ENSEIGNEMENT RELIGIEUX
En vertu de la loi du 18 juin 1842, chaque commune, ou sochen *, doit avoir, autant que possible, une école fixe^ dirigée par un professeur ayant suivi les cours d'une école normale. Dans quelques cas particuliers, deux ou plusieurs communes dé-
1 . Le sochen est une division politique du territoire ayant de 6 à 12 milles anglais d'étendue (de 15 à 30 kilomètres carrés). On compte en Suède près de 2,000 sochen.
pendant d'une seule et même paroisse peuvent se réunir pour ne faire qu'une école, lorsqu'une population peu nombreuse ou d'autres causes permettent cette réunion. En attendant, l'enseignement doit être donné dans des écoles ambulantes par un ou plusieurs professeurs , s'il n'est pas possible d'établir une école fixe.
Les écoles fixes sont établies surtout dans les villes et dans les communes où se trouve une forte population, et les écoles ambulantes dans les communes dont la population est faible eu égard à l'étendue du pays, et où la disposition du sol rend difficile la fréquentation des écoles. Dans ce cas, l'instituteur va successivement s'établir dans les hameaux où il fait pendant l'année trois ou quatre stations.
Les commençants reçoivent une instruction trèsélémentaire, dans les petites écoles^ dont l'idée, comme on l'a vu plus haut, appartient à Rudenschôld. Elles peuvent être fixes ou ambulantes. Leur étabhssement date de 1853. Elles eurent d'abord pour but de procurer aux enfants la faculté de s'instruire à peu de frais dans le voisinage de Jeur demeure et dans les lieux trop distants des écoles populaires. Mais depuis 1858, ces petites écoles ont été établies aussi bien dans les villes que dans les campagnes.
De 1858 date aussi l'établissement des écoles
publiques supérieures^ dont le but est de donner aux enfants appartenant aux classes ouvrières^ doués d'intelligence et animés d'un plus grand amour du travail, les moyens d'acquérir, sous la direction de professeurs éclairés, un plus haut degré d'instruction et des connaissances utiles, sans être détournés de leur profession et de l'habitude du travail manuel.
L'obligation pour les parents de faire instruire leurs enfants a été depuis longtemps imposée par la législation. Dans l'année 1681, Charles XI rendit une ordonnance par laquelle il défendait à ceux qui ne connaissaient pas le catéchisme de Luther et qui n^avaient pas fait leur première communion, de se fiancer. Or, les fiançailles étant une coutume géuérale et ayant lieu ordinairement de bonne heure, les paysans réclamèrent des écoles pour apprendre, et des examens pour prouver qu'ils savaient lire. En l'année 1723, le règlement des écoles portait ce qui suit : ce Tout enfant qui ne reçoit pas l'instruction dans la maison paternelle ira à l'école commune. Chaque absence de l'école sera punie d'une amende de deux marcs d'argent. Une indigence absolue peut seule en exempter, et les ministres du culte, ainsi que les autres membres de la communauté, sont chargés de veiller à la stricte exécution de cette loi. »
D'après la loi du 18 juin 1842, l'instruction est
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obligatoire pour les enfants entre 6 et 9 ans jusqu'à 14. Les parents ou les tuteurs qui négligent d'envoyer leurs enfants à l'école reçoivent une première admonition du pasteur; si elle demeure sans effet, ils en reçoivent une seconde du conseil ecclésiastique [kyr-kored] ou de toute autre autorité locale. Si ces deux avertissements sont encore infructueux, les enfants sont enlevés à leur famille et placés sous la direction d'autres personnes. Mais cette loi , en ce qui concerne principalement l'enlèvement des enfants à leurs parents , n'a été exécutée qu'en certains cas particuliers, où, par suite de l'indigence des parents, la paroisse s'est trouvée dans l'obligation de soutenir les enfants. Cette obligation scolaire n'est pas appliquée dans les grandes villes avec autant de rigueur que le désireraient les meilleurs instituteurs; mais le besoin d'exercer sur les parents une contrainte pour l'éducation de leurs enfants devient de plus en plus général. Une loi du 18 juin 1864 établit une pénalité de 50 fr. pour les maîtres de manufactures ou les chefs de maison de commerce qui refusent de faire donner aux enfants l'instruction que comporte leur âge. De 14 à 16 ans, les enfants suivent les écoles du dimanche.
Dans chacune des paroisses de Stockolm, on entretient, aux dépens du public, pendant l'hiver, un réfectoire où l'on fournit gratuitement aux en-
fants pauvres des mets sains et frais ou donnés pour un bas prix à ceux qui sont en état de les payer. Généralement, beaucoup d'enfants appartenant à des familles indigentes peuvent chaque jour en quittant la classe demander et emporter un petit supplément de nourriture. Les établissements de ce genre sont conGés aux soins et à la surveillance toute maternelle de plusieurs dames de la ville. Cette distribution est un excellent moyen d'augmenter le nombre des enfants qui fréquentent les écoles.
Les parents ou les tuteurs peuvent être exemptés de l'obligation d'envoyer les enfants à l'école publique et obtenir la permission de les faire instruire à la maison ou dans toute autre école à leur choix, et, dans ce cas, les enfants, au commencement de chaque trimestre, doivent subir un examen public ou privé, présidé par l'instituteur ou le pasteur. L'examen doit constater que l'enfant a reçu une instruction analogue à celle que donne l'école. Lorsque les parents sont dans l'impossibilité d'habiller et d'entretenir leurs enfants, ils reçoivent un subside de la paroisse, et les enfants, dans ce cas aussi bien que dans celui où par suite d'une trop grande distance ou de la rigueur de la saison ils ne peuvent se rendre à l'école, peuvent être dispensés, lorsqu'ils ont appris à lire, de suivre les cours plus d'une ou deux fois par semaine.
n arrive assez souvent que la maison d'école ne peut recevoir que la moitié des enfants à la fois, et alors ils forment deux divisions qui s'y rendent alternativement.
