UNIVERSITÉ DE MICHIGAN, A ANN-ARBOB
Les nouveaux États de TOuest, qui, pour Torganisation des écoles publiques , marchent de pair avec ceux de la Nouvelle-Angleterre, peuvent soutenir avantageusement la comparaison avec eux pour ce qui concerne l'enseignement supérieur. L'IUinois, Tlowa, l'indiana n'ont rien à envier sur ce point au Connecticut, à la Pennsylvanie et au Massachusetts.
L'université de Michîgan, qui comptait, en 1868, 1 ,255 étudiants, est une des plus florissantes des États-Unis. C'est celle où Tamour du progrès, animé par un noble esprit d'émulation, a pu tirer le parti le plus heureux des immenses ressources dues à l'intelligent patriotisme des habitants.
Le nombre de ses élèves , supérieur à celui de toutes les autres universités, l'a engagée d'abord à élargir la sphère des études qui composent ordinairement le département académique. Le conseil des régents auxquels la loi confie l'administration du collège a ajouté à l'enseignement classique, long-
temps limité aux études purement littéraires , celui des sciences mathématiques et naturelles, en rétablissant sur une très-large échelle. Ils ont ainsi donné satisfaction aux exigences légitimes des partisans de l'ancien système d'études, qui auraient vu avec peine sacrifier la langue et les littératures anciennes, fondement indispensable de toute éducation libérale, et aux réclamations faites dans l'intérêt de la' société moderne, dont la prospérité repose principalement sur le développement du commerce et de l'industrie.
Deux nouvelles divisions scientifiques ont été établies sans que le cours des études classiques ait reçu la moindre atteinte ; mais, bien qu'il ait été maintenu dans toute son intégrité, les mathématiques , la physique et les sciences naturelles, sans être les parties principales du département classique, y sont régulièrement enseignées.
La même observation doit être faite pour ce qui concerne les divisions scientifiques, dans lesquelles une part importante est faite aux langues anciennes, à la littérature, à l'histoire et à la philosophie.
L'étudiant, que l'on suppose avoir été préparé convenablement , dans les écoles supérieures ou dans les académies, à suivre les cours des collèges, trouve donc^ en entrant à l'université de Michigan, plusieurs ordres ou départements paraUèles offrant un cours complet d*études et plus ou moins indé-
pendants les uns des autres. Ce sont : un collège classique, un collège scientifique, une école de génie civil et une école des mines. Outre le département académique, embrassant les quatre divisions ordinaires, l'université a encore une école de médecine et de chirurgie fréquentée par 52K étudiants et une école de droit ayant 395 élèves. Le jeune homme est arrivé à un âge où il peut juger en connaissance de cause quel est Tordre d'études qu'il doit préférer. Son choix fait, il comprend qu'il est de son intérêt de suivre jusqu'au bout les études qu'il a commencées. C'est ainsi qu'il pourra obtenir, suivant le parti qu'il aura pris , le grade de bachelier es arts ou de bachelier es sciences, le diplôme d'ingénieur civil ou d'ingénieur des mines. A côté de ces quatre grandes divisions, les régents en ont étabU une cinquième,. composée des élèves qui, ne pouvant ou ne voulant pas suivre exclusivement l'un des quatre ordres d'études que je viens d'indiquer, désirent une instruction mixte, c'est-à-dire combinant l'étude des langues et des littératures anciennes avec celle des sciences exactes, des sciences physiques et des langues modernes.
L'habile président de l'université de Michigan, M. E.-O. Haven, félicitait, dans un de ses savants rapports, le conseil des régents d'avoir renoncé à l'usage de décerner à la fin de l'année des prix ou
autres récompenses aux élèves qui se sont le plus distingués par leur succès. « Les jeunes gens, disait-il, doivent prendre de bonne heure l'habitude d'accomplir leurs devoirs sans qu'il soit nécessaire de faire appel à l'ambition puérile que suscite le désir d'obtenir le premier rang dans les classes, des prix, des médailles ou toute autre récompense accordée au mérite. Il est douteux que de pareils moyens élèvent le niveau des études, et il est certain qu'ils engendrent le mécontentement et l'envie, la haine peut-être, et qu'ils tendent de plus à diminuer le respect de soi-même chez ceux qui sont influencés par des mobiles d'un ordre aussi peu relevé. »
Les vrais stimulants pour l'étude sont la satisfaction que produit un commerce plus étendu et plus intime avec la vérité et l'avantage de trouver dans la culture intellectuelle le pouvoir de faire le bien. «L'expérience, ajoutait M. 0. Haven, a prouvé aux professeurs de notre université, dont plusieurs ont été attachés à des établissements dans lesquels la méthode contraire est suivie, que notre sytème n'est nullement défavorable à la force des études, et qu'il est incomparablement supérieur à l'autre par l'influence morale qu'il exerce sur nos étudiants. »
Les sommes considérables que l'État, les corporations et les particuliers consacrent à cette grande nslitution universitaire sont donc employées ex-
clusiyement à enrichir les bibliothèques, les cabinets de physique, les laboratoires de chimie, l'observatoire, les musées, les collections minéralogiqnes, géologiques, anatomiques, où les élèves trouveront pour leurs études diverses de puissants moyens d'instruction.
Quelques détails feront connaître la valeur et Timportance de ces collections.
