‹ L'instruction publique au Canada: précis historique et statistiqueChapitre 12 sur 22 · PROVINCE DE L'ILE DU PRINCE-ÉDOUARD · texte numérisé non relu

PROVINCE DE L'ILE DU PRINCE-ÉDOUARD

Mais ces chiffres varient l'hiver et l'été à un point qui exige, comme dans les autres provinces du golfe, une statistique différente pour chacune de ces saisons. Un des inspecteurs, M. McSwain, dans son rapport pour 1874, rend compte de ces variations dans l'île du Prince-Edouard.

«Quelques écoles, dit-il, n'ont uniquement l'hiver que les plus âgés des élèves, et l'été les plus jeunes seulement ; de sorte que la classe d'une saison n'est pas du tout la même que dans la saison précédente. Il est assez naturel que la présence des plus jeunes élèves ne puisse point s'obtenir aussi facilement l'hiver que Tété, à raison du froid et de la neige qui bloque quelquefois les routes. » Mais l'inspecteur attribue l'absence d'élèves plus âgés à la mauvaise habitude que l'on a de ne chauffer l'appartement qu'à l'heure de la classe. Pour ce qui est de l'été, les plus âgés des élèves sont employés aux champs, à la pêche et à d'autres travaux.

Les inspecteurs s'accordent à nous présenter un tableau peu favorable des écoles en général, même de celles de Charlottelown ; les livres dont on se sert ont été changés trop souvent par le bureau de l'éducation, il en résulte une variété déplorable quelquefois dans une même école ; les instituteurs ne sont point suffisamment rétribués ; les maisons d'écoles sont mal construites, trop petites ; enfin les règlements du bureau de l'éducation déjà insuffisants sont mal exécutés. Les visiteurs demandent une

augmentation des cotisations et la passation d'une nouvelle loi plus complète et plus rigoureuse.

Si l'on en croit les rapports, la plupart des écoles de grammaire manqueraient tout à fait le but pour lequel elles ont été créées ; plusieurs seraient à peine de bonnes écoles communes. M. Stewart, visiteur du comté du Prince donne le petit tableau suivant pour les trois dernières années ; lequel, comme il ledit luimême, peut se passer de tout commentaire.

Elèves apprenant l'algèbre ....

" * la géométrie..

" " le latin

" a le grec

" u le français. . .

Nous pourrions multip'ier les citations, qui feraient voir que, si dans quelques localités il y a eu progrès, l'ensemble de la situation n'est rien moins que satisfaisant. On cherche le remède au mal ; mais un de ceux que l'on croit avoir trouvés pourrait bien être pire que le mal lui-même.

A certains traits, lancés par deux des visiteurs contre l'esprit des écoles catholiques, on voit venir la tempête qui menace de s'élever dans cette province, comme au Nouveau -Brunswick, au sujet de l'enseignement religieux. Il y avait pourtant bien assez

FROVINCE DE L'iLE DU PRINCE-ÉDOUARD. 209

de difficultés, d'obstacles résultant du climat, de l'éloignentent des habitations les unes des autres, de l'apathie des parents, sans compliquer la situation par les querelles religieuses!

Jusqu'ici l'harmonie avait régné à ce point, de vue, et bien que la loi ne contienne aucune disposition expresse en leur faveur, les catholiques, grâce à une entente tacite, comme à la Nouvelle-Ecosse, pouvaient diriger leurs écoles à leur guise.

Tout dernièrement encore l'établissement des Frères des écoles chrétiennes à Charlotletown, connu sous le nom d'école de St. Patrick, avait été placé sous le contrôle du gouvernement sans quoi, dit le visiteur, M. McPhail, le chiffre officiel pour ce comté offrirait une diminution de 400 pour 1875 comparé à 1874, tandis que cette diminution n'est que de 217, grâce aux 183 élèves de cette école.

Les attaques dont ils ont été l'objet, la disposition de plus en plus prononcée à rompre l'espèce de compromis qui existait, alarment d'autant plus les catholiques que sur ce point le résultat des dernières élections leur a été tout à fait défavorable. Ils doivent donc se préparer à payer, comme cela se fait dans beaucoup d'autres endroits sur ce continent, double contribution pour les écoles qu'ils fréquenteront, et pour celles qu'il ne leur sera point permis de fréquenter.

