UNIVERSITÉS
La Suède a deux universités célèbres, dont la plus ancienne est celle d'Upsal', qui date du 21 septembre 1477; celle de Lund^ date du 28 janvier 1668.
La première a eu pour fondateur Stenon Sture, administrateur du royaume pendant la période qui suivit rUnion de Kalmar jusqu'à Tavénement de Gustave Wasa. Mais c'est au règne de Gustave- Adolphe que commencèrent les beaux jours de YAcademia Upsalensis. Ce prince la dota magnifiquement en lui abandonnant tous ses biens, c'està-dire 860 métairies et de riches prébendes. Elle
1. Upsal, située à six klIomètrearN.-O. de Stockholm, compte aujoard'hui 6,000 habitants. Sa cuihédrale a ^té construite, aa treizième siècle , par un Français , Donneuil , sur ie modèle de Notre-Dame de Paris.
2. Lund, à 58 kilomètres S.-O. de Christianstad , compte 6,250 habitanU.
n'a cessé de prospérer depuis cette époque : les ressources qu'elle possédait lui permirent d'appeler des professeurs étrangers et des savants illustres. Les statuts que lui imposa Charles X ont été en vigueur jusqu'en 1852, dans ses parties essentielles.
L'Université de Lund a été fondée par Charles XI, qui lui assigna la plus grande partie des biens qui avaient appartenu au Chapitre de cette ville et au clergé catholique ; c'étaient quatre paroisses, trente prébendes et 900 pièces de terre; propriétés qui sagement administrées lui ont assuré un revenu considérable.
La reine Christine avait, quelques années auparavant (1640), fondé en Finlande l'Académie d'Abo, qui a passé en 1809 sous la domination russe et a été transférée à Helsingfors, où elle a conservé la langue et les usages de l'ancienne métropole au milieu des Finnois et des Slaves ^
Parmi les hommes distingués qui ont honoré l'université d'Upsal, on doit citer Rudbeck, VauteurdeV A tlantica^ Verelius le philologue, Ihre, qui a écrit le Sveo-Gothicum^ Celsius, qui accompagna Maupertuis au pôle Nord, Linnée, Bergmann, Berzélius, l'historien et poëte Geyer, AUerbon, l'un des chefs de la révolution littéraire qui s'est opérée
1. Charles Gogordon, Souvenirs d'une mission {Revue des Deux^ Mondes du 15 mai 1875).
SUÈDE. — ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR. i37
en Suède, Svanneberg, qui a déterminé Tare du méridien en Laponie , Schroder, auteur de savants mémoires sur Tarchéologie suédoise et les antiquités du Nord.
Les deux universités d'Upsal et de Lund sont, à peu d'exceptions près, organisées de la même manière. L'une et Tautre ont conservé des traditions qui rappellent les usages de l'ancienne Université de Paris, la première et la mère de la plupart des universités de l'Europe.
La direction supérieure est entre les mains d'un chancelier, nommé par le roi sur la proposition du consistoire académique ; mais celle du lieu est exercée par le recteur et les consistoires de l'Académie, sous la surveillance d'un pro-chancelier.
Les pro -chanceliers sont : à Cpsal, l'archevêque, et à Lund, l'évêque. Quant à la fonction de recteur, elle appartient aux professeurs ordinaires , qui l'exercent chacun à leur tour pendant une année.
Dans chaque université il y a quatre facultés : celles de théologie, de droit, de médecine et de philosophie. Chaque faculté décerne trois grades, ceux de candidat, de licencié et de docteur. Les docteurs en théologie sont nommés par le roi, sans examen. Le grade de candidat en philosophie a été établi depuis peu de temps.
Les étudiants sont divisés en sociétés ou nations qui correspondent aux anciennes provinces du
royaume*. Chaque société est sous la direction d'un inspecteur et d'un ou de plusieurs curateurs, qui sont de jeunes professeurs de TAcadémie ou d'anciens étudiants. Il y a treize sociétés à Upsal et huit à Lund. Dans ces sociétés, on divise les élèves en trois classes : les anciens [seniores)^ les jeunes [juniores] et les nouveaux [recentiores).
