COLOMBIE BRITANNIQUE
L'île de Vancouver, d'autres îles qui l’avoisinent, el l’ancienne colonie de la Colombie composent cette province. La Colombie, proprement dite, comprend la côte du Pacifique jusqu'au sommet des Montagnes Rocheuses, depuis le territoire de Washington jusqu'à celui d’Alaska, cédé en 1867 par la Russie aux Etats- Unis. La province contient en tout 356,000 milles carrés en superficie. Elle s'étend aussi ea arrière d’une partie de la côte d’Alaska.
Ce ne fut qu’en 1858, lors de la découverte des mines d'or, que Vancouver et la Colombie commencèrent à se peupler. L'ile de Vancouver avait bien reçu quelques colons européens et américains ; mais la côte n'élait guère connue que des voyageurs de la compagnie de la Baie d'Hudson, qui y avait établi quelques postes parmi les sauvages. Jusqu'en 1866,
l'île et la terre ferme formèrent deux colonies séparées ayant chacune son gouvernement et son administration. Elles furent réunies alors en une seule province, laquelle, après des négociations assez difficiles, fut annexée à la confédération canadienne, en 4871. La population, à celle époque, était estimée à 50,000, dont 8,560 blancs, 462 noirs et 1,548 Chinois. (1) Le reste était composé de diverses tribus sauvages. (?)
Un système d'écoles de distriets avait été établi par la compagnie de la Baie d'Hudson, et le gouvernement colonial l'avait encouragé. En 1862, il y avait dans l’île de Vancouver (>) 3 écoles sous le contrôle du gouvernement, avec 111 élèves. Les trois instituteurs se partageaient £450 de traitement, £73 de rétributions scolaires des élèves et £9 de contributions volontaires. Un collége pour les garçons et une école de filles avaient été ouverts à Victoria, capitale de la colonie. «L'église catholique romaine, «ajoute l'écrivain que nous citons, a, sous la direc- «tion de son évêque, d'excellentes écoles. Une école « de filles dirigée par les sœurs de Charité, a été « fondée en 1858, et une école de garçons, l'année
(t) Le 4e vol. du recensement donne l’estimé suivant qui n’atteint pas un chiffre aussi élevé: population aborigène 23,000; autres races 10,586; total 33,586.
(2) Rapyort sur la Colombie, par l’hon. H. Langevin—Ottawa
(3) Vancouver’s Island, by Charles Forbes 1862.
«suivante. Les efforts des missionnaires de cette «église parmi les infidèles sont dignes de louanges, «et leurs écoles sont bien fréquentées. Une école «centrale indépendante, conduite d’après le système « canadien, a été dernièrement installée Des écoles » du dimanche sont aussi dirigées par des dames cha- «rilables et par des instituteurs.»
Plus tard, en 1871, Mgr. Louis, évêque de Mélitopolis et vicaire supérieur de la Colombie, exposait à l’hon. M. Langevin le plan suivant pour l'éducation des Sauvages :
« C’est aussi, sans doute, l'intention du gouvernement fédéral de faire quelque chose pour l'instruction des aborigènes.
« Permettez-moi de remarquer à ce sujet que, pour le moment, les écoles d'externes pour les Indiens entraineraient beaucoup de dépenses sans donner un résultat satisfaisant. [ly a, en effet, trop peu de temps que les Indiens sont en éontact avec les blancs pour comprendre ou apprécier les avantages d'uneéducation purement élémentaire ; de plus, étant obligés d'aller à la chasse et à la pêche pour entretenir et nourrir leurs familles, ils n’ont pas encore entièrement renoncé à leur vie un peu nomade, en sorte qu'il est difficile, pour ne pas dire impossible, d'obtenir de chaque enfant une assiduité assez régulière aux écoles d’externes pour qu'il puisse en tirer quelques avanlages réels ; aussi, les parents ne tiennent pas à y