Cet état de choses, s'il se prolongeait, serait d'autant plus regrettable et dangereux que dans cette province les catholiques constituent presque la moitié de la population, et qu'une forte proportion des instituteurs et des institutrices des écoles du gouvernement est catholique. (l)

(1) Il y en. a 47 dans le comté de la Reine et 32 dans le comté du Prince. Le chiffre n'est point donné pour le comté du Roi. Il y a, en général, un manque d'uniformité regrettable dans les renseignements donnés par les visiteurs.

L'île de Terreneuve découverte par Sébastien Cabot, le 24 juin 1497, mais connue des Islandais et des Danois, ainsi qu'une partie du continent, longtemps avant Christophe Colomb, est la terre la plus voisine de l'Europe, à moins qu'avec quelques géographes on ne considère Pislande comme appartenant à l'Amérique. Saint-Jean de Terreneuve fut fondé en 1613 par Whitbum ; les Français établirent Plaisance, qui, en 1671, n'avait que 72 habitants. L'île de Terreneuve a environ 400 milles de longueur sur un peu moins de 300 dans sa plus grande largeur, et une superficie de 42,000 milles. Prise et reprise par les Anglais et les Français, elle fut définitivement abandonnée par ceux-ci à la paix d'Utrecht. La côte du Labrador, depuis l'endroit appelé Blanc-Sablon, appartient au gouvernement de Terreneuve. La population est de 146,536 dont

61,040 catholiques. L'intérieur de l'île est encore très-peu peuplé.

La province de Terreneuve ne fait pas encore partie de la confédération canadienne ; mais comme il a déjà été question à plusieurs reprises de son annexion, qui ne peut manquer d'avoir lieu d'ici à quelques années, nous croirions ce travail incomplet si nous laissions de côté ce qui la regarde. . Le premier fait relatif à l'instruction publique que nous trouvons dans l'histoire de cette colonie eut lieu sous le gouvernement du vice-amiral Gambier nommé gouverneur en 1 802. La population de la ville de Saint- Jean, capitale de la colonie, s'élevait alors à 3,420 âmes dont plus des deux tiers étaient catholiques. En même temps qu'il faisait revivre les mesures que l'un de ses prédécesseurs, le vice-amiral Waldegrave, avait établies pour le soulagement des pauvres, le gouverneur Gambier se consultait aves les ministres protestants et aussi avec l'évêque catholique, dans le but de créer des écoles gratuites pour l'éducation des enfants pauvres, tant catholiques que protestants. On prit pour modèle le système des écoles du dimanche, établi en Angleterre par M. Raikes, il y avait de cela une vingtaine d'années. Chaque père de famille, depuis le gouverneur jusqu'au plus humble particulier, fournissait volontairement sa contribution pour cet objet. Les fonds ainsi obtenus se partageaient entre les protestants et les catholiques, d'après leur population respective. Les instituteurs et les institutrices

rassemblaient les enfants le dimanche matin, Tété à sept heures, l'hiver à neuf heures. Ils avaient soin qu'ils fussent propres et vêtus convenablement ; après quoi on enseignait à lire à ceux qui ne le savaient point, et on faisait lire les autres dans la bible ou dans des livres pieux et instructifs ; on leur enseignait le catéchisme. Ensuite, on les conduisait à l'église où ils entraient en bon ordre avant, et sortaient de même après les autres fidèles. La même chose se répétait l'après-midi avec cette différence qu'après l'office on les reconduisait à l'école où ils restaient une heure ou deux. De plus, on leur faisait une heure ou deux d'école un jour de la semaine. Cette œuvre de bienfaisance eut un grand succès dans l'île, et les citoyens du Havre- de- Grâce, leur pasteur en tête, voulurent s'y joindre «voyant, •« disaient-ils, avec anxiété l'état déplorable d'igno- « rance et d'irréligion des enfants pauvres, au nom- « bre de plus de 3,000 dans les districts les plus « peuplés de l'île. » (l)

L'amiral Gambier, le gouverneur qui s'était ainsi signalé par son zèle pour l'éducation et qui se rendit célèbre dans les annales maritimes de l'Angleterre, fut le premier à recommander l'octroi, en faveur de cette colonie, dune constitution et d'une chambre élective. Ses successeurs ne partagèrent point sa manière de voir, et ce ne fut qu'après une agitation

