments, n'est que de 405, dont 183 garçons et 222 filles. Le nombre des élèves des académies spéciales est de 681 ; augmeritation sur 1872, 84; celui des élèves des colléges est de 197 élèves réguliers, plus 100 élèves qui ne suivent qu’une partie des eours.

L'école normale établie à Truro n’a, paraît-il, qu'un local assez peu convenable, tandis que la ville a fait élever un édifice spacieux pour une école-primaire supérieure, qui sert d'école annexe ou d’application à l'école normale ; le surintendant fait ressortir le contraste frappant qui existe entre la libéralité de la municipalité et celle dugouvernement. Le nombre des élèves, en 1875, a été de 112 dont 88 filles ; 73 ont obtenu des diplômes ; le nombre des élèves de l’école modèleannexe aétéde512 ; assistancemoyenne, 330. Ces chiffres, qui offrent une augmentation sur 1872, présentent une légère diminution sur1874. Lesurintendant recommande instämment de construire un édifice plus convenable, dé former une bibliothèque et un musée, de fournir sur le tout une meilleure installation, d'augmenter le nombre des professeurs et d'ajouter au programme de l'enseignement plusieurs branches des sciences physiques, et la philosophie in-

tellectuelle et morale, enfin de pousser plus loin l’enseignément de la pédagogie comme science, et de l'histoire de l'instruction publique dans les divers pays.

Le nombre total des écoles publiques était, dans la session d'été, en 1875, de 1,733 ; augmentation sur 1874: 60, et sur 1872 : 131. Il y a 1742 sections ou arrondissements; augmentation sur 1874: 19. Le nombre des sections sans école est de 183; diminution sur 1874: 27. Le nombre des instituteurs et inslitutrices, et de leurs assistants munis de diplômes employés dans la session d'été, a été de 1,843. Le nombre des instituteurs était de 611, celui des institutrices de 1,173, sans tenir compte des assistants et assistantes.

Le conseil de l'instruction publique a le pouvoir de faire des réglements pour les examens des aspirants au diplôme d'instituteur, de classer et de graduer ces diplômes, de nommer des examinateurs et des députés: examinateurs et de fixer les lieux où auront lieu ces examens. Ils sont faits par écrit sur des questionnaires, sur chacun des points du programme, ou syllabus, adopté par le conseil, envoyés cachetés par le surintendant, ét le rapport en est fait par le député qui y préside, au bureau d’examinateurs. Ses membres se partagent les rapports et apprécient les résultats de l'examen d’après un système de points assez semblable à celui généralement en usage dans les universités. Les examinateurs et les députés-examinateurs

‘reçoivent une légère rémunération ou indemnité. Le coût de ce système, pour l’année 1875, a été de $2,141. |

Les diplômes sont divisés en cinq grades, désignés par les cinq premières lettres de l'alphabet. La classe A comprend le diplôme de Principal d'Académie de comté ; B, les diplômes d'’instituteurs de première classe; C, ceux d’instituteurs de seconde classe etd’institutrices de première classe ; D, ceuxd'institutrices de seconde classe et d’instituteurs de troisième classe ; enfin la classe E comprend les diplômes d’institutrices de troisième classe. La partie de salaires payée directement par le gouvernement se répartit dans les proportions suivante : la classe B posant pour l'unité; C, #; D, +; E, 8.

Aux examens de 1875, il s’est présenté 1,042 candidats, ce qui est beaucoup plus.de la moitié dunombre d'instituteurset instilutrices employés ; sur ce nombre, 144 ont été renvoyés; 658 ont obtenu des diplômes, dont 6 de la classe A; 55 de la classe B; 196, C; 188, D ; et 213, E. De plus, chaque instituteur muni du diplôme A ou du diplôme B, qui a enseigné, reçoit un bonus de $30' par année, payable semiannuellement. Les directeurs d’académies de comté ou d’académies spéciales, ayant des traitements plus élevés, sont exclus de cette faveur. Les assistants munis de diplôme reçoivent les deux-liers des traitements des maîtres du même grade, s’ils ont une classe

tenue dans une chambre séparée et s'ils enseignent au moins quatre heures par jour.

Les diplômes des élèves de l’école normale leur sont donnés par le surintendant, sur le rapport du | Principal ; ils sont divisés en trois classes.

Nous ne trouvons point, comme dans les rapports de quelques autres provinces, de tableau de la moyenne du salaire des instituteurs. Le montant payé directement par le gouvernement pour 1875, aux instituteurs et aux institutrices des divers grades, a été de $128,205 : augmentation sur 1874, $6,305 ; les sommes payées par les syndics des écoles, #4292,754 ; augmentation, $32,820 ; total, $420,959 ; augmentation, $39,125.

Le montant dépensé, en 1875, pour les écoles publiques, a été de $594,038, sur lesquels le gouvernement a fourni $166,511 ; pour l’école normale et l’école modèle annexe, $4,740 ; pour les académies spéciales, $60,683; dont $6,900 par le gouvernement; pour les colléges, $48,008, dont $7,800 par le gouvernement ; grand total, $767,470 ; augmentation sur 1874, $87,108; subvention totale du gouvernement $185,951.

La construction de maisons d'écoles convenables a occupé et occupe encore d’une manière toute particulière l'attention du gouvernement et celle des diverses autorités scolaires. Depuis 1854, il n’a pas été dépensé moins de $641,650 pour l'érection ou là

réparation de ces maisons. Les réglem ts du conseil pourvoient en détail à la distribu’ ::: intérieure, à l'aménagement et à l'installation 2s écoles ; on s’applique à faire adopter un système de siéges et de pupitres perfectionnés comme dans la province d'Ontario. Le nombre de maisons d'école construites depuis 1864, est de 892 ; il s’en est bâti, en 1875, 72 ; et il y en avait 83 en voie de construction au 31 octobre.