Le comité des États avait, en 1840, proposé de confier exclusivement au clergé l'enseignement religieux dans les écoles publiques. En déchargeant l'instituteur de cet enseignement, on considérait que l'instituteur est peu propre à expliquer les dogmes de la foi, et il semblait juste de ne pas exiger qu'un homme recevant un traitement qui souvent ne dépasse guère le salaire d'un ouvrier possédât le degré d'instruction religieuse et scientifique nécessaire à cet e£Fet. Cette proposition n'a pas été acceptée par la raison que les pasteurs, absorbés par leurs fonctions , n'auraient pas eu assez de temps à consacrer aux écoles. Mais la nouvelle loi communale ayant déchargé le prêtre de ses fonctions temporelles, rien ne s'opposerait aujourd'hui à ce qu'il remplît une tâche qui lui convient mieux qu'à l'instituteur. n la considère d'ailleurs partout comme un devoir et il la réclame même en certains pays comme un droit.
Cette séparation de l'enseignement religieux confié exclusivement aux ministres du culte et de l'enseignement scientifique laissé à l'instituteur ne prend nullement sa source dans l'indifférence religieuse des habitants de la Suède. Dans te?» ^^nj^ ^n^->
comme aux États-Unis, existent plusieurs cultes on peut tenir essentiellement à ce que l'enseignement soit purement laïque ; mais en Suède on ne compte que des protestants. Sur une population de 4,200,000 habitants, à la fin de 1865 il n'y avait pas plus de 433 catholiques, 183 anglicans, 2S réformés français et 1,216 juifs, y compris les femmes et les enfants. Rien ne s'oppose donc à ce que l'enseignement religieux soit donné .dans l'école même pourvu que l'instituteur n'en soit pas chargé. Il n'est certainement pas de ministre qui ne puisse consacrer deux heures par semaine dans chaque école pour enseigner l'Évangile aux enfants.
A la fin de l'année 1871 , il y avait en Suède 7,528 écoles primaires, dont 2,540 fixes ^ 1,143 ambulantes; 3,833 petites écoles et 10 écoles supérieures; soit en tout : 7,528 établissements d'instruction populaire. Ainsi, l'on comptait en moyenne 1 école populaire et 1 petite école par 1,100 habitants. A la même époque, le nombre total des enfants astreints à fréquenter les écoles (de 7 ans à 14) était de 712,520, soit environ 17 p. 100 de la population; savoir : 360,831 garçons et 351,689 filles. Sur ce nombre 577,054, soit environ 82 p. JOO des enfants astreints à l'école, étaient instruits dans les écoles publiques*.
1 . Ces renseignements statistiques ont été exposés d'une manière supérieure parle docteur Élis Sidenbladh, secrétaire du bu-
Ils étaient répartis comme il suit : 201 dans les écoles supérieures; 224,444 dans des écoles fixes; 152,806 dans des écoles ambulantes, et 199,fi03 dans les petites écoles. C'est 13 3/4 écoliers par 100 habitants. Dans les établissements d'instruction (gymnases, écoles professionnelles), il y avait 8,856 enfants dans l'âge obligatoire, dans les écoles privées 26,175, chez eux 81,737; eu tout 116,768. Ce nombre donne 16 p. 100 des enfants obligés à fréquenter les écoles.
Les enfants dans l'âge obligatoire qui recevaient de l'instruction montaient donc en tout au nombre de 693,822, c'est-à-dire à un peu plus de 97 p. \ 00 des enfants dans l'âge obligatoire. Il y avait dans tout le .royaume 2,693 enfants qui ne recevaient aucune instruction à cause d'infirmités, et 16,005 pour d'autres motifs. D'après les indications des conseillers de l'instruction publique, ce dernier nombre d'enfants n'a joui, eu 1871, d'aucune instruction; on ne dit pas si ces enfants ont été instruits dans les années suivantes. En général, on peut dire qu'aucun enfant sain de corps et d'esprit n'est privé complètement d'instruction pen-
reaacentral de statistique, dans son beau rapport sur Texposition suédoise à Texposition universelle de Vienne. Parmi les autres rapports auxquels a donné lieu cette exposition, je suis heureux de mentionner celui de M. Levasseur sur l'instruction primaire et l'inslruetion secondaire dans la section française.
dant l'âge obligatoire, et qu'il a appris au moins à lire, et généralement à écrire et à calculer.
Comme preuve de l'accroissement du nombre des enfants dans les écoles populaires dans les dernières années, on fera remarquer que, en 1865, de 631,056 enfants qui, selon les indications des conseillers de l'instruction publique, étaient dans l'âge obligatoire , 481,243 seulement participaient à l'enseignement des écoles populaires, 190,469 dans les écoles fixes, 157,021 dans les écoles ambulantes, 133,591 dans les petites écoles et 162 dans les écoles supérieures.
Le nombre des enfants dans ces écoles est donc augmenté en six ans de 93,881, soit de 20 p. 100 environ. L'accroissement est pour les écoles fixes de 33,975, dans les petites de 66,012, et dans les écoles, supérieures de 39 , tandis que dans les écoles ambulantes ce nombre des enfants a diminué de2,2i5.
A Stockholm, il n'y a que des écoles fixes, et dans neuf évêchés le nombre des écoles fixes dépasse celui des écoles ambulantes. Mais dans les autres évêchés, la proportion est renversée, et dans les deux derniers le nombre des écoles ambulantes est fort supérieur. La proportion entre le nombre des écoles populaires et celui des petites écoles varie aussi beaucoup dans les différents évêchés. Dans sept, les petites écoles se sont tellement dévelop-
pées, que leur nombre dépasse celui des écoles populaires. Dans ces deux espèces d'écoles le nombre est presque égal ; dans les trois autres le nombre des petites écoles est moindre que celui des écoles populaires.
Des écoles supérieures ont été établies pour une ou plusieurs paroisses rurales, afin de procurer aux enfants les plus intelligents, dont les parents appartiennent à la classe ouvrière, l'occasion d'acquérir sous la direction d'un professeur, ayant fait des études universitaires, des connaissances utiles, « sans être détournés de leur manière de voir ou de la pratique nécessaire pour leur faire acquérir de l'habileté manuelle et les endurcir aux fatigues d'un travail corporel, » dit la loi. L'école supérieure, en vertu d'un arrêté royal de 1838, reçoit de l'État, jusqu'au double de la somme que le district aura allouée à cet effet. Ce subside ne doit pas dépasser 1,000 rixdalers par école. Il n'existe encore d'établissement de ce genre que dans dix districts.
A côté des écoles publiques , il y a aussi beaucoup d'écoles privées , surtout dans les vUles. Ces écoles sont , quant à l'enseignement et à la discipline , sous la surveillance de l'autorité chargée de la direction des écoles publiques.