(1) The History ofNewfoundland, by the Rev. Charles Pedley — London, 1863.

populaire prolongée qu'en 1832 ses vues libérales furent réalisées. (') Des désastres commerciaux résultant des guerres européennes et de variations dans lemarché pour le principal etpourbiendire Tunique articled'exportation, la morue, et de fréquents et terribles incendiesdansla capitale de l'île, ont tenu cette eolonie dans un état des plus précaires et ont rendu difficiletout système de taxes locales. Les contributions pour l'éducation furent donc longtemps toutes volontaires et jusqu'à Tannée 1843, l'initiative en cette importante matière fut laissée aux individus, au cierge et aux sociétés philanthropiques qui reçurent quelquefois des secours du gouvernement impérial.

Par la législation de 1843, une somme de <£o 100 (§20,400) fut affectée annuellement à l'éducation. Une moitié de celte somme devait être distribuée aux catholiques, l'autre moitié aux protestants. De plus, elle devait être répartie dans certaines circonscriptions. Dans chacun de ces districts le gouverneur nommait un bureau de commissaires dont le plus ancien prêtre ou ministre devaient faire partie. Dans les districts ou la majorité était catholique, les écoles étaient placées sous la direction d'un bureau catholique et vice versa ; ce qui indiquerait que ces majorités devaient être bien considérables, d'un côté ou de l'autre ; sinon un pareil arrangement n'aurait

(1) Lorsqu'on rapproche les actes de l'administration de l'amiral Gambier, du honteux bombardement de Copenhague, on regrette encore davantage cette tache imprimée à sa niémoir»..

pu subsister. Chaque élève fréquentant l'école devait payer une piastre par année, et les commissaires avaient le pouvoir d'exempter les pauvres de cette légère imposition.

L'année suivante, on passa une loi établissant une académie à Saint-Jean, afin d'y donner une éducation plus élevée que celle des écoles communes. Une somme de $12,000 fut votée pour la construction d'un édifice, l'achat d'une bibliothèque et l'installation du matériel. Cette institution fut placée sous le contrôle de 9 directeurs nommés par le gouverneur de l'île. Ils furent aussi chargés de choisir deux professeurs ; le principal devait recevoir $1200 par an, et l'assistant $1000.

Depuis ce temps, plusieurs autres mesures législatives et administratives ont été prises ; mais en 1863 l'auteur de Y Histoire de Terreneuve regrettait que, malgré une dépense annuelle de plus de «£13,000 sterling, les progrès de l'éducation fussent encore bien insignifiants, et il ajoutait que le plus grand obstacle se trouvait dans l'apathie des parents eux-mêmes.

Les écoles sont surveillées par deux inspecteurs, l'un protestant, l'autre catholique. Dans leurs rapports publiés en 1874, tous deux s'accordent à demander un changement dans la direction des écoles. M. Haddon, l'inspecteur protestant, est plusexpliciteque M. Kelly, l'inspecteur catholique. Il recommande que quelqu'un soit chargé de parcourir les autres pro-

vinees anglaises et quelques-uns des étals de l'Union Américaine, et qu'après avoir reçu le rapport de ce délégué, on réunisse les hommes les mieux versés dans tout ce qui concerne l'instruction publique, pour conférer avec lui et préparer le projet d'une nouvelle loi. Il insiste aussi sur l'importance de la création d'une école normale. A l'égard de la question religieuse, M. Haddon se prononce fortement en faveur des écoles confessionnelles (sectarian).