envoyer leurs enfants, et ceux-ci aiment trop la liberté pour ne pas préférer suivre leurs parents à la chasse et à la pêche, plutôt que d'aller à de telles écoles. Le gouvernement américain a établi des écoles d’externes pour les Indiens dans le territoire voisin ; aucune de ces écoles n’a réussi. L'expérience a montré que les écoles les plus en rapport avec les besoins et la manière de vivre des Indiens sont les écoles industrielles et agricoles où les enfants sont logés, nourris et habillés, et où ils passent plusieurs années à se former à des habitudes régulières d'ordre, de discipline, au goût et à l'amour du travail, tout en recevant uhe instruction élémentaire. C’est une école ou établissement de ce genre que nous avons fondé à Sainte-Marie, dans le district de mission Saint- Charles ; ce district de mission renferme le district civil de New-Westminster, une partie du district civil d’Yak et une partie de celui de Lillouet. Cet établissement où l’on compile dés enfants indiens des susdits districts civils comprend deux départements dont l’un pour Les garçons est dirigé par deux Frères, l'autre pour les filles est sous la direction de deux Sœurs de Sainte-Anne. Nous avons obtenu des résultats très-consolants ; mais nos moyens étant trèsrestreints, nous ne pouvons recevoir qu’un nombre limité d'élèves. Si le gouvernement fédéral nous venait en aide, comme nous l’espérons el comme nous en faisons humblement la demande, nous pourrions
recevoir un plus grand nombred'enfants. C'est aussi noire intention, s1 le gouvernement peut nous venir en aide, de fonder un établissement pareil à celui de Sainte-Marie, dans chacun de nosdistricts de missions, c’est-à-dire, dans le district de l’Immaculée Conception, Lac Okannagan, qui comprend le district civil d'Okannagan, celui des Koutanais, et une partie de celui de Yale-Lytton; dans le district de Saint-Joseph, —William’s Lake—-qui comprend une partie du district civil de Lillouet et celui de Caribou ; dans le district de Notre-Dame-de-Bonne-Espérance—Stuart’s Lake—qui comprend les nombreux districts civils du Nord-Est, et dans le district de Saint-Michel, qui comprend les Kakouals (District de Fort Rupert). »
Sous la nouvelle constitution, on a passé en 1872, une loi de l'instruction publique ; cette loi a été amendée l’année suivante, eten 1874 une troisième loi relative à l'établissement de pensionnats (public boarding schools) fut sanctionnée.
La première de ces lois pourvoit à la’ nomination d'un conseil de l’Instruction publique, d’un surintendant, à l'élection de trois syndics pour chaque district d'école, à l'examen des instituteurs, etc. Elle est modelée principalement sur les lois de la province d’Ontario.
Le bureau de l’éducation a le pouvoir d'établir des lycées ou igh-schooës. La disposition suivante devra, par la suite, amener des difficultés sérieuses.
« Toutes les écolés publiques établies en vertu des dispositions de cette loi seront conduites rigoureusement d’après les principes non-confessionnels (non-: sectarian). On inculquera la plus grande moralité ; mais aucun dogme ou croyance religieuse ne sera enseigné.» |
Une disposition très-sage de cette loi permet au gouverneur en conseil de réserver une certaine étendue de terres pour les écoles dans chaque district, et aussi d'établir directement des écoles dans les endroits qui ne sont compris dans aucun district scolaire.
La seconde loi donne aux syndics le pouvoir de faire des réglements pour l'assistance compulsoire à l’école, lesquels cependant n'ont force qu'après avoir été approuvés par le surintendant. Les pénalités encourues doivent se prélever sommairement, sur l'ordre d'un juge de paix devant lequel les parents ou tuteurs auront été traduits. Sont exemptés de l'obligation de fréquenter les écoles, 1° les enfants recevant ailleurs une instruction suffisante, 2° ceux qui sont trop éloignés de l’école, 3° ceux qui ont déjà reçu une éducation au moins égale à celle qui est donnée dans l’école de leur district.
La loi des pensionnats, qui nous paraîl unique en son genre, a dû être nécessitée par les circonstances particulières de ce pays, les distances très-grandes entre les centres de population, par exemple.