Ces nations sont autant de petites républiques qui s'organisent librement, sauf à se conformer à certaines règles établies par la loi. Ce qui donne une grande importance à cette organisation de la vie universitaire et établit entre les étudiants un vif sentiment de fraternité et de solidarité, c'est la di>tribution de bourses ou stipendes aux étudiants sans fortune. C'est avec ces stipendes que les étudiants les plus pauvres peuvent suivre les cours des universités. Ils vivent d'ailleurs avec une grande sobriété; 600 à 700 fr. par an leur suffisent. Les sommes consacrées à ces bourses sont considérables. Chaque nation possède en plus ou moins grande abondance des capitaux qui lui ont été légués et qui sont employés, soit à faciliter aux étudiants des voyages scientifiques, soit surtout en subventions
1 . I.cs province» dont ces nations portent les noms sont : Uppland, G'sliicie el Helsinger, 0.'«lrogothie, Weslero«çotbie, Suderinanic. et Nerike, Wrstmanne et Dalécarlie, Smaaland, Werm.aod, Norland el Golliland ; les troU autres portent le» noms des Yilles de Stockiiolm , Gôthenbourg et Kalraar,
accordées par le premier curateur, sur l'avis conforme des seniores. Par ce moyen, les jeunes gens appartenant aux familles pauvres peuvent se livrer aux longues et sérieuses études qui leur ouvrent le professorat et les autres carrières libérales. C'est ainsi que les enfants d'une même province, riches et pauvres, se prêtant un mutuel appui, partageant les mêmes travaux et les mêmes plaisirs, contractent pendant leur jeunesse des liens d'amitié que le temps peut affaiblir, mais ne détruit jamais complètement.
Les étudiants de chaque nation se réunissent dans des locaux particuliers plus ou moins opulents, mais où ils ont généralement une bibliothèque, un cabinet de lecture, où ils trouvent les principales Revues d'Allemagne, d'Angleterre et de France. La nation d'Ostrogolhie est une des mieux rentées et des plus riches. Elle possède, au milieu de la ville d'Upsal, une magnifique maison entourée d'un vaste jardin, où les étudiants peuvent organiser avec éclat quelques-unes de ces fêtes, et principalement de ces concerts où ils se plaisent à entonner en chœur leurs chants patriotiques*. Tout étudiant doit faire partie d'une nation. La loi lui prescrit de se faire inscrire, aussitôt après
1. Ces chants, qu'aiment à répéter les étudiants d'Upsal, de Lund, de Cliristiana et de Copenhague , forment une partie fort intéressante de la littérature des peuples du Nord.
son immatriculation à l'université, parmi ses compatriotes.
Ces fraternelles associations n'ont, comme on le voit, rien de commun avec celles qui réunissent les étudiants allemands; on n'y remarque ni la même tenue, ni les mêmes habitudes, ni les mêmes allures provocatrices. Si les étudiants allemands donnent à leurs associations les noms des différentes provinces auxquelles ils appartiennent , c'est par suite de ce particularisme qui règne encore dans un pays où la création du nouvel empire parviendra difficilement à constituer l'unité nationale. Aucun lien n'unit entre elles ces associations scolaires qui ne sont nullement établies, comme les nations des universités suédoises, sur des principes de mutuelle bienveillance et d'amour pour la patrie commune *.
Un autre usage propre aux universités suédoises, c'est la délivrance d'un certificat de travail et de bonne conduite faite aux étudiants qui veulent subir un examen devant l'université. Ils le subissent devant leurs pairs, c'est-à-dire devant les chefs et curateurs de la nation dont ils font partie.
Quoique les deux universités possèdent déjà, comme on Ta vu plus haut, des revenus considérables, le gouvernement suédois, qui comprend toute l'importance de l'enseignement supérieur, y
t. Voir r/MS/rMCf/oH publique en AUemagne,\jm\ersï{6Ajpageê 270 cl Buiv,
ajoute une subvention de plus de 236,000 francs pour Upsal et de 176,400 pour Lund.
