I. — INSTITUT TEGBNOLOOIQUE DE BOSTON
L'enseignement des sciences mathématiques et naturelles appliquées à Tindustrie , aux arts et à l'agriculture, n'a pris place que depuis le commencement de ce siècle dans les universités européennes. Quelques détails, empruntés à Thistoire du célèbre collège Harvard , montreront que, sur ce point , l'Angleterre et l'Amérique avaient, dès le xvii^ siècle, compris la nécessité d'introduire dans le régime des collèges un élément nouveau, sur lequel des esprits éminents avaient appelé l'attention publiqucé ^
Le cours d'études, organisé en 1642 au collège Harvard, se composant d'un peu de latin et de grec, et de quelques notions élémentaires d'arilhmétique et de géométrie, n'était qu une reproduction de celui qui, à la môme époque , était suivi dans lés écoles publiques d'Angleterre. Les degrés conférés d'après le mode usité dans les académies anglaises {pro more academiarum in Anglià) ne pouvaient constater chez ceux qui en étaient pour* vus qu'une somme de connaissances assez légère.
Les premières manifestations d'un besoin de changement se produisirent dans une proposition faite en 1634 à Comenius, le célèbre promoteur et avocat de l'iiîstruction positive en Europe, d'une place de président du collège Harvard. Il la refusa pour aller en Suède, sur l'invitation qui lui avait été faite précédemment par le chancelier Oxenstiern.
Le docteur Hoard, élu président , ayant résidé pendant près de dix ans en Angleterre, où il avait étudié la médecine à l'université de Cambridge, se prononça très-nettement pour un enseignement industriel et scientifique. Intimement lié avec les membres de la Société royale de Londres , il était tout pénétré des idées émises par Milton, dans son Traciatus; parHoole, dans sa traduction de Y Or bis pictus de C4omenius ; par Hartlib , dans son Plan cTun collège d agriculture ; par William Petty, dans
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son Ergastula ou collège d'industrie ; par Cowley, dans son Collège de philosophie expérimentale; enfin par Webster , dans son Examen ou Introduction des Sciences dans les Écoles publiques et les universités.
Dans une lettre écrite à Robert Boyle , et datée de Cambridge (Massachusetts) , le 13 décembre 167^, le docteur Hoard disait : a Nous attendons toujours de notre mère patrie les secours dont yotre personne honorée , Monsieur , et quelques autres nous ont donné l'assurance. Nous voudrions pour les étudiants un jardin et un verger spacieux, commodes pour la culture ; un atelier pour les travaux mécaniques et un laboratoire de chimie pour les savants; car les lectures et les leçons théoriques seules ne sont que des moyens d'étude fort imparfaits. r>
Ces idées étaient en avance de deux siècles sur celles des fondateurs et des organisateurs des collèges anglais et américains. Une chaire régulière de mathématiques et de philosophie naturelle fut établie pour la première fois au collège Harvard en 1727. LjBi chaire de chimie et le premier laboratoire furent institués en 1783. La corporation avait, en 1784, demandé à la législature l'autorisation d'accepter l'offre qui lui était faite par le roi de France de pourvoir son jardin botanique de toutes les espèces de graines et de plantes que le jardin royal lui
enverrait gratuitement. Ce ne fut cependant qu*en 1807 que les citoyens de Boston achetèrent le terrain destiné à cet usage. Une chaire d'histoire naturelle fut fondée moyennant une souscription de 150,000 fr. En 1816, une chaire des sciences appliquées aux arts fut dotée par un legs de Benjamin Thompson de Wobum, plus connu sous le nom de comte Rùmford, de Bavière. On devait y démontrer, par un cours régulier de leçons académiques et publiques, accompagnées d'expériences, Tutilité des sciences physiques et mathématiques a pour le progrès des arts utiles et Textension de Tindustrie, la prospéiité et le bien-être de la société. » Un observatoire astronomique, commencé en 1839 par une souscription de John Quincy Âdams et d'autres citoyens, fut, en 1 848, enrichi par la munificence d'Ëward Phillips, qui lui donna 500,000 fr, Lachaire de minéralogie et de géologie avait été étabUe en 1820, et le cabinet de spécimens commença à prendre de l'importance. En 1846, un bâtiment, pour récole scientifique fut érigé par le ministre Lawrence, qui donna en même temps, pour l'érection d'une chaire de génie civil et de géologie, uoe somme s'élevant, avec celle qu'y ajouta- son fils, à 750,000 fr. En 1859, enfin, le musée de zoologie comparée fut établi par suite d une donation de 250,000 fr. accordée par l'État et de souscriptions individuelles atteignant le chiffre de 355^625 fr.