Les écoles du dimanche et les interrogatoires (répétitions forhor) pour lesquels on a fixé un jour dans la semaine se multiplient de plus en plus
et rendent de grands services à l'éducation publique.
Indépendamment des écoles populaires publiques il existe plusieurs établissements d'instruction fondés depuis 1842 par des particuliers : l'établissement de secours de Hissing pour les petits vagabonds; l'institution de secours à Rodeby, pour les jeunes filles et les jeunes garçons; celle de Gôtebourg exclusivement pour les jeunes filles ; celle de
Boras pour les enfants abandonnés des deux sexes; l'institution centrale de Stockholm pour les aveugles et les sourds-muets. On a enfin organisé sur le même modèle, dans diverses provinces, des maisons où sont recueillis des enfants appartenant aux classes indigentes et dont l'éducation est l'objet d'une louable sollicitude.
DIRECTION ET SURVEILLANCE DES lÉCOLÉS
La surintendance de l'enseignement, dans chaque diocèse, appartient à l'évoque et au chapitre des chanoines. Dans chaque région d'écoles, qui se compose d'une ou plusieurs communes , il doit y
avoir un conseil <ïinstrnclion publique , composé du pasteur président et de quatre membres de la commune, nommés pour quatre ans.
Le conseil d'instruction publique est tenu de surveiller-les écoles populaires et les petites écoles, de soigner leurs intérêts et de veiller à ce que l'enseignement soit donné consciencieusement. Il rédige pour les écoles des règlements relatifs aux méthodes, à la discipline , à la durée des classes, etc.; ces règlements doivent cependant être examinés par le chapitre de Tévêché. Le môme conseil doit encore surveiller les écoles particulières qui se trouyent dans le district, au point de vue de Tinstruction et de la discipline , et faire tous les ans , sur l'état des maisons d'éducation dans le district , un rapport relatif aux questions pédagogiques et économiques et à l'administration épiscopale. L'évêque et le chapitre de l'évêché (consistoire) sont obligés, dans chaque évêché, d'exercer une surveillance sévère sur les maisons d'instruction populaire, sur leur direction et leur développement, et d'envoyer tous les trois ans au roi un rapport sur l'état de l'instruction populaire dans l'évêché , avec tous les détails et toutes les explications nécessaires. Le roi exerce la haute direction de l'instruction populaire par le ministère des cultes et de l'instruction publique. On y a établi une section particulière pour l'examen de tout ce qui, depuis 1864, concerne
renseignement, l'instruction populaire et la surveillance des établissements d'instruction.
Cette surveillance est exercée, en partie par le chef de cette section sur les séminaires ; en partie par des inspecteurs particuliers des écoles populaires, nommés pour chaque évêché par le chef du département. Les inspecteurs actuels sont au nombre de 49, nommés pour cinq ans par le gouvernement.
Les inspecteurs sont tenus d'observer la marche de l'instruction populaire avec beaucoup d'attention, de visiter en personne les écoles de leur district, de prendre connaissance de leur état et de leurs besoins, de proposer au chapitre et au conseil de l'instruction publique les améliorations à introduire dans les localités où l'enseignement est jugé défectueux.
L'inspecteur doit chaque année faire un rapport sommaire au consistoire de l'évêchédontil dépend; et, à l'expiration de ses cinq ans, un autre rapport complet pour le ministère des cultes. Ce dernier doit contenir un aperçu général de l'instruction pubUque du district. Ces rapports sont imprimés par les soins du ministère, et envoyés aux conseillers de l'instruction publique et au chapitre, qui ont à appliquer les mesures proposées dans ces rapports.
Les inspecteurs touchent un traitement annuel^ qui est fixé, pour chaque période d'inspection, d'à-
près l'étendue du district. Us reçoivent aussi une indemnité pour leurs frais de voyage.
Chaque commune peut, en s'entendant avec le conseil d'instruction, fixer l'âge où Ton doit commencer à aller à l'école ; et la loi dit que l'enfant ne doit pas être âgé de plus de neuf ans.
Dans les localités où des difficultés particulières, où la rigueur du climat rend plus pénible la fréquentation des écoles, les enfants commencent à y entrer seulement à l'âge indiqué par la loi, c'est-àdire neuf ans; mais ordinairement les enfants vont à l'école depuis sept ans jusqu'à quatorze. Pour les enfants qui sont en âge d'aller à l'école, l'instruction est obligatoire, de sorte que tous ceux qui ne sont pas instruits dans des maisons particulières, ou qui ne le sont pas chez eux avec Tautorisation du conseil, doivent faire acte de présence dans les écoles publiques. Ils doivent, au commencement de chaque trimestre, se soumettre à l'examen du conseil, qui décide ensuite si une dispense d'aller à l'école pubUque peut leur être accordée.
. Les frais de construction des écoles sont répartis entre les propriétaires fonciers de chaque paroisse, taxés en proportion de leurs propriétés. Souvent la paroisse est autorisée à faire cette construction au moyen d'un emprunt. L'instituteur ou l'institutrice a son logement dans l'école, à laquelle est attachée ime petite terre d'un à deux acres. Dans une des
o2 L'INSTRUCTION DANS LES ÉTATS DU NORD.
paroisses de Stockholm, l'école publique a près de douze acres de terre labourable. Le nombre total des écoles possédant une pièce de terre pour le travail du jardinage était, en i870, de 2016,
On construit chaque année plusieurs centaines d'écoles nouvelles. En 1867 on a pu en ouvrir 400. Dans la construction et l'aménagement de ces écoles on a introduit les améliorations indiquées par la science moderne. On les chauffe à l'eau bouillante ou par des conduits de vapeur. Des machines spéciales en assurent la ventilation, qui consiste à pousser l'air de la base de l'édifice au sommet, à travers des conduits d'air chaud, système adopté dans quelques-uns des meilleurs étabUssements. Les pupitres et les sièges sont simples, et conformes aux modèles américains dont l'introduction en Suède est'due à M. P. A. Siljestrôem.