Les frais d'examen et d'inscriptions sont si minimes que les Suédois peuvent se glorifier d'avoir établi la gratuité de l'enseignement supérieur.
« En 1871 , dit M. Gogordon, l'université d'Upsal a dépensé 523,000 francs et celle de Lund 363,400 francs. En somme la Suède consacre chaque année à la haute instruction une somme d'environ 890,000 francs pour une population qui ne dépasse pas 4,200,000 habitants. Dans la même proportion la France devrait dépenser 8 millions de francs. Au lieu de cela un rapport officiel de 1 868 constate que les dépenses de l'enseignement supérieur, déduction faite des recettes correspondantes, n'excédaient pas alors 221 ,000 francs . »
En Suède, comme en Allemagne, les jeunes gens qui suivent les cours de l'université sont de véritables étudiants et les professeurs ne se trouvent pas seulement en présence d'un public qui vient y chercher moins un enseignement sérieux qu'une agréable distraction. Les professeurs suédois se contentent de lire leurs leçons et ne croient pas avoir besoin d'improviser et de se mettre en frais d'éloquence. Le temps moyen des études est d'environ cinq ans.
Les universités du Nord se trouvent précisément dans les conditions nécessaires pour attirer et ro-
tenir les jeunes gens qui doivent composer naturellement leur auditoire. Ces conditions, qui manquent à la France, sont d'abord que les élèves des collèges ne reçoivent pas dans les classes les plus élevées une instruction philosophique , historique et littéraire, qui puisse jusqu'à un certain point suppléer à l'enseignement universitaire . Les cours qui s'y professent leur sont donc indispensables pour le complément de leurs études, et ce n'est qu'après avoir suivi ceux de la Faculté de philosophie qu'ils sont admis aux cours des facultés spéciales. C'est aussi dans la section de philosophie que les étudiants se préparent au professorat. L'admission aux facultés de médecine, de droit et de théologie n'a lieu qu'après des examens sérieux qui nécessitent une sorte de stage de deux ou trois ans dans la section de philosophie.
La gratuité de l'enseignement universitaire dans toutes les branches qu'il embrasse ne contribue pas moins à y attirer et à y retenir les jeunes gens. L'examen pour la médecine [medicophilosophicum) porte sur la botanique, la zoologie, la chimie, la physique, les mathématiques et le latin; pour le droit ijuridico-philosophicum)^ sur l'histoire, la statistique, la philosophie théorique et pratique , les mathématiques ; pour la théologie [theologico'philosophicum] sur le latin, le grec, l'hébreu, l'histoire, la philosophie théorique et pratique.
Les programmes des cours nombreux professés dans chacune des facultés sont, comme ceux des universités d'Allemagne, très-surcharges. L'archéologie et la philologie y occupent une grande place. On y pousse très-loin l'étude des langues et entre autres celle du norrois^ l'antique idiome des Eddas et des Sagas, encore aujourd'hui parlé en Islande.
issus de la même race , les peuples de la Suède , de la Norwége et du Danemark, ont parlé primitivement la même langue, la norrana tunga (langue du nord) ou danska tunga (langue danoise), qui est, avec la langue germanique, l'une des deux branches principales du mésogothique.
Les Eddas ou anciens chants des peuples Scandinaves contiennent l'exposé de leur théogonie et leur culte. Recueillis parSemund Sigfusson, prêtre ijplandais, né en 1036, ils ont été imprimes successivement à Copenhague, en 1787, 1818 et 1828. Le plus remarquable est le poëme intitulé Voliispa, c'est-à-dire l'oracle de la Vola ou prophétesse. Ou retrouve dans les Sagas Scandinaves les mêmes héros et les mêmes aventures que dans la grande épopée des Allemands, le Niebelungen.
Les Suédois, naturellement studieux, profitent avec plaisir des ressources qui leur sont offertes dans les deux villes où sont concentrés tous les moyens d'instruction si libéralement mis à leur
i4() L'INSTRUCTION DANS LES ÉTATS DU NORD.