PREMIÈRE PARTIE
C'est encore à l'adoption de la Réforme que le inemark est redevable des soins donnés de bonne -nre à l'instruction populaire. Aussitôt après l'inoduction du protestantisnie, Christian III ordonna -nseignement de la doctrine nouvelle dans toutes 'Oles. Des pénalités furent établies par Frédéric III >ntre les parents qui négligeraient d'y envoyer Urs enfants.
Les règlements adoptés alors ne furent exécutés ie dans un petit nombre de localités, et, au dix- ^aitième siècle même, les écoles danoises étaient icore fort imparfaites. Le SIesvig* n'avait qu'un etit nombre d'écoles fixes. Un historien danois cité
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par M. Cogordan raconte qu'à cette époque le
maître se transportait de gaard en gàard (petit domaine rural), et faisait la classe chez les paysans dans la chambre commune, où les femmes étaient occupées à filer, à tisser ou à bercer leurs enfants. Il avait droit de vivre gratuitement chez les propriétaires du gaard et y était naturellement vu d'assez mauvais œil. Aussi les institutions d'alors ne se recrutaient que parmi les plus malheureux et les moins intelligents. Pour faire la classe pendant tout un hiver, ils gagnaient de 25 à 45 francs.
L'été, ils retournaient chez eux et devenaient valets de ferme ou manouvriers. Ce qui était vrai du Slesvig ne l'était pas moins de tout le Danemark et malgré les efforts de quelques rois \ de Christian VI par exemple, l'organisation des écoles laissa beaucoup à désirer jusqu'au commenceiheiit de notre siècle, surtout dans lés campagnes.
En vertu d'une loi qui date de 1814, les parents furent obligés d'envoyer leurs enfants à l'école ou leur donner, chez eux ou dans des établissements privés, une instruction suffisante, sous peine d'une amende de 9 à 1 8 centimes pour chaque absence. En cas de non-payement, la peine de l'emprisonnement était encourue. En 1 866 même, l'amende fut supprimée, et les parents purent être condamnés immédiatement à la prison.
Les enfants sont obligés d'aller à l'école depuis
NORWÉOE. — ENSEIGNEMENT SECONDAIRE. 185
faire passer l'examen de sortie. Les professeurs de renseignement secondaire doivent avoir subi à l'Université une épreuve spéciale. Le recrutement des professeurs et l'organisation administrative ont lieu conformément au système suivi en Suède et en Danemark.
196 L'INSTRUCTION DANS LES ÉTATS DU JïORD.
laire composée de membres nommés par le conseil municipal et présidés par le curé. Au-dessus des commissions scolaires se trouvent les directions scolaires, qui sont aussi nombreuses que les prévôtés, et comprennent seulement le prévôt et le bailli. Comme il y a 18 bailliages pour environ 60 prévôtés, chaque bailli fait partie de plusieurs directions. Les directions scolaires relèvent des directions du bailliage, formées de tous les membres des directions des prévôtés. A côté de la direction scolaire du bailliage est placé un conseil qui concourt avec elle à Tadministration et à la surveillance des écoles. Ce conseil comprend, outre les membres du conseil du bailliage, des représentants des villes et des campagnes nommés à cet effet. Enfin, les évoques ont le devoir de surveiller les écoles de leur diocèse et tout ce qui concerne les écoles primaires est centralisé au département de Tinstruction publique à Copenhague.
Chaque commune doit avoir au moins une école, l'entretenir, la rebâtir au besoin et payer l'instituteur. Mais il peut arriver que deux ou plusieurs paroisses s'entendent pour créer des écoles communes, afin d'abréger le chemin que les enfants ont à parcourir.
On appelle district scolaire le territoire dont les enfants fréquentent une même école, abstraction faite de toute circonscription comunale. Les districts
scolaires ont à leur charge toutes les prestations en nature, comme le fourrage, le' bois de chauffage, les matériaux de réparation, l'entretien des chemins qui aboutissent à Técole. Au contraire, c'est la commune qui paye les dépenses en argent. Elle a pour cet objet une caisse spéciale qui se compose des revenus autrefois affectés au sacristain, des dons et legs, des amendes et d'un impôt spécial, s'il le faut.
Dans les campagnes la commune se confond avec la paroisse ; mais dans les villes il y a souvent plusieurs paroisses pour une seule commune urbaine ; néanmoins il n'y a jamais qu'une commission scolaire et qu'une caisse spéciale.