Le Danemark et la Norwége n'ont pris qu'une faible part à TExposition universelle de Vienne; mais la Suède y a envoyé un grand nombre d'objets appartenant à ses écoles. Elle avait fait construire dans le parc une maison d'école en bois, comme le sont la plupart des écoles du pays. '<Ces écoles, dit M. Levasseur *, sont disposées pour un petit nombre d'élèves, quarante à cinquante au plus. Elles sont spacieuses, bien aérées, et, grâce à Tabon-
1 . Happart sur rinstruclion primaire et Tinstruction secondaire à l'Exposition de Vienne, p. 67.
dance du bois dans le pays, elles coûtent peu. Celle de l'Exposition était garnie de siéges-pupitres construits dans le système de M. le docteur Sandberg, directeur de l'école normale de Stockholm. Chaque élève a son pupitre à planchette mobile et son siège isolé ; il peut se déplacer sans troubler en rien le travail de ses camarades. Une collection complète de livres de classe pour l'enseignement primaire et secondaire, des tableaux des spécimens du Schreib^ lese-méthode, des planches pour l'enseignement par l'aspect, des collections de botanique, témoignaient du soin qu'on prend dans ce pays de toutes les choses relatives à l'enseignement populaire, et justifiaient pleinement le diplôme d'honneur décerné par le jury au ministre du culte et de Tinstruction publique en Suède. »
ORGANISATION DE l'eNSEIGNEMENT — MÉTHODES
Une école ne pouvant réunir plus de 430 à 500 élèves, la paroisse est obligée de construire à ses frais un nouveau local, lorsque le nombre des élèves dépasse ce chiffre.
Les élèves dans chaque école sont divisés en trois classes.
Dans la troisième classe, ou classe préparatoire, on reçoit les enfants de six à huit ans, et dans la seconde les enfants de huit à douze ans. Dans ces deux divisions, les élèves des deux sexes sont réunis côte à côte et instruits de la même manière. Les Suédois pas plus que d'autres peuples n'y trouvent les inconvénients qui en France rendent obligatoire la séparation des deux sexes. J'ai eu plus d'une fois l'occasion, et principalement dans mon livre sur V Instruction publique aux États-Unis^ de signaler les avantages qui résultent de cette réunion des enfants des deux sexes dans les mêmes écoles. Parvenus à un âge plus avancé, les enfants élevés ensemble dès leurs premières années, au lieu de se considérer comme des créatures inconnues l'une à l'autre, de se tenir en défiance comme deux ennemis qui se rencontrent pour la première fois, ont appris dès l'enfance que l'homme et la femme doivent se considérer au contraire comme deux amis, deux compagnons destinés à vivre ensemble. J'ai eu l'occasion d'observer le caractère des garçons, partout où cet usage est pratiqué : leurs manières s'adoucissent au contact permanent des jeunes filles qui ont grandi à côté d'eux. Il faut attribuer à cette vie commune des jeunes gens et des jeunes filles dans les écoles l'extrême douceur
SUÈDE. — ENSEIGNEMENT PRIMAIRE. o5
et l'amabilité que Ton rencontre chez la plupart des jeunes gens suédois. Un observateur éclairé, M. Nogaret, auteur d'une notice excellente sur l'enseignement populaire en Suède, signale avec raison une conséquence de cette éducation en commun : c'est que le* célibat est presque inconnu dans le pays et que les mauvais ménages y sont très-rares.
L'enseignement des enfants dans ces deux premières classes est en général confié à des institutrices; mesure excellente encore, et qui devrait être, pour bien des raisons, adoptée dans toutes les écoles. Les institutrices sont en général moins rétribuées que les instituteurs, et je ne voudrais pas qu'on les préférât aux instituteurs uniquement pour réaliser une économie que je considère comme fondée sur le principe inique de l'inégalité des salaires (le travail et le mérite étant le même pour les uns et pour les autres), mais en vertu de considérations morales de l'ordre le plus élevé. Je les ai présentées ailleurs.
C'est dans l'école Klara, organisée par l'inspecteur Meijerberg, que M. J. Nogaret a pu constater l'heureuse influence produite sur les garçons par l'enseignement donné par les institutrices. Je suis heureux de voir se reproduire chez un visiteur des écoles suédoises les impressions qu'avaient fait naître en moi les jeunes institutrices dont j'ai pu constater dans les écoles des États-Unis la singu-
oG L'INSTRUCTION DANS LES ÉTATS DU NORD.
lière aptitude pour renseignement, et l'influence sur l'esprit des enfants.
« J'admirais ces institutrices qui font tant de bien. L'une d'elles, jeune fille d'environ vingt ans, à la physionomie intelligente, était placée au milieu d'un cercle, et faisait un cours d'histoire à une vingtaine de garçons beaucoup plus grands et plus forts qu'elle. En voyant l'air soumis et respectueux des élèves envers cette frêle créature, je me demandais s'il serait bien possible d'appliquer ce système en France, si jamais des jeunes gens de cet âge voudraient se soumettre à une jeune fille, même à une femme. Pour obtenir ce résultat, l'inspecteur Meîjerberg procède d'une manière très -adroite et touchante à la fois , qui réussirait dans tous les pays. Ainsi , la classe de chaque institutrice ne s'attache pas à la division qu'elle instruit, elle tient à la personne. Une institutrice prend une division de petits enfants qui entrent à l'école préparatoire; elle les garde pendant cinq ans, monte avec eux de division en division, de classe en classe, jusqu'au moment où elle les remet aux mains des maîtres brevetés. Lorsqu'elle a abandonné cette petite famille, l'institutrice redescend à l'école préparatoire, prend une seconde couvée et l'élève comme la première. Les enfants qui ont été tout jeunes, c'està-dire dès l'âge de six ans, élevés par ces jeunes filles, ont conçu pour elles un respect, un amour
filial qui ne fait qu'augmenter à mesure qu'ils avancent en âge. S'il arrive qu'une institutrice devienne malade, les enfants pleurent à sa porte, et l'on a remarqué que leur douleur est d'autant plus grande qu'ils sont plus âgés K »
Élevés si doucement par les j eunes institutrices , les écoliers ne sont pas traités avec plus de rigueur par les instituteurs. Il y a longtemps que les corrections manuelles ont été proscrites des écoles. On reprend sans aigreur ceux qui commettent des fautes contraires à la discipline : on a môme, à l'école Klara, adopté l'usage de ne pas adresser de reproches à l'élève qui ne sait pas ; on se borne à lui dire qu'il a oublié. Le maître, en faisant sa leçon, formule toujours ses questions de manière à provoquer une réponse directe, catégorique. Dès qu'une question est posée, tous les élèves lèvent la main pour répondre. Le maître en désigne un, toujours le plus faible, et celui-ci répond avec beaucoup d'assurance, quoique presque toujours de travers. Les mains restent levées; le maître alors, sans témoigner le moindre mécontentement, s'adresse h un autre, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il en rencontre un qui réponde bien. Ceux qui ont mal répondu écoutent. Ils répondront mal dix fois peut-être, mais à la onzième ils repondront juste.
l. De renseignement populaire en Suède^ par M. J. Nogaret, p. 31.