Toute cette législation est. très-claire, laconique, et n'entre point dans trop de détails. Beaucoup est laissé au conseil de J'Instruction publique. Celui-ci règle, par exemple, tout ce qui concerne l'examen des candidats à l’enseignement ; et les appointements des instituteurs. Les diplômes sont divisés en trois classes ; chaque classe est sous-divisée en deux degrés, A etB. On sait que, dans ce pays, comme en Californie, la valeur de l'argent est beaucoup moindre qu'ailleurs. Ainsi les traitements que nous allons mentionner ne sont pas relativement aussi élevés qu'ils le paraissent; mais, dans tousles cas, ils sont au moins suffisants. Tout instituteur ayant de {0 à 20 élèves doit recevoir au moins $50 par mois, et ainsi de suite, jusqu’à 50 élèves qui donnent $80 par mois. Ceux qui en ont plus de 50 ont droit à un assistant. La classe du diplôme ne paraît pas être prise en considération, comme au Nouveau-Brunswick, où l’on a vu que les deux bases de rémunération étaient combinées. Ceux qui enseignent dans l’intérieur de la province, au-delà de certaines limites, où la vie est plus dispendieuse, reçoivent $10 de plus par mois. Les détails de l'examen pour l’oblension des diplômes sont très-minutieux et ressemblent à ceux de la province de Québec. Ils n’y a pas d’inspecteurs d'écoles ; le surintendant, les membres du clergé, les juges et autres fonclionnaires sont visiteurs de droit. Les. personnes instruites, amies de l'éducation, sort aussi
invitées à visiter les écoles, et à enregistrer leurs remarques. Les livres dont onse sert sont en général les mêmes que dans la province d’Ontario. Le bureau du surintendant et le conseil se liennent à Victoria, dans l'Ile de Vancouver.
Le rapport de M. Jessop, surintendant actuel, pour l’année finissant au 31 juillet 1874, est déjà entre nos mains. C'est le plus récent de tous les documents que nous avons pu consulter pour ce travail et, chose assez singulière, il nous vient de Ja province la plus éloignée.
La charge de surintendant est loin d’être une sinécure. Ainsi, dans l’année écoulée, ce fonctionnaire avait parcouru 1,200 milles en steamer, 425 en canot, 940 en diligence, et 184 à pied, total: 3,600 milles, et cela pour visiter 84 écoles. Il avait aussi inauguré, à Victoria, des conférences d'instituteurs où se trouvaient présents les personnages les plus notables de la province.
Dans son rapport, il exprime le regret que deux des dispositions des nouvelles lois sur l'instruction publique n’aient eñcore reçu aucune exécution ; celle qui concerne l'établissement de high-schools, et celle qui traite de l’assistance obligatoire à l’école. Il affirme que, tant que l'exécution de cette dernière disposition sera laissée aux syndics des écoles et que le gouvernement n'en prendra pas la responsabilité, elle sera une lettre morte. On a ouvert à la Rivière
Bonaparte un pensionnat qui compte 36 élèves, 18 garçons et 18 filles. Le surintendant est d'avis que cette école obtient un grand succès, et qu’elle fait un excellent début pour le système introduit par la loi dont nous avons parlé. 11 recommande d'en établir sans délai dans quelques autres endroits, et cite de nombreux exemples de petits groupes d'habitations isolées pour lesquels de semblables institutions seraient un véritable bienfait.
On n’a pas encore imposé de cotisation scolaire. Tout est défrayé par le gouvernement, par les rétributions d'école que paient les parents et par des contributions volontaires. Le surintendant déplore cet état de choses et dit que l'absence de taxes scolaires produit l’apathie chez les populations, qui alors comptent trop sur le gouvernement. Il en cite des exemples assez frappants. Il n’y a eu que 31 écoles en opération, quoique le nombre des districts scolaires soit plus considérable.
Le nombre total des élèves qui ont fréquenté les écoles du gouvernement en 1873-74, est de 1,245. Le nombre d'enfants en âge de fréquenter les écoles est d'environ 2,250. Le surintendant regrette de ne pouvoir donner le chiffre des élèves des écoles indépendantes. L'augmentation sur 1872-73 est de 237 et-de 711 sur l’année précédente. Le chiffre des élèves des écoles indépendantes ne nous paraît pas devoir être au-dessous de 400. Dans les écoles du
gouvernement, il y a 750 garçons et 495 filles. De ces élèves 901 apprennent larithmétique, 521 la géographie, 529 la grammaire anglaise, 213 l’histoire, 45 la tenue des livres, 36 l'algèbre, 12 la géométrie, 23 la physique, 179 le dessin linéaire.
Il ÿ a 32 maitres employés : 17 instituteurs et 15 ipstilutrices. De ce nombre 14 sont anglais, 6 sont écossais, 2 irlandais, 8 canadiens et 2 américains. On voit que la classe enseignante se recrute en dehors de la Province. Aussi, le surintendant propose-t-il qu’en attendant la création d’une école normale, on prenne des mesures pour former des instituteurs et des institutrices dans les high-schooës qu’il recommande d'établir, La somme totale payée pour les traitements des instituteurs a été de $22,219. Augmentation sur l’année précédente, $2,252. Le plus haut salaire est de $100 par mois : le plus bas de #40.