«Dans les pay-, dit il, où les secours de l'Eglise sont constamment à la portée des populations, où les ministres du culte peuvent donner facilement à tous l'instruction religieuse, où les parents eux-mêmes sont en état de la transmet» re dans leurs familles, il y a moins d'inconvénient à ce que les écoles soient strictement séculières. Mais il en est bien autrement chez nous où si peu de parents savent lire, où tant d'établissements ne peuvent s'attendre à la visite du pasteur que deux ou trois fois l'année. Nous sommes un peuple chrétien, et nous tenons qu'il est de la plus haute importance d'inculquer aux enfants les premiers éléments de la doctrine chrétienne ; et, comme les autres moyens de donner cet enseignement sont peu accessibles, les parents désirent naturellement que l'inslituteur leur vienne en aide dans cette partie de l'éducation. On lit, au moins une fois par jour, dans la Bible dans toutes les écoles sous le contrôle des bureaux protestants, et ce fut la

détermination bien arrêtée des protestants sur ce point qui amena l'établissement de bureaux séparés, protestants et catholiques. Cette séparation a été jusqu'à présent satisfaisante pour les deux sections de la population, et, au point de vue économique, elle n'entraîne que des dépenses additionnelles insignifiantes, de sorte que toute tentative de réunion serait inutile

Si la législature jugeait à propos de faire une nouvelle loi pour la répartition de la subvention des écoles protestantes, je vous recommanderais de faire les districts aussi petits que possible> de rendre les bureaux électifs, de nommer un surintendant ou un comité de surveillance pour chaque dénomination religieuse, d'adopter des mesures pour former des instituteurs, enfin, de faire en sorte que les districts pauvres puissent, au moyen d'un appel à l'exécutif, obtenir leur part de la subvention, en donnant des garanties de l'établissement d'une école.»

Le montant total des subventions faites aux bureaux protestants, y compris cinq subventions pour des écoles de commerce, a été, pour l'année 1873, de =£6,621 ; le montant des rétributions scolaires perçues, de £450 ; le traitement moyen des instituteurs, de £34.

La statistique suivante des écoles protestantes et

du nombre de leurs élèves depuis quelques années, indique un progrès assez considérable.

Etablies par

P oS

rS >

ÎZÎTJ

Bureaux des écoles élémentaires du gouvernement

Bureaux des écoles de commerce du gouvernement

Société coloniale scolaire de l'Eglise

Société scolaire Wesleyenne

Eglise Anglicane

Eglise Presbytérienne . .

En attendant rétablissement d'une école normale, l'académie anglicane, l'académie wesleyenne et l'école centrale de la Colonial and Continental Chureh Society préparent des instituteurs et des institutrices pour l'enseignement. La première de ces institutions avait 4 élèves-maîtres, la deuxième 5, et la troisième

Le rapport de l'inspecteur catholique mentionne 108 écoles et 4,647 élèves sous les bureaux catholiques. L'évêque de Saint-Jean a fondé un collège dirigé par des prêtres, sous le nom de collège Saint- Bonaventure. Dans les deux diocèses de Saint-Jean et de Hàvre-de-Grâce, il n'y a pas moins de 18 cou-

venls confiés aux Sœurs de la Présentation et aux Sœurs de la Miséricorde, qui ont environ 1 ,600 é'èves. Il existe des dispositions spéciales pour la côle du Labrador. Le juge, qui va administrer la justice dans celle région éloignée, est chargé de distribuer la subvention du gouvernement aux instituteurs, de visiter les écoles, de recevoir les rapports des maîtres et deles transmettre à l'exécutif, de distribuer des livres, de la papeterie, etc. Le rapport que fournit ce fonctionnaire, traite de tout ce qui concerne les intérêts matériels et la condition morale de ces populations éparses et isolées. C'est un document unique en son genre. Il y a 5 écoles; elles sont établies à Pinware, Baie-Rouge, Cap-Charles, Havre-Bataille, Ànse-à-Mathieu; ^lles ont en tout 162 élèves. Le traitement des maîtres et maîtresses s'élève à $340. Les noms de ces sentinelles perdues de l'instruction publique, qui enseignent la lecture, l'écriture, l'arithmétique et les éléments de la religion, sur la côte désolée du détroit de Belle-Isle, à l'entrée des régions polaires, méritent d'être enregistrés. Ce sont MM. John Bailey, Thomas Ward, Mine O'Dell et M1,8S Laura Young et Mary Marshall.

D'après ce qui précède, le nombre total des institutions d'éducalion dans le gouvernement de Terreneuve serait de ^14, avec 16,058 élèves. C'est beaucoup pour des populations en général très-pauvres et éparses sur de vastes étendues de territoire. Les

colons de Terreneuve sont, en grande partie, des Irlandais catholiques venus d'Irlande, sans ressources Il y a aussi sur la côte du détroit de Belle-Isle, des Acadiens et des Français.