Je n'ai pas besoin de dire que l'on a recours dans les écoles à tous les moyens connus pour faciliter l'étude et la rendre attrayante.
L'enseignement de la lecture, de récriture, du calcul se fait à l'aide des meilleures méthodes. La Suède, comme l'Allemagne, a organisé, d'après Frœbel, pour les jeunes élèves, ces jardins d'enfants, ces Kinder y àrteîij ainsi que ces leçons de cho^ ses que Ton commence à introduire dans nos écoles françaises. Les instituteurs ne se contentent pas d'accoutumer les enfants à ces petits travaux, à ces exercices ingénieux, pour lesquels se manifeste de bonne heure chez ceux-ci une rare habileté. Ce n'est Jà que la partie matérielle de la méthode Frœbel, qui a pour but de développer chez les enfants les facultés intellectuelles, l'attention, l'esprit d'observation, le raisonnement, et qui surtout s'occupe de leur éducation morale. Il en est de même de ces leço7îs de choses^ de cet enseignement par l'aspect, que je suis heureux d'avoir été un des premiers à faire connaître à la France ^ En réunissant, autant que possible, dans les écoles, non des tableaux ou des images, mais des objets réels empruntés aux trois règnes de la nature et aux produits
1 . Pour remploi de^Ia méthode Frœbel, voir mon livre sur V Instruction publique en Allemagne, p. 47 et suivantes. Pour les leçons de choses^ voir Vlnstruction publique aux États-Unis^ p. 64 et suivantes.
BUÈDE. -* ENSEIGNEMENT PRIMAIRE. 59
du travail humain, on n'a pas seulement pour but de pourvoir les élèves d'une foule de connaissances intéressantes et utiles. Ce que doivent se proposer les instituteurs intelligents, c'est de les habituer à voir, à bien voir, à observer, à comparer, à s'élever de la connaissance des faits particuliers aux principes généraux auxquels ils se rattachent, c'est-àdire à leur donner l'esprit scientifique.
Le temps des études dans les écoles populaires est de huit mois chaque année. Mais, par exception, dans quelques écoles du Sud l'enseignement est donné pendant dix mois. La détermination du temps qui doit être fixée par le conseil de Tinstruction publique varie selon les différentes parties du pays. Dans la plupart des localités, l'année scolaire est divisée en deux périodes, dans d'autres en trois ou quatre.
Dans la plupart des écoles ambulantes l'enseignement a lieu dans trois stations différentes, et même dans quatre, et plus. Il en est cependant où l'on n'enseigne que dans deux stations.
Pendant la période d'instruction, on enseigne le plus souvent tous les jours de la semaine ; mais dans quelques endroits pendant cinq jours seulement. Ce dernier cas a lieu surtout dans les écoles ambulantes, et le sixième jour est consacré à l'examen des enfants dans les districts où il n'y apas d'école.
Le temps donné à l'instruction est de ^ k ^
heures, avec des intervalles de repos de quelques minutes entre chaque heure. Dans quelques écoles renseignement n'a lieu que le matin, mais en général il se divise en deux périodes, celle du matin et celle de l'après-midi.
Les écoles de campagne sont divisées en deux sections dans les districts où existent de petites écoles. Mais là où de telles écoles n'existent pas, elles sont divisées en trois classes. Le professeur s'occupe de l'une pendant que les deux autres se livrent à des exercices silencieux. Au contraire, dans les villes, surtout dans les grandes, la répartition des classes est mieux organisée, de sorte que chaque classe a son professeur particulier.
Les matières de l'enseignement primaire sont :
, la reUgion, la langue suédoise, l'histoire et la
géographie, la physique, la géométrie, le dessin
linéaire, le calcul, l'écriture, l'horticulture, le chant
et la gymnastique.
On ne s'occupe dans les petites classes que des* premiers principes de la religion, de lecture et d'écriture, de calcul de tête, d'exercices de mémoire et de chant.
Les écoles supérieures ont les mêmes études que les petites, mais elles sont plus approfondies, et Ton y enseigne de plus le dessin d'imitation et la tenue des livres.
Il y a aussi des écoles industinelles pour les
garçons et pour les jeunes filles dans un grand nombre de localités, mais surtout dans les yilles. On fournit aux filles l'occasion de s'exercer aux ouvrages propres aux femmes, et de se livrer aux travaux domestiques.
Les enfants qui ne peuvent, à cause de leur pauvreté, profiter de l'enseignement pendant tout le temps prescrit, ou qui n'ont pas assez d'aptitude pour acquérir toute la somme de connaissances que leur offre l'enseignement, doivent au moins à leur sortie de l'école posséder le minimum suivant : la lecture, l'instruction religieuse jusqu'au degré requis pour pouvoir prendre part à renseignement de la confirmation, récriture, le calcul, (les quatre règles), et le chant d'église : mais ceux qui n'ont pas d'aptitude pour cette dernière partie en soQt dispensés.
A l'égard des diverses parties d'instruction , l'enseignement a été réparti en i871 de la manière suivante :
Histoire et géographie. . . . 21 o, 841 enfants.
Physique 200,380 -
Géométrie et dessin linéaire. . 91,729 —
Léchant 310,718 —
Gymnastique 219,657 —
Horticulture 45,015 —
L'enseignement de la religion commence par le récit oral des faits de l'histoire sainte^ r€.^dvift.
compréhensible par des images. Le dogme est enseigné d'après le petit catéchisme de Luther, expliqué par le professeur. La Bible est lue en partie pendant l'heure de la prière, et en partie pendant la leçon d'instruction religieuse : les enfants apprennent aussi par cœur des versets du livre saint.