Les institutions catholiques, à raison de la disposition que nous avons citée, sont tout-à-fait en dehors de l’action gouvernementale. Dans le diocèse de la Colombie, il y a à New-Westminster une école de garçons dirigée par les Pères et les Frères Oblats, et un pensionnal tenu par les Sœurs de Sainte-Anne, venues du Canada, et en d’autres endroits 4 pensionnats de garçons pour les enfants sauvages, et un pensionuat de filles sous la direction des mêmes religieuses. La population catholique parmi les
blancs n’est que de quelques centaines ; mais plus de 20,000 sauvages sont évangélisés par de nombreux missionnaires, presque tous français ou canadiens.
Dans le diocèse de Vancouver, dont fut longtemps évêque Mgr. Demers né au Canada, il y a un collége dirigé par des prêtres français, un pensionnat de demoiselles et un orphelinat sous les soins des sœurs de Sainte Anne. Le collége a 80 élèves et les deux autres institutions en comptent 155. Il ya 6 aûtres écoles catholiques. La population catholique est d'environ 8,000 âmes.
De {out ce qui précède, on peut cenclure aisément que celte province, quoiquela plus jeune des colonies anglaises de l'Amérique du Nord, n'entend aucunement rester en arrière desautres, en ce qui concerne l'instruction publique.
mt
[1876].—Le rapport de M. Jessop pour l'année terminée au 1‘ juillet 1875 fait preuve du même zèle et de la même activité de la part de ce fonctionnaire. Ilcontient en substance les mêmes recommandations que ses rapports précédents.
Il demande des dispositions plus énergiques pour contraindre les parents à envoyer leurs enfants régulièrement aux écoles ; il a en vue d’autres changements, et ilexprime le désir que l'on fasse une
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L] refonte des lois scolaires. Il se prononce fortement en faveur du système non-confessionnel ; il tient fortement aux écoles mixtes sous le rapport des sexes, et cela même pour les institutions d’un degré supérieur. et fait valoir les arguments qui ont été donnés à plusieurs reprises aux Etats-Unis, en faveur de ce système, mais qui n’ont pas encore fait fortune en Europe ni dans la province de Québec, et qui semblent êlre moins en vogue dans la province d'Ontario qu’elles n'étaient, il y a quelques années ; dans ces deux provinces les autorités religieuses protestantes paraissent tenir, au contraire, à multiplier les séminaires et les académies de filles et à les mettre en “tat de rivaliser avec les pensionnats des couventscatholiques
Le surintendant de la Colombie est en correspondance avec le département de l'instruction publique de la province d'Ontario, qui lui expédie des livres, des appareils scientifiques, des cartes et des tableaux, des instituteurs et des institutrices. Il a établi le système de récompenses suivi dans cette province, au moyen de livres domnés en prix et de cartes d'honneur. Il recommande aussi très-fortement l'introduction de l'étude du dessin linéaire, et du dessin appliqué aux arts et à Ja mécanique. Comme il est difficile, dans un grand nombre d'écoles, devoir un professeur de dessin, et qu’il n’y a pas encore d’écoles normales, il voudrait. que, dans les conférences d’instituteurs, on engageât des maîtres en cet art à en donner quelques leçons,
et il assure qu'il faut beaucoup moins de temps qu’on ne l’imagine pour en apprendre les éléments de manière à pouvoir enseigner ce qu'il y a de plus pralique et de plus nécessaire. (est ce que nous avons vu nous-même en Europe, et particulièrement en Belgique, où, avec la méthode Hendiicket d'autres méthodes de ce genre, on obtient des résullats aussi prompls que satisfaisants.