Quoique l'on ait réduit de beaucoup le nombre des écoles ambulantes (la densité de la population étant en Danemark plus grande qu'en Suède) il en existe encore quelques-unes, et particulièrement dans le Jutland. Le sol de ce pays est peu favorable au développement de la population à cause de ses tourbières, de ses marais et de ses bruyères immenses qui de longtemps ne pourront être mises en culture. Le maître ambulant se transporte successivement dans les deux ou trois districts auxquels il est préposé. Souvent iln'est ambulant dans le vrai sens du mot que pendant Tété. Il a résidence dans la plus importante de ses écoles et il ne la quitte que pendant peu de jours chaque été pour par-
i98 L*INSTRUGTION DANS LES ÉTATS DU NORD.
courir les écoles auxiliaires. L'hiver, on nomme pour chacune d'elfes un maître spécial qui s'appelle maître d'hiver. C'est un simple paysan, qui retourne à sa charrue quand revient le printemps. Chaque instituteur ne peut pas avoir jplus de 100 élèves à la campagne et de 80 à la ville. Quand ces nombres sont dépassés la commune doit nommer un maîtreadjoint. Quelquefois alors on crée, pour les enfants au-dessous de 9 ans, une école dont on confie la direction à un maître non examiné.
Un enfant peut être dispensé d'aller à l'école du district scolaire auquel il appartient, is'il travaille sous la direction d'un professeur qui a étudié à l'Université, ou s'il fréquente une autre école dirigée par un maître examiné, ou si les parents déclarent qu'ils l'instruiront eux-mêmes. Dans ce dernier cas, il est tenu de subir tous les 6 mois à l'école un examen public avec les élèves de son âge.
L'assiduité est exigée dans tous les autres cas. L'élève qui manque la classe par sa faute peut être puni par la privation des récréations ou même châtié corporellement, ce qui est estrêmement rare dans la pratique. Si l'élève manque la classe par la faute de ses parents, ceux-ci sont punis d'une amende de 3 skillings (un peu plus de 15 centimes par jour), pendant le premier mois, et 6, 12 et 24 skillings pour chaque jour des mois suivants. Le payement de cette amende peut être jpoursuivi j)ar saisie. Le
Danemark. — enseignement primaire. i99
curé peut aussi réprimander publiquement du haut ' de la chaire les pères de famille négligents.
Le pouvoir de la commission ne va pas, comme en Suède, jusqu'à enlever un enfant à la garde de ses parents. Elle peut seulement appeler Tattention de l'autorité supérieure sur la nécessité de prendre une pareille mesure. Le bailli dans la province et le président à Copenhague peuvent alors exercer ce droit : mais en pratique ils ne le font guère, à moins que l'enfant n'ait été gravement maltraité.
Dans toutes les écoles primaires danoises les études doivent en principe durer toute l'année, à l'exception de quatre semaines pendant Tété et de quelques jours de fête. Mais dans la pratique, on accorde beaucoup de liberté aux enfants qui peuvent se rendre utiles à leurs parents pour la culture de la terre ou la navigation. Souvent on reste en deçà des 240 jours d'études que la loi impose comme minimum. A la ville, les classes ont lieu cinq heures par jour, avec de petits intervalles de repos toutes les heures, comme en Suède ; mais le samedi elles ont lieu seulement dans la matinée. A Kildebrande les élèves de la division supérieure qui sont plus grands et qui peuvent aider leurs parents dans la culture de la terre, viennent quatre fois par semaine à l'école pendant l'hiver et deux fois pendant l'été. Les plus petits
au contraire viennent quatre fois par senoiaine Tété et deux en hiver.
Les garçons et les filles sont séparés toutes les fois que le nombre des maîtres le permet. A la campagne, quand il n'y a qu'un maître, les filles sont d'un côté de la salle et les garçons de l'autre.
Dans les villes qui sont assez grandes pour entretenir plusieurs écoles on sépare les enfants qui payent de ceux qui ne payent pas. De là deux sortes d'écoles : les écoles gratuites et les écoles payantes ou bourgeoises. On enseigne à peu de différences près les mêmes choses dans les deux sortes d'écoles. Mais ce sont les élèves des écoles payantes qui savent le mieux ce qu'ils apprennent. Voici le programme de la classe supérieure dans les deux écoles :
Religion. — Programme commua : histoire biblique, évangile.