La méthode ordinairement employée pour l'enseignement de la lecture est celle que l'on désigne sous le nom de lecture écrite. Le maître, placé devant un tableau et faisant face aux élèves, choisit un mot, puis il émet la consonnance de la première lettre de ce mot. Aussitôt les élèves dictent la lettre qui répond à cette consonnance, et le maître l'écrit au tableau en caractères types. On procède ainsi jusqu'à ce que le mot soit écrit en entier, et alors les élèves qui l'ont eux-mêmes dicté le lisent sans hésitation. On parvient ainsi en six ou sept semaines au plus à faire lire des enfants de six ans d'une manière convenable, et, ce qui est encore mieux, avec intelligence. Les enfants, pour l'écriture, s'exercent d'abord sur une ardoise; mais comme ce système rend la main lourde, on a soin de corriger cet inconvénient en les faisant écrire à main levée sur le tableau.
L'enseignement de l'arithmétique commence pour les enfants par le calcul de tête. Avant d'employer les chiffres, on a soin de mettre sous leurs yeux des objets réels, des carrés d^ bois, par exem-
pie, que l'on fait compter un à un pour les réunir, les retrancher, c'est-à-dire additionner et soustraire, comme nos instituteurs le font dans nos écoles avec les bouliers compteurs. Les élèves sont ainsi conduits graduellement à faire toutes les opérations que comporte l'arithmétique élémentaire.
Pour l'histoire et la géographie, on fait connaître celles du pays, en partie par un résumé, en partie par le récit détaillé des événements et la description des lieux les plus importants. A cet effet, on emploie partout des tables historiques, des cartes murales et des sphères pour faciliter l'enseignement de ces matières.
La physique prend chaque année plus d'extension : des dessins d'histoire naturelle, des herbiers, et des collections de minéraux sont en usage, et dans certaines écoles des appareils de physique sont mis à la disposition des élèves.
La géométrie est une branche de l'enseignement qui n'a pas encore pris un grand développement; elle est surtout pratique et embrasse les propriétés des figures planes et dans l'espace et la manière de les mesurer et de les calculer. On enseigne de plus le dessin linéaire. Quant au dessin d'imitation, il n'a pris place dans l'enseignement que dans quelques localités.
Le chant et la gymnastique sont enseignés partout, surtout le chant, auquel les ew^^wV^ 'è>^\>X
exercés presque dans toutes les écoles populaires et dans la plupart des petites écoles. Pour accompagner le chant, on donne aux écoles des orgues acquises à des prix modérés.
La tactique militaire^ introduite par un acte récent de la diète, est une étude et un exercice obligatoires pour chaque garçon. Là, comme dans les écoles supérieures, les élèves s'exercent à la pratique, font l'école de tirailleurs et se servent du fusil américain Remington. A Stockholm, dans les écoles publiques les garçons sont organisés en bataillons et habitués à l'école du soldat par compagnies et par bataillons. Leur uniforme, fourni par souscription, et gardé à l'école, consiste en une blouse bleu-clair en coton, un pantalon blanc, et une casquette de drap bleu foncé. Ils s'exercent généralement ayec des fusils légers imités.
L'horticulture n'a pas fait jusqu'à ce jour beaucoup de progrès; cependant des terrains à cultiver existent dans 2,166 écoles populaires, et ils sont disposés pour ce genre d'enseignement, auquel on ajoute avec raison une grande importance.
Depuis 1864 il est établi qu'un examen sera subi par les élèves à la sortie de l'école. Cette prescription est d'année en année plus généralement observée, et, en 1871, 48,742 enfants ont subi l'épreuve exigée.
Vae partie importante du règlement des écoles
populaires est celle qui prescrit de donner des leçons supplémentaires aux enfants qui ne peuvent fréquenter tous les jours les écoles. Dans les villes, on y consacre ordinairement, le soir, deux heures certains jours de la semaine; à la campagne, un jour. Ces règlements n'existent pas partout et se sont développés lentement. En 1871, 25,215 enfants seulement ont profité de l'enseignement supplémentaire.
Dans quelques provinces on a établi des écoles pour les jeunes gens plus âges qui, devant être agriculteur-s, ont dépassé l'âge d'aller à l'école. Le but de ces écoles qui ont reçu le nom de hautes écoles populaires^ est d'augmenter les connaissances acquises dans les écoles populaires, et de procurer des connaissances utiles dont l'application est d'une grande importance pour la vie pratique. Sortis à douze ans de la classe du second degré, les élèves quittent les instituteurs pour passer entre les mains de maîtres brevetés, et alors leur goût pour l'étude est tel, leur besoin d'apprendre est si grand, que les maîtres ont peine à les suivre. Ils passent trois années à compléter et à augmenter les connaissances qu'ils ont déjà acquises. Ils appliquent à l'étude de l'histoire et de la géographie la méthode Meîjerberg. Lorsqu'ils ont à détailler un pays, on leur met dans la main des réductions offrant le
type, la couleur, le costume de ses habitants.^ ainsi
que des échantillons de ses divers produits. Il en est de même pour l'histoire. Les enfants ont toujours sous les yeux des planches très-fidèlement exécutées représentant les personnages, les costumes, les armes, l'architecture, et enfin ces mêmes personnages dans leurs occupations familières suivant chaque époque et chaque pays.
L'arithmétique complète, la géométrie, l'arpentage, la botanique, la géologie, la physique et la chimie sont alors étudiées d'une nxanière plus sérieuse que dans les deux premières classes.
Pour les élèves, la journée est divisée en deux classes, celle du matin qui est obligatoire^ celle du soir qui reste facultative.
Toute la partie intellectuelle se traite dans la classe du matin, qui dure depuis huit heures jusqu'à une heure. Mais on a soin de ne pas tenir l'attention de l'élève tendue trop longtemps. Toutes les heures, ils ont une récréation de dix minutes, après déjeuner la récréation est d'un quart d'heure.
A Stockholm on a des maîtres de musique ambulants qui tous les jours parcourent les écoles. Dans la grande salle de chaque école se trouve un orgue ; quand le maître de chant arrive, il se met au clavier, joue une ritournelle pour indiquer le morceau ; et les élèves, sans quitter leurs places, attaquent des chœurs à quatre voix et les exécutent avec autant
d*ensemble que de justesse; après une demi-heure de musique, l'organiste ferme son instrument pour courir à d'autres écoles, tandis que les élèves rouvrent tranquillement leurs livres et leurs cahiers pour poursuivre le travail momentanément interrompu.