C'esl ici le lieu de dire que, sur les instances du zélé missionnaire M. Bonneau, qui tous les ans part de Québec pour visiter ces lointains parages, le gouvernement de Québec a établi dernièrement une école sur la grande île d'Ànticosti jusqu'ici déserte et qui commence à se peupler. Cette école est tenue par madame André Gagnon.

Les îles de la Magdeleine, groupe intéressant, qui fait paitie administrativement et politiquement du district de Gaspé, dans la province de Québec, et qui appartient au diocè-e de Charlolt^town, ont depuis longtemps des écoles catholiques et des écoles protestantes. Enfin, rappelons ici que la France qui a conservé un pied-à-terre dans les îles de Saint- Pierre et de Miquelon, dans le voisinage de l'immense empire qu'elle posséda et autrefois en Amérique, y entretient des Frères des écoles chrétiennes et des Sœurs de Charité.

Toute cette région du golfe Saint Laurent et de la côte Atlantique, qui comprend les quatre dernières provinces dont nous venons de nous occuper, et la partie orientale de la province de Québec, est habitée en grande partie par des pécheurs, et elle est semée de phares nombreux, bâtis et entretenus par le gou-

vernement du Canada. Des pêcheurs furent les premiers à recevoir et à distribuer les lumières de l'Evangile, et il est consolant de penser que près de ces phares, qui ont pour objet de protéger les vaisseaux contre les écueils et les récifs, des lumières intellectuelles brillent déjà en assez grand nombre pour protéger une partie au moins de ces populations contre les dangers de l'ignorance.

[1876.] — En 1874 une nouvelle loi sur l'instruction publique a poussé encore plus loin la division des subsides et de l'autorité scolaires au point de vue confessionnel [sectarian). Ces dispositions ont été confirmées et même encore étendues dans ce sens par une autre loi sanctionnée le 26 d'avril dernier.

D'après cette loi une somme de $58,437 est affectée annuellement au service de l'instruction publique et se répartit entre les bureaux d'éducation des différents cultes dans la proportion des populations totales appartenant à chacun de ces cultes.

M Haddon, l'inspecteur de toutes les écoles protestantes sous l'ancienne loi ayant pris sa retraite il lui est fait, sur la somme totale destinée aux protestants, une pension de $400 par année.

Cette loi pourvoit de plus d'une manière permanente aux subsides suivants, qui doivent être distribués d'après la règle que nous venons d'indiquer,

$4,000 pour les écoles des districts pauvres, $1,000 pour l'achat de livres, cartes, etc., Si, 051 pour l'instruction d'élèves-maîtres, et $3,999 pour l'inspection des écoles.

Il est de plus accordé au lieu des subventions pour écoles commerciales, aux districts qui n'ont point d'académie ni d'école de grammaire subventionnées une somme de §5,886, à diviser entre les différentes confessions religieuses, toujours d'après la même règle. Le district de Havre de Grâce reçoit $924 pour son académie, celui de Carbonneau $1,200 distribuées entre les différentes confessions religieuses pour ses écoles de grammaire, ou ses écoles supérieures — ou primaires-supérieures.

Une subvention de $2,769 faite à l'académie catholique romaine, sert de base aux subventions accordées à l'académie anglicane et à celle des méthodistes, toujours d'après la population, et une somme proportionnée est aussi réservée pour les autres confessions religieuses pour le même objet.

Chaque confession religieuse parait avoir divisé la province en districts comme il lui convient et pour chacune de ces divisions toutes décrites dans la loi, le gouverneur en conseil nomme un bureau d'éducation de cinq membres dont fait partie le plus ancien prêtre ou ministre du culte. Les anglicans oui divisé i'île pour ce qui les regarde, en 26 districts, les catholiques en ont 23, les méthodistes 24 et les eon-

fessions presbytérienne etcongrégationaliste chacune deux seulement. Plusieurs de ces divisions territoriales sont identiques pour les trois premières confessions.