Les statistiques de l’année 1874-75 offrent une augmentalion assez considérable sur les chiffres de l'année précédente. 11 y a 45 écoles sous le contrôle du gouvernement ; augmentation, 14. Le nombre tolal des élèves enregistrés durant l’année est de 1,403 ; augmentation, 158 ; sur ce nombre, il y a 781 garçons ; augmentation, 31 ; et 622 filles : augmentation, 127. Les chiffres de chaque branche d'enseignement offrent un progrès correspondant, les augmentations les plus considérables étant celles qui ont eu lieu pour l'étude de la musique vocale et du dessin linéaire. L'assistance moyenne totale est de 875, proportion, 61.9. Sept écoles récemment ouvertes dans des districts qui t'en avaient pas encore, ont dû ajouter une centaine d'élèves à ceux dont on a fait rapport. Le surintendant se plaint de ne pas être en mesure de donner le chiffre exact des enfants qui ne fréquentent aucune école. Le nombre des élèves des écoles indépendantes ne nous paraît pas, en effet, être compris dans ses tableaux, et il n'a
pu se procurer celui des enfants en âge de fréquenter l'école dans tous les districts,
Il y a 19 instituteurs et 15 institutrices munis de diplôme, en tout, 34. Le montant total dépensé pour traitements est de $25,291 ; augmentation, $#3,072. Le traitement le plus élevé pour les instituteurset institutrices munis de diplôme est de #100 par mois, le moins élevé de $50. :
On vient d'achever à Victoria la construction d’un édifice qui ne réalise cependant qu’une partie du plan qui a été fait pour y installer un lycée, une école normale, et une école primaire. La disposition intérieureet le matériel scolaire ne paraissent laisser rienà désirer. Un certain nombre d’élèves-maîtres pourront être admis au lycée, en attendant l’organisation d’une école normale régulière.
La somme totale dépensée pour Finstruction publique dans l’année est de #38,269 ; elle comprend celles de $2,000, traitement du surintendant, de #700 pour ses frais de voyage, de $500 pour cartes, globes, récompenses, etc., de $#486 pour livres d'école, et de $8360 pour autres dépenses casuelles du département.
Une nouvelle loi a été sanctionnée le 19 mai dernier ; elle résume les lois précédentes et met en force quelques-unes des recommandations faites par le surintendant dans son dernier rapport. Le bureau ou conseil de l'éducation doit être composé de six membres nommés par le gouvernement et du sur.
intendant de l'éducation, qui en est le président ex officio. La nouvelle loi pourvoit à la nomination d'un député-surintendant, chose que l’on trouvera bien nécessaire, si l'on songe à l'immense distance à parcourir pour la visite des écoles. On sait qu’il n’y a point d'inspecteurs et que jusqu'ici le surintendant formait à lui seul tout le département de l'instruction publique.
La direction des high-schools ou lycées et leur établissement sont laissés par cette loi au lieutenantgouverneur en conseil, et les pouvoirs que les lois précédentes avaient conférés aux syndics des écoles communes pour l'établissement de pensionnats ou boarding schools, lui sent aussi remis. Il devra nommer les syndics qui seront chargés de ces institutions.
Le lieutenant-gouverneur en conseil peut, d’après celte loi, créer des districts d'école, réserver une étendue de terre suffisante pour assurer l'exécution de la loi dans chaque district, accorder à chaque école là somme suffisante pour le traitement du maître, pour construire une maison d'école, ou louer une maison convenable, pour fournir tout le matériel nécessaire, elc. Il peut aussi pourvoir de la même manière à l’établissement d'une école dans toute lucalité non comprise dans un district scolaire, où l'on pourra réunir au moins sept enfants en âge de fréquenter l’école et pas plus de quatorze. Les localités qui ont un plus
grand nombre d’enfants, sont tenues de s'organiser régulièrement.
Le bureau de l’éducation est chargé d'examiner les candidats à l’enseignement, de fixer les salaires des maîtres, de leur donner des diplômes, de les révoquer au besoin, et il a en général tous les pouvoirs qui sont donnés au conseil de l’Instruction publique dans les autres provinces, et de plus quelques-uns de ceux qui ailleurs appartiennent au surintendant ou aux syndics des écoles. Il n'y a aucune disposition qui ait rapport à l'établissement de cotisations foncières.
Le bureau doit établir des écoles séparées pour les filles dans les disiricts où il jugera à propos de le faire, et fonder des bourses, de $100 chacune, pour des élèves-maîtres dans des lycées ; il n’en doit pas cependant être accordé plus de cinq à la fois. On voit qu’en ce qui regarde l'éducation des filles, l’opinion du surintendant n'a pas tout à fait prévalu.
Il en a été autrement pour ce qui a rapport à l’éducation obligatoire. La Joi ne laisse plus la réglemen- {ation de ce point important aux syndics d'écoles ;, ses nouvelles dispositions à cel égard sont absolues. Tous les enfants devront fréquenter l’école pendant au moins six mois par année, La pénalité en cas de contravention, le mode de poursuite et les causes d’exemption, sont à peu près les mêmes que daas la province de Manitoba. L'initiative de la poursuite.
n'appartient pas aux syndics seuls ; le surintendant et les contribuables ont le même droit.