Le Conseil dans ses ME cite cette phrase de M. Cousin: «S'il peut y avoir une maison dans l'arrondissement située dans un endroit plus agréable que les autres, mieux bâtie, mieux protégée contre le froid, plus plaisante dans son aspect, plus propre qu'une autre à exercer une influence salutaire sur l'esprit de ceux qui l'habitent, cette maison, ce devrait être la maison d'école.»

Le conseil est d'avis « que chaque école élémentaire devrait avoir un bon assortiment de livres d'école approuvés, une horloge, une sonnette, un thermomètre, un boulier-compteur, plusieurs tableaux noirs, une mappemonde, un globe terrestre, un dictionnaire, et un dietionnaire géographique ou gazetieer. De plus chaque école primaire supérieure (advanced schools) devrait avoir une carte du comté, des cartes ou diagrammes pour l’étude des sciences, des instruments pour le mesurage et pour l'étude de la navigation. Enfin pour les écoles divisées en trois

départements : élémentaire, préparatoire et du cours supérieur ou high school department, on prescrit à peu près tous les instruments, cartes, diagrammes, nécessaires à l'étude des sciences. Le département de l'éducation se charge de fournir toutes ces choses aux écoles, comme cela se pratique dans la province d'Ontario, et des cataloguesavec les prix sont publiés de temps à autres dans le Journal of Education.

Il a été publié, en 1874, un excellent manuel de la nouvelle loi d'éducation refondue et des réglements scolaires, préparé par M. Benjamin Russell, avocat.

Le conseil de l'instruction publique se compose, comme dans Ontario aujourd’hui, et comme dans la province du Nouveau-Brunswick, des membres du conseil exécutif, dont cinq forment un quorum. Le surintendant est le secrétaire du conseil. ®)

Une disposition législetive toute particulière à la Nouvelle-Ecosse, est l’étabiissement de bureaux de commissaires d'écoles, quisont un intermédiaire entre les syndics d'écoles dans chaque arrondissement d’école et le département de l'instruction publique. Le gouverneur en conseil nomme pour chaque district sepi commissaires, et l'inspecteur d'écoles agit comme secrétaire du bureau. Il y a 32 de ces bureaux pour des comtés ou parties de comté, sans compter celui de la cité d'Halifax. Le conseil de l'instruction

(1) Au Nouveau-Brunswick, :le lioutenant-gouverneur, 16 président de

l'Université, et le surintendant sont membres du conseil. Le surintendant agit comme secrétaire.

publique fixe leurs jours de réunion, l'endroit où ils doivent siéger, etc. Ils peuvent se fondre en un seul lorsqu'il y en a plusieurs dans le même comté.

Chaque bureau siége deux fois par année ; il reçoit les rapports de l'inspecteur sur l’état des écoles, il doit les examiner, les approuver, ou, si la majorité des commissaires refuse d’autoriser le payement de la subvention, les raisons de ce refus doivent être mentionnées. Tous les rapports sont ensuite envoyés au surintendant.

Les commissaires ont le pouvoir de régler les difficultés qui peuvent s'élever entre lus syndics et les instituteurs, de révoquer les diplômes de ces derniers ou de suspendre l'exercice de leur charge pendant un certain temps, de retenir la part de subside afférente à chaque arrondissement, selon que l’on a à se plaindre des syndics des écoles ou des instituteurs, de fixer les bornes des sections ou arrondissements d'école, de les changer ou modifier au besoin, de décider des difficultés qui s'élèvent entre les syndics d'école et les contribuables, quant au site des maisons d'école ; de déclarer qu’une maison d'école ne doit plus être occupée si cile n’est réparée, ou d'ordonner d’en construire une nouvelle, de répartir les subventions supplémentaires des arrondissements pauvres, d'exempter de la cotisation les habitants des îles ou des endroits pauvres ou isolés.

Mentionnons ici quelques autres dispositions de la

loi, qui ne se rencontrent point dans les autres provinces.

Les ministres, ou prêtres, les filles ou veuves, et toute personne âgée de soixante ans, sont exempts de payer des taxes jusqu’à concurrence de $500 d'évaluation ; les pauvres peuvent être exemptés par les syndics, qui doivent faire rapport de ces exemptions ; enfin, le surintendant de l'éducation, les inspecteurs, les professeurs des écoles normales, les instituteurs sont exempts de toutes corvées (sfatute labor), de l'obligation de servir dans aucune autre fonction municipale ou comme jurés, enfin de toute capitation ou cotisation quelconque jusqu’à concurrence de #2,000 d’évaluation, excepté en ce qui concerne la taxe des écoles, dont le surintendant est seul exempt jusqu’à concurrence de la même somme.

La rémunération des inspecteurs d'écoles est aussi , établie sur une base qui diffère de ce que nous avons "vu ailleurs. Chaque inspecteur reçoit semi-annuelle-

“ment du gouvernement une piastre et demie pour chaque école qu’il a inspectée (il doit les inspecter au moins deux fois par année), plus une somme équivalente à cinq pour cent sur la moitié de la moyenne des allocations faites aux instituteurs des divers degrés, enfin une somme de dix piastres pour papeterie, port de lettres, impressions, etc., pour chaque bureau de commissaires dont il est le secrétaire. Les inspecteurs ont reçu en tout, en 1875, $12,651 pour leurs salaires et $720 pour papeterie, etc.