De la somme afférente aux bureaux anglicans dans la subvention générale de $58,437, on déduit une somme de $2,307 qui se paie au Continental Church and School Societxj ; et de la somme afférente aux bureaux catholiques on déduit également les sommes de $2,783 qui se paie à l'évoque catholique de St. Jean et de $2,741 qui se paie à l'évêque catholique de Havre de Grâce, pour l'entretien de leurs couvents, orphelinats et autres institutions d'éducation, toutes nommées dans la loi ainsi que la somme qui doit être employée pour chacune d'elles respectivement.

Enfin une subvention de $876 est accordée à l'académie prolestante et à l'école commerciale presbytérienne de Saint-Jean, lesquelles sont réunies sous un même bureau d'administration qui doit être composé de six presbytériens et de trois congrégationalistes ; cet arrangement n'est que temporaire.

Comme on le voit, ce sytème pousse aussi loin que possible la séparation des cultes dans l'organisation scolaire; l'état se borne presque à confier, au clergé et aux notables de chaque communion les ressources pécuniaires dont il dispose. Cependant comme il peut encore se trouver des enfants obligés de fréquenter des écoles dirigées par des personnes

appartenant à une religion différente de la leur, un des articles de la loi défend expressément aux instituteurs de donner l'enseignement religieux aux enfants dont les parents ou tuteurs s'y opposeraient.

Il n'est pas imposé de cotisation foncière ; les seules ressources dont disposent les divers bureaux d'éducation consistent dans les subventions du gouvernement, la rétribution payée par les élèves de chaque école etles dons et les souscriptions volontaires des personnes pieuses et des amis de l'éducation.

Les écoles sont divisées en trois degrés ou classes et les certificats donnés aux instituteurs et aux institutrices doivent y correspondre ; l'étude de L'arithmétique, de l'histoire, de la géographie est un peu plus développé dans les écoles du second et du premier degré — on y ajoute l'étude de la navigation et d'autres matières facultatives telles que le dessin, le chant, les exercices militaires. Des mentions honorables sont accordées pour ces études.

La rétribution pour l'école est trimestrielle et payable d'avance, elle est d'un écu par année pour l'élève qui en ^est encore à l'alphabet, d'une piastre pour celui à qui l'on enseigne la lecture et l'écriture, d'une piastre et demie pour ceux à qui l'on enseigne d'autres matières, enfin les élèves qui étudient la navigation paient un honoraire additionnel de deux piastres. Les bureaux d'éducation peuvent aussi avec la permission du gouverneur en conseil, exiger

davantage lorsqu'ils font donner dans leurs écoles un enseignement d'un ordre plus élevé. L'instituteur peut lui-même obtenir, sous son nom ou sous celui du président du bureau, un warrant of distrainl ou exécution parée pour le paiement de ses honoraires. Le bureau peut cependant exempter les pauvres de ce paiement.

Comme nous l'avons dit plus haut, il n'y a point d'écoles normales: les élèves-maîtres suivent un cours particulier dans une académie ou une école primaire supérieure. Munis d'abord d'une recommandation d'un des bureaux locaux, ils se présentent devant un bureau d'examen présidé par le surintendant de la confession religieuse à laquelle ils appartiennent. Chaque bureau local choisit à tour de rôle un sujet, qui lui paraît doué de l'aptitude convenable, lequel après examen obtient une des bourses mises à la disposition de sa confession ; ces bourses sont au maximum de 8116 par année pour les garçons et de $80 pour les filles. Si l'examen d'admission est favorable, le candidat est reçu comme élève-maître, après avoir signé un brevet par lequel il s'engage à enseigner pendant trois ans, s'il ne suit qu'un cours de deux ans, et pendant quatre ans et demi, s'il Suit un cours de trois ans. Il doit fournir un cautionnement de $400 pour le cas où il serait renvoyé pour mauvaise conduite ou manquerait aux conditions de l'engagement.

Les élèves subissent un examen annuel devant le même bureau, et lesprogrammes de ces examens, sous le nom de stjllabus, font partie des cédides publiées à la suite du texte de la loi.

Les membres des bureaux qui dirigent les différentes écoles de grammaire et académies sont nommés par le gouverneur en conseil ; ils appartiennent à la confession ou secte pour laquelle l'institution est établie, à l'exception de Y Académie protestante générale de Saint-Jean, comme on l'a vu plus haut, et de l'école de grammaire de Hâvre-de-Grâce ; cette dernière paraît être tout-à-fait non-confessionnelle (non sectarian.)