La disposition qui rend les écoles non-confessionnelles est reproduite dans cette loi, et elle est encore aggravée par l’article suivant: «Aucun membre du clergé ne sera éligible aux charges de surintendant, de député-surintendant, d’instituteur, ou de syndic. »
Cette lointaine et magnifique province de la confédération, qui permel au Canada de s'étendre de l'un à l’autre Océan, vient d’être visitée et parcourue par Son Excellence lecomte Dufferin, gouverneur-général, et par Lady Dufferin. Les enfants des écoles ont figuré dans les réceptions faites à ces illustres visiteurs qui n’ont pas manqué de donner, là comme partout ailleurs, des preuves du vif intérêt qu’ils prennent à l'instruction publique.
La visite de lord Dufferin a eu lieu dans des circonstances très-critiques et au milieu d’une agitation qu’elle est, sans doute, parvenue à calmer. Les embarras qu'éprouve le gouvernement fédéral pour réaliser les promesses faites à cette province, lors de son entrée dans la confédération, le délai que subit la graude entreprise du chemin de fer du Pacifique, ont amené cette crisé où il a même été question de rompre le nouveau lien fédéral et d'en contracter un autre avec les Etats-Unis.
Dans plusieurs discours remarquables qui ont été reproduits par tous les journaux du Canada, et dans vlusieurs de ceux des Etats-Unis, le gouverneur-
général a fait voir aux habitants de cette province à quel point le gouvernement et la population de la confédération savent apprécier l'importance de cette riche et vaste contrée. D'un autre côté, il a exposé admirablement toutes les ressources de cette province» de manière à faire une vive impression sur ceux qui tiennent à lavenir de la nouvelle puissance du Nord de l'Amérique. Indépendamment de son admirable position sur l'Océan Pacifique, indépendamment de ses riches mines d’or, il a fait voir tout ce que l’on peut attendre du sol fertile de la Colombie, de ses forêts aux arbres gigantesques, qui attirent vivement l'attention de l’industrie européenne, de ses mines de fer ei de charbon, de ses pêcheries, de ses hâvres, deses côtes, de «ce labyrinthe de canaux et de passages, qui contournent sans cesse un réseau d'îles, de promontoires et de péninsules sur une étendue de milliers de milles, dont le calme n’est jamais dérangé par les vagues de l'océan voisin, et qui présentent à chaque détour un continuel changement de rochers, de verdure, de forêts, de giaciers et de montagnes, formant un paysage d’une grandeur sans rivale ; tandis que cet étonnant sys ème de navigation, également propre aux plus gros vaisséaux etaux plus frêles embarcations, côtoie toute la province etcommunique à des endroits souvent éloignés de plus decent milles du littoral, (t)»
(1) Discours de lord Dufferin à Victoria. (Journal de Québee du 11 octobre 1876.)
La brillante perspective de prospérité offerte à cette province est garantie, comme on a pu le voir, par un système d'instruction publique très-bien organisé, qui s’y trouve implanté dès le principe, et qui ne peutque se développer avec les institutions libres dont elle a été en même temps dotée. Avons-nous besoin d'ajouter que nous fäisons des vœux pour que ce système soit rendu encore plus complet par la concession d’une liberté plusgrande pour l'enseignement religieux, sans laquelle il ne saurait y avoir ni justice pour les cultes qui se trouvent en minorité, ni sécurité pour les plus graves intérêts de la famille et de la société ?
C’est là du reste une question qui s’imposera tôt ou tard dans cette province comme dans toutes les autres; et il serait malheureux de voir tant de zèle ei une impulsion si favorable entravés par des dissensions religieuses. Le gouvernement et le surintendant de la Colombie paraissent vouloir modeler strictement leur système sur celui d'Ontario. Puisqu'ils veulent des écoles non-confessionnelles, ils ne pourraient mieux faire que d'imiter la sagesse du gouvernement de cette province qui, à côté de ses écoles non-confessionnelles, a laissé facultatif l’établissement d'écoles séparées pour ceux à qui leur conscience ne permet pas d'envoyer leurs enfants à l’école commune.
Même en se plaçant au point de vue des zélateurs
“ les plus ardents du système purement séculier et non-confessionnel, ce que l’on peut dire de mieux, c’est que c’est là une utopie. Et l’on ne doit pas ignorer ce que certaines utopies ont coûté dans le monde de querelles, d’injustices, d’animosités, ce que leur poursuite irréfléchie a empêché de progrès réels et solides !