‹ L'instruction publique aux États-Unis. Écoles publiques, colléges, universités, écoles spécialesChapitre 54 sur 134 · COLLÈGE LA FAYETTE · texte numérisé non relu

COLLÈGE LA FAYETTE

L'histoire de ce collège, placé dans une petite ville de la Pennsylvanie et renommé pour la force de ses études , est un des plus intéressants exemples de ce que peut être un établissement d'instruction publique, fondé par la libre et indépendante initiative des citoyens.

En 1824, les habitants d'Easton se réunirent pour délibérer sur le projet d'établir un collège dans leur ville. Ils nommèrent une commission chargiée d'en former le plan et d'adresser à la législature la demande d'une charte de fondation. Cette charte leur fut accordée en 1826, sous l'administration du gouverneur Shultze.

A la même époque, le général La Fayette, visitant l'Amérique, recevait partout, comme on le sait,

UQ accueil enthousiaste. La ville d'Easton donna à son collège le nom de l'illustre ami de Washington. Les habitants, qui, dans leur premier meeting, avaient patriotiquement déclaré «que la maison d'un homme libre ne peut être mieux défendue que par le bras d'un homme libre, d pensèrent d'abord à donner au collège le caractère d'une institution militaire. Il était dit, par conséquent, dans la charte de fondation, que l'État lui fournirait des armes et des équipements militaires, et les premiers administrateurs furent choisis de préférence parmi les gens de guerre, dont les plus distingués furent le colonel John Hare Powell et le général Robert Patterson, nés tous deux à Easton. Ce premier plan fut abandonné plus tard. Il est à noter cependant que l'esprit militaire n'a cessé d'animer le collège, dont les élèves répondirent avec empressement à l'appel fait à la jeunesse américaine pour combattre la rébellion.

Dans un discours adressé aux élèves, le major Lee signalait la part prise par le collège La Fayette à la défense de la constitution fédérale. Lors de l'invasion de la Pennsylvanie par le général Lee, les gradués de l'établissement avaient pris les armes dans la proportion de 26 pour cent. Cette proportion, dans la Nouvelle-Angleterre, n'avait été que de 23 pour cent, et dans les États du Centre, de 20 pour cent seulement. Il est à remarquer que les

jeunes gens qui s'étaient ainsi distingués par leur courage et leur patriotisme sont entrés dans des carrières toutes différentes de la profession militaire. Un rapport fait au synode de Philadelphie expose que la moitié des gradués du collég;e La Fayette , à cette époque , était entrée dans le sacerdoce.

Le caractère le plus distinctif de l'enseignement au collège La Fayette est le soin tout particulier que Ton y donne à l'étude de la langue nationale. La commission, qui demandait à la législature une charte de fondation , s'exprimait ainsi : ti L'étude de la langue anglaise est celle que l'on néglige le plus dans la plupart de nos maisons d'éducation. C'est, à notre avis, une folie que de dépenser le temps et l'argent pour se livrer à une minutieuse investigation des langages des temps passés et de ceux des nations étrangères^ tandis que l'on néglige le nôtre, dont la connaissance serait si utile et dont l'étude offrirait tant d'intérêt. » Les tuteurs du collège établirent en i8S7 une chaire spéciale pour l'enseignement de la langue anglaise, exemple suivi depuis par un grand nombre d'établissements. « Nous ne voulons pas, disait en 1858 le docteur Mac-Phail, dans son discours d'inauguration, supprimer le grec et le latin pour les remplacer par l'enseignement de la langue anglaise. Nous pensons, au contraire, qu'il est indispensable de faire

marcher de front dans le cours littéraire les trois langues qui se prêtent un mutuel secours, d