Il y a trois surintendants à la place des deux inspecteurs qui avant 1874 étaient chargés, l'un des écoles catholiques, et l'autre des écoles protestantes. Ils ont les titres respectivement de surintendant des écoles anglicanes, des écoles catholiques et des écoles méthodistes. Il leur est alloué à chacun une somme de $1,333 par année, et comme la somme ainsi allouée au surintendant des écoles méthodistes excède celle à laquelle il aurait droit sur la base delà population, une indemnité proportionnelle est ajoutée à la subvention générale des écoles catholiques et des écoles anglicanes. On tient aussi compte de la somme qui reviendrait aux autres confessions, et les surintendants anglican et mélhodiste se la partagent, car en attendant qu'il soit nommé des

inspecteurs pour les écoles presbytériennes et congrégationalistes, elles restent sous leur charge.

M. William Pilot, l'inspecteur anglican, et M. George Milligan, l'inspecteur méthodiste (ces fonctionnaires n'avaient pas alors le titre de surintendants), ont fait, pour le premier semestre de 1875, un rapport conjoint dans lequel ils ne donnent aucune statistique scolaire, cette période ayant été, disentils, toute de transition et d'organisation nouvelle.

D'après la loi de 1874 confirmée parcelle de 1876, les maisons d'école protestantes devaient être dans chaque localité abandonnées au culte qui- se trouvai en majorité, les autres étant indemnisés pour leur part, après évaluation. Des tableaux publiés à la suite du rapport présentent les détails de ces arrangements, ainsi que de la distribution d'une somme de $40,000 libéralement votée par la législature pour la construction et la réparation des maisons d'école.

Les remarques de MM. Pilot et Milligan, ainsi que celles de l'inspecteur catholique, font voir toutes les difficultés contre lesquelles ceux qui sont chargés de diriger l'instruction ont à lutter dans cette province.

a La lecture, l'écriture et l'arithmétique, disent les premiers, ont été les seules branches d'enseignement dans la plupart desécoles que nous avons visitées ; cela, même dans quelques établissements populeux où il semblerait qu'une certaine connaissance de la géogra-

pbie et de la grammaire serait très-utile à la nouvelle génération ; et presque partout les progrès des élèves n'offraient rien de bien satisfaisant. Cet état de choses provient en partie de ce que l'assistance est très-irrégulière et de ce qu'il n'y a guère que de bien jeunes enfants qui fréquentent les écoles. Nous sommes cependant d'avis que le manque d'aptitude à enseigner les branches élémentaires y est pour beaucoup.»

MM. Pilot et Milligan, pour suppléer à l'insuffisance de l'enseignement pédagogique, s'offrent à réunir les instituteurs. dans les principaux centres et à leur faire des conférences ; ils recommandent aussi la formation d'associations d'instituteurs, et rétablissement d'écoles-modèles ou d'application, comme annexes des écoles de grammaire ou des académies où se forment les élèves-maUres. Ils insistent avec beaucoup de raison sur ce dernier point très-essentiel et, pour bien dire, indispensable. Leur rapport contient différentes recommandations qui ont été l'origine de la plupart des dispositions de la loi de 1876; les formules et programmes qu'on lit à la suite se retrouvent parmi les cédules ou appendice du statut.

Le rapport de M, Kelly, inspecteur des écoles catholiques, donne, pour 1875, les chiffres suivants: nombre d'écoles qui ont fourni des rapports, 109 ; nombre d'élèves enregistrés, 5,529 ; assistance moyenne, 3,021 ; lecture (commencements), 4,271 ;

mOVLNCE DE TERRENEUVE. 229

lecture courante, 1,258; écrivant sur l'ardoise, i ,477, sur papier, 1,752; d'après dictée, 564; arithmétique élémentaire, 1,956; arithmétique plus avancée, 635; géographie, 630; grammaire, 546; mathématiques, 61.

Soixante-et-seize écoles seulement ont fait rapport du nombre de jours pendant lesquels elles ont été tenues ; ce nombre donne une moyenne de 242 dans Tannée ; le nombre le plus élevé est 290, et le moins élevé 130. Sur le nombre d'élèves enregistrés, 1,484 sont au-dessous de 7 ans, 2,787 entre 7 et 12 ans, et 1,258 au-dessus. Il y a 3,393 garçons et 2,136 filles.