Il y a un inspecteur pour chaque comté; les inspecteurs sont nommés par le conseil de l’Instruetion publique, sur la recommandation du surintendant. Le conseil a le droit de diviser les comtés dans ce but, d'augmenter le nombre des inspecteurs et de changer les conditions de leurs salaires, pourvu que la dépense ne soit pas augmentée sans l'autorité du parlement.

Leurs devoirs sont prescrits un à un ; ils sont tenus de visiter chaque école au moins quatre fois par année et, lorsqu'ils omettent de le faire, ils doivent en donner les raisons dans le rapport qu'ils adressent au bureau des commissaires.

La loi et les réglements äu conseil pourvoient à la distribution de la subvention—il est d'abord payé une somme de $6,600 aux académies de comté, qui se la partagent également et ont chacune $600. Sur la somme de #117,000, qui constitue la subvention des écoles primaires, $7,500 sont payées à la cité de Halifax. Le reste est distribué.entre les comtés à proportion du total de jours de présence aux écoles formé par tous les enfants dont les noms ont été enregistrés pendant la session précédente. La somme ainsi établie est ensuite distribuée entre les écoles et payée directement aux instituteurs par l'inspecteur, d'après la classe de leur diplôme, comme on l'a vu plus haut, et d’après le nombre de jours pendant lesquels l'école a été tenue. Les jours. où les insti-

tuteurs sont présents à une conférence convoquée par ordre du surintendant sont comptés comme jours d'école.

L'admission à l’école est gratuite, mais il y a deux autres sources de revenus, la subvention payée par le comté et la cotisation imposée par les syndics sur la section ou municipalité scolaire. La subvention du comté est un surcroît de laxes municipales prélevé sur le pied de trente cents pour chaque contribuable, tous frais déduits. Elle se distribue par le bureau des co.umissaires aux syndics de chaque école d’après l'assistance moyenne el le nombre de jours pendant lesquels l’école a été tenue, les jours qui excèdent le nombre prescrit ne comptant point. Elle est aussi spécialement affectée au payement du

salaire des instituteurs. Les subventions parti- :

culières faites aux arrondissements pauvres sont déduites de ce montant et aussi de la somme fournie par le gouvernement.

La cotisation imposée sur l'arrondissement est votée dans une assemblée des contribuables qui élisent aussi les syndics et qui, indépendamment de la cotisation annuelle, peuvent voter des cotisations spéciales pour la construction. ou la réparation des maisons d'école. à

Les cotisalions imposées par les syndics ont pour objet de suppléer à ce qui manque encore après que les subventions du gouvernement et du comté sont

connues, Elles servent à augmenter les salaires des instituteurs et à tous les autres besoins de l'école. Il est d'abord imposé une capitation d’une piestre à laquelle est sujet touthomme âgé de plus de vingt-etun ans, résident depuis plus de six mois dans l’arrondissement. Si le produit de cette taxe ne couvre point la somme votée, la balance se complète par une coltisotion foncière.

Les syndics ont la direction immédiate de l’école et le choix des maîtres. Ils sont, comme on l’a vu, soumis par voie d’appel à la juridiction du bureau des commissaires du comté, sous plusieurs rapports.

Le conseil de Instruction publique les a aussi autorisés à tenir des écoles du soir pour les adultes. Toute personne âgée de plus de 13 aus, qui ne peut fréquenter les écoles du jour, a le droit de s’y présenter ; deux séances de deux heures et demie chaque comptent pour une journée d'école dans la computation du nombre de jours pendant lesquels les écoles ont été tenues.

Comme nous l'avons dit plus haut, la cité d’Halifax a des commissaires qui cumulent les devoirs de syndics. Ils ont l'entière administration des écoles de cette ville, qui sont nombreuses et bien dirigées. Il y a douze commissaires. dont six sont nommés par le gouvernement, et les six autres sont choisis par le conseil municipal de la cité. Il leur est alloué une indemnité de $1,000 qu'ils se par-

tagent entr'eux, suivant qu'ils le décident eux-mêmes, en proportion de leur assistance aux séances, ou des devoirs particuliers imposés à chacun d'eux.

Les commissaires rétribuent aussi un secrétairetrésorier et un inspecteur ou supervisor, qu'ils nomment eux-mêmes, et qui doit visiter chaque école, au moins une fois par mois, et dont les devoirs sont prescrits d'une manière très-détaillée. Le rapport de M. Rousselle, l'inspecteur actuel, est très-intéressant.

Les commissaires ont le pouvoir d'agir de concert avec toute autre corporation et de donner à cette corporation une part de leurs revenus pour ses écoles, qui alors, comme toutes celles qu'ils établissent eux-mêmes, doivent être entièrement gratuites. Il y avait en 1875, 19 écoles avec 94 maitres et assistants, 5,125 élèves enregistrés ; assistance moyenne, 3,871; donnant une proportion de 75.55 pour cent. Les écoles catholiques se font remarquer non-seulement par le nombre de leurs élèves, mais aussi par l’assistance moyenne qui varie de 75 à 90 pour cent. Quelques classes excèdent même ce chiffre, et leur assistance moyenne s’élève de 90 à 97 pour cent.

De 1866 à 1875, le nombre des élèves des écoles de la cité, qui n'était que de 2,679, a presque doublé, et l’assistance moyenne s’est élevée de 66.70 pour cent à 75.09.