Langue danoise. — Programme commun : lectures, analyse, grammaire et composition sur des sujets donnés.
Histoire. — Écoles gratuites: histoire du Danemark; écoles payantes: histoire du Danemark et des autres États de l'Europe, principalement dans leur rapport avec le Danemark.
Géographie. — Programme commun : description des cinq parties du monde.
Arithmétique. — Programme commun: calcul élémentaire des nombres entiers et des fractions.
Dessin. — Programme commun : dessin linéaire et d'ornement.
DANEMARK. — ENSEIGNEMENT PRIMAIRE. îiOl
Sciences naturelles. — Écoles payantes : notions d'anatomie^ de chimie, de physique et de mécanique.
De toutes les écoles primaires de Copenhague celles où les. études sont les plus fortes portent le nom dî! Écoles ecclésiastiques réunies.
Il y en avait autrefois un grand nombre ; devant la concurrence terrible qui leur était faite par les écoles de la ville, elles ont été amenées à se réunir pour constituer une école modèle qui' n'a pas moins de 36,500 rixdalers de capital. Comme renseignement y est meilleur et plus étendu que partout ailleurs et qu'en même temps il est absolument gratuit, les places sont très-recherchées. On ne les donne qu'au concours. En 4872, i26 garçons et 160 filles se sont présentés.; on a admis 34 garçons et 33 filles. En tout il y a 265 élèves qui sont les plus intelligents et les plus travailleurs de la ville. Us arrivent à l'école à l'âge de dix à onze ans et y passent quatre années. Ils en sortent à l'âge de la confirmation et on leur donne gratuitement un costume complet pour cette cérémonie.
lly adans chacun des 21 districts duroyaume, un fonds d'école dont les revenus proviennent des rentes
202 L'IiNSTRUCTION DANS LES ÉTATS DU NORD,
de capitaux accumulés, d'un subside de l'État d'environ 290,000 francs et d'une taxe de 30 centimes par tonne de blé. En 1836, le produit de ces diverses ressources s'élevait à i ,584,569 francs. Sur cette somme, des pensions de retraite ou des suppléments de traitement sont fournis aux instituteurs. Comme dans beaucoup de communes, les instituteurs reçoivent des prestations en nature, blé, viande ou une parcelle de terre qu'ils mettent en valeur, il est assez difficile de connaître exactement ce que coûte l'enseignement primaire. On sait que la dépense en argent s'est élevée, en 1863, à environ 3 millions de rixdalers, ou, à raison de 2 fr. 90 c. par rixdaler, 8,400,000 francs. La population du Danemark, sans y comprendre les duchés de Sleswig- Holstein, étant de 1,600,000 âmesS il en résulte que l'instruction élémentaire coûte 5 fr. 28 c. par tète d'habitant, somme considérable, surtout si l'on considère que tout est moins cher dans le nord que dans le centre de l'Europe. La moyenne de cette dépense n'est que de 2 fr. 10 c. en France et de 1 fr. 45 en Prusse. On sait que sur ce point les Etats-Unis se distinguent de toutes les autres nations, puisqu'on peut évaluer à 12 francs par tête
1. D'après la statistique de 1874,1a population du Danemark, qui a doublé depuis ie commencement du siècle s'est élevéci à 1,884,600 habitanU.
DANËMAfiK. — ENSEIGNEMENT PRIMAIRE. 203
d'habitant la somme dépensée en moyenne pour l'instruction populaire.
Dans un document cité à la Chambre des représentants de Belgique en 1870, on apprend quel était, à cette époque, Tétat de l'instruction dans le Danemark.
l*» COMMUNES RURALES.
Nombre d'enfants soumis à l'instruction obligatoire (de 7 à i 4 ans) :
Dans les écoles primaires publiques, i 84, 19!^ ou 9 1,75 p. 100
Dans les écoles privées 13,994ou 6,97 —
Ont quitté Técole à treize ans après
avoir justifié qu'ils possédaient
les connaissances requises. . . l,H9ou 0,50 —
Non inscrits 1,450
Total 200,701
On a constaté que le nombre des enfants ne fréquentant pas l'école pouvait être diminué, parce qu'un certain nombre d'enfants qui n'avaient pas atteint l'âge de 7 ans avaient été compris dans le chiffre des enfants en âge de fréquenter l'école.