L'observatoire a été construit aux frais des citoyens de Détroit, ville située à vingt-sept milles d'Ann-Arbor. Il est établi sur une colline qui domine le fleuve Huron. Le bâtiment consiste d'abord en un dôme mobile de vingt-et-un pieds de diamètre et deux ailes dont l'une est destinée aux observateurs et l'autre contient un magnifique cercle méridien donné par M. Walker, et l'un dçs meilleurs et des plus grands instruments de ce genre. Il a été construit à Berlin. La longueur fo« cale de son télescope est de huit pieds et demi, et l'ouverture de son verre objectif de six pouces et demi. Il est accompagné de deux cercles d'environ trois pouces de diamètre, dont chacun est pourvu de quatre microscopes au moyen desquels les divisions du cercle peuvent être parcourues pendant la onzième partie d'une seconde.
La même salle contient une cloche sidéréale, dont Tauteur est Tiède de Berlin, et deux collimators,
l'un au nord, l'autre au sud du cercle méridien, pour la détermination de l'erreur de la coQimation. Dans Taile de Touest est placé unchronographe avec le nouvel échappement isodynamique de Bond, notant les observations faites parla méthode électromagnétique. Un grand télescope réfracteur est monté dans le dôme, avec un verre objectif de treize pouces de diamètre, construit par Henri Fitz, de New-York.
Voilà donc, pour le service d'un établissement universitaire, dans une petite ville des États-Unis, un des plus puissants et des plus complets appareils astronomiques qui existent dans le monde.
Le muséum d'histoire naturelle n'est pas moins remarquable : d'abord un choix de minéraux d'ori« gine européenne^ contenant environt 6,000 magnifiques spécimens ayant appartenu autrefois aubaron Lederer; puis une autre collection, se composant des espèces minérales du Michigan et des districts du lac Supériew. Elle provient en partie des explorations faites par le comité d'arpentage de l'État^ et en partie des recherches du professeur Douglass. On y trouve aussi une série complète de spécimens paléontologiques. Les diverses collections géologiques de White, de Rominger et de l'Institut smithsonien forment un total d'environ 35,000 spécimens» Le cabinet zoologique contient au moins 16,000 articles. Il possède les oiseaux, la plus grande partie
des mammifères de TËtat de Michigan, les reptiles de Test des Montagnes Rocheuses, 2,000 espèces de mollusques aquatiques et terrestres du nord et de Touest des États-Unis. Dans le dépôt de la Société smithsonienne se trouvent 200 oiseaux de la région arctique, un grand nombre de coquilles du Pacifique et du Panama, etc. Le cabinet de botanique n'est pas moins riche : il contient environ 18,000 plantes.
On a commencé depuis peu un musée d'antiquités où sont recueillis les vêtements, ustensiles, armes de guerre, etc., ayant appartenu aux anciens Indiens deTÂmérique du Nord et aux insulaires du Pacifique. On y a aussi réuni les objets qui rappellent les principaux événements historiques du pays pendant la paix ou la guerre, et principalement pendant la dernière guerre civile *.
L'université possède enfin un musée anatomique et un musée des beaux-arts.
Je signale surtout ce dernier comme un témoignage des efforts sérieux que suscite partout aux États-Unis la noble ambition de ne rester en arrière d'aucune nation européenne, non pas seulement dans le domaine de l'industrie, où ils trouvent peu d'égaux, mais dans celui des lettres et des arts,
1. Un élève m*a montré, comme une précieuse relique, une brandie du pommier sous lequel se trouvait le général Grant, lorsque le général Lee vint se rendre à lui.
pour lesquels on leur a souvent reproché une infériorité dont ils ont hâte de sortir.
Les beaux-arts commencent donc à prendre une large place dans l'éducation publique, en même temps que les cités rivalisent de zèle pour élever des constructions monumentales et créer des musées. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun de nos collèges ne possède une collection d'objets d'art comparable à celles que j'ai vues avec admiration dans les salles de l'université d'Ann-Arbor. J'y ai remarqué principalement une galerie contenant des copies de grandeur naturelle ou réduites de bustes et de statues antiques, dont la plus grande partie a été exécutée sur les modèles du Louvre parDesachy, de Paris, et les frères Micheli, de Berlin ; une autre galerie de plus de deux cents réductions ou modèles en terre cuite des statues, bustes, vases et objets antiques du musée bourbonien de Naples ou des autres musées d'Europe ; une série de gravures et de photographies exécutées en Grèce et en Italie, représentant les monuments d'architecture et de sculpture de l'ancienne Rome, de Pompeï,- de Pestum, d'Athènes et de Corinthe; les médaillons historiques d'Horace White comprenant 450 camées antiques du musée royal de Berlin et plus de KOO autres relatifs à l'histoire du moyen âge et de la renaissance et aux personnages les plus remarquables- des temps modernes. Une autre salle est destinée à recevoir les copies des
COLLÈGES, UNIVERSITÉS, tiCOLES SPÉCIALES. 317
chefs-d'œuvre de lapeinturemoderne depuisl'époque ' qui a précédé Raphaëljusqu'ànos jours. On y a déjà établi plusieurs copies de bustes, statues et basrelief d'après Thorswalden, Canova, Powers et autres artistes célèbres.