Nous avons parlé plus haut de la bonne entente qui régnait en général entre les catholiques et ls protestants. La loi ne contient aucune disposition semblable à celles maintenant en force au Nouveau- Brunswick. Le réglement suivant, quoiqu'il soit dit dans le préambule que «la loi ne sanctionne pas dans les écoles l’enseignement des doctrines particulières aux différentes confessions chrétiennes, » paraît laisser une certaine latitude aux syndics.

«Il est ordonné que dans le cas où des parents ou tuteurs auront signifié, par écrit, aux syndics qu'ils ne peuvent approuver, en conscience, les exercices de piété qui se font dans l’école, ou ces exercices seront modifiés de manière à ne point blesser les sentiments religieux de ces parents ou tuteurs, ou ils auront lieu immédiatement avant ou après la classe, et les enfants de ces parents, et les pupilles de ces tuteurs ne seront aucunement tenus d'y assister. »

De fait, comme on l’a vu, les écoles catholiques sont dans un état très-florissant. Beaucoup est dû sous ce rapport à l’énergie, à l'habileté, à la légitime popularité de feu Mgr. Connolly, l'illustre archevêque, dont la mort est dans ce moment également déplorée par toutes les classes de la société. :

Si nous sommes entrés dans tous ces détails, c’est parce que la législation et les réglements qui sont maintenant en force dans cette province, diffèrent

sur plusieurs points importants de ce qui se pratique ailleurs. Les dispositions que nous venons d'indiquer nous semblent la plupart judicieuses, ingénieuses même, mais il est possible qu’en somme elles soient un peu trop compliquées.

M. Hunt, le surintendant, nous paraît, d'après ses rapports, rempli de zèle ; il n'hésite point à indiquer au gouvernement et aux autorités scolaires les réformes qu'il trouve urgentes. Il se plaint assez vivement de l'inefficacité des académies de comté, et recommande l'établissement” d’un lycée ou high school à Halifax, dût-on pour cela diminuer la subvention des académies. Il parle avec éloge des efforts faits par les bureaux de commissaires de comtés, et paraît disposé à accorder à leurs membres une indemnité ou au moins des frais de voyage.

… Les dispositions de la loi et des réglements, qui ont rapport à l'installation des écoles, à l'achat des instruments de physique et autres objets, propres à l’enseiguement des sciences, et à l'établissement de bibliothèques scolaires, ont obtenu peu d'attention de la part dessyndics d'écoles. M. Hunt lesexhorte et particulièrement ceux de la cité d’Halifax à faire de plus grands efforts dans cette voie, et il recommande au gouvernement d'accorder des primes d’encouragement ou quelqu'aide spéciale dans ce but. Enfin, il se plaint avec plusieurs inspecteurs de la, disposition qui exemple les personnes âgées de soixante ans d’une partie de la contribution scolaire.

N'oublions point de dire en terminant qu'il se publie sous la direction du département, un journal de l’Instruction publique, sous le titre de Journal of Education, qui paraît tous les deux mois, et s'expédie gratuitement aux diverses autorités scolaires et aux instituteurs.

L'île du Prince-Edouard, située dans le golfe Saint- Laurent, à l’ouest du Cap Breton, possède un sol fertile et jouit d’un climat relativement tempéré. Elle a été récemment annexée à la confédération canadienne, et ses représentants ont siégé pour la première fois au parlement fédéral en 1873. Elle portait, sous la domination française, le nom d’Ile royale. Là, comme au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle- Ecosse, se trouvent encore des descendants de la raceacadienne. En 1871, la population totale était de 94,02f âmes, dont près de la moitié (40,442) était catholique-romaine. On n’y comptait que 80,857 âmes en 1861, ce qui offre.une augmentation trèsconsidérable, eu égard au peu d’étendue du territoire. et à l’émigration récente d’une partie ae la population

acadienne française vers la province de Québec. L'île n'a que 2,100 milles carrés de superficie.

L'éducation est dirigée par un bureau qui a sous lui trois visiteurs, un pour chacune des divisions politiques de l’île.

Le bureau de l'éducation se compose de onze membres tous nommés par le gouvernement ; deux d’entr'eux sont spécialement ‘chargés de l’examen des candidats au brevet d'instituteurs et un autre agit comme secrétaire. Ces trois fonctionnaires sont également désignés par le gouvernement. Le secrétaire reçoit nn traitement de $300, les examinateurs reçoivent chacun $80, et les autres membres du bureau $36, sujets à une réduction de $3 chaque fois qu’ils s’absentent d’une séance.

Les pouvoirs du bureau de l'éducation, en ce qui concerne le choix des livres, les matières d’ étude, la direction de l’école normale, elc., sont à peu près les mêmes que ceux du conseil de l’Instruction publique dans les provinces d'Onterio et de Québec. Les membres ont de plus pour eux-mêmes ou pour leur secrétaire une partie de ceux qui appartiennent dans ces provinces au surintendant de l'éducation, En ce qui regarde la ville de Charlottetown, ils ont de plus cerlains devoirs particuliers et une administration plus directe des écoles.

Les écoles sont dirigées par des syndics élus par les contribuables et qui jouent le même rôle à peu :

ÿ & PROVINCE DE L'ILE DU PRINCE -ÉDOUARD. 201

près que ceux des autres provinces. Les difficultés qui s'élèvent entr'eux et les contribuables pour les bornes de l'arrondissement scolaire, pour le site de la maison d'école, sont décidées par le bureau de l'éducation qui peut ou les juger sommairement ou ordonner une enquête, qui se fait soit par des juges de paix, des commissaires des pelites causes ou par trois personnes notables étrangères aux arrondissements concernés, Ces commissaires enquêteurs font aussi rapport de leur opinion sur la matière en litige, et reçoivent une légère rémunération pour le temps perdu et leurs frais de voyage.