A ime heure, les élèves se retirent et peuvent revenir ime heure après pour la classe du soir, où ils trouvent des occupations toutes différentes et des mattres nouveaux.
Les jeunes filles s'occupent de travaux à l'aiguille. Des maîtresses spéciales leur font exécuter tous les travaux utiles, les mille petits ouvrages qui sont de la compétence exclusive de la femme. Elles font également de la gymnastique, ainsi que les garçons. Quant à ces derniers ils continuent à s'exercer au maniement des armes et à se livrer aux exercices militaires jusqu'à l'école de bataillon inclusivement.
Cette école du soir est donc un heureux complément de celle du matin.
CHOIX DES INSTITUTEURS ET DES INSTITUTRICES, SÉMINAIRES (ÉCOLES NORMALES)
Pour professer dans les écoles primaires supérieures, il faut avoir étudié dans une Université et subi un examen en présence du recteur ou principal d'une école normale et d'un membre du conseil épiscopal. C'est le Chapitre de Tévêché où est située l'école qui désigne les trois concurrents qui ont été placés au premier rang, et c'est parmi ces trois candidats que le conseil de l'instruction publique fait son choix. En général on a surtout égard aux sentiments religieux des candidats et à leur moralité.
Il a été établi, d'après une ordonnance royale de 1839, que les règlements relatifs aux instituteurs seront appHqués aux institutrices.
La nomination à l'emploi d'instituteur dans une école populaire est faite par la commune, dans l'assemblée de la paroisse, et l'instituteur est choisi parmi les trois candidats présentés par le conseil de l'Église.
Pour exercer la fonction de maître dans les
petites écoles, il suffit d'apporter au pasteur et au conseil de l'instruction des témoignages de bonne renommée et d'une conduite chrétienne, de prouver qu'on possède les connaissances requises sur les points qui font l'objet de renseignement dans les petites écoles, et qu'on sait les enseigner. Les professeurs des petites écoles sont reçus par les pères de famille d'accord avec le pasteur.
On comptait en 1871 5,039 instituteurs et 2,776 institutrices, total: 7,815. Dans ce nombre 10 professeurs enseignaient dans les écoles populaires supérieures; 3,444 instituteurs et 564 institutrices dans les écoles primaires, 2,970 professeurs et 200 institutrices, soit en tout 3,170, avaient été placés comme professeurs dans les écoles populaires d'après la règle ordinaire; enfin dans les petites écoles il y avait dans la même année 1,585 professeurs et 2,212 institutrices. Cela donne donc comme total 5,039 professeurs et 2,776 institutrices. 3,215 professeurs et 485 institutrices avaient subi leur examen dans un séminaire ; 52 professeurs étaient ecclésiastiques et 1 ,507 réunissaient à leurs fonctions de professeurs celles de marguilliers.
Les professeurs des écoles populaires supérieures touchent généralement 1,000 à 1,500 rixdalers avec le logement et le chauffage.
Les professeurs et institutrices ordinaires dans les écoles populaires doivent toucher anaueUeï!ûe.wt. ^vi
minimum 400 rixdalers; et on y comprend 8 tonnes de blé toujours payées en nature.
Les professeurs, dont le temps d'enseignement dépasse huit mois par an, reçoivent 2 tonnes de blé en plus pour chaque mois supplémentaire. Par une ordonnance du roi en vigueur depuis 1872, on a encore statué que chaque professeur ordinaire ayant exercé son emploi pendant dix ans irréprochablement recevra comme traitement particulier une somme de 600 rixdalers au minimum.
Des 3,170 professeurs et institutrices employés dans les écoles populaires en 1871, 2,1 4S touchaient le minimum du traitement et 715 un traitement plus considérable, s'élevant dans les grandes villes de 1,000 à 1,500 rixdalers.
Les professeurs auxiliaires employés dans les écoles populaires sont payés ordinairement par les communes selon leurs conventions : c'est en général ce qui arrive pour les professeurs des petites écoles populaires. S'ils sont reçus par les pères de famille, ils sont aussi payés d'après le prix fixé par eux d'accord avec le recteur du conseil d'instruction publique.
D'après une ordonnance royale de 1866, les communes doivent participer à une caisse de retraite pour les professeurs des écoles populaires.
Cette participation s'élève au minimum à 500 rixdalers et au maximum à 1,000, et l'im-
pôt perçu pour ces retraites est payé par les commuues à raison de 4 0/0 de la somme fixée pour cette participation.
La retraite entière consistant en 75 0/0 de là somme de la participation est touchée par le professeur quand il a 60 ans d'âge et 30 ans de service, ou quand celui qui sollicite sa retraite est atteint d'une maladie incurable au moment où sa vie et son temps de service additionnés ensemble donnent un total de 90.
Pour l'éducation des professeurs et des institutrices des écoles populaires proprement dites, il existe des séminaires (écoles normales). On en compte aujourd'hui 7 pour les élèves instituteurs et 2 pour les institutrices. La surveillance de ces établissements est exercée en partie par le chapitre de l'évéché dans lequel ils se trouvent, en partie pai' le chef de la section du département des cultes.
Ces établissements, pour lesquels un nouveau règlement a été rédigé en 186S, sont divisés eu trois classes, pour chacune desquelles le cours est d'une année. L'enseignement donné en 34 semaines de Tannée est partagé en deux termes : dans chaque semaine il y a 36 heures d'enseignement. Le cours d'études comprend les branches suivantes : la connaissance de la Bible, l'explication du catéchisme de Luther, de l'histoire bibhque et des psaumes» .^U.
langue suédoise, l'arithmétique et la géométrie, l'histoire et la géographie, la physique, l'histoire naturelle, la pédagogie et la méthode, la calligraphie, le dessin, la musique, le chant, la gymnastique, le maniement des armes, l'horticulture et l'arboriculture.
A chaque école normale est annexée une école populaire afin de procurer aux élèves l'occasion d'enseigner.
Dans les écoles normales de Stokholm et de Skara, il y a un recteur et trois adjoints. Dans celle de Stokholm, qui a en même temps pour but de former des gouvernantes, l'instruction est donnée par une directrice, trois professeurs ordinaires, trois institutrices ordinaires et dix institutrices extraordinaires ; en 1867 elle réunissait 134 élèves.