Il y a plusieurs lacunes regrettables dans ces statistiques, bon nombre d'institutions et d'écoles, entr'aulres deux couvents n'ayant pas envoyé de rapports. Les bureaux de trois districts n'ont pas non plus envoyé régulièrement leurs comptes-rendus financiers ; l'un d'eux est en défaut pour trois années consécutives, l'autre pour la seconde année. Le montant des rétributions d'école reçues par les instituteurs paraît être de $553, ce qui constitue une légère augmentation sur l'année précédente, bien que le nombre des écoles qui ont envoyé leurs rapports soit moins considérable.

Le plus haut salaire donné à un instituteur catholique est de $360, le plus bas de $40 (ce qui est un cas exceptionnel, le plus bas ensuite étant de $80), la moyenne est d'environ $180 à $200. Le plus haut salaire donné à une institutrice est de $160, le plus bas de $48 ; la moyenne de $80 à $100.

M. Kelly se plaint du manque de livres, de la grande variété de ceux dont on se sert, et recommande d'en acheter qui restent à l'école, indépendamment de ceux qui sont vendus aux élèves; il se plaint aussi de l'irrégularité que l'on trouve dans l'époque fixée pour les vacances, lesquelles se règlent plutôt selon le caprice des maîtres que d'après les besoins réels de la localité.

Sur quatre-vingt-dix écoles mixtes, il n'y en avait que quatre-vingts en opération, les autres étaient fermées temporairement pour différentes raisons. Soixante seulement donnaient des résultats satisfaisants, vingt étaient tenues de manière à ce que les élèves ne fissent que très-peu de progrès. M. Kelly est d'avis que l'état de ces dernières est dû autant pour le moins à la négligence et à l'apathie des parents qu'à l'incapacité des maîtres. Cependant, comme on ne demande pas mieux que de rejeter la faute sur le maître, il recommande avec raison aux autorités locales de faire cesser tout prétexte de ce genre, en faisant de meilleurs choix, et en surveillant les écoles avec plus de soin.

Les inspecteurs protestants s'accordent avec l'inspecteur catholique, à indiquer bien d'autres inconvénients et d'autres défauts qui existent malheureusement, quoique «à un moindre degré, dans les autres provinces, tels que l'exiguïté du local destiné à quelques écoles, le manque du matériel néces-

saire, le peu d'assiduité, etc. Mais un trait particulier à cette province est signalé par les inspecteurs protestants.

Tandis que partout ailleurs, en Amérique, on est plutôt porté à se plaindre de la préférence accordée aux institutrices et de la difficulté qu'ont les instituteurs à se procurer des situations et des salaires convenables, nous lisons dans le rapport de MM. Pilot et Milligan: « Les écoles sont presque exclusivement confiées à des instituteurs, car il existe un très-fort préjugé contre les institutrices que l'on prépare et emploie à l'enseignement en petit nombre, contrairement à ce qui se voit en Angleterre, aux Etats- Unis et au Canada.»

Sur le tout, il est aisé de voir que la province de Terreneuve occupe une position exceptionnelle et que son gouvernement et son clergé ont à lutter contre des obstacles plus grand» que ceux que l'on rencontre ailleurs. C'est déjà beaucoup que- d'avoir pu fonder et entretenir un aussi grand nombre d'écoles dans dos régions inhospitalières et souvent incultes, au milieu de populations pauvres, peu nombreuses et isolées avec aussi le désavantage qui résulte, au point de vue purement matériel, du fractionnement des ressources et delà direction administrative entre quatre ou cinq confessions religieuses différentes, dont trois surtout se trouvent souvent en présence, représentées chacune par un petit nombre

de fidèles. Cependant, le parli qui a été adopté par chacune d'elles et par toutes ensemble, de se séparer complètement, est bien probablement le plus sage, dans les circonstances où elles se trouvent placées. Il est remarquable que cette nécessité ait été sentie par les diverses confessions protestantes, à l'égard les unes des autres, dans un pays où la séparation devait, ce semble, entraîner de si grands inconvénients.

Page 1