Aucun nouvel arrondissement ne peut être établi sans la permission du lieutenant-gouverneur ên conseil. Le bureau de l'éducation a aussi le pouvoir de révoquer les diplômes des instituteurs, et pour cela de s'enquérir de leur conduite. Les syndics d'écoles n’ont pas le droit de renvoyer un maitre avant l'expiration de son engagement sans l’autorisation du bureau auquel il doivent faire connaître ce qu'ils peuvent avoir à lui reprocher.

À part du diplôme pour école de grammaire, il y a deux classes de diplômes pour les écoles primaires. Pour la première classe, on exige les connaissances nécessaires à la direction d'une école élémentaire, y compris la grammaire anglaise, la géographie, la tenue des livres ; pour la seconde classe, les candidats sont de plus interrogés sur l'algèbre, la géométrie, la trigonométrie, le mesurage, l’arpentage, la navi-

gation, l'‘tude du globe terrestre et du globe astronomique.

Les instituteurs reçoivent trente chelins, et les institutrices vingt chelins, pour chäque élève d’après le chiffre de l’assistance moyenne; ces sommes sont payées directement aux instituteurs par le gouvernement, sur le certificat des visiteurs. Une modique rétribution scolaire est exigée des élèves qui fréquentent les écoles des villes de Charlottetown et de Georgetown.

Les autres écoles sont gratuites: mais il est permis aux. habitants de chaque localité de former une souscription volontaire pour augmenter le salaire des ihstituteurs, et le paiement des sommes ainsi promises par écrit peut être exigé par les voies légales.

Les instituteurs ou les institutrices, munies d’un certificat d'aptitude pour l’enseignement de la langue française, et qui l’enseignent à au moins dix élèves, reçoivent du gouverneur un supplément de vingt piastres, pourvu que l’arrondissement forme par souscription une somme égale, qui est aussi ajoutée à leur traitement. Le nombre des instituteurs .ou institutrices, ainsi récompensés par le gouvernement,

ne peut être de plus de vingt dans une année. =. Une disposition de la loi qui paraît assez singulière au premier abord, mais qui a cependant sa raison . d’être, défend aux instituteurs ou aux institutrices âgés de moins de vingt-et-un ans d'enseigner dans l'arrondissement où ils ont élé élevés.

Les syndics ont le pouvoir d'imposer des cotisations particulières pour la construction ou la répation des maisons d'école, l'achat de livres, cartes, etc., et pour les autres besoins de l’école. Le gouvernement, après que l'on a rempli certaines formalités, fournit $20 pour aider à.la construction d’une maison d'école dans chaque arrondissement pauvre.

Les écoles, pour être subventionnées, doivent faire preuve d'un certain chiffre d'assistance moyenne proporlionné au nombre des enfants de 5 à 16 ans de l'arrondissement. Il y a une exception pour !es arrondissements pauvres ou peu peuplés.

Les ministres du culte, les chefs des maisons d'éducation, les instituteurs sont aussi exempts de toute corvée (statute labor), du service de la milice, etc.

Cette législation est, comme on le voit, simple, peu compliquée; elle a même quelque chose de paternel, comme il convient à des sociétés peu nombreuses et isolées.

La lecture de la Bible est autorisée dans toules les écoles subventionnées par le gouvernement, et chaque classe doit s'ouvrir par cet exercice qui doit se faire sans commentaires de la part de l'instituteur. Les enfants dont les parents ou tuteurs y ont quelqu'objection ne sont pas tenus d’être présénts.

Les écoles de grammaire sont dirigées par des syndics élus comme ceux des écoles communes, à

l'exception de deux endroits, Georgetown et Sammerside, où ils sont nommés par le gouvernement. Le nombre des écoles de grammaire de chaque comté est fixé par le gouverneur en conseil, sur la recommandation du bureau d'éducation.

Les professeurs et les instilutrices de ces écoles doivent subir un examen sur toutes les malières prescrites pour l'obtention d’un diplôme de seconde classe pour école commune et de plus sur les langues française, grecque et latine. Leurs diplômes leur sont donnés par le bureau d'éducation. Leurs salaires sont fixés par La loi et varient, selon la classe et le sexe, de $180 à $400. Il y a aussi des maîtres d'étude ou ushers dont les traitements varient de $40 à $60. .

Les trois visiteurs ou inspecteurs ne doivent exercer aucune autre profession ou commerce ; ils doivent visiter chaque école au moins deux fois par année, aider le bureau d'éducation dans l'exercice de ses fonctions, visiter fréquemment l’école normale, et faire un rapport annuel qui se publie dans les j journaux de la province.

D'après ceux qui ont paru en 1872, la somme totale dépensée par le gouverrement pour l’éducation aurait été de £19,372, sur lesquels £17,198. pour les salaires des maîtres. Le reste aurait été employé pour le collége du Prince de Galles et pour les frais d'administration du système. Il y a 2 coin classiques dont { catholique, {école nor-

male, 20 écoles de grammaire et 360 écoles communes ou de districts. Il y a aussi à Charlottetown plusieurs écoles indépendantes qui réunissent 853 élèves, tandis que celles du gouvernement n’en ont que 672. Le visiteur attribue ce résultat à l’infériorité de ces dernières, surtout sous le rapport de l'installation. L'école normale a 3 professeurs et 66 élèves, dont 32, en 1871, avaient reçu des diplômes. L’école-modèle annexe avait 130 élèves. Les écoles communes sont sous le contrôle de-syndics qui imposent des taxes pour la construction des maisons d'école et leur entretien. Le nombre total des élèves inscrits comme fréquentant ces écoles est de 15,795 ; en y ajoutant ceux des autres insti. tutions on artiverait à un chiffre d'environ 18,000. Quoique ce nombre soit considérable, eu égard à la population totale et au nombre des enfants de 5 à 16 ans (25,952), les visiteurs, dans leurs rapports, discutaient la question de l'éducation obligatoire et citaient à ce sujet l'exemple de la province d'Ontafio. |