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C'est ce célèbre musée qui rappellera à jamais le nom dé son fondateur, Louis Agassiz, musée dont la valeur est inappréciable et qui a reçu depuis des collections de plus d* un million. En 1862, M. Samuel Hooper, de Boston, a donné 2S0,000 fr. pour rétablissement d'une école des mines. Ajoutons à toutes ces sommes le legs fait en 1841 par M. Benjamin Bussey, dont la moitié, 1,500,000 fr., *doit être consacrée à Técole industrielle. Une société d'histoire naturelle a été fondée à Boston en 1823 : elle a reçu pour ses b&timents et ses collections deux millions qui lui ont été donnés par l'État, par la ville et par des souscriptions particulières.
En 1835, M. John LoïKrell, riche citoyen de Boston, se trouvant en Egypte, légua à sa ville natale une somme considérable pour l'établissement de cours de chimie et de physique appliquées aux arts. Cette école porte le nom de son fondateur.
Toutes les institutions créées successivement ont fourni d'immenses ressources à l'institut technologique du Massachusetts, qui a profité également des bibliothèques de Cambridge, de l'Athénée et de la ville de Boston, réunissant au moins quatre cent mille volumes, et dont la valeur, ajoutée à celle des beaux édifices qui les contiennent, est, me disait M. Henry Barnard, de plus de S millions de francs.
L'État de Massachusetts a partagé le revenu que mi procure la vente des 360,000 acres alloués par
le Congrès entre Tinstitut technologique de Boston et le collège agricole d'Amherst.
Le premier a commencé avec quinze étudiants. Dans l'automne de 1866, leur nombre s'est élevé à 140 et il n'a cessé de s'accroître depuis.
Les fondateurs de l'école avaient pu recueillir pour cette entreprise une somme de 250,000 fr., qui 86 sont accrus d'un million, légué par lé docteur William Walker, de Rhode Island; de 2SO,000 fr.^ donnés par M. Ralph Huûtingdon; de 100,000 fr., donnés par M. William-P. Mason; de 100,000 fr.^ par M. James Hayward; de 425,000 francs, par M. Nathaniel Thayer; de 300,000 fr., enfin, pro* duit de plusieurs souscriptions.
Une autre somme de 300,000 francs a été ajoutée aux fonds de l'école par l'acte de la législature qui assigne à l'institut technologique les trois dixièmes de la part du Massachusetts à la concession des terres nationales appliquées à l'enseignement de l'agriculture et des arts mécaniques. Ci'est donc environ une soitime de 2,400,000 francs alloués ou concédés à l'institut depuis sa fondation.
Son but est de former des ingénieurs, des chimistes, des constructeurs et des architectes.
Des cours du soir sont établis pour les personnes de l'un et Tautre sexe qui désirent avoir des connaissances générales dans les diverses branches scientifiques qui font l'objet de l'enseignement.
Le cours régulier d'instruction est de quatre années. Dans les deux premières, renseignement est commun à tous les étudiants. Il embrasse Talgèbre, la géométrie, le dessin des machines, la géométrie descriptive, le dessin à main-levée, la mécanique élémentaire, la chimie avec les manipulations, Tastronomie descriptive, Tarpentage, la médecine expérimentale, la langue et la littérature anglaises, le français et l'allemand.
Pour la troisième et la quatrième année, les études varient selon lès professions auxquelles les élèves se destinent. Elles ont pour objet le génie mécanique, le génie civil et la topographie, la chimie prati- ' que, le génie des mines, Tarchitecture, et un cours général des sciences et de littérature. Des grades et des certificats d'aptitude dans ces divers départements sont conférés aux étudiants qui ont suivi d'une manière satisfaisante les examens prescrits.
Ce qu'il y a de plus remarquable dans l'institut technologique, c'est la facilité avec laquelle les étudiants peuvent, dans de vastes et riches laboratoires, se livrer aux manipulations de chimie, aux expériences de physique et aux essais métallurgiques de toutes sortes. Ils sont exercés à tous les travaux d'arpentage, de nivellement, de géodésie et d'astronomie nautique. De fréquentes excursions leur font connaître la construction et le jeu des machines, les procédés de fabrication, les travaux du génie, les
sections géologiques des carrières et des mines, les moulins, les hauts fourneaux, etc. Ils peuvent enfin employer utilement le temps des vacances à continuer eux-mêmes les études pour lesquelles ils ont été pendant le reste de l'année accompagnés par leurs professeurs.
Ils reçoivent, après avoir terminé ces études, des grades correspondant aux six divisions principales de l'institut, à savoir : le génie civil, le génie topographique, la chimie pratique, la géologie et les mines, les constructions et l'architecture, les sciences et les lettres. On remarquera que, même dans les écoles spécialement consacrées à l'enseignement des sciences positives et à leurs applications pratiques, une place importante est assignée à l'étude des langues anciennes et modernes, à la littérature, à l'histoire, à la philosophie et au droit constitutionneK