On applique donc à la langue anglaise la méthode employée pour l'étude des langues anciennes. Une œuvre classique, celle de Milton^ par exemple, est traitée comme Y Iliade d'Homère ou VEnéide de Virgile. Cette étude peut comprendre une analyse minutieuse du texte, les détails mythologiques, biographiques, historiques, métaphysiques, théologiques que le poème peut offrir , le caractère de l'auteur, l'esprit de son temps, des comparaisons perpétuelles avec les écrivains anglais des différentes époques, les règles de la composition, les principes de la poésie épique, didactique, dramatique, etc., etc. Quant à langue elle-même, des remarques peuvent être faites sur la valeur, l'origine, l'histoire des mots, leur mode de formation, sur tout ce qui rentre enfin dans le domaine de la philologie comparée. La langue anglaise, composée d'éléments anglo-saxons, allemands et français, offre à ce point de vue un vaste champ d'observations.

Après avoir lutté pendant plusieurs années contre les difficultés que rencontre toute création nouvelle, le collège La Fayette entra dans la voie de prospérité qu'il n'^ pas quittée depuis, Iprsqu'en i 857 le synode presbytérien de Philadelphie lui accorda son patronage. Quoique l'établissement continue à être

ouYert aux étudiants appartenant aux différents cultes, c'est le synode qui nomme tous les tuteurs et tous les professeurs et qui exerce une surveillance générale sur les affaires du collège, au moyen de ses comités annuels. Le révérend Mac-Lean , le premier président élu par le synode , put assurer d'abord à la maison un capital de 800,000 francs. Depuis ce moment, les membres du synode presbytérien, secondés par les riches habitants du pays, n'ont cessé de travailler à l'accroissement des ressources considérables que possède aujourd'hui le collège.

En 1864 et en 186S , ont été successivement construits un observatoire astronomique et un laboratoire de chimie, avec de vastes salles destinées aux cours, des musées d'histoire naturelle , de minéralogie, de géologie, de paléontologie, de botanique et de zoologie. C'est un seul habitant d'Easton, M. Barton Junkins, qui a fait les frais de toutes ces belles constructions. Pour les compléter, les citoyen^ d'Easton ont voté , en 1867 , une somme de 100,000 fr. Deux sociétés littéraires, celles de Washington et de Franklin, ont fourni les sommes nécessaires à réi:ection delà chapelle. Indépendamment des bâtiments servant à l'usage des classes, sept charmantes habitations, destinées aux professeurs, se sont groupées autour des principaux édifices, en sorte que rien ne saurait offrir un aspect

plus enchanteur que celui de toutes ces élégantes habitations, occupant le territoire qui appartient au collège, et couronnant les magnifiques collines d*où Ton découvre les vallées du Lehigh et du Delaware. 100,000 fr. ont été depuis donnés au collège par les habitants de Philadelphie.

Enfin, celui de tous les bienfaiteurs dont le collège de La Fayette honore et chérit le plus la personne est M. Pardee , qui , après avoir , en 1864, donné à l'établissement 100,000 fr. pour Térection d'une chaire de mathèmati(|ues, l'a, quelque temps après, gratifié d'un cadeau de 500,000 fr., pour la création d'un département scientifique, dont l'enseignement marchera parallèlement avec celui du département littéraire. Ainsi s'est constitué, auprès du collège primitif, un établissement spécial pratique pour le génie civil, topographique et mécanique, les mines, la métallurgie , l'architecture et les applications de la chimie à l'agriculture et aux arts. Ces études se complètent par celles du commerce, des langues modernes , de l'histoire et des institutions politiques des États-Unis.

L'organisation et la conàbinaison des classes dans l'ordre classique et dans l'ordre scientifique permet aux étudiants de suivre ceux des cours qui conviennent à leurs dispositions intellectuelles ou qui s'accordent le mieux avec leurs projets d'avenir. C'est d'après ces principes que l'on s'efforce d'organiser

renseignement secondaire dans tous les grands établissements que fondent les États de TOuest, et principalement dans la nouvelle université dlthaca, qui sera Tobjet d'un chapitre spécial.

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