Il y a un grand nombre d'écoles catholiques, à la tête desquelles figurent, 1° le collège de Saint-Dunstan, à Charlottetown, dirigé par des prêtres séculiers et dont le grand-vicaire McDonald est le recteur, 2 une académie des Frères des écoles chrétiennes dans la” même ville, 3 plusieurs pensionnats et externats de Sœurs de la Congrégation, à Charlottetown, Miscouche, Tignish, ete. etc. |

Les chiffres suivants ont rapport aux écoles communes et aux écoles de grammaire :—Elèvés lisant couramment, 14,577 ; écrivant, 9,359; apprenant l'arithmétique, 8,549 ; la grammaire, 4,210 ; la géographie, 5,641 ; l’histoire, 860 ; la tenue des livres, 155; les mathématiques, 115 ; le latin, 96; le grec, 18; le français, 797.

(1876).—Les rapports des visiteurs ou inspecteurs, pour les années 1874 et 1875, n’indiquent point sur le tout un progrès bien considérable ; au contraire plusieurs chiffres sont assezalarmants et sont signalés comme ayant une significalion peu encourageante. Le nombre des écoles trouvées vacantes lors de l'inspection, et qui l’ont été une partie notable de l’année, a augmenté sur le tout plutôt que diminué.

Dans le comté de la Reine, il y en a 36 de plus qu’en 1874 ; dans le comté du Roi, 2 de moins, et dans le coté du Prince, 40 de plus ; ce qui fait AT écoles de plus qui se sont trouvées fermées.

Les chiffres suivants donnent la statistique génér ale pour l’année 1875.

Queen's | King’s | Prince’s 8 County Total.

County. | County.

Ecoles normales. :.:,.,,.:,90: 1 (ue 0 1 Ecoles de grammaire. ..,:,,... 8 4 6 | 18 Ecoles communes 172 101 117 890 Nombre total d'élèves enregis- Heu ns ces erensessssns 7,886 8,910 8,209 15,004 Aositience MOYENNE. ; ....sssoo| 4,469 2,169 4,818 8,448

Mais ces chiffres varient l'hiver et l'été à un point qui exige, comme dans les autres provinces du golfe, une slatistique différente pour chacune de ces saisons. Un def inspecteurs, M. McSwain, dans son rapport pour 1874, rend compte de ces variations dans l’île du Prince-Edouard.

« Quelques écoles, dit-il, n’ont uniquement l'hiver que les plus âgés des élèves, et l'été les p'1s jeunes seulement ; de sorte que la classe d’une saison n’est pas du tout la même que dans la saison précédente. Il est assez naturel que la présence des plus jeunes élèves ne puisse point s’oblenir aussi facilement l'hiver que l’été, à raison du froid et de la neige qui bloque quelquefois les routes.» Mais l'inspecteur attribue l'absence d'élèves plus âgés à la mauvaise habitude que l'on a de ne chauffer l’appartement qu’à l'heure de la classe. Pour ce qui est.de l'été, les plus âgés des élèves sont employés aux champs, à la pêche et à d’autres travaux.

Les inspecteurs s'accordent à nous présenter un tableau peu favorable des écoles en général, même de celles de Charlottetown; les livres dont on se sert ont été changés trop souvent par le bureau de l'éducation, il en résulle une variété déplorable quelquefois dans une même école; les instituteurs ne sont point suffisamment rétribués ; les maisons d'écoles sont mal construites, trop petites; enfin les réglements du bureau de l'éducation déjà insuffisants sont mal exécutés. Les visiteurs demandent une

augmentation des cotisations et la passation d'une nouvelle loi plus complète et plus rigoureuse.

Si l’on en croit les rapports, la plupart des écoles de grammaire manqueraient tout à fait le but*pour lequel elles ont été créées ; plusieurs seraient à peine de bonnes écoles communes, M. Stewart, visiteur du . comté du Prince donne le petit tableau suivant pour les trois dernières années ; lequel, comme il®le dit luimême, peut se passer de tout commentaire.

Ecoles de grammaire. ..... .. r | w" 4 Elèves apprenant l'algèbre .... 25 26 16 se “ la géométrie. 28 28 27

‘€ si le latin....... 81 24 | 30

4 4 le grec... 4 0 3

#6 Log le français... 66 89 | 86

Nous pourrions multiplier les citations, qui feraient voir que, si dans quelques localités il y a eu progrès, l'ensemble de la situation n'est rien moins que salisfaisant. On cherche le remède au mal ; mais un de ceux que l’on croit avoir trouvés pourrait bien être pire que le mal lui-même.

À certains traits, lancés par deux des visiteurs contre. l'esprit des écoles catholiques, on voit venir la tempêle. qui menace de s'élever dans cette province, comme au Nouveau-Brunswick, au sujet de l’enseignement religieux. Il y avait pourtant bien assez

de difficultés, d'obstacles résultant du climat, de l'éloignement des habitations les unes des autres, de l'apathie des parents, sans compliquer la situation par les querelles religieuses!