Des particuliers ont fondé à Gôteborg, en 186i , un grand établissement pour les institutrices, calculé pour contenir75 élèves, et un autre à Norrkôping.-
Le nombre des élèves des écoles normales était en 1871 de 780, dont 558 garçons et 192 filles. Pour l'entretien des élèves pauvres l'État fournit une somme de 45,000 rixdalers.
FRAIS DE l'instruction PRIMAIRE
L'enseignement en général est gratuit, et, quoique les districts soient autorisés à demander pour chaque enfant admis à l'école une petite redevance, il est rare qu'ils usent de ce droit.
Par un acte du 13 mars 1846 , il a été établi que la moitié d'une taxe personnelle déjà existante, appelée personliga skyddsaf giften^ serait appliquée à l'instruction populaire. Tous les habitants de la Suède, depuis l'âge de 18 ans jusqu'à 60, sont astreints à payer cette taxe, qui était de 40 ores pour les hommes et de 20 ores pour les femmes. ' Il n'y avait d'exemption que pour les soldats enrôlés dans l'armée et les pauvres. Le montant de cette taxe était, en 1866, de 632,603 rixdalers (883,644 francs). EDe était perçue par les agents du gouvernement et remise à l'autorité paroissiale, qui en faisait la répartition pour le besoin des écoles populaires. En cas d'insuffisance, la paroisse était autorisée à imposer chaque habitant pour un supplément de 6 à 18 ores.
On peut reconnaître aisément la sagesse et le
bon sens pratique de cette mesure. Les dépenses de l'enseignement augmentent nécessairement ayee le nombre des enfants à instruire ; mais aussi l'accroissement de la population a pour conséquence l'augmentation des ressources affectées à l'enseignement.
Les frais que nécessitent l'instruction des professeurs et l'inspection des écoles populaires sont entièrement à la charge de l'État. Il contribue aussi aux retraites des professeurs par un subside annuel.
En 1871, les frais pour les instituteurs et institutrices ordinaires dans les écoles populaires se sont élevés à 1,863,987 rixdalers 68 ores, ainsi qu'il suit :
Traitements 1,503,848 rdr 59 Ores*.
Nourriture i 81,099 12
Chauffage. ...... 177,009 98
1,863,957 rdr 68 ores.
et pour les institutrices auxiliaires, ainsi que pour les professeurs et institutrices des petites écoles, à 870,884 rixdalers 65 ores, soit un peu plus de la moitié des frais nécessaires pour le traitement des professeurs et institutrices ordinaires. Les frais pour
1 . Le rixdaler vaut 1 fr. 40 ; et Tore étant la centième partie du rixdaler Tant 1 cent. 40.
les traitements montent donc en tout à 2,734,842 rixdalers 34 ôres , dont les communes fournissent i, 907,304 rixdalers 97 ôres.
A ces frais payés par les communes on doit encore ajouter les impôts pour l'entretien des écoles.
Ils montaient, en J87i, à 492,987 rdr 87 ôres. Et pour le matériel, à 172,434 rdr 74 ôres.
Les communes reçoivent annuellement de l'État, pour Tentretien de leurs écoles, sous certaines conditions, des subsides appliqués surtout au payement des professeurs, et qui se montent, pour chaque école supérieure à 1,000 rixdalers au maximum^ pour chaque école populaire ayant un professeur ou une institutrice sortant du séminaire, et qui donnent des leçons huit mois par an. Us reçoivent 280 rixdalers au plus , et chacun des autres professeurs ou institutrices 75.
En outre , l'État accorde aux communes pauvres des subsides particuliers. Il abaisse en leur faveur le prix de l'achat du matériel de l'école.
Lorsque les instituteurs sont reconnus incapableSy la commission les congédie. En cas d'infirmités, il dépend des communes de leur allouer une pension. 120,000 rixdalers ont été accordés parla Diète, comrhe fonds pour les pensions des instituteurs et pour celles de leurs veuves et de leurs enfants.
La part de l'État, en 1871, a été de 1,203,322 rixdalers ; savoir :
Contingent pour le payement des professeurs des écoles
populaires ordinaires et des petites. , , 946,822 rdr.
Pour les séminaires 146,500
Inspecteurs des écoles populaires. . . 40,000
Écoles populaires supérieures. .... i 0,000
Matériel des écoles i 0,000
Subsidesdonnés aux communes pauvres. • 20,000
Retraite des professeurs 30,000
Total 1,203,322 rdr.
Les dépenses pour l'enseignement populaire se montent donc, si on additionne le contingent des communes 2,573,927 rdr 58 ôres
à celui de l'État. 1,203,322 rdr 00
à 3,777,249 rdr 8 ores ou 5,500,000 fr.
Le budget total de Tinstruction primaire s'élève donc à la somme de 3,500,000 fr. environ, ce qui fait 1 fr. 30 c. pour chaque habitant. Si on compare ces dépenses avec celles de l'année 1868, on voit que les frais de l'enseignement populaire ont augmenté de 343,829 rixdalers 79 ôres.
En 1868, il y avait dans toute la Suède 3,976 écoles, et en 1871 4,413. Ainsi, dans l'intervalle de ces années, 437 nouvelles écoles avaient été établies.
Cet accroissement dans le nombre des écoles a porté ses fruits. La plupart des Suédois manifestent
un goût prononcé pour la lecture, et ce goût devient de plus en plus vif, si Ton en juge par l'accroissement des bibliothèques des paroisses, fondées par les communes et les particuliers ; leur nombre est aujourd'hui de près de 1,100. Les livres qui traitent d'histoire et de matières religieuses sont les plus recherchés. Cet amour de l'étude et cette soif de connaissances se font sentir chez les jeunes gens et les jeunes filles, qui se disputent l'entrée à toutes les institutions d'enseignement public. Les mœurs du peuple se sont en général adoucies, et la législation civile et criminelle a réduit les peines en beaucoup de cas.
« Ce qu'il y a de plus important, dit M. de Laveleye^ c'est que le nombre des crimes et des délits a diminué depuis les vingt dernières années, malgré l'accroissement de la population ; admirable preuve de l'influence salutaire que l'école populaire exerce sur le sentiment du devoir, l'obéissance à la loi et la morahté. »
Les condamnations pour crimes et contraventions à la loi de toute espèce donnaient, en 1845, un total de 31,711 pour tout le royaume, et en 1864 ce nombre ne s'élevait qu'à 21 ,599. Par conséquent, il y avait une diminution de condamnations d'environ 33 p. 100, en même temps que la