Jusqu'ici l'harmonie avait régné à ce point de vue, . et bien que la loi ne contienne aucune disposition expresse en leur faveur, les catholiques, grâce à une entente tacile, comme à la Nouvelle-Ecosse, pouvaient diriger leurs écoles à leur guise.

Tout dernièrement encore l'établissement des Frères des écoles chrétiennes à Charlottetown, connu sous le nom d'école de St. Patrick, avait été placé sous le contrôle du gouvernement sans quoi, dit le visiteur, M. McPhail, le chiffre officiel pour ce comté offrirait une diminution de 400 pour 1875 comparé à 1874, tandis que cette diminution n’est que de 217, grâce aux 183 élèves de cette école.

Les attaques dont ils ont été l’objet, la disposition de plus en plus prononcée à rompre l'espèce de compromis qui existait, alarment d’autant plus les catholiques que sur ce point le résultat des dernières élections leur a été tout à fait défavorable. Ils doivent donc se préparer à payer, comme cela se fait dans beaucoup d’autres endroits sur ce continent, double contribution pour les écoles qu'ils fréquenteront, et pour celles qu'il ne leur sera point permis de fré-

quenter.

Cet état de choses, s’il se prolongeait, serait d’au- {ant plus regrettable et dangereux que dans cette province les catholiques constituent presque la moitié de la population, et qu’une forte proportion des instituteurs et des institutrices des écoles du gouvernement est catholique. (1)

(1) I1y en a 47 dans le comté de La Reine et 32 dans le comté du Prince. Le chiffre n’est point donné pour le comté du Roi. Il y a, en général, un manque d'uniformité regrettable dans les renseignements donnés par les visiteurs,

L'ile de Terreneuve découverte par Sébastien Cabot, le 24 juin 1497, mais connue des Islandais et des Danois, ainsi qu’une partie du continent, longtemps avant Christophe Colomb, est la terre la plus voisine de l'Europe, à moins qu'avec quelques géographes on ne considère l'Islande comme appartenant à l'Amérique. Saint-Jean de Terreneuve fut fondé en 1613 par Whitburn ; les Français établirent Plaisance, qui, en 1671, n'avait que 72 habitants. L'ile de Terreneuve a environ 400 milles de longueur sur un peu moins de 300 dans sa plus grande largeur, et une superficie de 42,000 milles. Prise et reprise par les Anglais et les Français, elle fut définitivement abandonnée par ceux-ci à la paix d'Utrecht. La côte du Labrador, depuis l'endroit appelé Blanc-Sablon, appartient au gouvernement de erreneuve. La population est de 146,536 dont

61,040 catholiques. L'intérieur de l’île est encore très-peu peuplé.

La province de Terreneuve ne fait pas encore partie de la confédération canadienne ; mais comme il a déjà été question à plusieurs reprises de sex annexion, qui ne peut manquer d’avoir lieu d'ici à quelques années, nous croirions ce travail incgmplet si nous laissions de côté ce qui la regarde.

Le premier fait relatif à l'instruction publique que nous trouvons dans l’histoire de cette colonie eut lieu sous le gouvernement du vice-amiral Gambier nommé gouverneur en 1802. La population de la viiis de Saint- Jean, capitale de la colonie, s'élevait alors à 3,420 âmes dont plus des deux tiers étaient catholiques. En même temps qu’il faisait revivre les mesures que l'un de ses prédécesseurs, le vicesamiral Waldegrave, avait établies pour le soulagement des pauvres, le gouverneur Gambier se consultait aves les ministres protestants et aussi avec l’évêque catholique, dans le but de créer des écoles gratuites pour l’éducation des enfants pauvres, tant catholiques que protestants. On prit pour modèle le système des écoles du dimanche, établi en Angleterre par M. Raikes, il y avait de cela une vingtaine d'années. Chaque père de famille, depuis le gouverneur jusqu’au plus huiable particulier, fournissait volontairement sa contribution pour cet objet. Les fonds ainsi obtenus se partageaient entre les protestants et les cathoiiques, d’après leur population respective. Les instituteurs et les institutrices

rassemblaient les enfants le dimanche matin, l'été à sept heures, l'hiver à neuf heures. Ils avaient soin qu'ils fussent propres et vêtus convenablement ; après quoi on enseignait à lire à ceux qui ne le savaient point, et on faisait lire les autres dans la bible ou dans des livres pieux et instructifs ; on leur enseignait le catéchisme. Ensuite, on les conduisait à l’église où ils entraient en bon ordre avant, et sortaient de même anrès les autres fidèles. La même chose se répélait l'après-midi avec cette différence qu'après l'office on les reconduisait à l’école où ils restaient une heure ou deux. De plus, on leur faisait une heure ou deux d'école un jour de la semaine. Cette œuvre de bienfaisance eut un grand succès dans l’île, et les citoyens du Hâvre-de-Grâce, leur pasteur en tête, voulurent s’y joindre « voyant, «disaient-ils, avec anxiété l’état déplorable d'igno- « rance et d'irréligion des enfants pauvrés, au nom- «bre de plus de 3,000 dans les districts les plus « peuplés de l'île. » (1)

L'amiral Gambier, le gouverneur qui s'était ainsi signalé par son zèle pour l'éducation et qui se rendit célèbre dans les annales maritimes de l'Angleterre, fut le premier à recommander l'octroi, en faveur de cette colonie, d'une censtitulion et d'une chambre élective. Ses successeurs ne partagèrent point sa manière de voir, et ce ne fut qu'après une agilation

{t) The History of Newfoundland, by the Rev. Charles Pedley —London, 1863.

populaire prolongée qu’en 1832 ses vues libérales furent réalisées. (!) Des désastres commerciaux résultant des guerres européennes et de variations dans le marché pour le principal et pour bien dire l'unique article d'exportation, la morue, et de fréquents et terribles incendies dansla capitale de l’île, ont tenu cette eolonie dans un état des plus précaires et ont rendu difficile tout système de taxes locales. Les contributions pour l’édueation furent donc longtemps toutes volontaires et jusqu’à l’année 1843, l'initiative en cette importante malière fut laissée aux individus, au clergé et aux sociétés philanthropiques qui reçurent quelquefois des secours du gouvernement impérial.

Par la législation de 1843, une somme de £5,100: (820,400) fut affectée annuellement à l'éducation. Une moitié de cette somme devait être distribuée aux catholiques, l’autre moitié aux protestants. De plus, elle devait être répartie dans certaines circonseriptions. Dans ehacun de ees districts le gouverneur nommait un bureau de commissaires dont le plus ancien prêtre ou ministre devaient faire partie. Dans les districts où la majorité était eatholique, les écoles étaient placées sous la direction d’un bureau catholique et vice versé ; ce qui indiquerait que ces majorités devaient être bien considérables, d’un côté ow de l’autre ; sinon un pareil arrangement n'aurait

(1) Lorsqu'on rapproche les actes de l'administration del’amirat Gambier, du honteux bombardement de Copenhague; ouregrette encore davantage cette tache imprimée.à sa mémoire.

pu subsister. Chaque élève fréquentant l’école devait payer une piastre par année, et les commissaires avaient le pouvoir d’exempter les pauvres de cette légère imposition. |

L’année suivante, on passa une loi établissant une académie à Saint-Jean, afin d’y donner une éducation plus élevée que celle des écoles communes. Une somme de $12,000 fut votée pour la construction d’un édifice, l'achat d'une bibliothèque et l'installation du matériel. Cette institution fut placée sous le contrôle de 9 directeurs nommés par le gouverneur de l'île. Ils furent aussi chargés de choisir deux professeurs ; le principal devait recevoir $1200 par an, et l’assistant $1000.

Depuis ce temps, plusieurs autres mesures législatives et administratives ont élé prises ; mais en 1863 l'auteur de l'Histoire de Terreneuve regrettait que, malgré une dépense annuell: de plus de £13,000 sterling, les progrès de l'éducation fussent encore bien insignifiants, et il ajoutait que le plus grand obstacle se trouvait dans l’apathie des parents eux-mêmes.

Les écoles sont surveillées par deux inspecteurs, l'un protestant, l'autre catholique. Dansleursrapports publiés en 1874, tous deux s'accordent à demander un changement dans la direction des écoles. M. Haddon, l'inspecteur protestant, est plus expliciteque M. Kelly, l'inspecteur catholique. Il recommande que quelqu'un soit chargé de parçourir les autres pro-

vinces anglaises et quelques-uns des états de l'Union Américaine, et qu'après avoir reçu le rapport de ce délégué, on réunisse les hommes les mieux versés dans tout ce qui concerne l'instruction publique, pour conférer avee lui et préparer le projet d’une nouvelle loi. Il insiste aussi sur l'importance de la création d’une école normale. A l’égard de la question religieuse, M. Haddon se prononce fortement en faveur des écoles confessionnelles (sectarian).

« Dans les pays, dit il, où les secours de l'Eglise sont constamment à la portée des populations, où les ministres du culte peuvent donner facilement à tous l'instruction religieuse, où les parents eux-mêmes sont en élat de la transmettre dans leurs familles, il y a moin$ d'inconvénient à ce que les écoles soient strictement séculières. Mais il en est bien autrement chez nous où si peu de parents savent lire, où tant d'établissements ne peuvent s'attendre à la visite du pasteur que deux ou trois fois l’année. Nous sommes un peuple chrétien, et nous tenons qu'il est de la plus haute importance d'inculquer aux enfants les premiers éléments de la doctrine chrétienne ; et, comme les autres moyens de donner cet enseignement sont peu accessibles, les parents désirent naturellement que l’instituteur leur vienne en aide dans cette partie de l'éducation. On lit, au moins une fois par jour, dans la Bible dans toutes les écoles sous le contrôle des bureaux protestants, et ce fut la

détermination bien arrêtée des protestants sur ce point qui niena l'établissement de bureaux séparés, protestants ct catholiques. Cette séparation a été jusqu'à présent salisfaisante pour les deux sections de la population, et, au point de vue économique, elle n’entraîne que des dépenses additionnelles insignifiantes, de sorte que toute tentative de réunion ROMAN onu Qu 6e lotte 45 à

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Si la législature jugeait à propos de faire une nouvelle loi pour la répartition de la subvention des écoles protestantes, je vous recommanderais de faire les districts aussi petits que possible, de rendre les bureaux électifs, de nommer un surintendant ou un comité de surveillance pour chaque dénomination religieuse, d'adopter des mesures pour former des instituteurs, enfin, de faire en sorte que les districts pauvres puissent, au moyen d’un appel à l’exécutif, obtenir leur part de la subvention, en donnant des garanties de l'établissement d’une école.»

Le montant total des subventions faites aux bureaux protestants, y compris cinq subventions pour des écoles de commerce, a été, pour l’année 1873, de £6,621 ; le montant des rétributions scolaires perçues, de £450 ; le traitement moyen des instituteurs, de £34.

La statistique suivante” des écoles protestantes et

du nombre de leurs élèves depuis quelques années, indique un progrès assez considérable,

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